00:00L'archive ce matin sur Sud Radio, qui est digne ?
00:03Parce qu'il y a des chansons qui dépassent très vite leur statut de simple tube.
00:06Elles deviennent un paysage, une mémoire, une poignée de main entre des gens qui ne se connaissent pas
00:10mais qui savent, au premier couplet, qu'ils viennent du même endroit et qu'ils ont un vécu commun.
00:15Et alors qu'hier soir résonnait un hymne connu dans le stade, notamment à l'occasion de la Coupe de
00:20France,
00:21entre Lens et Nice, il y avait, on va dire, des airs de chansons françaises.
00:33La terre, c'était le chamin.
00:40Vous reconnaissez la chanson Les Corons, sortie en 1982, écrite sur une musique de Pierre Bachelet,
00:45des paroles de Jean-Pierre Langues, devenues avec le temps bien davantage qu'un succès.
00:49C'est presque un drapeau affectif pour tout un bassin, tout un monde, toute une France ouvrière.
00:53Vous allez l'entendre dans cette archive.
00:55Elle va nous rappeler d'ailleurs que le titre qui devient numéro 1 à l'été 1982,
00:59avant de s'imposer peu à peu comme un véritable hymne régional et surtout un titre qui a une histoire.
01:05Et pourtant, ce matin, ce n'est pas seulement la chanson que je veux saluer,
01:07c'est ce qu'elle vient toucher, ce qu'elle vient réveiller, cette alliance rare entre un artiste et une
01:12mémoire collective.
01:12Nous sommes le 26 juin 1982 et dans le journal télévisé de France 3 Nord-Pas-de-Calais,
01:18Pierre Bachelet, l'auteur et le chanteur de cette chanson, rend visite à d'anciens mineurs de Fouquières-les-Lances.
01:23Le reportage alterne leurs rencontres, leurs souvenirs, leurs mots et des plans tournés dans les corons et les paysages miniers
01:30pendant que Bachelet chante quelques extraits de cette chanson.
01:33Mais ce qui est beau, c'est qu'il n'arrive pas comme un chanteur totalement déconnecté.
01:36Il arrive en homme connecté et cet archive rappelle qu'il est né à Paris,
01:40mais qu'il a passé toute son enfance à Calais et qu'il voulait depuis longtemps écrire une chanson sur
01:45le Nord.
01:45Il le dit lui-même très simplement, au départ c'était une envie de faire une chanson sur cette terre,
01:50sur cette enfance,
01:50avant même d'être une chanson particulière sur la mine et les mineurs.
01:55Et face à lui, d'anciens ouvriers qui parlent comme on parle quand on a besoin d'en rajouter.
01:59Ils évoquent les corons, les lessiveuses, le charbon livré à toutes les portes,
02:03les souvenirs de jeunesse, des chevalements qu'on abat et forcément qui font monter les larmes à la fin.
02:07Puis vient le dur, le grisou, les morts, le fond.
02:10Un ancien raconte, vous allez l'entendre, celui du 2 février 1970 à Fouquier et sa voix qui vacille.
02:16Le texte évoque à la fois dans cette chanson les joies du coron, les ducasses, les lessiveuses,
02:21mais aussi le grisie, la silicose et les grandes catastrophes minières.
02:25Voilà pourquoi cette chanson a survécu et voilà pourquoi elle continue de monter des tribunes de Bolaire,
02:29des fêtes de famille, des soirs de nostalgie, parce qu'elle ne raconte pas seulement les mines,
02:33elle raconte ce qui reste quand les mines ferment justement, la fierté, la mémoire
02:37et cette façon qu'ont certains peuples de continuer à chanter ce qu'il est fait.
02:41Pierre Bachelet avec une archive inédite, Fouquier les lances, nous sommes le 26 juin 1982
02:46dans le journal de France 3 Notes, Notes Nord, Pas-de-Calais.
02:49Pourquoi vous avez fait plus particulièrement sur les courants ?
02:52Ça vous avait frappé ?
02:53Il y a longtemps que j'avais eu envie de faire une chanson sur le Nord
02:55et puis elle a été un peu plus axée sur les mines.
02:59Mais au départ c'était une envie de faire une chanson sur le Nord.
03:02Mais d'ailleurs même dans la chanson, moi je la ressens très sur une enfance du Nord.
03:08Bon, là il s'agit des mines, il s'agit de la mine,
03:11mais le propos c'est quand même, c'est quelqu'un qui a eu une enfance quand même assez particulière
03:18parce que ce pays il est particulier.
03:20Toute ma jeunesse s'est passée dans les courants.
03:22Et je me souviens quand on livrait le charbon,
03:25on voit tous ces tas de charbon lignés aux portes,
03:28parce qu'on livrait tout le courant en même temps.
03:31Et dans votre chanson c'est un petit peu ça quoi.
03:34Les courants, le charbon, c'est vrai.
03:36Ce matin on parlait avec des gens, j'étais étonné
03:38car en parlant de leur maison,
03:40ils disaient pas de ma maison, ils disaient le courant.
03:43Ah oui ?
03:43Il était temps de faire de votre chanson quand même
03:45parce que les courants, petit en petit, vont disparaître.
03:47Ils vont commencer à disparaître.
03:49C'est vrai.
03:49Le coup de risou, c'est le drame.
03:53C'est le drame, ça me met en souvenir.
03:55Et vous en avez vécu un, non ?
03:56J'en ai vécu un, justement, celui qui s'est passé
03:59le 2 février 1970 au 6 de Fouquier,
04:03ici, derrière chez nous.
04:04Vous savez, j'ai été atroce.
04:07Il vaut mieux pas en parler parce que j'ai des mauvais souvenirs.
04:11C'est vraiment trop dur.
04:12Les mauvais souvenirs est une archive quand même exceptionnelle
04:15de Pierre Bachelet qui discute donc avec les mineurs.
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