00:00Tatoué en ce dimanche, il y a des films, c'est vrai, qui sentent la France d'avant,
00:04mais dès la première image, des films qui ont le goût d'un déjeuner qui dure,
00:08d'une maison de campagne un peu défraîchie, d'un monde où l'on parle fort,
00:11où l'on observe, où l'on mange sérieusement.
00:14Et au milieu de tout cela, il y a ces affiches qui font en plus naître un sourire.
00:19Et c'est le cas ce matin.
00:19Jean Gabin, Louis de Funès, réunis pour la première fois en 1968,
00:24c'est un certain Denis de la Patelière qui signe le film Le Tatoué,
00:28une comédie franco-italienne imaginée comme un coup de maître commercial,
00:31faire se rencontrer deux monstres sacrés que tout oppose en principe.
00:35D'un côté, Gabin, le rock, la masse, l'autorité tranquille, la France du bon sens,
00:40du silence et des grandes assiettes.
00:41De l'autre, de Funès, la nervosité, l'électricité, les grimaces, l'affolement permanent,
00:46l'homme qui s'agace de tout et dont le jeu deviendra une référence de comédie.
00:50L'histoire est d'une absurdité délicieuse.
00:52Un antiquaire découvre sur le dos d'un ancien légionnaire, joué par Jean Gabin,
00:56un authentique Modigliani tatoué sur la peau.
00:59C'est-à-dire un chef-d'œuvre vivant.
01:01Et tout le film va tourner autour de cette idée folle
01:04que l'antiquaire joué par De Funès souhaite récupérer,
01:07ce joyau tatoué sur un bout de peau.
01:09Mais ce matin, l'archive que je veux vous faire entendre,
01:12ce n'est pas simplement une scène de film,
01:14c'est LA scène.
01:15Un repas pour célébrer ce dimanche midi qui vient
01:18et l'image d'une table bien garnie après la réalisation de son devoir de citoyen
01:22à l'occasion de ce premier tour des municipales.
01:25Imaginez Jean Gabin qui mange,
01:27et il mange comme on bectait autrefois,
01:29avec application, avec appétit et avec sérieux.
01:32Il découpe, il engloutit, il mastique, il avance.
01:35Pendant ce temps-là, en face,
01:36Louis De Funès regarde stupéfait, décomposé,
01:39presque offensé par une telle démonstration de calme,
01:42de puissance digestive et de liberté gastronomique.
01:45Tout est là.
01:45Le génie de Gabin qui fait exister un personnage simplement en mangeant,
01:49et le génie de De Funès qui transforme son regard en feu d'artifice de sidération.
01:53Le tournage fut compliqué entre les deux, dit-on.
01:56Le scénario s'écrivait presque au jour le jour.
01:59La mésentente entre les deux géants n'était un secret pour personne.
02:02Et pourtant, à l'écran,
02:04cette friction devient quand même de l'or.
02:06Jean Gabin, Louis De Funès et tout le cinéma français
02:09qui tient sur une table et avec quelques assiettes.
02:12Le tatoué, 1968.
02:14Encore un peu de silence.
02:16Je me demande si ça serait bien prudent.
02:17Mangez des tripes en site, etc.
02:19J'allais à dire de savoir la mer.
02:20Ah oui, mais ça me...
02:21Des bulles ?
02:22Oui.
02:23Ah ben c'est la biscotte.
02:24Ah bon ?
02:24Ah ben oui, ça donne des bulles.
02:26Dites-le-t'en, garçon,
02:27est-ce que le chou farci est à température ?
02:29Voilà, monsieur.
02:31Très bien.
02:32Mais vous n'allez pas manger des chou farci après des tripes ?
02:35Oui.
02:36Mais non.
02:36Eh, eh.
02:37Je me donnerai la crème fraîche avec mon chou farci.
02:39Bien entendu, monsieur.
02:40Oh là là, mais vous n'allez pas manger tout ça ?
02:42Oui.
02:42Mais à votre âge, ça peut être dangereux.
02:44Mais j'ai toujours vécu dangereusement.
02:46Moi des chou farci, je ferai même pas, même pas une bouchée, moi.
02:48Mais parce que vous n'allez pas manger.
02:50Vous allez voir.
02:51Ça donnez-nous de calvins.
02:53Ouh là là.
02:54On va faire le trou normand.
02:55Le calvins dissous les graisses, l'estomac creuse,
02:57et il n'y a plus qu'à continuer.
02:58Ah bon ?
02:59Voilà, monsieur.
03:00Mais comment on boit ça ?
03:01Du sec.
03:02Hum, allez.
03:05Il faut revoir donc le tatoué film de 1968 avec Jean Gabin et Louis de Fumès.
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