00:00Et en ce dimanche matin, l'archive Sud Radio qui ce matin est magistrale.
00:05La femme dont je vais vous parler ce matin n'est pas seulement une couturière,
00:07elle est une langue, un ton, un caractère, une façon de regarder le monde et de le découper,
00:12comme on coupe un tissu, sans trembler, sans s'excuser, avec le sens de la ligne juste et de façon
00:17nette.
00:18On parle souvent de son style, on devrait parler davantage de sa pensée.
00:21En 1959, Coco Chanel, de son vrai nom, accorde une interview restée saisissante
00:26dans laquelle elle parle de la mode, du style, de la copie, de l'imitation, de la rue, de la
00:30tendance,
00:31avec cette autorité souveraine de quelqu'un qui n'a plus besoin de convaincre personne.
00:34Elle y explique notamment qu'elle ne croit pas à la copie mais à l'imitation,
00:38que l'on ne peut pas défendre la mode et qu'il n'y a de style véritable
00:41que lorsque les gens dans la rue s'habillent comme vous.
00:44Alors à l'heure où la mode se consomme, se recyc, se photographie et se romique, se jette,
00:49se duplique à toute vitesse, cette femme que vous allez entendre en quelques secondes,
00:53en 1959, comprend déjà que le vrai sujet n'est pas de protéger la création
00:58comme un trésor sous cloche.
00:59Le vrai sujet, c'est de créer quelque chose d'assez fort pour être repris,
01:04imité, absorbé par la rue, par les silhouettes et par la vie elle-même en réalité.
01:09Depuis, à ce niveau-là, rien n'a vraiment changé, si on est honnête.
01:12Ou plutôt si, les vêtements ont changé, les vitrines ont changé,
01:15les téléphones ont remplacé les miroirs,
01:17mais la comédie, cette fameuse comédie du style, elle est restée la même.
01:21Parmi toutes celles et ceux qui ont tenté de la croquer,
01:24Coco Chanel est dans le sens « essayer de la comprendre »,
01:27il y a Paul Morand, écrivain, diplomate, académicien français,
01:30partageant avec elle la capacité à ne pas choisir de camp entre 1939 et 1945.
01:34Le titre du livre qui lui dédie, et on ne peut pas le manquer,
01:37s'appelle « L'allure de Chanel ».
01:39Dedans, on y découvre le caractère bien trempé d'une femme qui s'est imposée,
01:43sans rien prévoir, dans une époque qui ne l'avait pas prévue,
01:46mais qui a réussi à en être l'incarnation.
01:48Son indépendance, arrachée farouchement, son seul amour,
01:51son mode de vie, réglée comme une partition de musique,
01:54sa détestation des mondanités, son pragmatisme ou sa force de vie.
01:57On peut y lire, et je me rends plongé dans ces pages cette nuit,
02:00ces quelques lignes absolument formidables.
02:02Je cite,
02:24Alors vous allez l'écouter brièvement, en repensant à ce que je viens de vous dire,
02:27et tout est là.
02:28Quand on l'écoute, tout s'impose naturellement.
02:30On l'aperçoit, comme ça, dans cette archive, dans un environnement chic,
02:34qui rappelle le Ritz, là où elle y passe du temps,
02:36au point d'ailleurs de s'y éteindre paisiblement, en 1971,
02:39de grands miroirs, des bibelots un peu partout, des vieux livres,
02:42et une auteur sous plafond que l'on distingue absolument immense.
02:45Elle est habillée sobrement, enfin,
02:47sobrement comme on peut l'être quand on s'habille chez Chanel.
02:50Elle a un chapeau clair, large, sans être théâtrale,
02:52qui pose d'emblée une autorité.
02:54Il encadre le visage comme une ombre et les glandes, presque une signature,
02:57et puis, à son revers, une broche qui vient accrocher la lumière,
03:00avec cette précision souveraine,
03:02des femmes qui savent qu'un détail peut suffire à faire une allure.
03:04Et puis le tailleur, pièce maîtresse de la maison Chanel,
03:06en tweed, aux lignes nettes, qui dessine sa silhouette sans la redire.
03:09Et puis autour de son cou,
03:11les rangs de perles qui ne relèvent pas du simple ornement.
03:13Ils installent ce qu'il y a,
03:15juste ce qu'il faut en tout cas pour avoir un air classique.
03:17Et puis il y a sa main,
03:18importante les mains chez une femme,
03:20chargée de bac, portée au visage régulièrement
03:22sous les effets d'une caméra pointée sur elle.
03:24Ce sont quelques secondes,
03:26mais quelques secondes excessivement précises.
03:28Coco Chanel, 1959.
03:30Comment ?
03:31Une définition de l'élégance.
03:33Une définition de l'élégance.
03:35On dit que c'est difficile,
03:36on va poser des questions bien difficiles.
03:38Parce que c'est que l'élégance.
03:40Beaucoup de choses, vous savez.
03:41On va comprendre beaucoup de choses.
03:44Enfin, je ne peux vous dire que ce que je répète sans arrêt,
03:48qui pour moi est un fait,
03:49mais que peut-être tout le monde ne comprend pas,
03:51je trouve que les femmes seront toujours trop habillées
03:54et qu'elles ne sont jamais assez élégantes.
03:56Voilà, c'est bref, c'est court,
03:58mais on se dit,
03:59manche de Pâques, un peu de Coco Chanel,
04:00ça peut ne faire de mal à personne.
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