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  • il y a 8 minutes
Elizabeth Le Hot, directrice générale de l'Adami, et Maurice Barthélemy, acteur et réalisateur, étaient les invités de François Sorel dans Tech & Co, la quotidienne, ce lundi 30 mars. Ils se sont penchés sur les impacts de l'intelligence artificielle dans l'industrie du cinéma sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez-la en podcast.

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Transcription
00:01Tech & Co, la quotidienne, les invités.
00:05Il y a quelques jours de cela, je recevais sur ce plateau
00:10deux personnalités qui défendaient aussi leur métier,
00:13les métiers de comédiens doubleurs.
00:14Patrick Kuban et Emmanuel Curtil étaient ici même sur ce plateau
00:18et expliquaient qu'évidemment ils étaient très inquiets de l'arrivée de l'IA.
00:22Si un jour un Netflix, un Prime Video s'empare de cette technologie,
00:25que vont devenir en fait les comédiens doubleurs ?
00:28C'est un peu le même sujet qu'on va évoquer ce soir,
00:31mais on va un petit peu l'élargir avec l'industrie du cinéma dans sa totalité,
00:35en tout cas pas loin, avec Elisabeth Lotte qui est avec nous ce soir.
00:38Bonsoir Elisabeth.
00:39Bonsoir.
00:40Vous êtes directrice générale de l'ADAMI,
00:42qui est la Société pour l'administration des droits des artistes et musiciens interprètes.
00:47J'y suis arrivé d'un coup sans respirer une deuxième fois, j'en suis très fier.
00:51Et Maurice Barthélémy est avec nous aussi, bonsoir Maurice.
00:53Bonsoir.
00:54Acteur et réalisateur, si vous êtes avec nous à la télé,
00:56vous avez sans doute reconnu Maurice Barthélémy,
00:59qui est un comédien hyper talentueux que moi j'ai connu à l'époque de Comédie,
01:04à l'époque de Farouja dans la grosse émission, c'était il y a quelques années.
01:07Et vous avez aujourd'hui une belle carrière, je le disais,
01:10en tant qu'auteur, réalisateur et comédien.
01:14Ce qui est intéressant, Maurice, on va en parler dans un instant,
01:16si vous êtes là, si vous vous mobilisez pour ce sujet,
01:19c'est que vous êtes inquiet,
01:21vous faites partie de ce collectif de 4000 acteurs et actrices,
01:23ces cinéastes qui dénoncent ce pillage en règle
01:26de la part des outils d'intelligence artificielle.
01:29Alors on va en parler, bien évidemment.
01:31Mais Elisabeth, j'aimerais bien que,
01:33avant que vous nous brossiez un petit peu le portrait de tout cela,
01:36que vous nous expliquiez ce qu'est la damie, finalement,
01:39qu'on ne connaît pas trop.
01:40Qu'est-ce que ça représente, la damie ?
01:42Alors la damie est une vieille dame de 71 ans,
01:46qui a été créée en 1955 par des artistes, pour des artistes.
01:50La damie, c'est, vous l'avez dit, une société de gestion des droits,
01:54c'est-à-dire qu'on collecte les droits des artistes interprètes
01:58et on leur redistribue ces droits.
02:00Chaque année, on collecte environ 95 millions d'euros,
02:04notamment la copie privée.
02:05Qui vont directement chez Maurice Barthélémy, c'est ça, je crois.
02:08Directement, on prélève une petite commission et puis...
02:11En fait, pour schématiser, vous êtes un peu la sassème des comédiens.
02:14C'est exactement ça.
02:15Pour qu'on comprenne...
02:16C'est exactement ça, c'est notre grande sœur.
02:18C'est votre grande sœur, d'accord.
02:20Pourquoi monter au créneau aujourd'hui ?
02:23Qu'est-ce qui s'est passé ?
02:24Quel a été le déclic, en fait, de cette montée en puissance,
02:28en tout cas de ces voix maintenant, contre l'IA ?
02:32On a été sollicité au début de façon assez régulière
02:39et puis maintenant, on est sollicité quotidiennement
02:42par des comédiens, des comédiennes, des chanteurs, des chanteuses
02:46qui se font voler leur voix ou leur image
02:49pour qu'elle soit copiée et utilisée par une IA.
02:53À l'ADAMI, dans nos missions, nous avons la défense des intérêts collectifs
02:56des artistes interprètes.
02:57Et là, il y a une atteinte flagrante aux droits qui sont les leurs.
03:02Et à la différence d'autres intervenants dans la culture,
03:06un comédien, c'est quelqu'un qui met en jeu sa voix, son image, sa gestuelle.
03:12Donc quand on copie, quand on vole son image et qu'on la reproduit,
03:15on porte une atteinte très grave à ses droits.
03:18Non seulement ses droits comme artiste, mais aussi ses droits comme personne.
03:22Ça nous a donc semblé tout à fait grave et important de se mobiliser.
03:25Donc tout a commencé parce que justement, des comédiens se sont plaints
03:28d'avoir constaté que leur voix était générée par l'IA
03:32et qu'ils étaient clonés en quelque sorte, sans leur autorisation.
03:34C'est exactement ça.
03:36On a des exemples précis, c'était quoi ?
03:38Dans des bandes d'annonces, dans des vidéos sur YouTube, sur les réseaux sociaux ?
03:43Ça sort où en fait tout ça ?
03:45Sur les réseaux sociaux, on défend les intérêts d'un comédien à très forte notoriété
03:50dont je donnerai bientôt le nom, mais là je ne peux pas.
03:53Ah zut !
03:53Ah désolé !
03:54Dont la voix a été copiée pour lire des vidéos de développement personnel sur YouTube.
03:59Après, on a tous les cas.
04:01On a le cas de Françoise Cadol, qui est aussi une comédienne,
04:05qui est la voix française d'Angelina Jolie,
04:09et de Julia Roberts, dont la voix est copiée,
04:12notamment dans des jeux vidéo,
04:14pour lire des textes et des phrases qu'elle n'a jamais prononcées.
04:17Et évidemment, elle n'est pas rétribuée pour ce travail qu'elle n'a pas fait,
04:23alors que c'est sa voix en fait qui a été, on va dire, clonée.
04:28Maurice, c'est alors comédien, auteur, je le disais réalisateur.
04:33Moi je n'ai pas été cloné, tout le monde s'en fout de moi donc.
04:36Vous ne savez pas, vous n'avez pas ce qui peut vous arriver.
04:38Peut-être au Japon, je ne sais pas.
04:39Peut-être, peut-être.
04:40Vous faites partie donc de ce collectif de 4000 acteurs,
04:43il y a évidemment, la liste est très longue,
04:45Gérard Juniau, Franck Dubosc, José Garcia, Léa Drucker, Karine Viard, etc.
04:524000 acteurs, ça commence à faire du monde, on va dire.
04:55Qu'est-ce qui se passe ?
04:56Il y a une prise de conscience, et je pense qu'il est temps,
04:59parce que ce n'est pas demain le danger, c'est maintenant.
05:04Donc c'est vraiment, il faut qu'on prenne conscience que c'est là.
05:08On parlait d'exemples de comédiens, mais il y a eu Tom Hanks qui a eu des problèmes aux Etats
05:12-Unis,
05:12Scarlett Johansson, donc ce sont vraiment des gens qui se retrouvent avec des copies d'eux-mêmes à travers le
05:20monde.
05:21Et donc, il faut juste prendre conscience qu'il y a un problème,
05:26et qu'il faut légiférer assez vite,
05:28pour protéger à la fois les comédiens, les voix des comédiens,
05:32mais pas simplement les comédiens,
05:33parce que moi je ne suis pas simplement là pour défendre une corporation,
05:37mais aussi parce que le citoyen et la citoyenne derrière,
05:41on va avoir des problèmes,
05:42il faut qu'à un moment on protège notre image,
05:45tous les citoyens de la Terre.
05:48– Est-ce qu'aux Etats-Unis, par exemple,
05:50ils prennent ce problème au sérieux ?
05:52Je me souviens qu'il y a peut-être un an ou deux,
05:54on avait vécu une grosse grève des scénaristes,
05:56je ne sais pas si vous en souvenez, bien sûr, en 2023,
05:59mais il n'y avait pas que ça, il n'y avait pas que l'IA,
06:01il y avait aussi des problèmes justement de rémunération,
06:04donc il ne faut pas tout noyer, il n'y avait pas que l'IA.
06:06Finalement, l'IA était presque en second plan,
06:09il y a eu quelques clos, je crois, qui ont été signés,
06:12mais finalement, à part Scarlett Johansson,
06:14dont la voix voulait être clonée par OpenAI, je crois,
06:19pour leur chat vocal,
06:21il y a eu aussi Tom Hanks,
06:22il n'y a pas énormément de cas, finalement.
06:24On a l'impression que les comédiens américains
06:27ne montent pas trop au créneau sur ce sujet, non ?
06:30Ou alors c'est peut-être un mauvais ressenti que j'ai ?
06:32– J'ai l'impression que tout le monde va être concerné,
06:36alors nous, on n'a que ces exemples-là,
06:38parce que ça remonte via la presse ou les réseaux sociaux,
06:42mais je crois qu'il y a un vrai problème,
06:46il y a un vrai problème.
06:47Aujourd'hui, on peut utiliser vraiment…
06:49Il n'y a pas très longtemps, je suis tombé sur une pub
06:52des magasins Lidl qui utilisaient l'image de Tommy Lee Jones
06:56dans Men in Black.
07:00J'étais très surpris, je me disais,
07:02mais alors…
07:03Et pourtant, ce n'était pas de l'IA,
07:04ils ont carrément pris un extrait,
07:07et donc en fait, c'est devenu presque automatique de se servir.
07:11– On peut imaginer que c'est l'idéal,
07:12ils ont reversé les droits.
07:13– Ah, je ne pense pas.
07:14Je pense que c'est vraiment le…
07:16Non, mais moi je l'ai signalé,
07:17je l'ai mis un peu en exergue sur une story d'Instagram.
07:21– Ah, c'était sur les réseaux sociaux ?
07:22– Oui, c'était sur les réseaux sociaux,
07:23et je pense que c'est le community manager qui a 25 ans.
07:26– Oui, il s'est dit, je vais mettre ça,
07:27ça va être rigolo, ça va être sympa.
07:28– Oui, parce qu'il le fait chez lui,
07:29et donc il l'a fait pour sa boîte.
07:31Et ça, ça va être aussi le cas en utilisant l'IA,
07:35parce que c'est un outil qui est tellement simple à utiliser,
07:40que…
07:40– Mais est-ce que finalement,
07:41alors évidemment il faut peut-être légiférer
07:44et prendre ce sujet au sérieux,
07:45mais est-ce qu'à chaque innovation technologique,
07:48il y a une espèce de levée de bouclier,
07:50on a l'impression, je ne sais pas si vous vous souvenez,
07:51mais la réalité du cinéma,
07:52il y a l'exacteur du théâtre qui crie au scandale,
07:55qui disait oui, notre métier va disparaître
07:56parce que demain on sera sur de la pellicule, etc.
08:00Est-ce qu'on n'est pas en train de revivre un nouveau cycle
08:02avec quelque chose qu'on ne maîtrise pas,
08:05et qui fait un peu peur ?
08:07– Vous avez raison,
08:08mais en même temps,
08:09le truc c'est que l'IA ça va être une telle révolution,
08:13c'est-à-dire qu'on pense que c'est plus important
08:15que l'invention de l'électricité,
08:17et donc il s'agit juste de créer des barrières de sécurité,
08:22mais pas avoir peur de l'IA,
08:23parce que moi je l'utilise l'IA au quotidien,
08:26vraiment pour m'amuser sur mon compte Instagram,
08:28ou au quotidien pour me renseigner sur deux, trois trucs,
08:31donc moi je ne suis pas du tout contre l'IA,
08:33je suis juste là en train de dire qu'est-ce qu'on peut faire
08:35pour protéger l'image de tout le monde,
08:39et des comédiens en particulier,
08:40donc c'est juste créer une petite barrière de sécurité.
08:43– Comment peut-on faire ça ?
08:45Comment peut-on protéger les comédiens,
08:46les auteurs face à l'IA, Elisabeth ?
08:49Ça paraît être un combat compliqué, non ?
08:52– Alors on a une bonne nouvelle en provenance du Mexique,
08:55qui date de jeudi dernier,
08:57le Mexique a adopté une loi…
08:58– Oui, je leur ai dit de vite sortir la loi
09:01pour qu'on puisse en parler ce soir.
09:02– Ah bah parfait !
09:03– J'aimerais bien.
09:05– Donc le Mexique a légiféré pour interdire
09:09que le doublage soit réalisé par autre chose que par des humains,
09:13et pour répondre à votre question sur finalement les comédiens
09:17et ce qui ne s'inquiète pas pour rien.
09:19Je crois que la prise de conscience, elle est en cours.
09:22Il y a environ un mois,
09:24Seedence a rendu public cette scène
09:27où Brad Pitt et Tom Cruise ont une bataille
09:29qui semble très réaliste,
09:31et on commence à voir que les technologies
09:34arrivent à maturité pour vraiment cloner des comédiens.
09:37Jusqu'ici, elles n'étaient pas assez mûres pour le faire,
09:40mais c'est un vrai tour de force que Seedence a réalisé.
09:44Moi je demande à voir, parce que malgré tout,
09:46ça ne dure vraiment pas longtemps,
09:48cette scène, ça ne tiendrait pas le temps d'un film.
09:50Donc elles ne sont pas encore assez matures pour faire ça,
09:53mais on voit que la technologie avance très vite,
09:55et l'inquiétude des comédiens avance vite aussi.
09:58– Oui, parce que cette vidéo de démo,
10:00je vous invite à regarder,
10:01on l'a déjà diffusée dans Tech & Co,
10:03c'est Brad Pitt et Tom Cruise qui se battent sur un pont,
10:06enfin voilà, ça fait un peu film d'action, etc.
10:08C'est quand même impressionnant,
10:09et on peut imaginer que tous les deux
10:11n'ont pas été, un, questionnés là-dessus,
10:16est-ce qu'ils ont eu leur autorisation ?
10:18Je ne pense pas,
10:19et deux, ils n'ont pas été rémunérés.
10:20– Exactement.
10:21– Voilà, et c'est ça les deux problèmes en fait,
10:23c'est l'autorisation,
10:24parce que vous n'êtes pas contre,
10:25est-ce que vous êtes contre le fait que demain,
10:27je ne sais pas, moi il y a une IA qui dise,
10:29tiens moi j'ai envie de cloner Maurice Barthélémy
10:32pour, je ne sais pas moi, une cascade, par exemple,
10:35voilà, au lieu que vous fassiez votre cascade,
10:37ça sera votre clone qui…
10:38– Pas de problème, mais si on me le demande,
10:40et si je donne mon accord,
10:42et s'il y a une rémunération derrière ça,
10:45et surtout si moi je suis au courant
10:47de ce qu'on va faire de ces images,
10:49et comment est-ce qu'on va les diffuser,
10:51et qu'il y ait une sorte de…
10:52– Que vous soyez un peu propriétaire de ces images,
10:55mais en tous les cas, que vous donniez le last,
10:57le dernier ok quoi.
10:59– Exactement, et je suis juste responsable
11:02de ma tête et de ma voix,
11:04et après j'en fais moi ce que je veux,
11:06mais il faut qu'on me pose la question.
11:09– Donc au Mexique, qu'est-ce qui se passe en fait ?
11:12– Donc ça date de jeudi,
11:14ils disent, au Mexique on ne diffusera pas de film
11:17si le doublage a été réalisé par autre chose
11:21que des humains.
11:22Ça vise donc à protéger les comédiens du doublage.
11:26– C'est fort ça !
11:27– Oui, c'est puissant, c'est la réglementation.
11:30Là les comédiens demandent des choses assez basiques en réalité.
11:34L'IA se nourrit de prestations, d'interprétations, de talents,
11:40et on sait qu'elle est friande d'entraînement sur des contenus culturels,
11:44et elle ne rémunère personne pour s'entraîner là-dessus.
11:48Dans quelle autre industrie toléraire-t-on,
11:51pourrait-on tolérer, que la matière première ne soit pas rémunérée ?
11:55En fait on a des entreprises d'IA qui s'entraînent sur des contenus,
11:58et qui ne rémunèrent personne.
12:00C'est le premier problème, et le deuxième problème, vous l'avez dit,
12:03c'est l'autorisation, parce que là on n'a pas fait faire des horreurs
12:06à Brad Pitt et Tom Cruise,
12:08mais ça veut dire qu'on aurait pu leur faire faire n'importe quoi.
12:12C'est très inquiétant.
12:13– Oui, c'est sûr.
12:16Où est-ce que ça va aller en fait tout ça, Maurice ?
12:19Est-ce que demain on pourrait imaginer ?
12:21Enfin moi il y a un fantasme, je me dis demain,
12:23est-ce qu'on ne pourrait pas créer, je ne sais pas moi,
12:25La Grande Vadrouille 2, avec De Funès, Bourville, etc.
12:30– Bah oui.
12:31– Et faire la suite de ce film sans évidemment l'autorisation de quiconque,
12:35puisque les comédiens ne sont plus là depuis longtemps, etc.
12:38– Ça existe déjà, il y a Val Kilmer qui va être recréé prochainement.
12:44– Oui, bien sûr.
12:45– Donc il y a eu l'autorisation de sa famille de recréer Val Kilmer,
12:51et donc on va le voir dans un film.
12:53Donc oui, oui, bien sûr, La Grande Vadrouille 2, on peut même…
12:56– Enfin il y avait le héros de Fast and Furious aussi,
12:58qui a été cloné pour des raisons de scénario,
13:02parce qu'il était mort d'un accident de voiture, je crois,
13:05en plein milieu d'un tournage,
13:06et donc pour continuer en fait l'histoire,
13:09ils avaient été obligés de cloner son personnage.
13:11Il y avait Carrie Fisher aussi, la comédienne de Star Wars,
13:15qui avait été…
13:16Donc là, ça a été fait proprement, on va dire.
13:19parce que finalement, les ayants droit ont donné leur accord.
13:23– Tout à fait ça.
13:23– Mais ça, ça ne vous pose pas de problème ?
13:26Je veux dire que quelqu'un qui soit défunt,
13:28et qu'on puisse le voir encore une fois dans une…
13:31C'est assez vertigineux quand même comme réflexion,
13:34le fait de se dire qu'on le voit jouer un personnage
13:37qu'il n'aurait peut-être pas voulu,
13:39enfin voilà, ça a des perspectives qui sont quand même assez impressionnantes.
13:42– Bien sûr, mais moi ça ne me pose pas de problème s'il y a un accord,
13:45c'est-à-dire que si la famille est OK, ça les regarde.
13:50Personnellement, moi je ne le ferais pas pour moi,
13:52c'est-à-dire que je ne trouverais pas ça très intéressant
13:54que mon image perdure après ma mort.
13:57Mais simplement, nous ce qu'on réclame,
14:00c'est la possibilité de dire non, je ne suis pas d'accord,
14:05ou oui je suis d'accord, et si je suis d'accord, qu'on me paye.
14:08– L'idée c'est d'aller voir, je veux dire, le gouvernement,
14:13enfin notre ministre de la Culture,
14:16et de lui, pourquoi pas, d'avoir cette loi
14:20qui a été promulguée au Mexique pour qu'elle puisse arriver aussi en France,
14:24ou en tout cas quelque chose d'équivalent ?
14:26– Tout à fait, alors heureusement on a le Sénat en France
14:29qui a pris l'initiative d'une proposition de loi
14:32sur l'intelligence artificielle,
14:34et vraiment on peut les saluer, on serait les premiers en Europe,
14:37et ça arrive au Sénat en débat public le 8 avril,
14:41on croise les doigts pour que le texte soit voté
14:43et parte vite à l'Assemblée nationale,
14:45mais malheureusement sur ces sujets-là,
14:47on est très dépendant de l'Union Européenne.
14:49C'est vraiment au niveau de l'Union Européenne.
14:52– Oui, parce qu'on pourrait être retoqué, je dirais, au niveau national, c'est ça ?
14:56Il faudrait qu'il y ait une disposition, en tout cas une décision qui soit globale.
15:01– Alors cette loi-là ne risque rien,
15:03mais en revanche des lois qui porteraient directement sur la rémunération,
15:07et la protection de l'intégrité des artistes,
15:10là pour le coup elles doivent être prises à Bruxelles.
15:12On n'a plus la marge de manœuvre au niveau national pour décider ça tout seul.
15:16– Le jour où ça deviendra compliqué,
15:18c'est quand les grands studios en fait feront un peu n'importe quoi.
15:22Ce qui n'est pas le cas encore aujourd'hui,
15:24on a l'impression que tout ça est assez contenu, non ?
15:27Les grands groupes de production de films ou les plateformes de streaming
15:33marchent un petit peu sur des yeux sur ce sujet.
15:36– Pour l'instant, mais comme ça va vite…
15:38– Mais vous qui êtes en contact avec ces gens-là,
15:41comment réagissent-ils ?
15:42Comment sont-ils ?
15:43– Pour l'instant, je dirais que c'est un petit sujet tabou quand même,
15:48on ne l'évoque pas trop.
15:49mais quand on voit comment est-ce que les plateformes fonctionnent
15:53beaucoup sur des algorithmes,
15:54on peut se dire que potentiellement à un moment ou à un autre,
15:58ils vont trouver un petit moyen d'utiliser l'IA parce que ça les arrange.
16:04Bon, c'est comme ça.
16:06Pour moi, à ce niveau-là, le combat il est perdu.
16:08– Elisabeth, vous discutez avec les plateformes justement,
16:10avec les studios de production ?
16:12– Tout à fait, l'IA bouscule la chaîne de valeur à tous les étages.
16:18parce qu'on voit apparaître des IA spécialisées dans l'écriture de script,
16:23des IA spécialisées dans la prédiction
16:26pour savoir si un script a une chance de rencontrer du succès ou pas.
16:31Ensuite, on a les IA pendant le tournage
16:33qui peuvent faire des effets spéciaux avec des vrais comédiens,
16:36mais en jouant des avatars.
16:38On a des IA sur les effets spéciaux.
16:40Et puis en bout de chaîne, il y a toute la post-production, le marketing.
16:44En fait, on a l'IA qui s'insinue à tous les étages.
16:47Et je rejoins complètement Maurice, parfois de façon assez taboue,
16:51parce que j'ai interagi avec une grande chaîne de télévision
16:55qui m'a avoué qu'ils faisaient lire les scripts
16:58qu'on leur proposait pour des créations par de l'IA,
17:01pour les présélectionner.
17:03Mais ça, ils ne le diront pas en public.
17:05– C'est-à-dire qu'en fait, si l'IA dit
17:07« ce scénario n'est pas bon »,
17:08il n'a aucune chance, il ne sera jamais lu.
17:11– C'est effrayant quand même.
17:13– Oui, on y est.
17:16– Est-ce que vous disiez tout à l'heure que vous utilisez l'IA ?
17:20Maurice, ça vous arrive d'utiliser l'IA ?
17:22Parce que je sais que vous êtes auteur aussi.
17:24Alors, ça doit être compliqué,
17:26mais ça peut vous servir l'IA ?
17:29À certains moments de la création ?
17:34– Moi, je vais l'utiliser, par exemple,
17:35pour aller chercher une info tout d'un coup,
17:38parce que je sais que je vais perdre du temps à aller sur…
17:41– Oui, mais vous aurez pu aller sur Google, par exemple.
17:43– Oui, mais même sur Google,
17:45je ne vais pas la trouver aussi rapidement
17:46que sur Gemini, par exemple,
17:48où je vais avoir une info.
17:50Alors, elle n'est peut-être pas forcément fiable à 100%,
17:52mais généralement, les questions que je me pose
17:55sont quand même assez simples.
17:56Et donc, oui, ça, je peux l'utiliser comme outil,
17:58mais je ne vais pas l'utiliser pour rédiger
18:01quelque chose que j'écris, par exemple.
18:03Ça, il faut que je garde quand même la main là-dessus.
18:05Mais moi, je pense que l'IA, si on l'utilise comme un outil
18:09et qu'on voit vraiment les qualités de cet outil
18:13qui est inimaginable, c'est très bien,
18:16mais il faut aussi qu'on voit l'effet pervers de cet outil.
18:19– Il y a une startup qui est spécialisée là-dedans,
18:21qui rédige, en tout cas, qui aide
18:23à la construction de scénarios grâce à l'IA.
18:26On reçoit régulièrement son auteur,
18:29qui est un Français d'ailleurs,
18:30qui a travaillé exactement,
18:32qui a travaillé sur Braco, etc., etc.
18:35Donc, tout n'est pas à mettre à la poubelle.
18:37– Bien sûr que non, et il ne faut pas caricaturer
18:40les artistes comme hostile à la technologie.
18:43Maurice en est un bon exemple,
18:45mais même les artistes se sont toujours emparés
18:47des technologies dans la musique,
18:49l'autotune, le sampling,
18:51la musique assistée par ordinateur.
18:53Vous le disiez, le cinéma, à l'origine,
18:55c'est une disruption technologique.
18:57– Bien sûr, bien sûr.
18:58– Donc, en fait, les artistes,
18:59ils sont habitués à la technologie,
19:01ils ne sont pas du tout hostiles à s'en servir.
19:03Simplement, là, c'est une innovation
19:06qui vise à se substituer à eux.
19:09On a déjà des livres qui sont narrés
19:11par des IA et plus par des comédiens.
19:14Donc, aujourd'hui, c'est maintenant
19:15que c'est de la substitution.
19:16Et ça, on comprend que ça puisse les faire réagir.
19:19– En tout cas, on va suivre ça de près,
19:21parce qu'on n'en est qu'au tout début
19:22de cette histoire-là.
19:23– Exactement.
19:24– Et ça va être intéressant de voir
19:26comment, justement, les gouvernements réagissent,
19:28comment les studios réagissent.
19:30Et puis, surtout, si tous les pays
19:33créent ce collectif, comme on le fait en France,
19:36peut-être que ça aura, on va dire,
19:37un impact au niveau européen et voire mondial.
19:40Merci, en tous les cas, à tous les deux.
19:42– Avec grand plaisir.
19:42– C'est un vrai plaisir de vous recevoir
19:43dans Tech & Co.
19:45Maurice Barthélémy, acteur, réalisateur,
19:47et puis Elisabeth Lehot, directrice générale
19:49de l'Adami, Société pour l'administration
19:51des droits des artistes et musiciens interprètes.
19:54– Bravo.
19:54– Oui, là, ça sème des comédiens.
19:57En gros, c'est ça.
19:58– Merci.
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