- il y a 9 heures
Ce vendredi 10 avril, Christopher Dembik est revenu sur la crise énergétique causée par la guerre au Moyen-Orient et sur l'accélération du développement des énergies renouvelables et du nucléaire, dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.
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00:00Tout pour investir, la masterclass, les signaux faibles.
00:04Et en commerce en plateau avec Pierre Chan, vous êtes co-responsable du pôle impact environnement et gérant chez la
00:09financière de l'échec qu'est, bienvenue.
00:11Vous êtes un habitué de cette émission.
00:14Alors premier point, j'aime bien l'histoire, donc je vais juste commencer par une introduction à cet égard.
00:19Lorsqu'on avait eu le choc pétrolier de 73, on avait eu en France tout un programme qui avait été
00:23mis en place, c'était le plan Messmer, et l'idée c'était l'indépendance énergétique.
00:27Alors à l'époque, puisqu'on était en 73, on ne parlait pas d'énergie renouvelable, mais on parlait en
00:31revanche tout électrique, tout nucléaire, c'était le credo qui était mis en avant.
00:36Et ça a été un succès, parce qu'en deux décennies, on a réussi à construire 58 réacteurs nucléaires.
00:41Est-ce que finalement, sur le temps court bien sûr, on a vu que les valeurs pétrolières ont très bien
00:45performé, mais je voudrais dire que c'est assez évident dans le contexte actuel,
00:48mais les vrais gagnants, c'est peut-être pas du côté plutôt des énergies renouvelables, qu'est-ce que vous
00:52en pensez ?
00:53Complètement, mais à l'époque de Messmer, la technologie nucléaire était encore à ses balbutiements.
00:58Tout à fait.
00:59Là aujourd'hui, on a une technologie alternative, donc l'éolien, le solaire, aussi le nucléaire, qui sont vraiment beaucoup
01:05plus mûrs, beaucoup plus avancés, déjà déployés à grande échelle.
01:08Donc ça veut dire que maintenant, en fait, il n'y a plus vraiment de risque opérationnel.
01:12En plus, le nucléaire, quand même, il y a un risque civil, il y a un risque de gestion du
01:17centre nucléaire, mais sur l'éolien ou le solaire, il n'y a aucun risque.
01:21Et les investissements et le temps aussi de déploiement est beaucoup plus court.
01:25Voilà, ça va beaucoup plus vite.
01:26Aujourd'hui, si on prend une décision pour un parc éolien, en deux ans, ça peut être déployé.
01:31Donc ça peut aller très vite.
01:33En plus, les prix aujourd'hui, sans subvention, sont compétitifs.
01:37Ça, c'est le point qui est important, sans subvention.
01:38Ça va dépendre la zone, mais dans les zones les plus favorables, le coût de revient est inférieur au nucléaire.
01:44Donc c'est pour ça qu'aujourd'hui, ces technologies, quand on voit quand même que le monde est pris
01:47en otage par un détroit,
01:48je veux dire, pour tous les pays dépendants, c'est vraiment très important de s'affranchir de ça.
01:53Si on prend la France, par exemple, la France est dépendante de l'hydrocarbure étranger à hauteur de 60%
01:59de l'énergie qu'elle consomme.
02:00Et donc, ça veut dire qu'il y a encore une dépendance stratégique, énergétique, qui est très dangereuse aujourd'hui,
02:06dans un monde géopolitique qui se fragmente.
02:08Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, il y a une urgence, non seulement du côté politique, mais surtout
02:12du côté de l'opinion.
02:12L'opinion a besoin de décisions, a besoin que les politiques offrent une alternative.
02:18Mais ça avait déjà commencé avec la guerre en Ukraine.
02:21Donc là, aujourd'hui, c'est simplement une nouvelle couche qui vient de se mettre sur ce sujet-là.
02:25Et c'est pour ça que moi, je suis assez convaincu qu'on est en train de vivre la décennie
02:292020 et la décennie 2030.
02:31Ce sont les deux décennies de l'électron décarboné.
02:33Et c'est là vraiment quelque chose de très très fort, avec des investissements colossaux au niveau mondial.
02:38On a l'impression que les États, et effectivement, vous avez raison de faire référence à la guerre en Ukraine,
02:43appliquent à peu près la même stratégie qui avait fonctionné à ce moment-là.
02:46C'est-à-dire que vous avez une stratégie très court terme, où vous allez chercher simplement à sécuriser l
02:50'approvisionnement.
02:51Alors ça peut être, par exemple, on a vu la hausse du prix du charbon pour l'Asie.
02:55Vous avez également la France qui a acheté à peu près deux ans de production mondiale d'uranium,
03:01donc pour les réacteurs nucléaires.
03:02Ça, c'est à très très court terme.
03:04Mais on voit, au niveau notamment de l'Union Européenne, on a eu une réunion à cet égard le 4
03:07mars,
03:08que l'objectif, c'est aussi d'aller davantage, encore plus que ce qui a été fait depuis 2020, finalement,
03:14dans les énergies renouvelables.
03:15En termes d'investissement aujourd'hui, en tout cas au niveau européen notamment,
03:20vous le disiez, c'est rentable sans subvention.
03:23Donc quel est un peu le spectre ?
03:24Parce qu'on a un peu l'impression souvent, notamment au niveau des énergies renouvelables en Europe,
03:28que c'est très compliqué d'avoir des acteurs qui sont européens, du fait notamment de la concurrence chinoise.
03:32Est-ce que c'est une vision erronée ou est-ce qu'il y a des choses à faire ?
03:36Alors, en Europe, en fait, dans le renouvelable, vous avez plusieurs acteurs d'envergure,
03:42j'aimerais dire quatre qui sont cotés.
03:44Vous avez Orsted, notamment, qui est l'acteur danois, qui fait des parcs éoliens offshore.
03:50Donc ça, c'est l'une de nos convictions en ce moment sur lesquelles on peut revenir.
03:54Ensuite, on a un acteur portugais qui s'appelle EDP Renovavis,
03:57qui est également aussi implanté aux États-Unis, qui est un plan entre les deux.
04:00On a également Axona Energia, un espagnol.
04:04Et on a Erg, en Italie.
04:06Ensuite, il y a des acteurs de plus petite taille, comme en France, Voltaglia, par exemple, ou en Allemagne.
04:11Mais voilà, déjà, globalement, l'environnement coté, c'est celui-là.
04:14Donc ces gens-là, si vous voulez, ils opèrent des parcs.
04:18Donc, en fait, ce qu'il faut, c'est décrocher la concession.
04:21Il y a un appel d'offres.
04:23À cet endroit-là, il y aura un parc éolien qui candidate.
04:26Là, vous avez Orsted qui va candidater, etc.
04:28Et donc, parfois, les Chinois viennent, mais là, on est vraiment sur des sujets très régaliens, très stratégiques.
04:34Et donc, souvent, les autorités vont opter pour des acteurs locaux, des acteurs européens.
04:39En fait, la Chine est plus présente potentiellement sur la construction, par exemple, de panneaux solaires que sur les appels
04:45publics.
04:46Donc, effectivement, sur les panneaux, la production de panneaux, là, effectivement, on va s'approvisionner exclusivement de Chine.
04:52Sur les batteries aussi, beaucoup de batteries asiatiques.
04:55Sur les turbines éoliennes, là, ce sont plutôt des acteurs européens, comme Vestas, par exemple, ou Nordex.
05:02Voilà, donc là, ensuite, bien sûr, la Chine a tout son écosystème.
05:05Je dirais, peut-être, le point sur la Chine, c'est que, souvent, le déploiement d'énergie renouvelable en Chine...
05:10Donc, la Chine est un développeur, le plus gros développeur d'énergie renouvelable dans le monde.
05:15Donc, c'est un marché énorme.
05:17Le seul problème, c'est que c'est inaccessible pour les acteurs étrangers, parce que c'est vraiment quelque chose
05:22de parapublic.
05:23Donc, souvent, ce sont des sociétés auxquelles l'État est au capital.
05:27Donc, ce sont des sociétés qui font des marches très, très faibles, voire même zéro, voire même perdre un peu
05:31d'argent.
05:31Donc, ils déploient très, très vite, à des coûts très faibles.
05:34Mais c'est pour ça que c'est vraiment compliqué en Chine de trouver des acteurs vraiment indépendants, privés, qui
05:39profitent de cette vague en Chine.
05:40Donc, nous, on privilégie les acteurs occidentaux, franchement.
05:45Oui, c'est ce que j'avais vu.
05:46Alors, les chiffres ne sont pas à jour, mais ils datent de fin d'année.
05:48Sur les acteurs, notamment, des énergies renouvelables en Chine, le problème, c'est concrètement la rentabilité, plus la déflation qui
05:54était très présente.
05:55C'est un peu comme la robotique.
05:56C'est-à-dire, il y a des acteurs, beaucoup en robotique en Chine, mais la réalité, pour investir sur
06:00ces acteurs-là...
06:01C'est beaucoup plus difficile.
06:02Ça reste très compliqué.
06:02Tout à fait, oui.
06:03Comment vous faites pour sélectionner ces entreprises ?
06:05Vous en avez évoqué certaines en Europe.
06:07Moi, j'ai vu, par exemple, qu'Hiber Drola, je n'ai pas un avis sur la société, mais a
06:10très bien performé aussi pendant cette période de crise.
06:13Donc, une question faite à deux étages.
06:15C'est-à-dire, comment vous sélectionnez en temps normal et aussi comment ces entreprises ont réussi à passer le
06:20cap de ce risque géopolitique ?
06:22Parce que quand on regardait les marchés, tout est à peu près dans le rouge, mais peut-être qu'il
06:25y a des exceptions.
06:26Alors, très intéressant.
06:27Alors, il y a dans ceux qui déploient des énergies renouvelables en Occident, il y a deux catégories de valeurs.
06:33Il y a les purs renouvelables, donc des gens comme Orchette qui ne font que de l'éolien.
06:38Et vous avez les acteurs intégrés, comme Hiber Drola.
06:41Donc, souvent, ce sont des acteurs qui étaient plutôt fossiles par le passé et qui se sont diversifiés vers leurs
06:46renouvelables graduellement.
06:47Ce qui fait qu'aujourd'hui, ils ont un portefeuille intégré sur toutes les technologies.
06:52Voilà, donc ça, c'est le cas d'Hiber Drola.
06:53Nous, dans nos fonds environnement, on ne fait pas d'acteurs intégrés parce que souvent, ils ont du gaz ou
06:59du charbon encore un peu.
07:00C'est la pureté de la thématique.
07:02Voilà, donc dans les fonds environnement, nous, on va se spécialiser sur les renouvelables.
07:05Cela dit, les acteurs intégrés ont très, très bien marché ces dernières années en bourse parce qu'ils jouaient sur
07:10toutes les technologies, toutes les stratégies.
07:14Et inversement, les renouvelables ont largement sous-performé.
07:17C'est pour ça que nous, on pense qu'aujourd'hui, l'opportunité est sur les renouvelables.
07:22D'autant plus que ce qu'on voit, c'est que les investisseurs qui ont gagné beaucoup d'argent sur
07:25les acteurs intégrés commencent à sortir.
07:28Parce que c'est bien valorisé maintenant.
07:30Oui, je voyais le cours d'Hiber Drola sur deux ans.
07:33C'est compliqué de se dire que c'est des points d'entrée quand même.
07:35Exactement, c'est ça.
07:36C'est pour ça que Corstead, aujourd'hui, pour nous, c'est une opportunité dans ce sens-là.
07:41On avait discuté il y a quelques mois de cela, notamment du renouvelable, et plus sur un focus américain.
07:48Aujourd'hui, est-ce que vous étiez toujours positif à l'époque ?
07:51Est-ce que ça a changé, notamment pour un investisseur européen ?
07:55Parce qu'on a bien sûr eu l'année 2025 avec les questions de taux de change sur le dollar.
07:59Est-ce que vous considérez plus d'aller du côté européen ou du côté américain ?
08:03Ou même les deux, parce que vous considérez qu'il n'y aura pas un sujet de taux de change
08:06?
08:07Alors, aux États-Unis, c'est très intéressant, parce que les prix d'électricité augmentent très très fort,
08:11à deux chiffres, depuis un an, on va dire.
08:15Ça sur un an.
08:15Et donc, du coup, il y a un stress sur le marché électrique.
08:19Ce stress, il est alimenté par, bien évidemment, le déploiement des data centers.
08:23Donc, on va dire, les États-Unis ont besoin d'électricité.
08:27Le problème, c'est que l'administration américaine est dogmatiquement contre les énergies renouvelables.
08:34Or, il y a beaucoup de projets de renouvelables qui sont en train d'être livrés
08:39et pour lesquels l'administration met des bâtons dans les roues.
08:43Et c'est le cas, par exemple, d'un parc éolien offshore d'Orsted qui s'appelle Sunrise Wind
08:48et qui, l'administration met des bâtons dans les roues.
08:51Donc, il y a un peu cette dichotomie entre un besoin des entreprises, des consommateurs, des ménages,
08:58besoin d'électricité et une position d'administration qui est dogmatique et qui est contre.
09:03Donc, moi, ce que je dis, c'est qu'il ne faut pas se laisser convaincre par l'administration américaine
09:08que les Américains ont besoin d'électricité renouvelable.
09:11Et vous allez voir que, là, je pense qu'au mi-terme, ça va être compliqué quand même pour les
09:15Républicains.
09:16Donc, déjà, vous allez voir, dès les mi-termes, vous allez déjà voir un paysage américain un peu plus favorable.
09:21Et ensuite, aux élections, si les démocrates venaient à passer sur les prochaines élections,
09:25vous allez voir, ça sera un virage à 180 degrés.
09:28Donc, c'est pour ça que, moi, je pense qu'il faut continuer à investir dans le renouvelable aux États
09:31-Unis.
09:32Le problème, c'est qu'il y a beaucoup d'acteurs intégrés.
09:35Il y a très peu d'acteurs qui sont spécialisés.
09:38Et notamment, un acteur qui s'appelle ASI, H-A-S-I, qu'on a en portefeuille.
09:43Également, BowClean Renewables, qui sont plus des fonds qui investissent dans les projets renouvelables.
09:49Après, vous avez d'autres acteurs comme Forcelar ou Sunrun,
09:52qui sont aussi des acteurs qu'on peut privilégier aux États-Unis.
09:55– Dernière question, j'évoquais, on va voir dans la deuxième partie,
10:00on va un peu parler de SpaceX.
10:01Je crois que vous avez, chez la financière de l'échec, un fonds dans l'aérospatial.
10:06Alors, dites-moi si je me trompe, mes deux mémoires, quand vous l'aviez annoncé,
10:08je crois que vous étiez le premier en France à avoir un fonds dans l'aérospatial.
10:10– Tout à fait, exactement.
10:11– Est-ce que vous pouvez nous en dire quelques mots ?
10:13– Alors, moi, je ne suis pas le gérant, mais en tout cas, c'est vrai que c'est un
10:15fonds chez nous
10:16qui a beaucoup de succès, qui fait environ 400 millions d'encours.
10:21Donc, c'est une belle taille, qui investit bien évidemment aux États-Unis
10:25où vraiment le secteur spatial est vraiment en ébullition,
10:28avec l'introduction prochaine de SpaceX qui va encore ajouter la mission Artemis 2
10:33qui a fait le tour de la Lune.
10:36Voilà, et c'est un fonds qui, depuis trois ans, progresse en moyenne par année de 40%.
10:41Donc, je peux vous dire, ce sont des performances stratosphériques, il y a le cas de le dire.
10:46Et donc, voilà, maintenant, on croise les doigts, on espère que ça va continuer.
10:48En tout cas, la thématique est très porteuse.
10:49Et on sent aussi que d'autres régions dans le monde cherchent un peu
10:53à se mettre dans la roue des États-Unis, notamment l'Europe, notamment les Chinois.
10:56Et donc, ça veut dire que c'est vraiment un écosystème
10:58qui est en train de s'enrichir énormément.
11:00– Merci beaucoup, Pierre Chang.
11:01Vous êtes le responsable du pôle Impact Environnement
11:03et gérant à la financière de l'Échec.
11:05– Merci.
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