00:08Bonjour, bienvenue à tous, bienvenue au sommet de la mesure d'impact édition 2026.
00:12On est ravi d'accueillir Mathieu Baudin. Mathieu, bonjour.
00:14Bonjour.
00:15Vous êtes directeur de l'Institut des Futurs Souhaitables.
00:18Et avec vous, on va voir comment ça se mêle avec justement la mesure d'impact.
00:21C'est quoi l'Institut des Futurs Souhaitables ?
00:23C'est marqué dessus ce qu'on fait. On essaye d'imaginer l'avenir.
00:26C'est un exercice extrêmement intéressant et difficile.
00:31Parce que l'avenir, c'est une matière extrêmement volatile.
00:32Elle se transforme au moment où on en parle.
00:34C'est bien parce qu'elle se transforme qu'il faut en parler avant que d'autres n'en parlent
00:38pour vous.
00:38Et les Futurs Souhaitables, ce n'est pas le futur le plus usité dans le monde des médias autant que
00:43dans le monde politique.
00:44Et donc, on est en train de dire qu'il y a un demain plutôt gourmand qui nous attend si
00:48on sait le construire ici et maintenant.
00:51D'accord. Donc on construit le futur finalement dès aujourd'hui.
00:53À quoi il peut ressembler aujourd'hui ? Parce qu'il y a des motifs d'inquiétude, notamment en ce
00:58moment, avec des chocs géopolitiques, avec des chocs économiques à répétition.
01:02On se dit que ce futur, enfin certains en tout cas, sont pas mal inquiets.
01:05Oui, bien sûr. Alors il y a une double inquiétude parce que le présent aussi, il est inquiétant.
01:09Il n'y a pas que le futur pour le coup.
01:11Si on ne change pas, c'est inquiétant.
01:13Si on change, on a peur.
01:15Donc on est dans un moment où justement on se questionne profondément.
01:17Qu'est-ce qu'il faut changer ?
01:19À mon avis, il y a pas mal de choses à changer.
01:22D'abord le rapport qu'on a au temps.
01:24Ça n'a manqué à personne le fait qu'il y a une espèce d'accélération exponentielle de toutes choses.
01:30Des révolutions technologiques bien évidemment, mais aussi du temps de nos vies, du temps qu'on passe à faire des
01:35choses qui ne sont pas nécessairement utiles.
01:37Il y a quelque chose avec le temps qui s'est accéléré.
01:39On en manque en tout cas. On a l'impression de tout s'en manquer.
01:41Alors je ne sais pas si on en manque. En tout cas, on ne l'alloue pas peut-être à
01:45l'essentiel.
01:46Peut-être que la promesse de notre grande époque, c'est de retrouver le goût de l'essentiel, qui est
01:50un truc éminemment philosophique.
01:52Et à chaque période, on s'est posé la question.
01:54C'est ce qui compte vraiment aujourd'hui pour vous ?
01:56Il me semble que c'est ce qui compte vraiment, c'est d'aller vers l'essentiel.
01:59Avec une petite certitude quand même que l'essentiel, on est tous uniques génétiquement, c'est vrai.
02:03On n'est peut-être pas si singuliers que ça.
02:05Et on est peut-être tous arrivés secrètement du même essentiel.
02:08Si on arrive à le formuler et à le parler, peut-être qu'on va converger ensemble vers l'essentiel.
02:13Comment justement on redéfinit collectivement ses priorités ?
02:18Déjà, à mon avis, il y a un truc préalable à faire, c'est qu'il est urgent de prendre
02:22le temps.
02:22Je reviens sur le temps parce que pour moi, c'est la clé.
02:26Il est urgent de faire des pauses sur ce qu'on avait pris l'habitude de faire.
02:29Déjà pour les questionner, est-ce que c'est encore utile ?
02:32Est-ce que c'est encore adapté pour moi, pour les autres et pour le monde,
02:35qui est un peu la responsabilité fractale du moment ?
02:37C'est plus que moi, c'est plus que les autres, c'est aussi l'entièreté de la biosphère.
02:42Une fois qu'on s'est posé sur ça, qu'on a peut-être laissé passer ce qui est dépassé,
02:46il y a peut-être des choses qui n'ont plus lieu d'être dans le monde dans lequel on
02:49aimerait vivre,
02:49on se reprend un temps pour savoir là où on veut aller.
02:52Et ça, c'est le grand secret des navigatrices et des navigateurs.
02:55Choisir un horizon, c'est le bon moyen pour explorer l'inconnu.
03:00Choisir un cap aussi ?
03:01Plutôt l'horizon, les caps peuvent changer.
03:03Par exemple, j'ai Alexia Barrière dans l'aventure, dans l'Institut des Futurs Souhaitables.
03:07Elle a fait le Vendée Globe, elle a bouclé en 110 jours le Vendée Globe toute seule.
03:11Et elle nous le dit, quand elle a de l'énergie, si elle sait où elle va, si elle a
03:14un horizon,
03:15si elle voit une tempête arriver, elle peut traverser la tempête.
03:18Si elle a de l'énergie, ça lui fait gagner de la vitesse.
03:20Si elle n'a pas d'énergie, elle change de cap, elle laisse passer la tempête
03:23et elle changera de nouveau de cap pour aller vers l'horizon.
03:26Et en choisissant l'horizon qui est à mon avis la clé et la question,
03:29parce qu'on n'a pas un problème de solution en France, on a un problème d'horizon.
03:33Il y en a plein partout des solutions.
03:35Des gens qui se disent où ils veulent aller et où ils veulent aller ensemble, ça on en manque.
03:38Et si jamais on le fait, on répond à ce vieil apophtegme grec de Sénèque
03:42qui rappelait « nul vent favorable pour celui qui ne sait où il va »,
03:44qui est à mon avis la question du moment.
03:46Alors justement, quels indicateurs devraient selon vous guider
03:50soit les décisions publiques, soit les décisions privées
03:52pour gérer un impact réel et concret ?
03:55Oui. Le concret, à mon avis, penser différemment et voir différemment les choses,
04:02c'est éminemment concret.
04:03Si on ne change pas nos lunettes, il n'y a pas de raison qu'on aille dans un autre
04:06endroit
04:07qui était prévu, qui est quasi un peu une impasse.
04:09Donc prendre le temps de changer le regard, à mon avis, c'est très concret.
04:12Une fois fait, pour le coup, l'impact, ou en tout cas la mesure,
04:16qui m'intéresse le plus, c'est de réhabiliter le temps long dans les décisions présentes.
04:20Moi, je pense qu'il est urgent de prendre le temps long en conscience et en confiance, pour le coup.
04:25Et comment faire ?
04:26Moi, dans l'aventure de l'Institut, j'ai l'immense bonheur et l'insignonneur
04:30d'avoir un cabinet de curiosité du futur.
04:32Comme à la Renaissance, où il y avait des cabinets de curiosité,
04:34j'en ai recréé un, vieille tradition d'avenir.
04:36Et dedans, j'ai deux cartes de visite de la vice-première ministre du temps long
04:41et de son secrétaire d'État aux Bonnes Idées, avec lesquelles j'ai passé une énorme soirée incroyable,
04:45ici même en 2038-2, pour le coup.
04:48Et ils m'ont raconté comment ils ont réhabilité le temps long au cœur du gouvernement.
04:52Ils l'ont tellement bien fait que les ministres, qui sont toujours en silo,
04:56rendent compte, C-O-N-T-E, autant que C-O-M-P-T-E,
05:00du temps long sur toutes les propositions qu'ils font dans le Conseil de gouvernement.
05:04Ils le font tellement bien qu'ils font maintenant un ikigai en mode projet de la proposition
05:07avant de le proposer.
05:09Et le super ministère du futur trouve des terrains d'expérimentation,
05:12puisque la clé dans le futur, comme maintenant, c'est expérimenter, expérimenter, expérimenter encore,
05:18puisqu'à mon avis, il y a plus de risques qui n'a pas bougé qu'à bouger.
05:20Tout à fait. Donc réhabiliter le temps long, voilà un beau point.
05:24Dans les décisions présentes, oui.
05:25Et on va essayer pour modifier dès à présent le futur.
05:28Merci Mathieu. Mathieu Baudin, je rappelle que vous êtes directeur de l'Institut des Futurs Souhaitables.
05:33À très bientôt sur Bsmart.
05:34Merci, bonne aventure.
05:35Sous-titrage Société Radio-Canada
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