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En marge du Salon International de l’Agriculture, on se demande quel sera demain le visage de l’industrie agro-alimentaire. Relation avec les producteurs agricoles, transformation vers des modèles plus durables et respectueux de l’environnement, ou encore une évolution vers des besoins en compétences technologiques… On fait le point avec trois observateurs du secteur.
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00:11Le cercle est rage pour parler et débattre de l'agroalimentaire, débattre évidemment à l'aune de smart jobs, des
00:17métiers, de leurs évolutions, de la manière dont les étudiants veulent entrer peut-être dans des entreprises d'agroalimentaire qui
00:23étaient, je dis étaient, le fleuron français,
00:26parce qu'on voit qu'aujourd'hui la France n'est plus souveraine dans beaucoup, beaucoup de produits et ça
00:31c'est un vrai sujet, un vrai sujet économique et de souveraineté, on va en parler avec mes invités, avec
00:37moi Marine Pochat, bonjour Marine, très heureux de vous accueillir, associé Deloitte et c'est très intéressant parce que vous
00:43êtes spécialiste des sujets agricoles, Deloitte n'est pas spécialisé à l'origine sur ces sujets mais ils élargissent le
00:49spectre et vous avez une réflexion sur tous les enjeux économiques d'agroécologie et on va vous écouter dans quelques
00:55instants.
00:55A vos côtés, Xavier Béziot, bonjour Xavier, directeur général de Morgane Philips, on prononce le S, management de transition avec
01:04des collaborateurs, des salariés qui vont partir dans du management de transition dans la grande distribution et évidemment on voit
01:11le lien avec l'agroalimentaire.
01:13Ludovic Brindjohn, bonjour, très heureux de vous accueillir, directeur général d'Agrie Éthique France, c'est du commerce équitable français,
01:21c'est de la transition agroécologique et c'est aussi un label et vous y tenez beaucoup.
01:27Merci d'être là et puis Caroline de Seineville est avec nous, bonjour Caroline, vous êtes journaliste décideur RH et
01:32comme dans chacune de nos émissions vous nous brossez une petite photographie aussi de l'ambiance quand on parle d
01:37'agroalimentaire, vous êtes intéressé vous aux étudiants qui le regardent aussi l'agroalimentaire.
01:43Les étudiants d'agro-paritech, certains d'entre eux sont membres du collectif Agro en lutte et ils ont bloqué
01:47leur école en janvier dernier, ils disent qu'ils s'insurgent contre l'emprise de l'agro-industrie sur leur
01:52école, leur formation qu'ils accusent d'être uniquement portée sur l'agriculture intensive et de manière générale l'avenir
01:58du modèle agricole et ça nous rappelle le discours qui avait été prononcé en mai 2022 par 8 diplômés d
02:04'agro-paritech qui avaient appelé à se détourner d'un avenir qu'ils disaient tout tracé vers des emplois dans
02:10l'agro-industrie.
02:11L'agro-industrie, je me tourne vers vous parce que de formation, vous êtes chez Deloitte, magnifique marque, vous êtes
02:17ingénieur agronome.
02:19Ça sonne à vos oreilles, est-ce que quand vous étiez vous déjà à l'époque étudiante, vous aviez aussi
02:25cette appétence-là de dire un autre agroalimentaire est possible pour paraphraser une phrase célèbre ?
02:31Tout à fait, et effectivement la nouvelle génération nous conduit là-dedans.
02:35Alors moi je fais partie de deux lois de sustainability, donc on accompagne la transformation du secteur et notamment du
02:41secteur agro, donc de la coopérative jusqu'à la distribution.
02:44Et on travaille beaucoup aujourd'hui sur les sujets de résilience alimentaire qui se décline en trois éléments, la résilience
02:53de la production agricole, la résilience de la transformation des produits alimentaires,
02:57et puis la logistique et la distribution. Sur la production agroalimentaire, il y a un élément clé, il y en
03:04a trois, mais je vais parler du premier, un élément clé de la résilience qui est l'environnemental.
03:08On ne peut pas produire si on ne préserve pas notre environnement et au-delà de le préserver, c'est
03:12le régénérer.
03:13Et donc ces trois choses, c'est le sol, l'eau et la biodiversité.
03:17Et aujourd'hui, c'est pour ça que les étudiants se lèvent et se battent, parce qu'on a le
03:22futur de notre agriculture entre les mains, et il faut absolument préserver ça.
03:25Ce n'est pas le seul élément, il faut parler des agriculteurs aussi, mais par rapport à votre question, il
03:31y a un vrai sujet sur l'environnement.
03:32Donc votre métier, c'est d'accompagner la transformation d'un secteur agroalimentaire dont on dit, je me tourne vers
03:38vous, qu'il est à bout de souffle.
03:40C'est-à-dire qu'un peu comme le monde agricole aujourd'hui qui souffre et qui manifeste et qui
03:43hurle en disant, on ne vit plus de notre métier, on a des fournisseurs, des intrants trop chers et des
03:49coûts de sortie qui ne nous rapportent pas.
03:52L'agroalimentaire est à bout de souffle, on a des consommateurs qui tournent le dos, on a beaucoup d'ONG
03:57qui dénoncent la qualité des produits, et on a évidemment des externalités qui nous coûtent très cher.
04:01Comment vous regardez ce sujet, vous, qui labellisez ?
04:04Alors nous, on labellise, on accompagne tous les acteurs, du producteur jusqu'au porteur de marque.
04:10Dans la structuration de filières, avec comme élément central de notre démarche, la définition du prix des producteurs.
04:19Notre expertise, c'est d'accompagner les collectifs de producteurs dans la construction du prix.
04:24Le juste prix, le prix qui leur permet de vivre.
04:26Le juste prix. Ce qui est important, c'est que nous, on ne va pas imposer un prix, ou recommander
04:30un prix, ou administrer un prix, parce que c'est un peu le terme qu'on utilise.
04:34Il y a les négo en ce moment en plus, ça fait raille.
04:37Ça fait raille, mais alors, je voudrais juste rebondir sur un sujet, c'est vrai qu'on parle beaucoup de
04:41transition agroécologique.
04:42Moi, je suis ravi que les étudiants, entre guillemets, se révoltent et disent, on veut plus d'environnement, plus de
04:49biodiversité.
04:50Mais le problème, il n'est pas sur la biodiversité et sur l'environnement.
04:53Ah bon ?
04:53Non. Le problème, c'est déjà de bien définir ce prix. Si les agriculteurs ne peuvent pas bénéficier d'un
04:59prix dans la durée, c'est même pas la peine de parler des autres sujets.
05:03Donc ça veut dire qu'ils ne vont pas s'en préoccuper.
05:05Et le problème qu'on a, c'est que c'est le consommateur qui impose la marche. On est sur
05:09une marche en arrière.
05:10On est sur une marche en arrière. Pour définir le prix du producteur, aujourd'hui, on part du consommateur.
05:15Mais on se trompe. Nous, notre modèle, c'est de partir du producteur pour définir le prix.
05:19À Egalim, tous les débats autour d'Egalim, c'était en part du producteur pour définir le prix et éduquer
05:24le consommateur.
05:25L'Egalim, personne ne le respecte, pour info.
05:27Alors, c'est faux. Il y a des acteurs qui le respectent.
05:30Nous, nos partenaires qui s'engagent sur des contrats à 3 ans, à 5 ans, à 10 ans.
05:36C'est pour ça, ce que je veux dire, c'est qu'il y a beaucoup d'acteurs aujourd'hui
05:39qui surfent sur le misérabilisme des agriculteurs.
05:41Il faut donner un centime de plus. Moi, je ne suis pas sur ce sujet-là.
05:44Moi, je montre qu'il y a des acteurs de l'agroalimentaire, il y a des agriculteurs qui peuvent se
05:48mettre d'accord
05:48sur des contrats à 3 ans, à 5 ans, à 10 ans.
05:50Excusez-moi, je vais donner la parole à Xavier, mais est-ce que vous avez, là, sur ce plateau,
05:54vous nous dites, moi, j'incarne l'agroalimentaire vertueux.
05:58Est-ce que c'est ça, votre message ?
06:00Oui, complètement. Je n'ai jamais nommé comme ça, mais on peut le qualifier ainsi.
06:04On a des acteurs qui peuvent s'engager dans la durée et qui peuvent payer au juste prix les agriculteurs.
06:11Mais en assumant le mot agroalimentaire, qui est un mot souvent gros mot.
06:14Oui, ou industriel, agroalimentaire. Pour moi, ce n'est pas un gros mot, clairement.
06:19Ce n'est pas un gros mot.
06:20Non, c'est une valeur cardinale.
06:21Valeur cardinale, l'agroalimentaire, valeur cardinale.
06:23Vous, vous avez les salariés. Vous êtes en lien, vous, en direct, avec la grande distribue.
06:27Nous, on n'a pas des salariés directement, mais nous avons des personnes, en effet,
06:30qui interviennent aussi bien dans la grande distribue que dans l'agroalimentaire.
06:34Donc, ça nous donne une vision un peu globale du marché.
06:37C'est vrai que ce sont, on en parlait tout à l'heure, mais des sujets vraiment presque irréconciliables
06:42entre, d'une part, le prix que veulent les consommateurs,
06:45qu'ils le veulent toujours moins cher pour des raisons stricto...
06:48Pouvoir d'achat oblige.
06:49Pouvoir d'achat, avec en plus, on ne va pas faire de la politique,
06:52mais il y a les géopolitiques, il y a l'Ukraine.
06:54Si, bien sûr.
06:55Il y a tout un tas.
06:55Le cours du blé.
06:56Exactement.
06:57Il n'y a aucune vérité qui dure plus de deux ou trois mois dans ce secteur-là.
07:01Et si on parle notamment à les cycles RH, on les a de plus en plus courts,
07:05avec une notion de devoir s'adapter perpétuellement.
07:08Là, on parlait tout à l'heure de la partie achat,
07:11le nombre de personnes que ça mobilise,
07:13le temps de ces négociations en grande distrie ou côté...
07:17Et que ça épuise.
07:18Et que ça épuise.
07:18C'est fatiguant.
07:19Et avec cette notion que personne ne doit lâcher.
07:21Donc, c'est aussi important.
07:23Pardonnez-moi, dans ce que nous a dit Caroline de Senneville
07:26sur ces étudiants le 26 janvier qui ont bloqué l'école,
07:29ils rajoutaient quelques éléments que j'ai trouvés très intéressants.
07:31Ils souhaitaient, et je me tourne vers vous,
07:33où vous disiez tous l'agroalimentaire,
07:34c'est bon, très bien, on l'assume tous, pourquoi pas ?
07:37Eux, ils voulaient des membres du bio au conseil d'administration.
07:41Ils voulaient, pourquoi pas même, des gens qui faisaient de la biodynamie
07:43pour pouvoir aller un peu plus loin dans la démarche.
07:46Vous voyez bien le caractère comme ça d'opposition
07:48entre ce qui pourrait être des produits industriels pas toujours très bons,
07:52dotés de sel,
07:53parfois dotés de produits chimiques pour la conservation.
07:56Et puis en face, on aurait des agriculteurs plus vertueux, plus sains,
07:59qui offriraient une agriculture, je dirais, plus saine, plus consommable.
08:02Est-ce que je vais un peu fort en besogne ?
08:05Je pense qu'il faut éviter les extrêmes et aller chercher l'intermédiaire
08:08qui est toujours la vie.
08:09La vérité sera au milieu, en fait.
08:10Oui, c'est pas noir ou blanc.
08:11Je suis tout à fait d'accord, moi, avec Ludovic.
08:14Dans la résilience de notre système alimentaire,
08:16il y a l'environnement,
08:18mais il y a aussi les agriculteurs.
08:20Et le métier d'agriculteur a perdu un peu de son attractivité.
08:24Il faut lui rendre cette attractivité.
08:26Et ça commence par un revenu décent.
08:28On en revient au prix.
08:29Et donc, moi, je ne pense pas que le consommateur paiera la transition.
08:35Le consommateur ne peut pas, dans les études de l'Ouat
08:37qu'on a faites sur la consommation des Français,
08:39on voit bien que le pouvoir d'achat,
08:41c'est le premier déterminant des consommations.
08:43Vous avez une étude de l'Ouat.
08:44Alors, ce n'est pas vous qui l'avez portée, elle vient de Hollande.
08:47Je ne vous demande pas de l'assumer entièrement.
08:49Ce n'est pas vous qui l'avez écrite.
08:50Mais le titre, c'est un titre anglais,
08:51mais traduit le coût caché de notre agriculture.
08:54C'est un rapport de l'Ouat qui montre que les dommages sociaux causés par l'agriculture néerlandaise
08:58sont chaque année supérieurs aux bénéfices économiques.
09:01Tout est dit.
09:02Tout à fait.
09:02Il y a plein d'études qu'on a pu mener sur le coût de l'action versus le coût
09:06de l'inaction.
09:06D'accord.
09:07Ça coûte plus cher de ne rien faire que de faire.
09:09Et ça coûte aujourd'hui, de façon très forte,
09:12d'un point de vue environnemental et social, sur nos agriculteurs.
09:14D'où le fait de mettre des gens du bio dans le conseil d'administration de Paris Agrotech.
09:18Je ne sais pas si c'est des gens du bio.
09:20Je ne sais pas s'il y a une vérité.
09:22L'agriculture est diverse.
09:23Et le bio, ce n'est pas la solution ultime.
09:26C'est une solution parmi d'autres.
09:28En revanche, il y a effectivement la nécessité de réinventer un petit peu les façons de produire.
09:32Et je pense qu'on sait que la population agricole vieillit.
09:36La moitié des fermes aujourd'hui sont dirigées par des agriculteurs qui ont plus de 55 ans.
09:42La nouvelle génération d'agriculteurs, c'est notre chance à tous.
09:45C'est une opportunité.
09:46Encore faut-il qu'on arrive à donner envie.
09:48Et donc, c'est un revenu.
09:50C'est de la diversification.
09:51C'est moins de pénibilité au travail.
09:54C'est plus d'actuels capitales.
09:57Non, je ne sais pas.
09:57Moins de pesticides aussi.
09:58Moins de pesticides.
09:59Mais il n'y a pas de solution magique.
10:01Il y a moins de pesticides, je pense.
10:02Et il y a des solutions qui existent.
10:05Au-delà des pesticides, on peut cultiver d'autres cultures.
10:09On peut penser aux légumineuses.
10:10Les légumineuses, c'est une culture qui est hyper intéressante d'un point de vue agronomique.
10:15Puisqu'elles captent l'azote du sol, entre autres.
10:17Elles résistent aux sécheresses, etc.
10:19Il y a d'autres bénéfices agronomiques.
10:21Et d'un point de vue nutritionnel, c'est des fibres, des protéines et un index glycémique bas.
10:25C'est tout ce qu'il nous faut.
10:26Mais il faut accompagner le consommateur sur d'autres façons de consommer.
10:31Donc voilà, c'est très complexe.
10:33Caroline, vous voulez prolonger ce débat passionnant.
10:35Parce qu'on rentre doucement dans le cœur du sujet.
10:40On parlait de l'attractivité de la filière.
10:41Il y a une étude qui a été menée auprès de 600 étudiants dans les écoles d'ingénieurs agricoles et
10:45agroalimentaires en août 2024.
10:46Qui confirme ce que vous disiez.
10:47C'est-à-dire que 54% d'entre eux estiment que la rémunération est insuffisante dans la filière.
10:52Le chiffre était bien moins important en 2020.
10:54Et ils souhaitent plus de transparence, une meilleure communication sur les métiers et une image plus valorisante du secteur.
11:01Ça vous évoque quoi ?
11:02Mais nous, c'est notre métier de tous les jours.
11:03Là, je suis au salon d'agriculture depuis samedi.
11:06On a vu des étudiants d'ailleurs samedi pendant toute la journée.
11:10Leur objectif, c'est de mieux comprendre comment on fonctionne.
11:13Et de voir des solutions comme les nôtres, justement, qui apportent ce socle économique indispensable à la transition.
11:18Je le répète, et je suis complètement d'accord, il ne faut pas opposer les modèles.
11:22Il ne faut pas qu'on soit sur une démarche élitiste.
11:25On veut d'un côté préserver le pouvoir d'achat du consommateur, et de l'autre côté faire la rémunération
11:29du producteur.
11:31Il faut que les deux coïncident.
11:33Et pour que les deux coïncident, il ne faut pas qu'on soit sur une agriculture élitiste.
11:36Il faut qu'on puisse accompagner tous les agriculteurs dans cette train.
11:38Mais vous êtes venu avec des produits qu'on n'a pas montrés, parce qu'il y a des produits
11:40de marque, Xavier, je vous donne la parole.
11:42Mais il y avait des pains de mie, ou des brioches, il y avait des yaourts, et des chips.
11:47Et du miel.
11:49Évidemment, qu'on aurait presque pu goûter ensemble sur ce plateau.
11:52Quelle est l'action que vous menez avec ce label sur ces produits, qui sont des produits qu'on peut
11:56trouver en grande distribution, on est d'accord ?
11:58Clairement, sur la brioche, c'est très concret.
12:01La farine, issue du blé, les oeufs, le beurre, sont en commerce équitable.
12:07Je vais prendre l'exemple des oeufs, c'est extrêmement intéressant, ça va vous permettre de faire...
12:09Made in France, on est d'accord.
12:11Bien sûr, Made in France.
12:13L'objectif pour l'industriel, c'est aussi de sécuriser ses approvisionnements sur le territoire.
12:17C'est extrêmement important, puisqu'on perd de plus en plus d'agriculteurs.
12:21Je vais prendre l'exemple des oeufs.
12:22En France, il manque 300 élevages de poules pondeuses en France.
12:26D'accord ?
12:27Dans le modèle qu'on a mis en place, on fait des contrats à 10 ans avec les éleveurs, entre
12:31l'industriel et les éleveurs.
12:32Vous le sécurisez.
12:33Et on intègre, dans le prix payé aux producteurs, l'amortissement du bâtiment.
12:38Donc ce qui va permettre parfois à des exploitants d'être plus résilients, de diversifier leur exploitation, parce que pour
12:43nous, le modèle le plus vertueux, c'est la polyculture élevage.
12:47Et certains, même, on a des très belles histoires, où l'exploitant a réintégré son fils ou a permis d
12:54'installer son fils en exploitation.
12:55Et donner une pérennité à son exploitation.
12:57Exactement.
12:57Xavier, vous parliez des salariés d'un flux d'accélération et même de transformation du modèle de la grande distrib,
13:03qui est d'ailleurs un distributeur des produits agroalimentaires.
13:07Exactement.
13:07Il se repense, il suffit de pousser les portes, je le fais assez rarement et je m'en excuse, mais
13:10des grandes surfaces, on voit qu'ils commencent à mettre des corners, ils commencent à mettre plus de bio, enfin
13:15ils essaient, ils réaménagent autrement.
13:17Il y a une nouvelle manière aussi de penser, donc de recruter les collaborateurs.
13:21Il y a surtout, d'un point de vue RH, c'est hyper intéressant, parce qu'on doit à la
13:26fois aménager le temps court, qui est celui justement du consommateur, de l'agriculteur, comment on arrive à résoudre ces
13:32problèmes en temps court.
13:33Et d'un autre côté, de réfléchir au temps long, et c'est là où on arrive aux nouvelles générations,
13:37notamment, qui arrivent probablement avec d'autres idées, d'autres visions du monde, qui vont probablement amener à une politique
13:46de changement.
13:47Et donc, d'un point de vue RH, c'est là aujourd'hui où c'est passionnant au niveau des
13:50entreprises, c'est d'être capable à la fois de ménager ce temps court de satisfaction immédiate, et également de
13:55perspectives moyen-terme que les entreprises vont devoir mettre en place dans les 5-10 ans.
14:01Et ce n'est pas irréconciliable, mais ça se manage dès aujourd'hui, en fait.
14:06Marine Pochage, on parlait tout à l'heure de la souveraineté, puisque tous ces enjeux-là sont liés à la
14:10sécurisation des appros, et donc il faut pouvoir aller chercher le blé au bon endroit et avoir la farine qui
14:15va bien.
14:16Et puis, il y a des enjeux de souveraineté. On découvre que sur l'oignon, par exemple, je pourrais citer
14:19que lui, on n'est plus autonome, qu'il faut aller acheter de l'oignon en Espagne, la tomate, plein
14:24d'autres produits, la volaille.
14:25Qu'est-ce qui se passe ? Et pourtant, j'ai fait des dizaines de débats sur l'agroalimentaire, la
14:31France était le champion de l'agroalimentaire, imbattable.
14:35Et on se casse la figure. Comment vous l'expliquez ?
14:37La souveraineté alimentaire, c'est la réduction de nos dépendances stratégiques.
14:42C'est un lapsus intéressant.
14:46Effectivement. Et donc, c'est effectivement la cousine de la résilience qui consiste à résister au choc. Les deux vont
14:51de pair. Elles sont souvent mélangées, mais c'est bien des choses différentes.
14:54Aujourd'hui, sur la souveraineté alimentaire, c'est vrai, on importe 80% de nos engrais, on importe 50%
15:00des fruits, 40% des légumes, on exporte le blé, c'est vrai.
15:04Mais on est dans une situation où, effectivement, on a un déséquilibre.
15:06Et je complète avec une surproduction sur certains produits qu'on ne consomme pas et qu'on détruit.
15:09Oui, exactement. Ça, c'est encore une autre...
15:12Non, mais pour aller au bout de l'histoire du produit.
15:13Et donc, il y a un sujet à réfléchir autour de... La souveraineté alimentaire, c'est souvent sur des éléments
15:19stratégiques.
15:20Donc, c'est notre dépendance stratégique. Quelles sont nos dépendances stratégiques aujourd'hui en France ?
15:24Quelles sont les matières premières sur lesquelles on a absolument besoin de pouvoir compter face à des enjeux géopolitiques ?
15:31Caroline, un mot ? Vous avez pris des notes ?
15:33Ah non, c'était pour noter les chiffres.
15:34Noter les chiffres ? Ok, c'est ça, note, pendant l'émission. Je tiens à le dire.
15:38Vous voulez y racheter quelque chose, cher Luzovic ?
15:40Oui, exactement. Je voulais réagir. C'est vrai que j'ai beaucoup parlé des agriculteurs, mais il faut aussi que
15:46les agriculteurs comprennent que quand le marché est favorable, ils sont tentés d'exporter.
15:54Vous voyez ce que je veux dire ? C'est-à-dire que l'agriculteur, nous, dans notre modèle, le
15:57prix payé, il est déconnecté de la volatilité des marchés.
16:00Ça, c'est extrêmement important.
16:01C'est-à-dire que quand le prix du blé...
16:02Je prends le prix du blé parce que...
16:03Hors réseau mondial.
16:04Et ça, c'est unique. C'était exactement...
16:06Le prix qui s'est effondré, le prix du blé qui s'est effondré.
16:08Exactement. Alors, je vais revenir, hier, en Ukraine, le prix avait explosé.
16:11Exactement.
16:12C'était il y a quatre ans. C'est intéressant. C'était il y a quatre ans, on était au
16:14Salon de l'agriculture.
16:15Nous, on a fait un courrier à tous nos collectifs de producteurs pour leur dire, attendez, pendant dix ans, vous
16:20avez profité d'un prix base, coût de production plus une rémunération.
16:23Vous avez bien gagné ?
16:24Non, vous avez gagné correctement vos produits.
16:27C'est-à-dire qu'un en stocké, d'ailleurs ?
16:28Normalement. Là, le prix a explosé. Merci de respecter vos engagements. Et vous avez vu, quelques mois plus tard, on
16:34a redescendu. Là, aujourd'hui, on est sur des prix à 170 euros la tonne.
16:38Nous, le prix agrééthique, aujourd'hui, il est à peu près à 230, 235 euros la tonne.
16:42Et vous avez maintenu ce prix ?
16:44On a maintenu ce prix. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il faut responsabiliser à la fois
16:48l'industriel, pour ne pas qu'il soit tenté de sortir du modèle si le cours s'effondre.
16:54Ou de dégrader, et je m'excuse, ou de dégrader la qualité de son produit, si je me permets de
16:58le dire.
16:59On va prendre un blé de moins bonne qualité pour maintenir comment ça marche, puisque le sujet est posé là.
17:03Et inversement, quand le prix explose, il faut que l'agriculteur puisse respecter.
17:06Le temps explose, mais pas encore. Xavier, allez-y, prenez la parole.
17:10On est dans votre sens, parce qu'il y a aussi un autre sujet au niveau de l'agriculture au
17:13sens large.
17:13On a accompagné notamment des entreprises agricoles récemment, dans des marchés comme de la pomme et autres, qui ont du
17:19mal aujourd'hui à joindre les deux bouts.
17:21Et la solution, c'est aussi la diversification. Je crois que vous en parliez tout à l'heure.
17:25C'est d'aller chercher d'autres fruits, par exemple, qui ont plus de valeur ajoutée, qui nécessitent moins de
17:30traitement.
17:31Et puis le deuxième plan, après ça reste aussi le sujet à peu près pour tout le monde, c'est
17:35la technologie.
17:36C'est aussi comment on s'équipe technologiquement pour gagner du temps et donc pour gagner des leviers de marge.
17:40Je reviens sur ce rapport néerlandais qui explique que les externalités coûtent 5,3 milliards et qu'un des coûts
17:46importants, ce sont les intrants et les produits chimiques.
17:49Sans faire une fixette sur le bio ou la biodynamie, on voit certains agriculteurs qui disent « je vis mieux
17:56sans intrants parce que je n'ai pas de charge ».
17:59Aujourd'hui, ce qui étouffe le monde agricole, ce sont les véhicules, les hangars et les intrants.
18:04Les phytosanitaires, on va vous dire.
18:06Ce que j'appelle les intrants, les phytosanitaires, ou les produits chimiques, ou les pesticides, pour être très large.
18:10C'est un sujet quand même, ça.
18:11C'est un sujet et c'est pour ça que je reviens sur ma légumineuse qui...
18:15Vous y tenez à votre légumineuse, qui capte l'azote.
18:18Elle capte l'azote de l'air et donc elle permet de ne pas mettre d'engrais ou presque.
18:22Il y a une vraie...
18:24Et donc de dégager des marges.
18:26Et donc de dégager plus de marges.
18:27L'autonomie face aux engrais qui en plus sont importés est extrêmement importante pour la souveraineté alimentaire et pour la
18:35résilience.
18:36Et en plus, c'est un bon produit à consommer d'un point de vue nutritionnel, c'est très riche.
18:40Donc vous assumez ce mot agroalimentaire porté par une dynamique d'étudiants qui disent « attention, on est là, on
18:46est vigilants ».
18:47On parle d'agro-industrie dans ce que Caroline nous a dit tout à l'heure.
18:50Il ne faut pas opposer les mondes.
18:51Il ne faut vraiment pas opposer les mondes.
18:52Donc on a besoin, il faut produire, mais il faut aussi transformer pour des sujets de résilience et de souveraineté.
18:58Il nous faut des industries sur le territoire qui puissent transformer.
19:01Et Deloitte est là.
19:02Et Deloitte est là avec ses études.
19:03Et Marine Pocha, merci d'être venue nous rendre visite associée chez Deloitte.
19:07Et vous êtes spécialiste des sujets agricoles.
19:09Allez voir les études que vous portez sur la sustainability.
19:12Je n'ai mal dit, mais je m'entraînerai dès demain.
19:14Xavier Bézio, merci d'être venu.
19:16Directeur général de Morgane Philips Management Transition,
19:19avec les flux et l'accompagnement de la grande distribution et du monde agricole.
19:22On l'a entendu.
19:23Et merci à vous, Ludique Brun de Jon, vous êtes venu avec vos petits pots de miel.
19:26On va y goûter.
19:27Directeur général Agri-Éthique France, Commerce Éthique Équitable.
19:30C'est un label.
19:30Et vous accompagnez, on l'aura compris, les industriels à faire des produits vertueux.
19:35Merci à vous.
19:35Merci à vous, Caroline, évidemment, qui avait pris des notes.
19:38Elle a pris des notes.
19:39Merci à vous et toute l'équipe.
19:40Merci à Paul Hausson.
19:42Merci à Pierre-Loup à la réalisation.
19:43Merci à Nicolas Juchat, évidemment.
19:44Merci à vous, chers téléspectateurs.
19:46A bientôt.
19:47Bye bye.
19:49Musique
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