00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Maxime Liedot.
00:04Il est 7h40 sur Sud Radio et mon invité ce matin, la volonté de vous expliquer, concerne nos entreprises de
00:11taille intermédiaire avec cette question.
00:12Est-ce qu'en réalité on va devoir se préparer à un véritable choc qui pourrait faire trembler nos entreprises
00:18de taille intermédiaire qui représentent 27% du tissu industriel français ?
00:22Bonjour Frédéric Courrier.
00:23Bonjour.
00:24Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:25Vous êtes le PDG de Pujola qui est coprésident du METI, qui est le mouvement des entreprises de taille intermédiaire.
00:31La première question ce matin, c'est qu'après la publication de votre baromètre annuel, c'était hier dans la
00:36journée,
00:37on s'aperçoit que vos différents secteurs sont forcément énormément touchés par ce qui se passe au Moyen-Orient.
00:42Concrètement, comment se ressent l'onde de choc qu'a causé la guerre au Moyen-Orient dans vos différents secteurs
00:48d'activité ?
00:50Alors déjà, il y a un problème de visibilité.
00:52L'économie était déjà en ralentissement, donc on voit que ça a un impact psychologique, technique sur un certain nombre,
00:59enfin sur les entreprises en général.
01:00Les secteurs plus directement touchés, tout de suite, c'est ce qui est très dépendant du pétrole,
01:04c'est-à-dire le transport, l'emballage, tout ce qui tourne autour de la plasturgie, puisque c'est à
01:08base de pétrole.
01:09Un certain nombre de secteurs qui importent également des produits d'Asie et autres,
01:13qui ont vu leurs coûts, notamment de containers, etc., exploser.
01:18Donc c'est ça l'effet direct.
01:20Maintenant, si la crise va se poursuivre, ces coûts vont se diffuser sur l'ensemble des composants, des intrants, de
01:28tout ce qu'on peut acheter.
01:29C'est-à-dire qu'en fait, vous nous dites ce matin qu'on n'est qu'au début de
01:31la mèche qui vient d'être allumée.
01:32C'est-à-dire que là, on voit les premières conséquences assez évidentes, mais derrière, c'est la diffusion.
01:36C'est ça le vrai risque.
01:37Dès lors que les coûts vont commencer à se diffuser par voie d'approvisionnement,
01:43on va voir probablement l'acier, tout ce qui est dépendant de l'énergie en général, être impacté.
01:49Pour l'instant, ce n'est pas encore visible dans la plupart des secteurs,
01:52mais on le voit déjà dans les transports, on le voit déjà dans l'emballage, on le voit déjà dans
01:55un certain nombre de secteurs.
01:56Vous voyez les engrais, par exemple.
01:58Tous les produits qui sont très fortement liés aux énergies fossiles sont impactés directement.
02:01Dans votre baromètre, avec justement votre mouvement des entreprises de taille intermédiaire et la Banque Palatine,
02:07c'est réalisé quand même auprès de 1200 entreprises, donc ça permet d'avoir, on va dire, une lecture assez
02:13nette.
02:13On lit une vive inquiétude, ce qui peut se comprendre.
02:15Concrètement, l'inquiétude va jusqu'où ?
02:17C'est l'inquiétude des prix de l'énergie, de la difficulté, au bout d'un moment, d'avoir en
02:22effet des coûts à la fin du mois supplémentaire,
02:25ou ça va jusqu'à craindre, à un moment ou à un autre, de mettre la clé sous la porte
02:28?
02:29Alors, on n'en est pas encore à la clé sous la porte, mais il faut quand même se dire
02:32que ces entreprises,
02:33déjà, vous voyez leur contexte économique se dégrader.
02:37Alors, ça fait cinq ans qu'on empile les crises successives, donc les entreprises ont encaissé, mais enfin, c'est
02:42difficile.
02:44Deuxièmement, effectivement, elles ont des carnets de commandes moins garnis, une visibilité moins forte.
02:48La moitié des ETI ont de moins bons résultats, et nettement moins bons que cette année, que l'année dernière.
02:53Donc déjà, je dirais, le contexte général n'est pas très favorable.
02:56Elles ont subi, il faut le rappeler, il y a trois ans, et ça a été très douloureux, une crise
02:59énergétique massive,
03:00après le conflit, enfin, pendant le démarrage du conflit ukrainien.
03:04Elles voient revenir ce type de situation avec ce qui se passe en Iran.
03:08Alors, c'est différent, c'est sur le pétrole, c'était plutôt sur le gaz il y a trois ans.
03:11Mais on se rappelle des conséquences, beaucoup d'inflation, etc.
03:14À l'époque, on pouvait monter les prix.
03:16Aujourd'hui, c'est plus difficile.
03:17Donc, le risque, c'est que ça vienne peser directement sur leurs marges,
03:20à un moment où leurs marges sont déjà sous pression.
03:22Et puis, on a vu, forcément, dans ce contexte, le gouvernement qui essaye de prendre des mesures.
03:26On en parlait dans les différents journaux, où il y a eu des tentatives de mesures.
03:29Est-ce que le gouvernement, pour l'instant, va dans la bonne direction ?
03:32Est-ce que vous faites partie de ces chefs d'entreprise, de ces présidents de mouvements,
03:36qui demandent plus de l'État ?
03:38Une tentative, à nouveau, d'un bouclier énergétique, comme ça a pu être le cas au moment de l'Ukraine,
03:42ou alors c'est des réformes beaucoup plus en profondeur, vers lesquelles il faudrait se tourner ?
03:46Alors, par rapport à il y a trois ans, on a quand même beaucoup progressé,
03:49puisque la plupart des entreprises ont acheté de l'électricité, par exemple, pour deux ou trois ans.
03:53Donc, elles se sont couvertes, la plupart.
03:54Elles ont anticipé.
03:55Voilà, pas sur le pétrole, parce qu'on ne peut pas, peu sur le gaz.
03:59Nous, ce qu'on attend de l'État, ce n'est pas des aides.
04:01Enfin, on n'est pas là pour pleurer, pour dire, il nous faut ceci, cela.
04:04Ce qu'on demande, c'est avoir un contexte, un écosystème économique favorable,
04:09aligner la France sur au moins la moyenne européenne.
04:12On paye plus de charges sur le travail en France, plus d'impôts de production.
04:15On a l'art de se complexifier la vie.
04:17La France adore créer des règles, des lois et surtranspose les règles européennes.
04:22Réalignons la France au moins sur la moyenne européenne.
04:24Si on faisait ça, nos entreprises seraient déjà dans une situation de stress beaucoup moins forte,
04:29auraient de meilleures marges de manœuvre, seraient plus fortes, plus capables d'investir.
04:33Et je pense que c'est le moment de le faire,
04:34parce que ce n'est pas à coup de patch, je dirais, ou d'aides ponctuelles qu'on va régler
04:38la situation.
04:39Il faut s'attaquer au fond du problème.
04:41Frédéric Aurier, en rappelant que vous êtes le PDG de Poujola et le co-président du METI,
04:45qui est le mouvement des entreprises de taille intermédiaire,
04:46c'est frappant de voir à quel point c'est un modèle qui fonctionne en France,
04:50parce que ces entreprises de taille intermédiaire n'étaient que 4600 en 2008.
04:53Elles sont désormais près de 7200.
04:56Mais c'est toujours trois fois moins, par exemple, qu'en Allemagne et que dans d'autres pays européens.
05:01Qu'est-ce qui ne va pas avec cette taille d'entreprise intermédiaire ?
05:04Qu'est-ce qui ne fonctionne pas en France,
05:05parce qu'on ait à nouveau l'impression, sur ce sujet-là, d'être les mauvais élèves européens ?
05:08Alors, il n'y a pas de miracle allemand, et c'est plutôt des mauvaises décisions françaises.
05:12En 82, la France et l'Allemagne avaient le même nombre d'ETI.
05:15On a pris des décisions différentes, des lignes différentes.
05:17L'Allemagne a fait des réformes, la France a alourdi sa fiscalité,
05:21c'est ce que je vous disais à l'instant, sur le travail, etc.
05:25C'est lié, et la transmission.
05:26C'est plus difficile de transmettre une entreprise en France qu'en Allemagne.
05:29Or, une ETI, il faut deux générations, trois générations pour la constituer.
05:33Donc, la France a commencé, sous le premier quinténat d'Emmanuel Macron et même François Hollande,
05:38a réaligné notre écosystème économique sur la moyenne européenne.
05:42Vous voyez que ça s'est produit directement, effet, augmentation de 60% du nombre d'ETI.
05:48Voilà, donc, il suffit d'amplifier le mouvement, il n'y a pas de secret, il n'y a pas
05:52de miracle.
05:52Il faut que la France fasse sa mue, ce sera avec un ROI.
05:56Ça ne va pas coûter d'argent public.
05:58Si on réaligne la France sur les charges, le coût du travail, c'est juste une volonté de bon sens.
06:04Et dans les crises, c'est là qu'il faut agir.
06:05Merci beaucoup, Frédéric Coirier, d'avoir été avec nous, PDG de Poujola,
06:10et coprésident du METI, donc le mouvement des entreprises de taille intermédiaire.
06:13Merci beaucoup d'être venu sur Sud Radio ce matin, nous alerter sur la situation
06:16de ces plus de 7200 entreprises qui tissent 27% aujourd'hui du territoire industriel français.
06:22Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
06:23Il est 7h50.
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