00:00Sud Radio et vous, une étude scientifique vient de révéler l'existence d'un lien, je cite,
00:04« solide », c'est le terme employé, entre l'exposition aux pesticides et un risque accru de cancer.
00:09Cette étude est inédite, elle a été menée par une équipe franco-péruvienne,
00:12notamment avec des chercheurs de l'Institut Pasteur et de l'Université de Toulouse.
00:17Leurs résultats ont été publiés dans la revue Nature Health.
00:20Bonjour Dr Daniel Séméca.
00:23Bonjour Benjamin, bonjour à tous.
00:24Et merci d'être avec nous comme tous les lundis matins.
00:27avec cette étude que je qualifiais d'inédite parce que c'est la première fois qu'une telle étude est
00:32réalisée à l'échelle d'un pays,
00:34en l'occurrence le Pérou.
00:35Elle conclut cette étude à un effet cocktail des pesticides.
00:39Concrètement, ça signifie quoi docteur ?
00:42Cela signifie que ce n'est pas seulement une substance qui est étudiée,
00:47mais la synergie, l'existence simultanée de plusieurs substances,
00:54même d'un grand nombre de substances à l'échelle d'un pays.
00:58Et on sait bien que chez nous, en France particulièrement,
01:02c'est toujours une substance qui est étudiée,
01:05une fois c'est le cadmium, une fois c'est les PFAS,
01:09une fois c'est autre chose.
01:11Or l'effet cocktail, c'est l'action combinée de ces divers facteurs qui n'est jamais étudiée.
01:18Et ce qui est intéressant, c'est que ces substances chimiques,
01:23il y en a 31 pesticides,
01:25ils n'étaient pas classés comme cancérogènes par l'OMS ?
01:30Exactement.
01:31Ce qui prouve bien que nous ne sommes pas protégés par la manière dont les normes sont effectuées actuellement,
01:40puisque la charge de la preuve est du côté un peu de la substance.
01:44Il faut prouver qu'une substance est cancérigène, toute seule, pour pouvoir établir une norme.
01:52Or il faudrait que la charge de la preuve soit inversée,
01:55parce qu'on voit bien que des substances étrangères, des substances inhabituelles,
02:01des substances d'origine industrielle, peuvent avoir comme cela un effet combiné.
02:05On a un bel exemple d'effet cocktail, vous savez, pour les accidents d'avion.
02:11On sait bien qu'un accident d'avion, ça n'arrive jamais à cause d'une seule cause,
02:15parce que tout est prévu, tout est prévu.
02:18Mais quand il y a plusieurs causes simultanées,
02:20c'est là que le pépin arrive.
02:22Pour notre santé, c'est dommageable.
02:25Revenons donc à cette étude réalisée à l'échelle d'un pays, le Pérou.
02:29La présence de ces pesticides, de ces 31 pesticides,
02:32augmente de combien le risque de développer un cancer ?
02:36C'est variable, mais cela peut aller jusqu'à 9 fois plus important.
02:40Ça concerne essentiellement, un peu tout, des cancers digestifs,
02:45des cancers des organes génitaux féminins, de la peau, du rein.
02:50Vraiment, il y a un grand nombre de cancers qui sont concernés.
02:52Oui, donc ça veut dire que ce n'est pas un type de cancer en particulier.
02:56On a finalement une grande diversité de cancers qui peuvent être provoqués.
03:01En tout cas, il y a un risque supérieur avec l'exposition à ces pesticides.
03:06Oui, tout à fait, et c'est vraiment l'ouverture d'une nouvelle piste d'investigation.
03:11Et j'espère que cette étude mènera à un nouveau regard sur notre santé
03:17et les modifications de l'environnement.
03:19Parce que, encore une fois, la charge de la preuve d'un seul côté,
03:23on voit bien que c'est insuffisant et c'est toujours trop tard
03:26qu'on s'aperçoit des catastrophes sanitaires.
03:29Je me mets à la place des auditeurs qui nous écoutent et qui disent
03:32« Voilà, là, c'est une étude qui a été réalisée au Pérou.
03:35La France, ce n'est pas le Pérou. »
03:36Alors, l'Institut Pasteur parle ici d'un terrain d'étude pertinent.
03:39Ça veut dire quoi ?
03:40Ça veut dire que, potentiellement, si on avait fait cette étude-là en France,
03:44on aurait obtenu des résultats équivalents ou pas, docteur ?
03:48Probablement, bien entendu, qu'on ne va pas superposer ces 31 substances.
03:52Peut-être qu'on va trouver qu'en France, tel ou tel n'est pas utilisé
03:57ou que tel autre l'est.
03:59Mais quand même, le Pérou, c'est sur la même planète que nous
04:02et il n'y a aucune raison que ces résultats ne puissent pas être extrapolés,
04:07en tout cas, dans le doute qu'ils puissent être au moins supposés.
04:11Oui, et ça montre aussi l'importance peut-être d'étudier cet effet cocktail potentiel
04:15qu'on pourrait avoir en France également.
04:18C'est peut-être aussi l'objectif ici de l'Institut Pasteur.
04:21En tout cas, c'est ce qu'on pourrait faire.
04:24Bien entendu, et il faut insister sur le caractère extrêmement compliqué,
04:29extrêmement difficile d'étudier plusieurs substances en même temps
04:33parce que ça suppose une cartographie très précise d'un pays
04:38de savoir où est utilisé tel pesticide, plus tel autre, plus tel autre.
04:43Dans une autre région, les mêmes, moins celui-ci ou plus celui-là.
04:49Et donc, c'est un calcul extrêmement compliqué, donc long, donc coûteux
04:55pour faire ce type d'études.
04:57Et on suivra cela, effectivement, si c'est le cas un jour en France.
05:00Merci beaucoup, docteur Daniel Simeka, d'avoir décortiqué pour nous cette étude
05:04inédite et passionnante, effectivement.
05:06Je vous souhaite une très belle journée, une très belle semaine et à lundi prochain.
05:09Merci.
05:09Merci.
05:09Merci.
05:09Merci.
05:10Merci.
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