00:06L'invité de ce Smart Impact c'est Stéphane Gore, bonjour.
00:10Bonjour Thomas.
00:10Bienvenue, vous êtes le président de la SOS, alors c'est le surnom qu'on donne à la Société des
00:14ingénieurs des arts et métiers.
00:16C'est une vénérable, elle existe depuis combien de temps cette association ?
00:18La société a été créée en 1846, elle a été déclarée d'intérêt public par décret impérial de 1860,
00:28et aujourd'hui on représente à peu près 30 000 camarades, donc nous sommes la plus importante association d'ingénieurs
00:36en France.
00:37Qu'on surnomme les Gadsars évidemment et je salue les Gadsars que je connais.
00:42Alors on a deux thèmes à aborder, les journées usines ouvertes et puis un observatoire des industries responsables que vous
00:48avez réalisé avec l'IFOB.
00:50Je vais donner quelques chiffres sur cette deuxième opération usines ouvertes, plus de 500 usines participantes,
00:57c'était 230 en 2025, donc il y a vraiment une forte progression, plus de 35 000 visiteurs au total.
01:05C'est tout type d'usines, quelles usines participent à une journée, à des journées d'ailleurs comme celle-ci
01:11?
01:11Alors effectivement les journées usines ouvertes c'est sur deux jours, le vendredi dédié aux scolaires et aux chercheurs d
01:18'emploi,
01:18et puis le vendredi au grand public. Alors tout type d'entreprise, des petites, des moyennes, des grandes,
01:24alors les grandes en général sont habituées à faire ces visites d'usines, en revanche les plus petites sont moins
01:29rompues
01:30et on les aide pour que les choses se passent bien. Donc on a l'ensemble en termes d'activité,
01:35c'est tout type d'activité industrielle
01:37et puis en termes de taille on a des entreprises de quelques dizaines de personnes et puis on va jusqu
01:42'au très grand groupe que nous connaissons tous.
01:44Avec un taux de satisfaction des participants, j'ai vu ça, c'est un score de République bananière,
01:50mais c'est important de sonder parce que c'est jamais que la deuxième édition.
01:54Mais en fait pour nous ce qui est important c'est de se dire est-ce qu'on a rencontré
01:58notre public ?
01:58Et le public en fait ce sont d'une part les entreprises et d'autre part les visiteurs.
02:03Alors les entreprises sont satisfaites effectivement dans des proportions assez importantes, on parle de 95 ou 97%.
02:10La très très grande majorité d'entre elles sont prêtes à recommencer l'an prochain, donc elles sont satisfaites,
02:17ça veut dire qu'en réalité elles ont besoin de se faire connaître, elles recherchent souvent des compétences,
02:23donc elles considèrent que ça répond à ces journées inouvertes sont une opportunité qui correspond à besoin
02:29et en face les visiteurs sont satisfaits dans les mêmes proportions, c'est 95%.
02:35Et là aussi les gens sont curieux, les gens sont ravis de découvrir des environnements et des activités
02:42dont ils ignorent parfois l'existence, en tout cas ils ignorent ce qui s'y passe.
02:46Et pourtant on sait l'importance de ces industries pour les territoires dans lesquels elles sont implantées.
02:51J'imagine bien pourquoi vous avez créé ces journées usines ouvertes, quel objectif ?
03:00Des idées reçues contre lesquelles il faut lutter, peut-être des difficultés à recruter pour certaines de ces entreprises ?
03:10Un chiffre. L'an dernier, avec nos amis de l'IFOP, nous avons interviewé des Français.
03:16Et à la question, seriez-vous prêt à recommander à un de vos proches de rejoindre l'industrie ?
03:23En fin 2024, c'était 11% de réponses favorables.
03:28En 2025, on est tombé à 8%.
03:31L'industrie n'est pas connue, l'industrie peut être inquiète,
03:36parce qu'on en parle, quand on en parle souvent dans les médias,
03:39c'est pour parler de fermeture d'usines, alors qu'il y a des créations d'entreprises,
03:45il y a des développements d'usines, etc.
03:46On s'est dit, il faut faire quelque chose.
03:48Nous sommes légitimes à faire quelque chose.
03:50Et l'idée est partie un petit peu des journées du patrimoine.
03:54Et on s'est dit, à l'instar des journées du patrimoine,
03:58créons les journées usines ouvertes.
03:59L'idée derrière tout ça, c'est contribuons au printemps de l'industrie,
04:04à la réindustrialisation de la France.
04:06Parce qu'il y a plein d'explications.
04:10Effectivement, la désindustrialisation dont vous parlez fait qu'on a perdu le lien avec ces entreprises-là ?
04:19La part de l'industrie dans le PIB, il est moins de 10%.
04:22Ça veut dire que le contact avec l'industrie s'est amenuisé, d'une part.
04:26Et puis d'autre part, on se rend compte que les prescripteurs de l'industrie,
04:33qui peuvent être les parents, les enseignants, les chargés d'orientation, etc.,
04:38au fond, ne connaissent pas l'industrie.
04:40Et donc, il y a des préjugés qui sont nourris.
04:44C'est quoi les préjugés ?
04:45L'industrie, c'est sale, l'industrie, c'est pas bien, l'industrie, ça ferme, l'industrie, c'est polluant.
04:52Plein de choses.
04:53Alors, sachant que, quand on interroge les Français, ils sont convaincus qu'il se passe des choses dans l'industrie.
04:58Que l'innovation s'y passe, que l'innovation verte s'y produit, etc.
05:05Mais de là, franchir le pas, à le recommander, on n'en est pas encore là.
05:09Et donc, ça vient de se passer, ces deux journées, on fait le bilan.
05:14Mais ils vont de surprise en surprise, souvent, les visiteurs ?
05:17C'est-à-dire que, pour aller contre cette liste d'idées reçues dont vous parliez ?
05:22D'abord, ils rencontrent des gens qui sont fiers de leur métier.
05:25Quand on est face à des gens, quel que soit leur niveau, qui ont la banane,
05:30qui présentent avec plaisir leur savoir-faire, leur machine, leur façon de travailler,
05:35c'est plutôt réjouissant.
05:36Et on fait en sorte que, lors de ces visites, ce soient bien les gens qui sont au travail,
05:43si je puis dire.
05:44Ce n'est pas une action de communication.
05:48Ce sont bien les gens qui sont sur des postes, les ingénieurs, les techniciens,
05:52qui expliquent, qui présentent avec leurs mots, avec leurs pratiques, ce qu'ils font,
05:58leurs responsabilités, leur engagement.
06:00Est-ce que vous poussez le curseur, j'imagine que oui,
06:04mais à organiser aussi des visites dans les classes, dans les collèges, dans les lycées,
06:08pour justement changer l'image et inciter les plus jeunes à se dire
06:12« Tiens, peut-être que l'industrie, c'est pour moi. »
06:13Alors ça, c'est quelque chose que les Gadsars font depuis beaucoup plus longtemps.
06:16C'est ça, oui.
06:17On contribue à ce qu'on appelle la promotion des métiers scientifiques et des métiers d'ingénieurs.
06:22Et là, on a notre réseau, mais comme d'autres réseaux,
06:25contribuent effectivement à aller dans les collèges et lycées pour expliquer.
06:29Alors quand on explique, on n'explique pas seulement l'industrie,
06:31on explique d'abord l'importance de la science, des matières scientifiques,
06:36les mathématiques, la physique, pardon, les sciences de l'ingénieur,
06:39les sciences de la vie et de la terre, etc.,
06:41qui sont les bases nécessaires pour ensuite, le cas échéant,
06:45aller vers des métiers de l'industrie.
06:47Avec un enjeu, on est en pleine actualité sur la maîtrise notamment des mathématiques,
06:51le patron de Thalès qui alerte sur la baisse du niveau en maths en France.
06:55Il y a quelque chose de dramatique.
06:56Oui, mais évidemment, avec des effets qui risquent d'être délétères
06:59pendant plusieurs années, plusieurs décennies peut-être même.
07:02Cet observatoire, observatoire en collaboration avec l'IFOP,
07:06Observatoire Arts et Métiers des Industries Responsables,
07:08que vous avez publié il y a quelques mois, c'est ça ?
07:12C'était le premier ?
07:13Non, c'était le second.
07:14Ah, c'était le second.
07:16L'objectif, c'est justement de changer un peu l'image ?
07:18L'objectif, c'est d'avoir la température.
07:22On s'est dit, on pose des questions, donc année 1,
07:27on repose les mêmes questions, année 2, pour voir comment les choses évoluent.
07:31Et puis, on a rajouté cette année une question supplémentaire
07:35sur le sentiment que les Français avaient de la réindustrialisation.
07:40On voulait voir un petit peu comment les gens réagissaient.
07:43Alors, quand je dis les gens, en fait, on interroge d'un côté
07:45à peu près 2000 gazards, donc des ingénieurs
07:48qui sont pour beaucoup dans l'industrie.
07:50Et puis, donc, Jérôme Pourquet de l'IFOP interroge 1000 Français,
07:53et donc, pour voir un peu ce que ça donne.
07:55Et ce dont on s'est aperçu, donc, pour cette édition 2025,
08:00c'est que les Français, comme les ingénieurs d'ailleurs,
08:02étaient un peu dubitatifs sur la réindustrialisation.
08:06On est plus dans l'incantatoire
08:08et pas encore dans les effets de l'action politique, quoi.
08:11Quand on demande, en particulier aux ingénieurs,
08:14qu'est-ce qu'ils bloquent sur cette réindustrialisation,
08:15il y a deux sujets, deux thèmes qui reviennent.
08:18C'est d'une part la réglementation, la sur-réglementation,
08:22qui est un frein et un handicap au développement industriel.
08:26Et puis, deuxièmement, mais ça, vous le savez également,
08:29c'est le niveau des impôts de production
08:32qui freine le développement des entreprises.
08:34Et ça, c'est quelque chose qui est dit.
08:38Observatoire des industries responsables,
08:41quelle part, là ?
08:42Il y a des enjeux de décarbonation, évidemment,
08:44qui sont importants,
08:45et notamment dans les industries
08:48qui sont les plus consommatrices d'énergie.
08:52C'est un levier de transformation d'images, justement,
08:55par rapport à ce qu'on disait tout à l'heure.
08:56Bien sûr, parce que, de toute façon,
08:58il faut comprendre que la décarbonation de l'industrie
09:02ne se fera pas de l'extérieur.
09:05Ça ne sera pas de l'incantatoire,
09:07ça ne sera pas des discours.
09:09Ce seront les gens de l'industrie
09:11qui, progressivement, font évoluer l'industrie.
09:14Alors, ça ne se dit pas, c'est pas connu,
09:17mais il faut comprendre que les industriels
09:20sont très sensibles à ces sujets.
09:23Ils donnent des objectifs à leurs équipes.
09:26Les gens travaillent tous là-dessus.
09:27Alors, comme c'est sur du temps long,
09:30comme ça se fait dans, comment dirais-je,
09:32par du travail en équipe,
09:34et comme c'est fondé sur des connaissances très pointues,
09:38ça n'est pas forcément su,
09:39et ça n'est pas forcément facile à faire connaître.
09:43Mais en revanche, je connais un peu le secteur de l'aéronautique,
09:47regardez comment, sur longue période,
09:49a évolué le niveau de consommation des avions en kérosène, par exemple.
09:54Mais c'est énorme, c'est très spectaculaire.
09:56Et ce sont bien des gens de l'intérieur qui le font.
09:59Et donc, l'industrie a besoin de compétences,
10:02a besoin d'enthousiasme et d'engagement pour se décarboner.
10:05Alors, je suis d'accord avec vous, ça vient d'abord de l'intérieur,
10:06mais il y a quand même la nécessité d'une impulsion réglementaire
10:10qui peut être française, qui peut être européenne.
10:11Si je prends l'exemple d'ArcelorMittal,
10:13de ce four que l'entreprise...
10:15Alors, l'engagement est pris, espérons que ça se fera.
10:18Il a fallu quand même que l'État EDF s'engage
10:21sur un prix d'électricité garanti
10:24pendant au moins une décennie, si je...
10:26Oui, oui, bien sûr, mais il est normal
10:29qu'il y ait un environnement réglementaire
10:32qui soit incitatif.
10:33Mais néanmoins,
10:35n'oublions pas que les jeunes
10:37sont également sensibles
10:39à ces sujets environnementaux,
10:41et ne pas traiter ces sujets environnementaux,
10:43c'est se couper de ressources
10:46qui ne viendront pas.
10:47Et donc, c'est un jeu
10:49sur lequel on doit prendre en compte
10:51l'ensemble des paramètres et les motivations
10:53des différentes parties prenantes.
10:55Merci beaucoup, Stéphane Gorce.
10:57On t'a bientôt sur Be Smart for Change.
10:59On passe tout de suite à notre Zoom,
11:01l'insertion professionnelle en question.
11:04Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires