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  • il y a 2 jours
Ce vendredi 20 mars, Christopher Dembik est revenu sur les attaques de plusieurs champs pétroliers et gaziers au Moyen-Orient qui vont avoir un impact durable sur la disponibilité, l'approvisionnement et le prix des matières premières à l'échelle mondiale, dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.

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Transcription
00:00Tout pour investir, la masterclass, les signaux faibles.
00:05Donc on le voit, on a énormément de dislocations du côté des marchés,
00:08vous avez bien sûr cette dynamique de matières premières,
00:10et je suis ravi d'en parler avec Benjamin Louvé,
00:13vous êtes gérant matières premières chez Ofi Asset Management.
00:16Le premier point que j'aimerais mettre en avant,
00:18alors c'est déjà de rebondir sur l'actualité,
00:21quel est l'impact des attaques qu'on a eues sur les infrastructures gazières,
00:24et quels sont les secteurs éventuellement qui vont être impactés,
00:26puisqu'on voit de manière assez nette que sur l'industrie,
00:29notamment européenne ou encore asiatique,
00:31ça peut avoir un effet qui va être extrêmement durable.
00:34Oui, bonjour Christopher.
00:36L'effet est forcément très important,
00:38parce qu'on a eu des infrastructures importantes de gaz naturel,
00:43des kéfiers qui ont été touchés, notamment la raffinité de Ras Lafane hier.
00:48Le ministre du Qatar a expliqué,
00:49ils ont construit cette raffinerie il y a deux ans pour 26 milliards de dollars,
00:54et ils estiment les dégâts à 20 milliards de dollars.
00:56Donc ils estiment qu'il faudra entre 3 et 5 ans pour réparer l'ensemble de ces infrastructures,
01:01ce qui veut dire qu'on va perdre à peu près 3 à 3,5% de la capacité mondiale
01:07d'approvisionnement en gaz
01:09pour une période assez longue.
01:11On a également eu une raffinerie qui a été touchée au Koweït ce matin.
01:15Donc là on parle de destruction d'infrastructures qui vont durablement affecter l'approvisionnement.
01:20Alors évidemment ça veut dire qu'on va avoir une concurrence accrue,
01:24et donc des prix du gaz qui vont probablement rester élevés pour une période plus longue.
01:29Et on le sait, c'est particulièrement impactant pour l'économie européenne.
01:35On l'avait vu pendant la précédente crise.
01:38L'Asie a d'autres moyens de fonctionner.
01:41On risque très fortement de voir un regain du charbon dans la production d'énergie,
01:49du fait de ces incidents autour du gaz.
01:52Mais le vrai problème qu'il faut avoir en tête,
01:54c'est qu'on a une destruction qui est durable, premièrement,
01:58et deuxièmement on a une indisponibilité aujourd'hui qui est importante,
02:02et qui si elle devait se prolonger,
02:04commencerait à poser des problèmes extrêmement importants.
02:07Ce matin, les experts saoudiens ont indiqué que si le conflit devait durer jusqu'à fin avril,
02:14ils estimaient que le prix du pétrole monterait à 180 dollars le baril,
02:17ce qui poserait des problèmes absolument énormes au niveau de l'économie mondiale.
02:21Oui, quand on regarde sur les anticipations de marché,
02:24alors certes elles évoluent beaucoup,
02:25mais on est sur un conflit qui pourrait, en tout cas d'après les anticipations de marché,
02:28donc énorme prudence, perdurer jusqu'au mois de mai.
02:31Mais si on regarde, notamment, je vais évoquer typiquement l'hélium liquide,
02:34qui est essentiel pour le refroidissement des semi-conducteurs,
02:37on sait que des grands acteurs asiatiques comme TSMC ou encore SKINIC
02:41sont extrêmement dépendants en termes d'approvisionnement du Qatar,
02:44c'est à peu près 40 à 50 % de leurs importations.
02:47Alors bien sûr, ils ont des réserves,
02:49mais la question qui va se poser, est-ce qu'on a des données pour savoir aujourd'hui,
02:51ou en tout cas, est-ce que ces entreprises communiquent,
02:53pour savoir à peu près quelles sont leurs réserves,
02:55et finalement, est-ce qu'il y aurait, dans le meilleur des cas,
02:58des routes alternatives, notamment par exemple pour cet hélium liquide,
03:01ou est-ce qu'on est face à un goulot d'étranglement pour l'IA ?
03:05On est face à un goulot d'étranglement,
03:07parce que pour les volumes dont on parle,
03:09les routes alternatives, il n'y a pas de pipeline ou de gazoduc,
03:11comme pour le pétrole ou pour le gaz, pour ce type de gaz,
03:14donc il faut prévoir des transports par la route,
03:17et donc forcément, avec des volumes beaucoup plus faibles
03:20que quand on fonctionne par les routes maritimes,
03:23donc forcément, c'est un goulot d'étranglement,
03:26et ça va contraindre les capacités de production,
03:29et vous parlez de l'hélium, mais on peut parler plus globalement,
03:33le marché est en train de réaliser l'importance qu'est le détroit d'en mousse,
03:36parce que vous avez également une grosse partie des fertilisants qui passent par là,
03:39vous avez de l'aluminium,
03:41pratiquement 10% de la production d'aluminium mondial passe par le détroit d'en mousse,
03:45vous avez également l'urée, vous avez également le soufre,
03:48qui est indispensable pour la fabrication d'acide sulfurique,
03:50pour raffiner notamment le cuivre et le nickel,
03:53donc on a des perturbations importantes,
03:55je pense que ce qui est important, Christopher,
03:57c'est de bien comprendre que pour l'instant,
03:58le marché a l'air de se focaliser sur le fait que
04:00cette crise peut avoir un effet inflationniste,
04:03mais en fait, ce n'est pas vraiment de l'inflation,
04:04c'est un choc de prix,
04:06mais au-delà de ce choc de prix,
04:07on a vraiment un problème aujourd'hui
04:11de risque de perte de production,
04:13et donc d'atteindre la croissance beaucoup plus grande,
04:15ce qui va encore compliquer le rôle des grands argentiers,
04:18et notamment des banques centrales,
04:19parce qu'elles vont avoir des injonctions contradictoires,
04:22plutôt avoir tendance à retarder des éventuelles baisses de taux,
04:27parce qu'il y aura un problème d'inflation,
04:28mais les hausses de taux ne peuvent pas grand-chose
04:31contre une inflation par le prix des matières premières,
04:34et une crainte sur la croissance qui pousserait plutôt à baisser les taux,
04:37donc on va rentrer dans une situation extrêmement compliquée,
04:41et probablement volatile pour les marchés de ce fait.
04:43– Je pense que c'est un point qui est important,
04:44et je suis assez aligné avec vous,
04:45c'est-à-dire qu'on se focalise beaucoup sur les pressions inflationnistes,
04:48qui bien sûr seront là tôt ou tard,
04:50ça devrait être même en dernière partie d'année,
04:53mais la réalité c'est que la pondération,
04:55en tout cas dans le calcul de l'inflation,
04:56notamment sous ce qui va concerner l'énergie ou encore l'alimentaire,
04:59en tout cas pour les pays développés, ça reste plutôt faible,
05:02les pays asiatiques c'est un peu différent,
05:03je crois que la Thaïlande, lorsqu'ils font leur calcul d'inflation,
05:06l'inflation alimentaire peut représenter 70% du poids,
05:08donc c'est un peu différent,
05:09mais indéniablement c'est plutôt un sujet de croissance
05:12qui va être extrêmement important à prendre en considération,
05:15on le voit, vous avez énormément,
05:17toute la chaîne industrielle aujourd'hui très dépendante de cet aspect-là,
05:20on a je crois des chimistes allemands
05:21qui mettent déjà en avant le fait qu'on aurait des difficultés à cet égard,
05:25est-ce qu'il y a des pays qui pourraient s'en sortir ?
05:27Alors je vois par exemple pour le pétrole,
05:29on évoque assez régulièrement que des gagnants de la séquence actuelle,
05:32ça pourrait être l'Amérique latine,
05:33on pensera notamment au Venezuela,
05:36le gouvernement américain a aussi autorisé le gouvernement vénézuélien,
05:39en tout cas les sociétés vénézuéliennes qui fournissent des fertilisants,
05:43même si ce n'est pas les plus importants en termes d'exportation
05:45à faire du commerce avec les sociétés américaines,
05:47est-ce que l'Amérique latine pourrait un peu tirer son épingle du jeu
05:50des tensions actuelles sur les matières premières ?
05:54L'Amérique latine va être gagnante sur certains points que vous évoquez,
05:57alors sur le pétrole ça reste relativement compliqué pour le Venezuela
05:59parce que les installations sont très vétuses,
06:04elles vont nécessiter des gros investissements,
06:05on a bien vu que les compagnies pétrolières américaines
06:07n'avaient pas très envie d'y aller,
06:08et les allégements annoncés par l'administration Trump sur le Venezuela
06:15ne vont pas produire d'effets majeurs et massifs rapidement,
06:19on va pouvoir gagner quelques centaines de milliers de barils,
06:22mais guère plus,
06:23ce qui est très loin des 20 millions de barils de pertes de production
06:25qu'on a actuellement,
06:27enfin on va dire d'une dizaine de millions de barils
06:29qu'on a de pertes actuellement du fait de la fermeture du D3 d'Ormousse de fait.
06:34Sur les fertilisants, ils peuvent peut-être effectivement tirer un peu leur épingle du jeu,
06:37mais il va falloir voir aussi l'impact inverse,
06:39c'est qu'on a du fait du manque de fertilisants aujourd'hui,
06:44un risque pour les récoltes à venir,
06:47et donc il peut aussi y avoir un impact négatif
06:49du fait de cette possible perte de production agricole,
06:55qui pourrait aussi les affecter,
06:57parce que le continent sud-américain est un gros continent producteur
07:00de soja, de maïs notamment,
07:04et de canne à sucre,
07:05donc il pourrait y avoir des impacts indirects négatifs également,
07:10un peu difficile de dire exactement qui va bien s'en tirer,
07:12les grands gagnants je dirais de cette situation,
07:14ce sont les Américains qui aujourd'hui sont le plus gros producteur de pétrole,
07:18et qui vont profiter à plein de la hausse des prix du pétrole qu'on connaît actuellement.
07:22En un mot très rapidement, notamment pour nos auditeurs,
07:24et les téléspectateurs,
07:25on ne cesse d'entendre dans la période actuelle des objectifs sur le pétrole,
07:32tout va dépendre bien évidemment de la séquence et la durée du conflit,
07:36est-ce que vous pourriez juste expliquer à nos auditeurs et téléspectateurs
07:39comment on essaye de modéliser de manière très rapide,
07:41ça reste très compliqué pour eux de se dire,
07:43certains nous disent que ça va monter à 150 dollars,
07:45certains à 180,
07:47quels sont les éléments qui permettent de faire ce type de prévision
07:49pour être de manière assez explicite ?
07:52En fait, le prix du matière première s'établit en fonction de l'équilibre instantané
07:58entre l'offre et la demande,
07:59et donc vous devez en permanence être capable d'estimer les flux.
08:03Aujourd'hui, on sait que l'offre va être réduite,
08:08et probablement durablement,
08:09parce que même si le conflit se terminait demain matin,
08:11le manque de circulation de bateaux depuis maintenant plusieurs semaines
08:15va mettre du temps à se résorber,
08:18on peut prendre en compte la modélisation aussi des libérations des stocks stratégiques,
08:23mais la libération des stocks stratégiques,
08:25elle est contrainte en termes de volume par jour pour des contraintes techniques,
08:29et puis en face de ça, ce qu'il faut comprendre,
08:31c'est quelle est la part de la demande qui peut être effacée
08:34de façon à rétablir l'équilibre.
08:36Et aujourd'hui, le problème qu'on a,
08:37c'est que par rapport à la situation qu'on a pu avoir dans les années 70 notamment,
08:41on a une économie qui est beaucoup moins dépendante du pétrole,
08:44on le voit bien, la quantité de pétrole nécessaire par unité de PIB a beaucoup diminué,
08:48parce qu'en fait, on a optimisé dans le cadre de la transition énergétique
08:50notre consommation de pétrole.
08:52Et donc, effacer de la demande va être de plus en plus difficile,
08:55vous parliez de la pétrochimie,
08:57la pétrochimie aujourd'hui, ce sont des barils qui sont absolument essentiels,
09:01donc on va avoir du mal à effacer cette demande,
09:03et ça, quand on le modélise,
09:05ça nécessite une hausse des prix encore plus importante
09:07pour détruire la demande suffisante,
09:09pour rétablir l'équilibre entre l'offre et la demande,
09:11et c'est ça qui permet de mener à ces estimations
09:16qui sont faites par le ministre du Qatar,
09:18qui parlait de 150 dollars il y a quelques jours,
09:22par les Saoudiens ce matin,
09:23qui parlent de 180 dollars le baril,
09:25si le conflit devait durer encore un peu,
09:26parce qu'au fur et à mesure que le conflit dure,
09:29les stocks stratégiques vont être de moins en moins utiles,
09:31le retard pris dans la livraison du reste du pétrole
09:34va être de plus en plus important,
09:36donc ça pousse les prix du pétrole de plus en plus haut.
09:39Merci beaucoup Benjamin Louvé pour cette réponse extrêmement explicite,
09:44vous êtes gestionnaire matières premières chez Ofi Asset Management.
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