00:00Et l'archive est glaciale ce matin, réglons quelques comptes de si bonheur, alors que ce que l'on appelle désormais les dossiers Epstein,
00:12non médiatiques sordides, donnés aux milliers de documents liés au multimillionnaire et pédocriminel Jeffrey Epstein,
00:18continuent de faire trembler les milieux culturels, politiques et financiers à travers le monde.
00:22Une personnalité française se retrouve aujourd'hui au cœur des soupçons et des interrogations.
00:27Son ancien ministre flamboyant de la culture, fidèle parmi les fidèles de François Mitterrand, Jacques Lang,
00:33aujourd'hui directeur de l'Institut du Monde Arabe, ainsi que sa fille Caroline Lang,
00:37sont accusés par certains d'entretenir des liens troublants avec le financier américain.
00:41Des explications auront d'ailleurs lieu au Quai d'Orsay, ce dimanche soir, convoqué par l'institution,
00:47suite à l'ouverture d'une enquête par le fameux PNF, le Parquet National Financier.
00:51Le nom de Caroline Lang apparaît également à de multiples reprises dans certains fichiers
00:55et elle serait mentionnée dans un testament financier rédigé deux jours avant la mort d'Eptine,
00:59évoquant un versement de plusieurs millions de dollars.
01:02Elle a également fondé en 2007 une structure avec lui,
01:05tandis qu'une société offshore aux Îles Vierges a existé dans leur environnement familial.
01:10Malgré les démentis fermes et catégoriques,
01:12c'est tout un système de relations, de réseaux, de services rendus,
01:15de mondanités ambiguës et de renvois d'ascenseurs qui fait surface
01:19dans les récits et les commentaires et les documents ici et là.
01:23Hier, à ce micro, c'est Alain Duhamel qui réagissait sans langue de bois à cette actualité.
01:28Comment vous regardez cette actualité concernant Jacques Lang ?
01:30C'est Navran, c'est un homme qui a été un ministre des affaires culturelles absolument unique.
01:38Ce qu'on apprend de lui en matière de comportement humain, c'est lamentable.
01:43Je pense qu'il devrait quitter l'Institut du monde arabe en galopant.
01:47Pas à petits pas, en galopant.
01:50Et puis qu'il aille dans un hermitage.
01:52Ce qui nous ramène à une archive singulière.
01:55Nous sommes le 19 février 1993
01:57et sur le plateau de Bouillon de Culture avec Bernard Pivot,
02:00il y a un face-à-face.
02:01Jacques Lang, face à Michel Schneider,
02:03conseiller référendaire à la Cour des Comptes,
02:05psychanalyste et séilliste,
02:06ancien directeur de la musique au ministère de la Culture,
02:09dont il va démissionner deux ans auparavant,
02:12en 1991,
02:13après trois années passées rue Saint-Dominique.
02:16Dix-neuf mois plus tard, il publie donc un petit livre,
02:18par la taille, mais immense par le propos,
02:20qui s'appelle la comédie de la culture.
02:22C'est un regard intérieur, excessivement sévère,
02:24clinique sur les rapports,
02:25qu'il juge pervers,
02:27entre le pouvoir politique, celui de Jacques Lang,
02:29et le monde artistique.
02:30Pas de délation, pas de ragots,
02:32mais des charges féroces,
02:33un verbe acéré, une rhétorique implacable.
02:36Aujourd'hui, on appellerait cela un règlement de compte,
02:38mais le niveau est trop élevé,
02:39les arguments trop aiguisés,
02:41la langue trop précise,
02:42pour être réduit à une simple querelle.
02:44Et en quelques minutes, vous allez le voir,
02:46le ministre de la culture,
02:47sous les propos de l'homme qui a travaillé avec lui,
02:50devient le ministre des mondanités et du parisianisme.
02:54C'est donc une archive à découvrir,
02:56ou à réécouter,
02:57à l'aune des événements des dernières heures.
02:5919 février 1993,
03:01Bernard Pivot,
03:03Jacques Lang,
03:04Michel Schneider,
03:04sur le plateau de Bouillon de Culture.
03:06Avec Michel Schneider,
03:07Alors donc, je disais,
03:09vous avez donc été pendant trois ans
03:11le directeur du ministère de la culture,
03:13de la musique et de la danse,
03:14et vous avez démissionné.
03:15Pourquoi avez-vous démissionné ?
03:17J'ai démissionné à un moment qu'il faut rappeler,
03:20c'était en mai 1991,
03:21donc au moment où Jacques Lang
03:22et le gouvernement qui lui appartenait
03:23étaient au sommet de leur popularité.
03:25Je n'ai pas attendu que le navire
03:26prenne du gîte pour partir.
03:28Et j'ai démissionné,
03:29vous le savez bien, Jacques Lang,
03:31j'ai démissionné parce que,
03:33depuis le début,
03:34j'ai eu un certain nombre de désaccords avec vous,
03:37que je vous ai dit,
03:38que j'ai exprimé,
03:39et sur des points très précis,
03:41beaucoup moins généraux
03:42que ce que vous venez d'évoquer.
03:44Ces points, je vous les rappelle.
03:45Le premier, c'est votre peu d'intérêt
03:47pour la démocratisation,
03:48de l'accès à l'art,
03:50la réduction des inégalités,
03:51qu'elles soient géographiques.
03:52Je suis content d'apprendre
03:54qu'il y a des expositions à Marseille,
03:55je le savais,
03:56et je sais qu'il se passe pas mal de choses en France,
03:58mais dans le secteur dont j'avais la charge,
04:00je savais que 60% des crédits
04:02allaient à Paris
04:03et aux grandes institutions parisiennes.
04:05C'est un déséquilibre
04:05qui n'est pas tolérable pour les Français
04:07qui vivent dans les régions.
04:08Le deuxième point,
04:10c'est les inégalités culturelles,
04:12sociales devant la culture.
04:13Et malheureusement,
04:14au moment où vous allez quitter ce ministère,
04:16ces inégalités sont à peu près inchangées
04:17par rapport au moment où vous avez pris
04:19les affaires en main.
04:21Le troisième point,
04:22c'était ce que j'appelle le clientélisme,
04:24c'est-à-dire de transformer l'État
04:26en une sorte de libre-service
04:28à la disposition de tel ou tel ami,
04:31ami de tel ou tel courant,
04:33et pas d'avoir une politique
04:35au sens de visée d'intérêt général,
04:36d'une politique cohérente,
04:37coordonnée,
04:38qui vise le long terme.
04:40Et moi, je regrette,
04:41en tant que serviteur de l'État,
04:43de voir l'État un petit peu
04:44comme ça, mis à l'encan.
04:45Et puis, le dernier point,
04:46c'était l'Opéra Bastille.
04:47Dès que je suis arrivé,
04:48vous vous en souvenez,
04:49et je vous ai dit,
04:49il ne faut pas ouvrir le 13 juillet 89,
04:51il faut se donner les moyens
04:53d'ouvrir dans de bonnes conditions,
04:54à la fois sur le plan social,
04:56sur le plan budgétaire,
04:56sur le plan financier,
04:57sur le plan artistique.
04:58Vous avez voulu ouvrir
04:59pour des raisons politiques,
05:00et ça aboutit au gâchis
05:01que l'on sait,
05:02que l'on constate aujourd'hui.
05:03Voilà, ça c'était sur le plateau
05:05de Bouillon de Culture.
05:06Nous sommes en 1993,
05:08et c'est en lien avec l'actualité
05:09qu'on a appris il y a quelques heures,
05:10à savoir que le parquet national financier
05:12a annoncé avoir ouvert
05:13une enquête préliminaire
05:14pour blanchiment de frau fiscal aggravé,
05:16visant l'ancien ministre de la Culture,
05:18donc Jacques Lang,
05:19et sa fille, Caroline Lang.
05:20Cette enquête concerne
05:21les faits révélés par Mediapart,
05:23concernant les liens financiers supposés
05:24avec le financier américain
05:26et criminel sexuel Jeffrey Epstein.
05:28A préciser bien sûr
05:29le parquet national financier
05:30sur ce sujet,
05:31on y reviendra largement,
05:32notamment entre 9h30 et 10h.
05:34Avec vous,
05:34auditeurs de Sud Radio 0826 300 300,
05:37est-ce que concernant cette affaire,
05:39Jacques Lang peut-il vraiment
05:40rester en poste ?
05:41Parce qu'après tout,
05:41ce ne sont que des accusations.
05:43Est-ce que l'ancien ministre de la Culture
05:44a raison de rester en poste ?
05:46Il dit qu'il est blanc-cône-neige,
05:47qu'il n'a rien à se reprocher.
05:49Ou au contraire,
05:50au bout d'un moment,
05:51on n'est plus sous François Mitterrand,
05:52l'époque a changé,
05:53il faut de l'exemplarité,
05:54surtout concernant ces crimes,
05:55surtout concernant ces liens.
05:57Vous aurez la parole,
05:58ce sera notre débat
05:58de la France au bout du téléphone,
06:00c'est-à-dire la France,
06:01c'est vous,
06:02auditeurs de Sud Radio 0826 300 300.
06:04Dans un instant,
06:05l'œil sur l'actualité
06:06avec un débat qui revient,
06:08ça y est,
06:09sur le devant de la scène,
06:10c'est l'agriculture.
06:11A tout de suite.
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