00:00Focus ce matin sur la Chine, après la visite du Canadien à Marc Carnet.
00:03La Chine reçoit à partir d'aujourd'hui Kerstarmer, le britannique, pour une visite de trois jours.
00:07C'est sa première visite, enfin la première visite, d'un dirigeant britannique depuis huit ans.
00:12On en parle avec Emmanuel Lincaux. Bonjour, vous êtes professeur à l'Institut catholique de Paris,
00:15directeur de recherche à l'IRIS.
00:17Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'il y ait eu huit ans comme ça, sans visite d'un chef d'État britannique en Chine ?
00:22Les relations n'étaient pas bonnes, parce qu'il y a eu des questions de piratage, d'espionnage,
00:28d'hommes politiques, Boris Johnson notamment.
00:31La question des dissidents également à Hong Kong, ancienne colonie britannique.
00:35Le projet de construction d'une énorme ambassade de Chine à Londres, qui posait toutes sortes de problèmes.
00:42Bon, bref, ça a pris du temps. Mais manifestement, on change de cap.
00:47Est-ce qu'aujourd'hui, quand on va en Chine, qu'on fait sa visite exactement comme Marc Carnet,
00:51mais c'est le cas d'Emmanuel Macron un peu auparavant, c'est un pied de nez direct à Donald Trump ?
00:55C'est-à-dire que ça ne peut pas se faire sans avoir un écho américain de l'autre côté ?
00:59C'était quand même préparé de longue date.
01:03Mais évidemment, on peut l'interpréter comme tel.
01:06De même, comme vous l'avez souligné, que la visite du Premier ministre canadien,
01:12c'est clair, on se rapproche de la Chine à mesure que les tensions avec les États-Unis croissent.
01:18Vous avez mentionné les polémiques liées à l'espionnage entre la Chine et le Royaume-Uni.
01:24Ça fait débat au Royaume-Uni à tel point que Keir Starmer arrive en Chine
01:27avec des téléphones portables et des ordinateurs jetables pour éviter les risques d'espionnage.
01:32Est-ce que la confiance est vraiment rétablie entre eux ?
01:35Non, elle ne le sera jamais.
01:37Précisément, il y a un écart entre les intérêts stratégiques d'une part et les intérêts économiques.
01:42L'économie britannique a besoin, justement, davantage de dynamisme.
01:48Donc, le partenaire chinois est tout simplement incontournable,
01:52même s'il y a effectivement ces problèmes.
01:55Objectif commerce, c'est ça le but ?
01:57Faire sauter des droits de douane ?
01:59Oui, c'est ça le problème.
02:02Pendant ce temps-là, en Chine, je ne sais pas si vous allez pouvoir nous expliquer,
02:05parce que c'est assez opaque quand même ce qui se passe aujourd'hui autour de Xi Jinping
02:07et l'ensemble de ses dirigeants qui disparaissent les uns après les autres,
02:12qu'est-ce qu'il se passe aujourd'hui en Chine autour du président chinois ?
02:15Est-ce qu'il y a un mouvement de rébellion ?
02:17Est-ce que c'est lui qui fait le ménage ?
02:18Comment vous voyez ça ?
02:19Il y a eu peut-être une tentative de coup d'État à l'encontre de Xi Jinping,
02:26émanant pourtant de l'un de ses plus proches lieutenants, entre guillemets,
02:31un officier de très haut rang, Zhang Yuxia.
02:35Et ce dernier a été limogé, mais beaucoup plus grave, il est accusé d'espionnage.
02:43Et donc l'espionnage, ça veut dire forcément collusion d'intérêt avec les Américains.
02:49Alors est-ce une paranoïa ambiante qui s'empare du régime chinois ?
02:53Parce que, évidemment, les Chinois suivent de près l'affaire vénézuélienne, l'affaire iranienne, etc.
03:00Ce n'est pas impossible.
03:02Ce que l'on sait aussi, c'est qu'il y a des rivalités fortes au sein du parti et au sein de l'armée,
03:09pour ce qui concerne les questions de stratégie, notamment à l'égard de la Russie.
03:14Et en tout cas, cette destitution est quelque part une bonne nouvelle pour Taïwan,
03:20qui gagne du temps, sachant que décapiter l'état-major chinois
03:26va forcément ralentir des rivalités d'invasion sur l'île.
03:31Mais vous dites peut-être, on fait des hypothèses parce qu'on ne peut pas vérifier, on ne peut pas être...
03:36Pour le moment, non.
03:38Mais on finira par savoir, bien sûr.
03:41De même que ce n'est pas la première fois dans l'histoire du parti communiste chinois.
03:45En 1971, le maréchal Lin Biao avait ourdi un complot contre Mao Tse-tung.
03:53Et celui-ci, s'enfuyant avec un avion, s'écrachait avec son avion sur la Mongolie.
04:00Donc, ça montre bien en tout cas qu'il y a des rivalités très importantes,
04:04des résistances contre Xi Jinping.
04:07Et quelque part, c'est dans la continuité de tous les limogèges qui ont commencé
04:13dès l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012.
04:17Donc, voilà.
04:20C'est intéressant de voir que le Premier ministre britannique arrive dans un pays...
04:25Dans un contexte compliqué, quand même.
04:26Oui, où le contexte est effectivement compliqué.
04:29Et où Xi Jinping est peut-être en perte de légitimité.
04:32Il est important de souligner que tous ces limogèges ont lieu dans l'armée chinoise.
04:38Donc, effectivement, c'est peut-être du volet militaire que Xi Jinping commence à se méfier ?
04:42Alors, pas seulement.
04:44Parce que dans un régime dictatorial comme la Chine, le pilier du régime, c'est l'armée.
04:50Et donc, quand vous êtes officier de haut rang, vous êtes par définition aussi membre du parti communiste chinois.
04:56C'est très politique.
04:57Donc, il y a des logiques de clans, évidemment, qui s'affrontent.
04:59Et ce qui est tout à fait nouveau et stupéfiant, c'est que c'est au sein même du clan de Xi Jinping que les limogèges commencent.
05:10Donc, est-ce que c'est encore une fois une paranoïa ?
05:13Est-ce qu'il y avait une crainte tout à fait avérée de renversement de Xi Jinping ?
05:20L'avenir nous le dira.
05:21Il doit y avoir, dans les deux prochaines années, 2027 ou 2028, une sorte de renouvellement autour de Xi Jinping.
05:28Même si, évidemment, on n'est pas sur une question de vote.
05:31Ça, ça peut être quelque chose qui stresse le plus haut niveau du pouvoir, où tout est déjà calculé, organisé et que Xi Jinping n'a pas à craindre pour la suite d'un mandat.
05:41Non, il y a fort à parier qu'il soit réélu pour la quatrième fois, sauf l'imprévu.
05:47Et l'imprévu, c'est notamment la conjoncture internationale.
05:53Et les Chinois, manifestement, suivent de très près les ingérences américaines partout dans le monde.
06:00Donc, si...
06:01Mais vous n'allez pas me dire qu'ils ont peur d'être enlevés comme au Venezuela ?
06:05Si ou...
06:05Non, je ne dirais pas cela, mais clairement, accuser le plus haut officier de l'armée populaire de libération d'espionnage, ça veut dire que si c'est vrai, les agences américaines ont infiltré le parti.
06:21Donc, si c'est vrai, c'est grave. Si c'est faux, c'est grave aussi. Dans les deux cas...
06:25Oui, dans les deux cas. Ça montre bien, de toute façon, qu'il y a une instabilité de fond structurelle.
06:31Ah oui, et là, ça répond au Venezuela sur les questions d'espionnage autour de Maduro.
06:34Bien sûr.
06:35Passionnant. Annalisa.
06:36Vous avez mentionné Taïwan, la question taïwanaise. On sait que la Chine a en tête la date de 2027 pour une éventuelle attaque sur Taïwan.
06:43Et on sait aussi que les puissances régionales commencent à se réorganiser.
06:45On a vu un accord de défense entre le Japon et les Philippines pour contrer la Chine, justement, sur Taïwan.
06:51Comment s'est perçu à Pékin ?
06:53Très mal, évidemment. C'est-à-dire que, de part et d'autre, on se radicalise.
06:57Ce qui est intéressant, c'est la position américaine.
07:01Il n'y a pas encore si longtemps, on disait Trump assez versatile sur la question taïwanaise ou indécis.
07:07Et en fait, il a injecté 11 milliards de dollars de soutien de l'économie d'armement de Taïwan contre la Chine.
07:15Donc, clairement, il y a des blocs qui sont en train de s'organiser.
07:19Mais en même temps, la décapitation de Zhang Yuxia, le chef d'état-major de l'armée populaire de libération,
07:27va forcément ralentir le processus d'invasion s'il a été décidé.
07:32Vous ne partez pas en guerre sans chef, a priori.
07:35Merci beaucoup, Emmanuel Lincot, d'être venue ce matin dans la matinale de l'économie.
Commentaires