00:0016h52, chaque jour un expert de marché vient combattre le consensus, déconstruire les idées reçues.
00:06Aujourd'hui c'est Christian Biteau qui nous accompagne, professeur de finances à l'ESSEC,
00:09il nous rejoint tranquillement pour parler des impacts de la guerre au Moyen-Orient.
00:13Bonjour Christian, à vous de vous retrouver.
00:16Cette guerre au Moyen-Orient nous conduit vers un choc d'inflation.
00:19Certains le pensent en tout cas, pas vous, vous vous dites bullshit.
00:23Vous foudroyez Christian cette idée qu'un choc inflationniste nous pend au nez.
00:27On en a malgré tout les prémices, les prix montent.
00:29Oui, le feu s'est déjà un tout petit peu allumé, puisque vous connaissez les derniers chiffres d'inflation.
00:34En zone euro, on bondit à 2,6% d'inflation.
00:38Aux Etats-Unis, le dernier chiffre pour le mois de mars, on voit déjà la hausse des prix de l
00:42'énergie, 3,3% d'inflation.
00:45Donc on pourrait se dire, ça y est, c'est comme en 2022, le cours du baril de pétrole que
00:50ce soit le WTI, le Brent a augmenté de 60%.
00:53Donc on va repasser par un choc inflationniste en 2022, dont on connaît les conséquences, notamment sur les marchés financiers,
01:01puisque c'est le thème.
01:01Parce que plus d'inflation, plus de hausse de taux d'intérêt.
01:04Et en 2022, tout s'était cassé à la figure entre moins 15 et moins 20% sur l'année.
01:10Tous les marchés obligataires et actions.
01:12Oui, il y avait eu grosses conséquences à l'époque, c'est vrai.
01:15C'est vrai.
01:16Alors la question est légitime, mais il faut rappeler tout de même qu'en 2022, ce choc sur les prix
01:22du pétrole et du gaz avait duré presque 5 mois.
01:25Aujourd'hui, pour le moment, nous n'en sommes qu'à un mois, donc la durée du conflit sera importante.
01:29Mais on a un mois, avec une variation des prix de l'énergie comparable, et tout le monde se pose
01:33la question, est-ce qu'on ne va pas avoir ce qui s'appelle l'effet de second tour ?
01:38C'est-à-dire une transmission de ces prix de l'énergie à d'autres secteurs, les transports, ça vient
01:42d'être évoqué, le tourisme bien entendu,
01:45et puis les engrais pour l'agriculture, donc le prix ensuite des matières agricoles, etc.
01:51C'est-à-dire tous les secteurs pourraient être pollués par cette hausse du prix de l'énergie.
01:57En 2022, ça avait eu comme résultat qu'en 6 mois, l'inflation qui était à 5% est passée
02:02à 10% en zone euro, à 9% aux Etats-Unis.
02:06On avait ça dès le mois de juillet.
02:07C'était une véritable explosion de l'inflation.
02:11Et pourquoi, en 2026, on n'aurait pas ces effets de second ordre qui joueraient sur l'inflation aux Etats
02:16-Unis et en Europe ?
02:16Aujourd'hui, il y aurait à peu près tous les paramètres, surtout si le conflit dure encore quelques semaines.
02:20Ça, c'est très clair.
02:21On aurait exactement le même point de départ, mais on a un contexte totalement différent.
02:26Totalement différent sur deux paramètres que je vais évoquer, qui sont ceux qui vont être regardés, qui sont regardés par
02:31la Fed et la BCE aujourd'hui.
02:32Le premier contexte, c'est le contexte du marché du travail.
02:35Parce que le véritable risque de l'inflation, c'est, on le connaît des années 70-80, très à la
02:40mode en ce moment, c'est la spirale inflationniste.
02:43C'est-à-dire que cette hausse des prix se propage ensuite au salaire, parce qu'il y a des
02:47revendications salariales.
02:48Si les entreprises cèdent, elles leur répercutent dans leurs prix, on part dans une spirale inferniale.
02:53C'est ce qui a failli se produire en fait en 2022.
02:56Ce qu'il faut bien comprendre, les banques centrales l'ont tout de suite repéré, fort de l'expérience des
03:00années 70-80.
03:02Si je reprends les chiffres à la fin de l'année 2021, il faut se rappeler de ce contexte.
03:07On avait le Covid et puis la sortie du Covid.
03:08La croissance économique, j'arrondis les chiffres, était à plus 6% que ce soit aux Etats-Unis ou en
03:15Europe.
03:15Plus 6% de croissance en 2021, c'était historique.
03:19Alors il y avait bien sûr un rattrapage, mais en tout cas on avait du plus 6 sur les 12
03:22mois écoulés.
03:23Et donc quand on s'est retrouvé en janvier 2021, donc avant le début du conflit,
03:27et en janvier, peu de gens le prévoyaient, on disait, non c'est pas possible, ils le feront pas.
03:32Eh bien on avait des hausses de salaire qui n'étaient que de 2,6% en Europe.
03:37Et aux Etats-Unis, on n'avait que 3%.
03:41Donc on avait un énorme écart entre une croissance économique, une prospérité phénoménale, un rattrapage,
03:46et puis en 2020, on n'a pas pu négocier des hausses de salaire aussi.
03:49Même début 2021, on était tous confinés.
03:52Et donc les masses salariales, les forces de travail se retrouvaient dans une situation
03:56où une forte croissance économique et des salaires qui n'avaient pas suivi,
04:00puisqu'on avait 6 de croissance, et j'arrondais les chiffres, 3% uniquement de hausse des salaires.
04:05Aujourd'hui, on n'a pas du tout la même chose.
04:08Si on regarde ce qui se passe aux Etats-Unis, depuis 12 mois, les salaires ont progressé,
04:12tout compris en moyenne de 3,7%.
04:14La croissance économique de 2,1% sur l'année 2025.
04:19L'inflation, 2,7% sur l'année écoulée.
04:22Donc tout est à peu près en rapport, il n'y a pas d'écart, il n'y a pas
04:25de déséquilibre majeur.
04:27On a la même chose en zone euro, puisque les salaires ont progressé en zone euro de 3,4%.
04:32D'ailleurs, Mme Lagarde s'en est préoccupée,
04:33puisque l'inflation n'a été, sur la période écoulée des 12 derniers mois, que de 2%,
04:391,9% pour être précis, et la croissance économique 1,4%.
04:43Donc pas d'écart majeur.
04:45Donc que peuvent faire les banques centrales ?
04:47Ce qui veut dire que les banques centrales n'ont pas de raison de sortir une politique immédiatement sévère
04:52pour casser une spirale des salaires, puisque les salaires sont plutôt en avance par rapport à l'inflation.
04:57Oui, mais en même temps, en 2022, on leur avait reproché de ne pas agir suffisamment tôt.
05:01Donc elles ont aussi cette peur-là d'être en retard.
05:03Ça, elles ont agi, justement.
05:06Ça, c'est le deuxième paramètre qui nous différencie de 2022.
05:08C'est qu'en 2022, les banques centrales étaient terriblement en retard.
05:12Rappelez-vous, donc je vous ai dit, l'inflation en janvier 2022 était à 5%, partout.
05:18J'ai arrondi les chiffres.
05:19Or, les taux d'intervention des banques centrales étaient à 0 pour la BCE, 0,25 pour la Fed.
05:24Donc un écart totalement en sens inverse.
05:26C'est-à-dire qu'elles n'avaient pas suivi assez rapidement ce qui s'était passé en 2021.
05:30Et c'était aberrant d'avoir des taux d'intérêt aussi bas quand on avait une inflation qui était déjà
05:35à 5%.
05:35Aujourd'hui, il n'y a plus cet écart.
05:38Ce qui fait que les banques centrales pourraient agir.
05:40Elles vont certainement agir si l'inflation passe de 3 à 3,8, 4%, par exemple, aux États-Unis.
05:46Il serait possible si le conflit continue, si on passe les 3% en zonon.
05:50Mais elles ont suffisamment de marge pour relever leur taux d'intérêt aux États-Unis, 3,75 à 4,25.
05:54Plus doucement peut-être qu'en 2020.
05:55Exactement, plus doucement et sans preuve qu'il y ait un krach obligataire qui avait été fatal en 2022.
06:02Donc je serais plutôt en faveur d'un pic plutôt que d'un choc.
06:05Ah oui, choc ou pic pour les enfants qui mangent des céréales le matin, c'est une vraie question.
06:10Choc ou pic ?
06:10Pas de publicité.
06:11Choc ou pic, c'est plutôt pic en fait.
06:13Sauf si bien entendu, le conflit s'étend, dure des mois, bien entendu.
06:17Mais dans l'actualité des choses, d'ailleurs, les marchés me donneraient plutôt raison sur le scénario pic plutôt que
06:23choc.
06:23Puisque les taux d'intérêt obligataire à long terme sont passés vers 3,4 aux États-Unis sur 10 ans,
06:29vers 4,30, mais pas beaucoup plus.
06:31On va continuer à en reparler.
06:31Kevin Walsh, lui le patron de la Fed, continue de répondre aux sénateurs américains.
06:35Son audition se poursuit.
06:37Il est en train d'expliquer, Kevin Walsh, que le président, les présidents en général, les locataires de la Maison
06:44-Blanche en général, veulent toujours des taux plus bas.
06:46Voilà ce qu'il dit, sauf que l'indépendance de la Fed ne dépend que de la Fed.
06:50Le leadership de la Fed doit prendre ses propres décisions sur ce qu'il doit être fait et ne pas
06:55être fait.
06:56Voilà, donc il est en train de prononcer une forme de plaidoyer pour l'indépendance de la réserve fédérale américaine.
07:01Devant les sénateurs, il faut les convaincre les sénateurs de confirmer sa nomination à la tête de la Fed.
07:05Et pour les en convaincre, il faut les rassurer sur cette question de l'indépendance.
07:08C'est ce qu'il compte de faire à l'instant.
07:09On continue de suivre ces débats.
07:10Si vous êtes avec nous en télé, vous voyez, vous observez les images.
07:14Effectivement, cette commission bancaire du Sénat réunit le président de cette commission bancaire
07:18qui continue avec Elisabeth Warren, très très présente dans l'interrogatoire.
07:22L'interrogatoire, c'est un peu méchant, mais enfin voilà, dans ses échanges avec Kevin Walsh,
07:25très présents, très offensifs.
07:27Et ce qu'il faut retenir, les premières impressions et réactions du marché aussi à cette audition de Kevin Walsh,
07:32ce sera dans la suite de BFM Bourse.
07:33On va entrer dans un instant, dans la dernière demi-heure de cette séance.
07:35Avec vous, Christian, vous restez avec nous.
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