00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h-10h, Benjamin Glaze.
00:04Soyez les bienvenus si vous nous rejoignez en ce lundi de Pâques, j'ai le plaisir de vous accompagner.
00:08Vous le savez, jusqu'à 10h avec tout de suite une question que l'on se pose.
00:12A quoi joue Donald Trump ? C'est Sud Radio, vous explique.
00:15Donald Trump qui continue de souffler le chaud et le froid au Moyen-Orient.
00:18Pour la unième fois après avoir promis l'enfer à l'Iran,
00:21le président américain a décidé de repousser son ultimatum.
00:25Celui-ci devait s'achever ce soir.
00:26Finalement, ce sera pour demain, 20h.
00:29Bonjour Général François Chauvency.
00:32Bonjour.
00:32Et un grand merci d'être avec nous sur Sud Radio ce matin pour nous aider à comprendre tout cela.
00:37Ce qui se joue en ce moment, puisque c'est peut-être un moment clé dans cette guerre en Moyen
00:40-Orient.
00:41Vous êtes, je le précise, consultant géopolitique.
00:44Donald Trump qui continue en tout cas de brouiller les cartes avec un ultimatum qui a été une nouvelle fois
00:48repoussé.
00:49Comment expliquer ses reports à répétition ?
00:52Est-ce qu'il a encore la main finalement sur ce conflit Donald Trump ?
00:57Manifestement, Donald Trump n'a pas la main sur le conflit dans la mesure où les Iraniens ne cèdent pas.
01:03S'il y avait des ouvertures par des négociations, par des paroles d'ailleurs moins extrémistes aussi du côté iranien,
01:11peut-être que Donald Trump se calmerait un petit peu.
01:14Un petit peu, j'ai dit simplement.
01:16Donc on est bien dans une situation où Donald Trump n'a pas forcément la main,
01:19dans la mesure où il n'est pas capable d'imposer sa volonté aux Iraniens,
01:22qui eux, ils sont dans l'affrontement complètement des volontés.
01:25Ils veulent garder le pouvoir, ils veulent marquer, je dirais, l'influence des Etats-Unis.
01:31Et puis, ils jouent sur le registre aussi communicationnel, c'est ce qu'on entend tous les jours.
01:36Donc, effectivement, Donald Trump pose problème dans sa stratégie,
01:40puisqu'en fait, on ne sait pas très bien où il va.
01:42On ne sait pas très bien où il va, et c'est vrai qu'on a du mal à y
01:45voir clair dans ses objectifs de guerre.
01:47Il ne les a jamais vraiment précisés, indiqués.
01:52C'est quoi aujourd'hui, ses objectifs de guerre à Donald Trump ?
01:54Est-ce qu'on arrive à y voir clair là-dessus ?
01:57Alors, on peut y voir clair dans la mesure où on va interpréter ce qu'il pourrait faire,
02:00et non pas ce qu'il veut vraiment faire.
02:02C'est ça le problème.
02:03Donc, dans les hypothèses vraisemblables, je dis bien vraisemblables,
02:07il y a certainement, sans aucun doute, la dimension nucléaire, militaire de l'Iran,
02:11où il faut récupérer ces 440 kilos d'uranium enrichis,
02:14qui sont effectivement, je pense, l'objectif principal, s'il y en avait un de principal.
02:19Le deuxième, est-ce qu'on peut croire qu'il veut le changement de régime ?
02:23On a bien compris qu'aujourd'hui, il n'en était pas capable,
02:26et que de toute façon, ce n'était pas l'objectif premier.
02:28Et puis, le troisième objectif, mais qui est plutôt en filigrane,
02:30mais qui correspond plutôt à sa politique intérieure,
02:33et puis aussi à l'économie mondiale,
02:35il voudrait que l'économie redémarre normalement.
02:37C'est-à-dire, peu importe qui est en Iran,
02:40surtout que l'économie redémarre,
02:41parce que ça a des implications en politique intérieure aux Etats-Unis,
02:44et ça, effectivement, il veut s'en sortir.
02:46À ce niveau, en tout cas, la Maison-Blanche n'a toujours pas évacué la possibilité d'une opération terrestre
02:51en Iran,
02:52notamment pour libérer, rouvrir ce détroit d'Ormuz.
02:56On a beaucoup parlé de l'île de Kharg.
02:59Quels sont les pourcentages de réussite d'une telle opération,
03:02et est-ce que c'est vraiment envisageable, cela ?
03:05Alors, c'est vrai qu'en termes de pourcentage,
03:08je ne m'azarderais pas à donner un pourcentage sur une opération militaire,
03:12car on ne sait jamais comment ça peut évoluer.
03:13En revanche, reprenons ce qui s'est passé hier et avant-hier en Iran.
03:18Nous avons quand même une force américaine extrêmement puissante,
03:22qui s'est déployée à 50 kilomètres au sud-ouest d'Ispan,
03:27donc à plusieurs centaines de kilomètres du golfe arabe au Persique.
03:31Donc, les Américains ont pénétré en Iran et ont occupé le terrain pendant, en gros, 48 heures.
03:38Ce qui veut dire que les Iraniens n'ont pas été capables de l'empêcher, d'une part.
03:41Ce qui veut dire indirectement qu'ils ne sont pas aussi forts que les paroles laissent le supposer.
03:45Et on revient à votre hypothèse sur l'île de Kharg,
03:47qui n'est pas si loin que ça quand on regarde bien la carte,
03:50et ce que je viens de vous dire,
03:51qui est effectivement l'objectif pour moi le plus plausible,
03:54parce que 24 kilomètres carrés à 350 kilomètres des côtes arabe au Persique,
03:59comme on vient de voir en Iran que les Américains ont pu y pénétrer,
04:04je pense que l'île de Kharg peut être un objectif militaire, absorbable,
04:09et d'abord parce que les renforts ne pourraient pas arriver comme cela pour les Iraniens.
04:12Donc voilà, moi je dirais que c'est un objectif,
04:14avec surtout 90% des capacités d'exportation de pétrole iraniens mis sous contrôle américain.
04:21Donc quand Emmanuel Macron dit lui que toute opération militaire visant à libérer le détroit d'Hormuz
04:25est irréaliste sans concertation véritable avec l'Iran,
04:30il se trompe selon vous ?
04:32Non, il ne se trompe pas, je dirais que c'est une vision pragmatique.
04:36Moi je m'étonne toujours qu'au bout de 47 ans de menaces sur le détroit d'Hormuz,
04:40il n'y ait jamais eu de plan d'opération, notamment américain,
04:42pour s'emparer du détroit d'Hormuz d'une manière militaire.
04:46Et ce n'est pas maintenant que ça va se déclencher,
04:47puisque ça aurait été fait autrement.
04:49Et on aurait bien vu les forces américaines se mettre en place.
04:51Donc effectivement, le président Macron finalement évoque une négociation d'une certaine mesure,
04:57mais moi je dirais d'une autre manière peut-être.
04:59Peut-on accepter que l'Iran mette la main sur le détroit d'Hormuz
05:02alors qu'il n'a aucune légitimité pour le faire,
05:05et encore moins de l'égalité ?
05:06Une partie de ce détroit d'Hormuz appartient à Oman,
05:09et une partie est internationale, et une autre partie est à l'Iran.
05:12Donc voilà, il y a un vrai sujet international.
05:14Fin de l'ultimatum, en tout cas demain soir.
05:16Avant cela, Donald Trump va prendre la parole aujourd'hui.
05:19Une conférence de presse dans le bureau OVA.
05:21Il doit revenir sur cette opération de sauvetage assez spectaculaire
05:25qui a permis d'évacuer le pilote américain,
05:27dont le F1 s'était écrasé en Iran.
05:30C'est un événement que peut utiliser, que va utiliser Donald Trump, selon vous, justement,
05:36notamment devant le peuple américain ?
05:39Sans aucun doute.
05:41Alors bien sûr, j'ai entendu des commentateurs depuis 48 heures
05:43qu'un avion américain abattu en Iran avait été un échec de l'armée américaine.
05:48Je trouve qu'un avion abattu au bout de quatre semaines de guerre,
05:52ce n'est pas un échec, c'est moins qu'on puisse dire.
05:54La réussite a été de pouvoir entrer en Iran, rappelons-le, récupérer un pilote,
06:00contrecarrer les forces iraniennes qui cherchaient aussi à s'emparer du pilote
06:03et surtout ramener, ça c'est pour Donald Trump,
06:06ramener aux Etats-Unis un boy qui aurait pu être prisonnier et traité en otage
06:11et non pas empoisonné de guerre.
06:13Donc il a un succès militaire qui n'est pas uniquement tactique
06:16mais qui est devenu stratégique en termes d'opinion publique intérieure.
06:19Et pourtant, il n'arrive toujours pas.
06:21Les défenses iraniennes sont toujours là et font encore des dégâts.
06:26Comment ça se fait avec la force de frappe américaine
06:28et avec ce que dit les menaces de Donald Trump ?
06:32Les Etats-Unis n'arrivent pas à faire plier totalement l'Iran et le régime.
06:38Je vais d'abord rectifier la notion de défense iranienne.
06:42Vous avez une capacité d'agression par les missiles,
06:45ce n'est pas de la défense, c'est de l'attaque.
06:47Et ça, c'est un sujet différent.
06:49Et vous avez la capacité à défendre l'espace aérien iranien
06:53avec maintenant des moyens extrêmement dégradés.
06:56Alors, je veux bien croire qu'on avait un avion de temps en temps
06:58mais encore, il n'y en a pas eu beaucoup, je me répète.
07:00En fait, l'espace aérien iranien est complètement ouvert.
07:03Alors, bien sûr, il peut encore avoir des défenses anti-aériennes,
07:06mais très peu, on le voit bien.
07:07Les bombardements ont lieu tous les jours.
07:08Et puis, après, cette capacité de destruction à distance
07:11par des missiles et des drones qui est une réalité.
07:13Voilà.
07:14Alors, je vous rappellerai simplement en 1990-91,
07:17je ne vais pas faire le lancer à combattants,
07:18mais les missiles Scud qui n'étaient pas si perfectionnés que ça
07:21du côté irakien, la difficulté qu'ont eues les Israéliens
07:24et surtout les Américains à l'époque de les détruire
07:26parce que ce sont des lanceurs mobiles
07:28qui se déplacent donc sur le terrain
07:30et qui peuvent tirer rapidement.
07:32Et aujourd'hui, les Iraniens se sont préparés à ce type de guerre.
07:34Ils ont des grottes, ils ont des systèmes de camouflage.
07:37Donc, effectivement, détruire l'ensemble des lanceurs iraniens,
07:41c'est difficile.
07:42Et on peut reconnaître que la notion de chiffre
07:44en disant, oui, on a détruit 70%, 40%, 50%,
07:48reste quand même assez aléatoire.
07:49On ne peut que constater qu'il y en a encore.
07:51Et donc, la carte peut encore durer un certain temps.
07:54Et donc, l'ultimatum de demain sera peut-être encore une fois repoussé.
07:57En tout cas, ce ne sera pas la fin de l'épisode.
08:00Oui, tout à fait.
08:02Mais bon, c'est vrai qu'en termes, je dirais, de rationalité,
08:05nous avons quand même du mal à comprendre les uns et les autres
08:08sur les reports d'ultimatum jour après jour.
08:11Mais tout le monde se pose la question.
08:13Au bout d'un moment, on va où, quoi ?
08:16On revient au débat qu'il y a aujourd'hui aux Etats-Unis
08:18pour dire, Trump est peut-être fou.
08:21Alors, je ne sais pas, je ne peux pas répondre.
08:22Je dis simplement que la rationalité, je dirais, militaire
08:26ou politico-militaire laisse quand même sujet à débat.
08:29On ne peut pas en permanence dire, on vous fait un ultimatum.
08:32Voilà.
08:33Donc, on va voir ce qui va nous sortir ce soir,
08:35si je peux me permettre de parler ainsi,
08:36lors de sa conférence de presse.
08:38Je pense encore qu'il va sortir des coups, comme d'habitude,
08:40mais que pour l'instant, les opérations militaires
08:42sont destinées à durer avec un point clé.
08:44C'est qu'il n'y a que 60 jours depuis le 28 février
08:47qui permettent, une période qui permette à Donald Trump
08:50de faire ce qu'il veut.
08:51Donc, le 28 avril, 29 avril, il doit passer dans le Congrès
08:54pour dire, je vous autorise ou non à continuer la guerre.
08:57Oui.
08:58Et ce sera un moment clé, ça aussi.
08:59Merci beaucoup, Général François Chauvency,
09:01d'avoir été avec nous ce matin sur Sud Radio Consultant Géopolitique.
09:04Je vous souhaite une très belle journée.
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