00:00Et à 7h24, l'heure de l'archive ce matin qui, en un moment, est complice.
00:04Il y a des dios de cinéma qui dépassent le simple cadre d'un générique.
00:08Des rencontres qui fabriquent non seulement des films, mais aussi une certaine idée du rire à la française.
00:12Une façon très particulière de faire grimacer la France entière avant de la faire rire aux éclats.
00:17Les deux hommes dont je vais vous parler ce matin, c'est Gérard Houry et Louis de Funès.
00:21Le cinéaste du corneau, de la grande vadrouille, de la folie des grandeurs et de Rabi Jacob.
00:25Bref, l'un des plus grands fabricants de bonheur populaire de notre cinéma.
00:30Et face à lui, son acteur fétiche, son complice nerveux, sa dynamite en costume trois pièces, Louis de Funès.
00:36Ce qui est délicieux, et vous allez l'entendre dans cet archive de 1974, c'est qu'elle raconte l
00:41'origine d'une fidélité.
00:42Non pas une amitié mondaine, non pas une grande déclaration théorique sur l'art comique,
00:46mais quelque chose de beaucoup plus simple, de beaucoup plus français et de beaucoup plus juste.
00:51Simplement une intuition.
00:52Gérard Houry avoue alors dans cet archive que c'est Louis de Funès lui-même qui lui a conseillé de
00:57faire des films comiques.
00:58Comme si le maître des colères, d'éthique, des explosions de mauvaise soie avait en plus fléré chez Houry,
01:03ce que celui-ci n'osait pas encore totalement devenir.
01:06Et alors il faut imaginer la scène.
01:08Deux hommes qui ont déjà offert au pays quelques-uns de ses plus grands réflexes de rire.
01:11Deux hommes que tout oppose en apparence.
01:13Houry qui est plutôt l'organisateur, le stratège, l'homme de construction.
01:17Et puis de l'autre, de Funès, l'électricité pure, la panique incarnée, le génie du débordement.
01:23Et pourtant, ensemble ils ont compris une chose essentielle.
01:26La comédie n'est jamais aussi forte, n'est jamais aussi efficace que lorsqu'elle est prise très au sérieux.
01:33Et c'est cela qu'on entend dans cet archive.
01:34Le respect derrière la blague, la reconnaissance aussi derrière le succès auprès du public.
01:39Et peut-être même derrière la légèreté, peut-être une forme de gratitude.
01:44Car enfin, il faut bien le dire, sans cette rencontre-là,
01:46il manquerait quand même à notre mémoire collective quelques monuments cinématographiques.
01:51Un peintre en bâtiment sous l'occupation, un chef d'orchestre odieux dans un autobus plein de rabbins.
01:55Et ce petit homme au visage en alerte, qui semble toujours sur le point d'exploser.
01:58Parce que le monde ne marche décidément pas comme il l'avait prévu.
02:02Dans cet archive, ils ne vont pas rejouer leur film.
02:04Ils racontent autre chose, qui est la naissance de leur tandem.
02:07Le moment où un acteur dit à un réalisateur,
02:10« Tiens, va donc de ce côté, tu verras, c'est là que se trouve ton destin. »
02:14Et le destin, parfois, il a de très grands yeux et une drôle de voix.
02:17Gérard Houry, Louis de Funès, 1974, et cette vérité simple du cinéma populaire.
02:23Mais le génie, ça se passe parfois à pas grand-chose.
02:26On ne sait jamais quand une journée est importante dans votre vie.
02:28Et ça a été une journée très importante pour moi, cette journée-là.
02:31Non pas parce que nous tournions pour la première fois ensemble, on ne s'en rendait pas compte.
02:35Mais simplement parce que c'était la seule scène comique du film,
02:38que je l'avais écrite sur un coin du bar en décor naturel dans lequel nous nous trouvions.
02:41et qu'à l'heure du déjeuner, déjeuner de production, nous trouvions tous ensemble,
02:45Louis m'a dit, mais dis-donc toi, pourquoi tu tournes des films dramatiques ?
02:47Je dis, ben, toi tu es doué pour les films comiques, je lui dis, mais t'es fou, quoi, pourquoi
02:50?
02:51Il me dit, oui, oui, parce que tu ris.
02:53C'est la première fois que j'ai reçu un réalisateur rire vraiment à des choses comiques.
02:56Mais rire à haut larmes, se mettre le mouchard dans la bouche et foutre le corps dans le coin.
03:00Je me regardais de loin, ils se sont retournés pour ne pas rater la prise.
03:03J'ai vu Louis dans un café, il est arrivé avec sa femme,
03:06et je lui ai raconté l'histoire du corneau.
03:08Et tout de suite, là, sur le récit, sans une ligne écrite,
03:13il m'a dit, tout à fait d'accord, je suis tout à fait d'accord pour jouer ça,
03:15alors que je n'avais fait aucun film comique.
03:16Et oui, il me parlait aussi de Bourville, bien entendu.
03:18Et j'ai trouvé, instantanément, que le nom, à l'époque,
03:23Bourville de Funès, faisait très insolite.
03:25Ce n'était pas un nom, ce n'était pas deux grosses vedettes,
03:29des gros ronaux qui font boum, vous savez.
03:31C'était deux noms qui piquaient.
03:33Alors j'ai été trouvé Bourville, et je lui ai parlé, je lui ai également raconté l'histoire.
03:37Et sans qu'il n'y ait rien d'écrit, à la fois Louis et André,
03:40c'est-à-dire Funès et Bourville, ont accepté de tourner le corneau.
03:43Et j'ai commencé à écrire le film, vous en tournez un an plus tard,
03:46et qui est en somme le commencement de cette aventure.
03:48Alors nous avons eu ensuite le corneau, nous avons eu la grande vadrouille,
03:52où nous avions Bourville, et nous avons eu ensuite,
03:54nous avons tourné ensemble, La folie des grandeurs avec Yves Montand,
03:57et plus récemment, évidemment, Les Aventures de la Bija.
04:00C'était l'archive de Sud Radio ce matin, nous nous étions en 1974,
04:04avec un duo qu'on aime, Gérard Houry et Louis de Funès.
04:08Et ça fait du bien, quand même, ce dimanche matin, il est 7h28.
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