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  • il y a 21 heures
Ce vendredi 6 mars, Christopher Dembik est revenu sur les inquiétudes concernant l’impact de l'intelligence artificielle sur l’emploi et les marchés, dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.

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00:00Tout pour investir, la masterclass, les signaux faibles.
00:05La thématique qu'on constate depuis le début de l'année, c'est finalement ces inquiétudes qui sont liées à
00:10l'égard de l'intelligence artificielle.
00:11Alors vous me direz, bien évidemment, tout le monde ne cesse de parler de l'Iran, mais on va le
00:14voir, on en reparlera un peu plus en détail, comme je vous l'ai dit, en seconde partie.
00:17L'Iran, malgré tout, du point de vue des marchés financiers, ça va être plutôt une parenthèse.
00:21Le risque géopolitique, en règle générale, n'a pas un impact durable sur les grandes tendances du marché.
00:26Et l'une des tendances en début de l'année, c'est évidemment ces inquiétudes qui étaient liées à l
00:30'IA.
00:30Vous vous en souvenez, il y a deux, trois semaines de cela, vous aviez notamment le secteur des logiciels qui
00:34avait très lourdement chuté en bourse.
00:36Comme chaque année, j'oserais dire, le marché cherche à savoir quel secteur va être vraiment disrupté en bourse.
00:41Et donc, on va essayer de voir un peu où est-ce qu'on en est, à la fois du
00:43point de vue des marchés financiers, aussi en termes macroéconomiques.
00:46On parle énormément d'intelligence artificielle, mais quelles sont les données qui sont concrètes, les études sur lesquelles on peut
00:51se reposer, pour savoir, par exemple, tout simplement, l'impact sur l'emploi.
00:55À cette occasion, je suis ravi d'accueillir Nathalie Janzon en plateau.
00:58Vous êtes professeure d'économie à Neoma Business School.
01:01Merci d'être parmi nous.
01:03Je vais vous lancer directement sur une question au niveau des marchés financiers.
01:06On l'a vu, il y a beaucoup d'inquiétudes sur l'IA.
01:09Donc, le secteur qui est aujourd'hui considéré comme pénalisé, ce serait le secteur des logiciels et de la cybersécurité.
01:15D'ailleurs, on le voit, la cybersécurité a peu profité du risque géopolitique.
01:18Qu'est-ce que vous en pensez ?
01:19Est-ce que les marchés ne surréagissent pas trop ?
01:21Et vous, justement, avec vos connaissances, est-ce que vous ne vous dites pas, finalement, aujourd'hui, c'est un
01:26peu prématuré de savoir quels vont être les victimes ou d'ailleurs même les gagnants de l'intelligence artificielle ?
01:30Alors, il est vrai que l'intelligence artificielle, en fait, ça s'inscrit dans tout ce mouvement, en fait, de
01:36l'informatisation de l'économie qui a débuté il y a fort longtemps.
01:40Et effectivement, on a toujours eu, en économie en tout cas, ce fameux paradoxe, c'était le fameux paradoxe de
01:44Solo qui disait, on voit l'informatique partout,
01:46mais en fait, on ne voit pas dans les chiffres au niveau du reflet de la capacité, en fait, de
01:50cet impact sur notre vie quotidienne et donc sur la création de richesses.
01:55Et ça, c'est effectivement depuis longtemps, on se demande pourquoi, en fait, finalement, ça ne se voit pas tant
02:00dans les chiffres que ça.
02:01Alors, je pense qu'il y a plusieurs problèmes, et notamment, c'est un économiste qui a beaucoup travaillé sur
02:07la question qui est Bringe-Wolson,
02:09bon, il a un nom qui n'est pas très facile à prononcer, je vous l'accorde, mais qui a
02:12beaucoup écrit, en fait, sur cette question,
02:14mais quand est-ce qu'on va voir dans les chiffres ces fameux impacts de l'amélioration de notre vie
02:18grâce à tous ces outils informatiques ?
02:21Et en fait, il a même théorisé ce qu'il appelle la courbe en J, et lui, il dit que
02:27déjà, la raison pour laquelle on traîne à avoir des effets,
02:30en tout cas dans les chiffres, parce qu'en fait, il faut faire la distinction, finalement, peut-être, entre ce
02:35qui est de l'amélioration de la qualité
02:37et ce que réellement est mesurable, objectivement, par les chiffres.
02:41Et ça, on en avait déjà, ça avait déjà été évoqué auparavant, avec le fait que, par exemple, quand on
02:46a accès à des moteurs de recherche
02:49pour avoir des informations très rapidement, ça améliore le quotidien de notre vie, mais en fait, on a du mal
02:55à le...
02:56Ce n'est pas chiffré quantitativement dans le PIB.
02:59Donc, je pense qu'il y a tout ça, effectivement, qui ne nous fait pas voir les bons aspects, en
03:05fait, de cet impact de la productivité
03:08via l'informatisation et, aujourd'hui, l'intelligence artificielle.
03:11Mais, par contre, nous continuons à nourrir des craintes sur quelque chose qui, effectivement, est en train d'arriver très
03:17objectivement,
03:18puisque là aussi, Brinj Wolfson disait récemment,
03:21« Ah, on peut peut-être déjà voir un impact sur la productivité, parce qu'on voit bien qu'aux
03:25États-Unis, finalement, la croissance, c'est toujours là,
03:27mais la création d'emplois est moindre. »
03:31Donc, ça se traduirait dans les faits.
03:33Et puis, on a aussi, dans les services, eu quand même des fortes augmentations de taux de productivité aux États
03:37-Unis.
03:39Effectivement, dans les services financiers, voilà, et ça, c'est clair.
03:43Et donc, en effet, on a cette difficulté à voir le côté positif, alors qu'il est là, parce qu
03:49'il est difficilement mesurable,
03:51alors qu'effectivement, ça nourrit les craintes sur l'impact sur les potentiels jobs.
03:57Et là, effectivement, je pense que depuis la nuit des temps, depuis que les révolutions industrielles existent,
04:03en fait, on a ceux qui pensent que tout va changer et que tout va disparaître et que l'homme
04:09ne va plus être au centre,
04:10et ceux qui disent « mais non, en fait, on a du mal à se projeter parce que, par définition,
04:14on ne connaît pas les transformations,
04:16on est en train de les vivre et que, par conséquent, en fait, on ne sait pas du tout quels
04:19seront les jobs de demain. »
04:20Et pour aller dans votre sens, on a eu une étude, notamment, de la Réserve fédérale de Dallas,
04:23vous pouvez la retrouver d'ailleurs en ligne, qui date du 24 février 2026.
04:26Elle est assez équilibrée, elle permet justement de sortir de cet entre-deux.
04:30Donc, elle porte uniquement sur les États-Unis et le marché du travail américain.
04:34Elle nous dit concrètement, effectivement, dans les secteurs qui sont les plus impactés par les nouvelles technologies,
04:38automatiquement, on voit qu'il y a moins de création d'emplois, notamment sur les nouveaux entrants, donc les moins
04:42qualifiés.
04:43En revanche, le point qui est mis en avant, c'est qu'à l'instant T, on n'arrive pas
04:47à mesurer l'impact sur le reste de l'économie.
04:50Et un point qui est intéressant, c'est dans le secteur qui est le plus touché par l'IA,
04:55malgré tout, il y a un élément qui est positif, c'est que ceux qui sont les plus qualifiés bénéficient
04:59justement de l'IA
05:00avec des hausses de salaire qui sont supérieures aux moyennes que dans le reste de l'économie.
05:03Donc, ça permet d'avoir une vision un peu plus équilibrée par rapport, effectivement, à ce qu'on entend généralement,
05:07c'est soit le meilleur des mondes, soit le pire des mondes.
05:10Il y a un élément que j'ai une crainte, et on commence à le voir dans les entreprises,
05:14c'est que comme on n'arrive quand même pas énormément à mesurer aujourd'hui,
05:17et vous le rappelez, c'est un vrai problème de mesure, on l'a connu par le passé avec les
05:20autres évolutions industrielles,
05:21est-ce qu'on n'a pas une crainte que beaucoup d'entreprises, c'est un peu le sentiment quand
05:24je parle avec quelques sociétés,
05:25mais vous allez me dire, c'est aussi votre sentiment, qu'elles se disent,
05:28on va commencer à réduire les CAPEX dans tout ce qui est lié un peu à l'IA,
05:32parce qu'aujourd'hui, c'est très difficilement mesurable, on a d'autres problématiques,
05:35ça peut être la transition énergétique, plus de réglementation, etc., la formation des équipes,
05:39donc on se dit, on va commencer à retarder ces investissements,
05:43est-ce que c'est la bonne chose à faire, et surtout, est-ce que finalement,
05:46pendant que les Européens font ça, d'autres ne le font pas aux Etats-Unis, on n'a pas vraiment
05:50ce sentiment ?
05:50Oui, non, je pense qu'effectivement, ce serait une erreur,
05:52donc là, c'est pareil, dans les dernières études, toujours celle de Bridge-Folson,
05:56il disait qu'effectivement, aux Etats-Unis, clairement, c'est les grandes entreprises
05:59qui investissent le plus, donc qui s'emparent du sujet,
06:02et qui a donc un écart grandissant entre les petites et les grandes entreprises,
06:07et qu'en fait, le facteur clé, comme lui, il l'avait déjà expliqué avant,
06:11dans cette assimilation de l'intelligence artificielle,
06:15c'est la préparation de la main-d'œuvre,
06:17donc la préparation des équipes, qu'ils soient qualifiés ou pas qualifiés,
06:20parce qu'aussi, un des avantages de l'IA, c'est qu'on voit qu'en fait,
06:23une IA avec quelqu'un qui n'est pas très qualifié,
06:25c'est meilleur que juste la personne pas très qualifiée,
06:28c'est-à-dire qu'en fait, on augmente bien l'humain, dans une certaine mesure.
06:31La valeur travail est donc augmentée pour celui,
06:34donc ça, c'est quand même une bonne nouvelle pour ceux qui ont effectivement
06:37des compétences plus limitées, en tout cas des qualifications plus limitées,
06:41ils peuvent se faire aider, donc ça, c'est une bonne nouvelle,
06:45mais en effet, par contre, la mauvaise nouvelle,
06:47c'est que les entreprises qui ne préparent pas,
06:51effectivement, ceux qui travaillent déjà pour eux, leurs collaborateurs,
06:54là, par contre, effectivement, on aura un problème,
06:56parce que c'est ça, en fait, qui conditionne le succès.
06:58Parce que, comme il est dit, effectivement, le fait qu'on n'est pas dans les chiffres,
07:02toujours les impacts positifs de ces nouvelles technologies,
07:05c'est aussi parce que ça prend du temps.
07:07Ça prend du temps parce qu'il faut investir,
07:09il faut adapter le management, c'est plus le même.
07:12On passe à des modes de management qui sont différents,
07:15et tout ça, en fait, prend du temps.
07:16Et là, on voit, en fait, que finalement,
07:19et ça, ça peut être un point d'inquiétude, j'avoue,
07:21en tout cas pour moi, en France,
07:23c'est qu'en fait, il faut un système éducatif
07:25qui, en fait, change totalement de perspective
07:28par rapport à ce qui doit être enseigné.
07:30Aujourd'hui, ce n'est pas le cas, effectivement.
07:32On est quand même encore sur un système assez descendant
07:35et assez...
07:37Voilà, on va recracher des connaissances,
07:39alors qu'en fait, on a bien compris,
07:41et ce n'est pas d'aujourd'hui,
07:42mais là, c'est encore plus vrai qu'hier,
07:45qu'en fait, ce qui va faire la qualité
07:46d'un futur jeune diplômé,
07:50c'est sa capacité à comprendre.
07:52Parce qu'effectivement, comme l'information,
07:54maintenant, il l'a en temps direct,
07:56il faut qu'il sache l'ordonner.
07:58Alors évidemment, l'IA aussi l'ordonne pour lui,
08:00mais le problème, c'est qu'il va falloir
08:02qu'il en fasse quelque chose.
08:03Un regard critique aussi.
08:04Parce qu'aujourd'hui, si vous utilisez Chajipiti,
08:06c'est un peu comme, pour mon époque,
08:07quand j'utilisais Google en tant qu'étudiant,
08:09il fallait savoir quelle était la bonne information de la fausse.
08:11Et aujourd'hui, encore, il y a des erreurs sur Chajipiti.
08:13Oui, et ce sera toujours comme ça.
08:15Même s'il vous raconte, s'il vous dit tout,
08:18en fait, le problème, c'est qu'il vous dit tout
08:20de ce qui est le plus connu,
08:22mais le savoir avance par remise en cause
08:26de ce qui est connu, justement.
08:27Donc, si vous continuez à répéter la même messe,
08:30on ne va pas apporter grand-chose,
08:31et on ne va pas se distinguer,
08:33et on ne va pas, en fait, avancer.
08:34Donc, on aura toujours besoin de gens
08:37qui vont pouvoir, effectivement,
08:38travailler cette information
08:40et l'analyser de façon critique.
08:41Et puis, là, pour le coup, en finance,
08:44je ne vais pas vous l'apprendre.
08:45Si tout le monde fait la même chose en même temps,
08:48ce n'est pas comme ça que vous allez pouvoir vous distinguer.
08:49Non, vous n'êtes pas différent.
08:51Et effectivement, c'est ce qu'on craignait
08:52avec le machine learning.
08:54On s'est dit, ça y est, c'est la fin de tout.
08:55En fait, on voit bien que ce n'est pas la fin.
08:56C'est la fin de rien.
08:58Simplement, effectivement, il faut être préparé.
09:00Et pour ça, l'éducation a un rôle majeur.
09:02J'aimerais, un peu en dernière question,
09:04parler un peu du positionnement de la France.
09:06Moi, j'ai vu une étude qui m'a assez surprise
09:09quand j'étais en Espagne il y a quelques jours de cela.
09:11Apparemment, en termes de pourcentage d'entreprises,
09:14les pays du nord de l'Europe, sans surprise,
09:16sont très bien positionnés en termes de pourcentage d'entreprises
09:18qui utilisent l'IA.
09:20Mais l'Espagne est mieux positionnée, par exemple,
09:22que la France et beaucoup plus d'entreprises espagnoles
09:24qui utilisent l'IA aujourd'hui que d'entreprises françaises.
09:27Est-ce que ce n'est pas un paradoxe
09:28quand, depuis 2017, on entend la Startup Nation,
09:31donc derrière cela, on entend quand même
09:33une ouverture aux nouvelles technologies.
09:34Est-ce qu'il n'y a pas un excès de communication
09:36et finalement assez peu d'applications ?
09:38Et comment on pourrait expliquer ce retard français
09:39par rapport aux autres pays ?
09:41Alors, oui, c'est un peu étonnant
09:42parce qu'effectivement, moi, j'avais lu
09:44que c'était plutôt une bonne nouvelle en France.
09:46On n'est finalement pas si mal placés.
09:48Oui, on est à la moyenne européenne.
09:49L'Espagne est plus élevée.
09:51Mais en effet, peut-être qu'effectivement,
09:55il y a un problème aussi d'investissement,
09:57c'est-à-dire que les entreprises, en fait,
10:00dans ce contexte quand même politique compliqué
10:03depuis plusieurs années et des incertitudes.
10:06Et effectivement, avec une fiscalité
10:08qui ne bouge pas et qui n'a pas pris
10:12non plus un chemin très favorable,
10:14ça peut effectivement pénaliser.
10:16Parce que bien évidemment, il faut se dire
10:18qu'après tout, on peut y aller
10:20parce qu'on est plutôt récompensé pour le faire
10:24alors qu'effectivement, la fiscalité n'incite pas
10:27de toute façon à la prise de risque.
10:29Donc, je pense que peut-être qu'effectivement,
10:32le contexte économique en Espagne est plus porteur
10:35puisqu'ils ont quand même une situation économique
10:38meilleure que la nôtre.
10:39Oui, on a 2,8% de croissance en scène derrière,
10:40si je ne me trompe pas.
10:41Oui, et puis surtout, ils ont des perspectives
10:43assez positives par rapport à plein de réformes
10:46qui ont été faites.
10:47Alors que chez nous, non, on est quand même
10:50dans un horizon toujours bouché.
10:51On attend le 2027 avec impatience.
10:53Et je pense qu'effectivement, il y a un attentisme
10:56qui est sans doute là.
10:58Et surtout, une crainte, enfin en tout cas,
11:01un manque de visibilité qui fait que peut-être
11:04qu'effectivement, on ne le met pas suffisamment
11:07au cœur du sujet.
11:09C'est bien dommage parce qu'effectivement,
11:11je pense que plus c'est intégré de façon assez tôt
11:16et mieux c'est vécu par tout le monde,
11:18y compris par les jeunes, par les moins jeunes.
11:22Ce type de rattrapage, en général,
11:24quand même dur à rattraper.
11:27Oui, de toute façon, c'est pas comme la littérature
11:29le montre, c'est depuis l'informatique,
11:32ce sont des transformations qui nécessitent.
11:34Ce n'est pas simplement avoir des travailleurs
11:37ou des collaborateurs mieux formés,
11:38c'est vraiment avoir toute la chaîne,
11:40c'est vraiment toute la chaîne managériale
11:42qui est concernée.
11:43Donc c'est savoir comment on va apprivoiser
11:47ces nouvelles technologies.
11:48Et je pense que c'est ça, en fait,
11:50le point crucial.
11:52Si je vous résume, un regard un peu dépassionné,
11:54donc on sort un peu des scénarios catastrophes
11:57ou trop optimistes, d'ailleurs,
11:58parce qu'il y a une idolatrie de la technologie
12:00à un certain égard.
12:02Et finalement, aujourd'hui, le vrai problème,
12:04c'est pour nous économistes,
12:05c'est cette manière de calculer,
12:06finalement mesurer la productivité
12:08qui va être liée à cet égard.
12:09On en reviendra, bien évidemment,
12:11très prochainement encore sur ces sujets.
12:12Merci beaucoup Nathalie Jansson,
12:14vous êtes professeure d'économie
12:15à Neoma Business School.
12:16Merci.
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