00:00Et c'est le moment de l'archive qui, ce matin, est mélancolique.
00:03Il y a des hommes qui auront passé leur vie à provoquer pour mieux dissimuler une certaine blessure.
00:08Des hommes qui auront donné de change avec du scandale, du souffre, des bons mots, des nuits trop longues, des
00:13cendres trop vite consumées,
00:15alors qu'au fond, il n'était peut-être que des poètes mal peignés.
00:25Serge Gainsbourg était de ceux-là.
00:26Il y a 35 ans, il nous quittait, laissant derrière lui une œuvre immense, provoquante bien sûr, mais surtout poétique.
00:32Une œuvre traversée par les femmes, l'alcool, les fumées, les doubles sens, les éclats de génie,
00:37et cette obsession très française des mots justes, même lorsqu'il se donne l'air de boiter.
00:42Chez lui, la chanson n'était jamais loin de la littérature, et la littérature jamais loin de la blessure.
00:46En octobre 1973, il écrit « Je suis venu te dire que je m'en vais », une balade devenue
00:52intemporelle.
00:53Une chanson d'adieu qui n'en a pas tout à fait l'air, un morceau à la fois tendre,
00:58sec, désabusé, presque murmuré.
01:00La chanson est écrite par l'artiste pendant son hospitalisation, après une première crise cardiaque.
01:05Et derrière cette mélodie, derrière cette voix traînante qui semble avancer à reculons,
01:09Gainsbourg glisse l'ombre de Verlaine.
01:10Parce que pour le provocateur Gainsbourg, la chanson est une école de rattrapage,
01:14l'art, le vrai comme il disait, et surtout dans la poésie.
01:17Et c'est pour cela que cette chanson est aussi une variation sur la chanson d'automne,
01:21les fameux sanglots longs, des violons, la longueur,
01:24et cette façon unique qu'à l'automne d'annoncer la fin, sans jamais cesser d'être beau.
01:27Dans l'archive que nous allons entendre, Serge Gainsbourg l'interprète,
01:30en direct dans l'émission désormais culte Taratata.
01:33Nous sommes à la fin de l'année 1973,
01:35et l'homme est déjà tout entier là, la pudeur cachée sous la désinvolture,
01:39l'élégance lasse, la tristesse tenue en laisse.
01:41Et ce qu'il bouleverse, ce n'est pas seulement la chanson,
01:43c'est sa manière de la dire, vous allez l'entendre,
01:45comme s'il s'excusait encore un tout petit peu d'être là,
01:48comme s'il fallait toujours chez lui faire passer la douleur par un détour.
01:52Serge Gainsbourg, 1973,
01:54« Je suis venu te dire que je m'en vais ».
01:56« Je suis venu te dire que je m'en vais ».
02:03« Des semblons longs, n'y pourront rien changer ».
02:09« Comme dit si bien la reine, un vent mauvais ».
02:16« Je suis venu te dire que je m'en vais ».
02:22« Tu te souviens des jours heureux, et tu pleurais ».
02:28« Tu semblons toutes les vies, à présent, qu'elle serait l'heure ».
02:35« Des adieux à jamais, et je suis au regret ».
02:41« Je te dis que je m'en vais, car tu m'en as trop fait ».
02:52Et vous venez d'entendre Serge Gainsbourg en direct de l'émission « Taratata ».
02:56On était en 1973.
02:58Parfois, on peut le dire, Serge Gainsbourg aide un tout petit peu à se réveiller
03:02dans certains dimanches matins.
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