00:00Il est 7h42 sur Sud Radio, on vous explique ce matin de grands changements du côté de l'OM avec
00:05un nouveau président pour ce club de foot, Stéphane Richard, qui a été nommé hier en fin de matinée.
00:10On va en parler avec quelqu'un qui a occupé justement ses fonctions. Bonjour Christophe Boucher.
00:15Bonjour à vous.
00:16Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Ancien président de l'Olympique de Marseille de 2002 à 2004, auteur
00:21de « Mains basses sur l'argent du foot français ».
00:23C'est votre dernier livre.
00:24Mais vous, commençons peut-être par la base, quelle a été votre première réaction quand le nom de Stéphane Richard
00:30a été officialisé hier en conférence de presse par le propriétaire du club, Franck Macourt ?
00:38Une réaction très positive parce que Stéphane Richard est un homme d'entreprise solide, robuste, rompu aux tempêtes.
00:47Donc, j'ai trouvé que la chasse, comme on dit, puisque c'est comme ça qu'ont fait l'entreprise,
00:54avait été bonne avec un garçon comme Stéphane Richard.
00:57Et aujourd'hui, quand on voit les différents profils, celui de Stéphane Richard n'est pas du tout le même
01:02que le président précédent.
01:05Aujourd'hui, qu'est-ce que ça dit, cette nomination pour le club de l'Olympique de Marseille en ce
01:11moment ?
01:12Moi, j'ai l'impression que ça dit que l'actionnaire a envie quand même que désormais l'Olympique de
01:17Marseille devienne un vrai club.
01:19Ah, parce que ce n'était pas un vrai club jusqu'à là ?
01:22Non, c'était une équipe. C'est une équipe, l'OM, aujourd'hui.
01:27Malheureusement, ce n'est pas un club qui a suffisamment grandi.
01:31Ce n'est pas une grande entreprise structurée comme sont désormais les grands clubs européens.
01:37Et donc, je pense que la nomination d'un homme comme Stéphane Richard est là pour structurer le club véritablement
01:45et pas simplement avoir une équipe.
01:47Et quand vous dites structurer le club, on entend aussi le structurer peut-être financièrement.
01:52Il y a 48 heures à peine, on apprenait aussi le classement dans le journal L'Équipe des pires déficits
01:57des clubs de libre-gain entre 2024 et 2005.
01:59On a Marseille quand même qui arrive à la deuxième position avec un petit déficit de 104,8 millions d
02:06'euros.
02:07Ça passe par cette étape-là aussi ? Essayer de ramener ses dettes le plus proche que possible à zéro
02:12?
02:14Oui, ça passe par là.
02:16Pour ça, il faut que le club soit beaucoup plus structuré, qu'il ait des équipes, qu'il ait des
02:22fans partout dans le monde,
02:23que le marketing soit meilleur, que le merchandising, c'est-à-dire la vente des produits dérivés, soit meilleur,
02:29que la recherche des sponsors soit meilleure.
02:32Bref, il y a beaucoup de choses à faire.
02:34Et puis sur le plan sportif, il ne faut pas oublier qu'aujourd'hui en France,
02:37il faut impérativement, impérativement se qualifier pour la Champions League
02:42puisque la différence de budget entre les clubs qualifiés en Champions League et ceux qui ne le sont pas est
02:47abyssale.
02:48Elle est énorme, elle est extraordinaire.
02:51Puisque vous savez qu'en France maintenant, à cause du génie des affaires de Vincent Labrune,
02:57les droits TV, son pot de chagrin ressemble à ceux de la Belgique
03:02et que sans la Champions League, vous n'avez pas de budget.
03:05Christophe Boucher, vous qui êtes ancien président de l'Olympique de Marseille de 2002 à 2004,
03:09on le rappelle, dès hier en effet, le but, et ça a été annoncé dans la conférence de presse,
03:15c'est, je cite Stéphane Richard, donc le nouveau président d'OM,
03:17que le club aille chercher une place en Ligue des Champions.
03:20Ça fait tellement longtemps que cet objectif est ramené sur la table.
03:24Ça fait quoi ? Un peu dix ans que le nouveau propriétaire Franck McCourt est là.
03:28Est-ce que cette fois-ci, cet objectif est crédible ?
03:33Il est crédible si on fait en sorte qu'il le devienne,
03:36c'est-à-dire que si on donne de la stabilité à l'équipe.
03:40Alors je ne parle plus du club, je parle de l'équipe.
03:42Qu'est-ce qu'il manque à l'équipe pour vous ?
03:44Qu'en avait été l'ancien président aujourd'hui ?
03:46Il manque de la stabilité.
03:49Vous savez, le manège permanent des joueurs à tous les mercatos,
03:55vous n'arrivez jamais à faire une équipe.
03:57Toutes les équipes qui arrivent en Champions League,
04:00toutes les équipes qui sont performantes en Champions League,
04:03elles ont des effectifs stables d'une année sur l'autre.
04:06Or l'OM, depuis cinq ans, c'est un turnover permanent,
04:09c'est un manège, c'est la farandole.
04:12C'est des dizaines de joueurs, on ne sait même plus qui est qui.
04:16Quand l'équipe commence un mercato ou après un mercato, une saison,
04:20on ne connaît aucun des joueurs.
04:22Non, il faut qu'une équipe soit stable pour gagner.
04:25Et au-delà de stabilité, il faudra aussi peut-être parler de la stabilité des supporters.
04:31On sait à quel point le président de ce club de foot à Marseille
04:34est excessivement lié à ses supporters.
04:36D'ailleurs, dès hier en conférence de presse,
04:38Stéphane Richard, le nouveau président, a dit qu'il allait les rencontrer.
04:41Et ça aussi, ça va être un enjeu, apaiser les supporters,
04:44leur donner un moment, non pas peut-être des gains de cause,
04:46mais des gains ou des raisons de croire en ce club.
04:49Ça, ça fera partie des objectifs du nouveau président ?
04:51Oui, mais vous savez, vouloir, entre guillemets,
04:55faire ami avec les supporters ou les acheter,
04:57vous avez un seul moyen de le faire,
04:59c'est de gagner des matchs au Vélodrome
05:01et sur les autres terrains pour être en Champions League.
05:03Le reste, c'est de la littérature, le reste, c'est du blabla.
05:08Il n'y a aucune personnalité,
05:12aucune personnalité qui pourra apaiser les supporters
05:15si l'équipe ne gagne pas.
05:18Et il y a aussi, bien sûr, globalement, l'idée,
05:21quand on voit un club comme l'OM,
05:23est-ce qu'il peut encore grandir ?
05:24On a compris vos différentes conditions,
05:26mais quand on voit, globalement, le football français affaibli,
05:30est-ce qu'il pourra tenir à ce point dans ces clubs
05:33qui font partie, on va dire,
05:34et qui ont envie de survivre dans le haut de gamme ?
05:37La solution, malheureusement, la seule solution,
05:41et c'est une solution qui est très exigeante,
05:43c'est d'être qualifié tous les ans en Champions League.
05:46Donc, on y revient.
05:47C'est vraiment l'objectif qui permettra au club de survivre.
05:52Oui, parce que ce que vos auditeurs doivent comprendre,
05:54c'est qu'aujourd'hui, les droits télé
05:56qui nourrissent les clubs et qui sont en France
05:59sont devenus très faibles, mais très, très faibles.
06:02Aujourd'hui, là où les clubs touchaient
06:04plusieurs dizaines de millions d'euros,
06:06ils touchent quelques millions d'euros aujourd'hui,
06:08parce que les droits ont été vendus
06:11et traités n'importe comment.
06:13En revanche, quand vous arrivez au Champions League,
06:15vous avez les droits qui sont distribués par l'UEFA,
06:18c'est-à-dire la Fédération Européenne.
06:20Donc, il y a un système plus équitable, en fait.
06:24Non, au contraire, c'est un système
06:26qui est devenu très inéquitable.
06:28C'est-à-dire que si vous n'êtes pas qualifié
06:29en Champions League,
06:30vous n'avez pas les ressources nécessaires.
06:32Oui, c'est ça, c'est ce que j'allais vous dire.
06:33Quand vous êtes en Champions League,
06:35une fois que c'est l'UEFA qui dirige un peu,
06:37ça devient un peu plus équitable.
06:40Exactement.
06:40Ça devient surtout une manne financière
06:43très importante.
06:44Et donc, si cette manne financière,
06:47vous ne l'attrapez pas chaque année,
06:49chaque année, vous serez à un déficit considérable
06:53et vous n'y pourrez rien.
06:55Parce que comme vous êtes obligé
06:56de bâtir une équipe pour être en Champions League,
06:59vous êtes obligé d'acheter ou avoir des joueurs
07:01qui ont un certain talent
07:02et donc un certain prix.
07:04Et si vous n'êtes pas qualifié,
07:06évidemment, vous avez un déficit considérable.
07:08Donc, selon vous, Christophe Boucher,
07:10vous qui avez été ancien président
07:12de l'Olympique de Marseille de 2002 à 2004,
07:14plusieurs éléments,
07:16une stabilité dans l'équipe,
07:17une stabilité financière
07:18et surtout une ambition
07:19pour aller atteindre la Champions League
07:21chaque année
07:22pour avoir la manne financière nécessaire
07:23pour faire tourner le club.
07:25C'est les trois gros piliers.
07:27Oui, et beaucoup de nerfs surtout.
07:29Vous savez, parce que quand vous arrivez,
07:31beaucoup de nerfs,
07:32parce que quand vous êtes président
07:33d'une grande entreprise
07:34comme l'a été Stéphane Richard,
07:35vous avez des résultats qui tombent,
07:37mais tout le monde ne sait pas
07:38ce qui se passe dans l'entreprise.
07:40Là, la différence,
07:41c'est que vous jouez tous les trois jours
07:42et tout le monde sait ce qui s'est passé.
07:44Tout le monde sait si vous avez gagné
07:45ou si vous avez perdu.
07:46Et cette pression-là,
07:48cette pression populaire,
07:49elle n'existe dans aucune autre entreprise.
07:52Les autres entreprises,
07:53elles donnent les résultats tous les ans.
07:55S'il y a des conflits en interne,
07:57ça se résout en interne
07:58et tout le monde n'est pas au courant.
08:00Là, le problème dans le football,
08:01c'est que tout le monde
08:01est toujours au courant de tout.
08:03Donc, les crises sont sur la table
08:05et vous les avez sur votre bureau
08:07tous les matins.
08:08Et ça, ça demande évidemment
08:11beaucoup de recul,
08:12de sérénité et beaucoup de nerfs.
08:14Et vous, c'est ça qui vous avait marqué
08:16si je devais vous demander
08:17un très bon souvenir à Marseille
08:19et un moins bon souvenir
08:21quand vous en étiez le président ?
08:24Vous savez,
08:25quand vous êtes dans un club de foot,
08:27c'est un très bon souvenir.
08:29C'est quand vous gagnez,
08:30quand vous vous qualifiez
08:32pour une demi-finale
08:33ou une finale de Coupe de l'UEFA,
08:35vous êtes dans une extase totale
08:37pendant quelques heures,
08:38mais ça ne dure pas très longtemps.
08:40Et les très mauvais souvenirs,
08:41c'est ce qui vient de se passer,
08:42ce qui a coûté le poste Pablo Longoria,
08:45c'est quand le PSG vous bat 5-0.
08:47Bon, moi, ça ne m'était pas arrivé,
08:48mais le PSG était venu nous battre
08:52au Vélodrome en Coupe de la Ligue,
08:54je me souviens, à l'époque.
08:56Et bien, ça vous coûte votre place.
08:58Donc, c'est compliqué.
09:00Un milieu injuste, vous diriez ?
09:01Ce sera ma dernière question
09:02quand vous parlez de ce résultat ?
09:04Non, je ne sais pas.
09:05Il n'est pas juste,
09:06il est rationnel, il est logique.
09:09La loi du sport.
09:12Mais sauf que,
09:13par rapport à un autre président
09:15d'une autre entreprise normale,
09:17tout le monde le sait,
09:18tout le monde le voit,
09:19et tout le monde vous empêche
09:20d'acheter votre pain le matin.
09:23Et ça, c'est très différent quand même.
09:25Ça, c'est sur la pression populaire.
09:26Donc, mise en garde à Stéphane Richard,
09:29le nouveau président de l'ON.
09:29Merci beaucoup Christophe Boucher
09:31d'avoir été avec nous,
09:32ancien président de l'Olympique de Marseille
09:33de 2002 à 2004.
09:34Et pour ceux qui souhaitent vous lire,
09:36auteur de « Mains bas sur l'argent du foot français »
09:38à retrouver selon la formule adéquate
09:40dans toutes les bonnes librairies.
09:41Il est 7h51.
09:42C'est une.
09:42C'est une.
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