00:04En lien avec notre dernière émission sur la vulnérabilité du marché de l'art face au risque de blanchiment d
00:09'argent et de financement du terrorisme, je suis ravie d'accueillir en plateau Violette Taquet, bonjour.
00:13Bonjour.
00:14Vous êtes fondatrice et PDG de Nomart, donc vous avez monté cette plateforme pour accompagner les professionnels dans leur obligation
00:19de conformité.
00:21Et pour la première fois, vous avez réalisé une analyse grâce aux données des professionnels que vous accompagnez.
00:26Dans cette première analyse, vous dites que 2025 est un tournant, une vraie année d'application des règles. Pourquoi est
00:33-ce que 2025 en particulier ?
00:34Exactement. Ce qu'on dit, l'analyse qu'on fait de tous ces chiffres qu'on a réussi à mettre
00:40en place, c'est que c'est l'année du passage à l'action.
00:43On observe 2022, les choses étaient compliquées à mettre en place, il fallait surtout jouer sur la pédagogie auprès des
00:50professionnels du marché de l'art.
00:522023, 2024, on sent qu'ils commencent un petit peu à tâtonner, à faire les premières recherches sur les clients,
00:57à vraiment creuser toutes ces procédures, à formaliser.
01:00Parce que généralement, ils avaient déjà une connaissance client, les professionnels de l'art.
01:03Mais pas réellement formaliser pour correspondre aux attentes du Code monétaire et financier.
01:08Donc là, il fallait vraiment commencer à structurer les choses et à passer la seconde, entre guillemets, dans l'application
01:14de la réglementation.
01:16Et 2025, c'est vraiment l'année où nos clients ont doublé leur usage de notre plateforme, donc ont vraiment
01:24commencé à se saisir de l'outil.
01:27A aussi, ce qui est important, et je pense que c'est ce que la tech permet, ce qu'un
01:31logiciel tech permet de faire, c'est qu'on se rend compte que ça devient un process généralisé.
01:35En général, quand ils se disent « on va appliquer la lutte anti-blanchiment », la première méthode, c'était
01:41d'impliquer une personne de l'établissement, de la structure, chez le commissaire-priseur ou dans la galerie d'art,
01:46d'impliquer une personne dans la lutte anti-blanchiment.
01:48Aujourd'hui, ils se rendent compte que pour que ce soit efficace, il faut impliquer tout le monde.
01:52D'accord, donc pas forcément créer un poste en particulier pour répondre à ces obligations.
01:57Exactement. Après, dans les très grosses structures, il faut un poste, évidemment.
01:59Mais on se rend compte que maintenant, tout le monde est au courant de la lutte anti-blanchiment et que
02:03le vendeur, celui qui est en contact avec le client, l'administratif, tout le monde peut avoir un impact sur
02:09la compréhension du cas client et en fait, du coup, appliquer la lutte anti-blanchiment.
02:13Et en fait, notre outil permet justement d'impliquer toute la structure dans la lutte anti-blanchiment, de mettre en
02:18place une méthodologie et donc d'appliquer concrètement et de passer à l'ère de l'action.
02:24Et donc maintenant, c'est ce qu'on observe auprès de nos clients et de tous ceux qui nous ont
02:27rejoints récemment.
02:30On a analysé plus de 12 000 transactions en 2025.
02:33Oui, c'est ça. Au-delà de cette année un peu rupture, le premier constat que vous faites de ces
02:39chiffres, c'est de la croissance énorme de la prise de conscience et de l'implication de ces actes.
02:44On avait déjà beaucoup de clients et on a fait quand même plus de 78% de vérifications sur notre
02:51plateforme. Donc 12 300 transactions.
02:55Et les profils de ces acteurs, c'est des petites structures justement ?
02:58Alors, on a les deux. En fait, on a les toutes petites structures des galeristes qui sont parfois tout seuls
03:03à la galerie et qui font peu de transactions, mais qui du coup n'ont pas les ressources ni le
03:07temps pour se pencher sur la lutte anti-blanchiment et qui ont besoin d'un outil pour les accompagner.
03:11Et il y a aussi de très grosses structures, des très grosses maisons de vente ou galeries internationales qui, elles,
03:16ont besoin justement de structures pour les plusieurs personnes qui vont collaborer pour la mise en place de la réglementation.
03:22Donc un marché de l'art de plus en plus en conformité. C'est ça le résultat, enfin en tout
03:26cas la conclusion.
03:27Mais c'est la bonne nouvelle, oui. C'est que c'est faisable, en fait.
03:30Oui, que c'est faisable.
03:30C'est ce que les chiffres prouvent, c'est que c'est faisable, que les professionnels de l'art s
03:35'y mettent et donc maintenant les contrôles vont de mieux en mieux se passer, on l'espère.
03:39Quels sont les points quand même de friction encore ? Il y a encore beaucoup d'interrogations, etc. Est-ce
03:46qu'ils ont encore ce sur quoi il faut encore progresser ?
03:49Alors je dirais que le point principal sur lequel il va falloir progresser, ce n'est plus la compréhension.
03:55Alors il faudra toujours avancer sur la compréhension, la pédagogie et la mise en pratique.
03:59Mais pour tous ceux qui ont passé ce cap-là, les prochains points de friction, ce sera la qualité de
04:03la donnée qu'on arrive à récupérer sur les clients.
04:07Parce que typiquement, il faut vérifier si les clients sont dans des bases de sanctions, si ce sont des personnes
04:12politiquement exposées ou non.
04:14Et en fait, il y a plusieurs typologies de clients qui peuvent poser problème avec beaucoup d'homonymie,
04:19ou alors des personnes qui ne sont pas sur la toile, pas trouvables sur Internet.
04:24On n'a aucune information et ça devient des profils très opaques.
04:28La technologie permet au fur et à mesure de collecter l'information sur les clients.
04:33Mais il va falloir creuser encore un peu ce sujet pour éviter les faux positifs, l'homonymie, les mauvais résultats,
04:40etc.
04:40Justement, vous parlez de la technologie, vous indiquez dans ce rapport que vous développez avec de l'IA.
04:45En quoi ça va vous aider ?
04:47Justement, pour essayer de récupérer une information qui est de plus en plus fiable à propos du client,
04:53l'IA permet d'aller collecter les informations pour rien que créer un profil client.
04:57Une page LinkedIn, une page Doctolivre, une page Papers.
05:01Et en fait, lire toute l'information disponible sur Internet et la trier permet déjà d'aider à la compréhension
05:09du profil client.
05:10On parlait justement qu'elle allait bientôt avoir un contrôle gaffi.
05:14Donc justement, c'est plutôt positif.
05:16C'est-à-dire que là, toutes ces personnes que vous accompagnez, ils sont plutôt prêts à recevoir ce genre
05:20de contrôle ?
05:21Absolument.
05:21Parce qu'ils ont tous les dossiers possibles.
05:23Et c'est les bonnes nouvelles aussi que démontre notre premier rapport de l'année.
05:27C'est que peu de transactions sont réellement à risque a priori.
05:32Il y a à peu près 10% des transactions pour lesquelles il faut mettre en place des vigilances complémentaires.
05:38Ce qui est bien, c'est que maintenant, les professionnels ont compris qu'il fallait mettre les mesures de vigilance
05:42en place
05:42pour toutes les transactions qui dépassent le seuil des 10 000 euros de dépense.
05:46Et dans les cas où il y a des éléments à risque, creuser, approfondir, mettre des vigilances complémentaires et suivre
05:52les process.
05:53La bonne nouvelle, c'est ça.
05:54C'est que oui, le marché s'y met.
05:57Oui, ils comprennent bien les buts et la façon de le faire.
06:01Et non, il n'y a pas non plus tant de transactions que ça à risque sur le marché de
06:06l'art.
06:06Et c'est ce qu'on aimerait réussir à prouver aussi avec Nomart.
06:08Merci beaucoup Violette Taquet.
06:09Je rappelle que vous êtes fondantrice et PDG de Nomart.
06:12Et tout de suite, on passe à l'interview du week-end.
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