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  • il y a 7 minutes
Ce mardi 24 mars, Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po Paris, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Il parle d'une négociation avec l'Iran évoquée par Donald Trump, mais que Téhéran dément. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le président du Parlement iranien dément toute négociation avec les Etats-Unis.
00:05Aucune négociation n'a eu lieu, ce sont juste des déclarations pour manipuler les marchés financiers.
00:10C'est ce qu'a dit Mohamed Bagher Khalifa hier sur Twitter.
00:15Pour en parler ce matin, Bertrand Baddy, bonjour, merci d'être avec nous.
00:18Vous êtes professeur émérite à Sciences Po Paris quand Donald Trump dit que des négociations sont en cours.
00:22Avec qui négocie-t-il ?
00:24Alors d'abord, il faut savoir ce que veut dire le mot négociation.
00:28Vous savez, autrefois, la négociation, il y avait des plénipotentiaires, il y avait une salle, il y avait une table,
00:35un tapis vert, et on parlait.
00:37Aujourd'hui, la négociation, c'est plus ça.
00:38La négociation classique, elle n'existe plus depuis bien longtemps.
00:42Depuis bien longtemps.
00:42Et ce n'est pas seulement propre à cette séquence.
00:46Ce qui se substitue aux négociations, c'est trois choses.
00:50C'est les contacts indirects, informels.
00:53Ça, ça a toujours existé.
00:54Ça prend une importance bien plus grande aujourd'hui, puisque la vraie négociation n'existe plus.
01:00Ça, il y en a certainement, indirectement.
01:02D'ailleurs, le président du Parlement iranien l'a lui-même reconnu, par l'intermédiaire de pays amis, peut-être
01:08la Turquie, peut-être le Pakistan.
01:10Il y a beaucoup de candidats possibles.
01:12La deuxième possibilité, c'est la négociation multilatérale à travers les Nations Unies.
01:18Là, c'est fermé, c'est bloqué, c'est verrouillé, ça n'existe pas.
01:20Et puis, il y a la rhétorique, c'est-à-dire qu'on oublie toujours que la parole, j'allais
01:26dire la parlote, se substitue à la négociation.
01:31Alors, non pas pour avancer, non pas pour résoudre, mais pour créer une ambiance sur la scène internationale.
01:41Et l'ambiance que M. Trump cherche à travailler, c'est les marchés financiers, c'est ses électeurs, c'est
01:50l'opinion publique.
01:51Donc, je résume, où il s'agit de parler tout simplement pour peser sur des facteurs qui échappent au complet
02:00contrôle du président des États-Unis,
02:02où il s'agit de tenter d'établir des relations, mais qui sont extrêmement précaires, extrêmement fragiles, en grouillement.
02:12En gros, ce qui veut nous faire croire, eh bien, c'est effectivement quelque chose de totalement imaginaire.
02:22Mais c'est le système Trump, c'est le système de trumper, si vous me permettez l'expression.
02:26– Mais est-ce que ça fonctionne ? Parce que sur les marchés financiers, hier, ça s'est littéralement retourné
02:33en une minute.
02:35– Oui, mais le propre des marchés financiers, c'est l'immédiateté, c'est l'émotion, en quelque sorte.
02:41Beaucoup plus que le calcul stratégique à long terme.
02:43Donc, sur le moment, ça peut fonctionner.
02:46Quand, dans 24 heures, dans 48 heures, on sera face à une autre réalité, ou un autre discours, ou une
02:52autre façade,
02:53là, le retournement pourra à nouveau se faire.
02:56C'est-à-dire, le président des États-Unis s'est mis dans une situation qu'il ne peut pas
03:01gérer.
03:01C'est ça, le fin mot de l'histoire.
03:03Il n'a pas la main sur cette situation, et il veut absolument démontrer le contraire,
03:08parce que c'est quand même la superpuissance étatsunienne.
03:10– Alain Lysa ?
03:11– En tout cas, au-delà de la véracité de ces négociations, s'il parle de négociations,
03:15c'est que Donald Trump a envie de conclure ce conflit.
03:18Benjamin Netanyahou, lui, en revanche, pourrait ne pas vouloir négocier avec un régime
03:21qu'il a envie d'anéantir complètement.
03:23Comment va se jouer l'équilibre entre les deux ?
03:25– Oui, alors vous avez tout à fait raison.
03:27J'allais dire, les objectifs ne sont pas les mêmes.
03:30Ce n'est pas tout à fait exact, parce que je ne suis pas sûr qu'il y ait des
03:32objectifs clairs
03:34côté étatsunien.
03:35Mais en tous les cas, la temporalité n'est pas la même.
03:37C'est-à-dire que Trump a besoin du temps court,
03:41il a besoin de ne pas laisser durer cette crise
03:44pour les raisons qu'on évoquait il y a un instant,
03:46alors que Netanyahou, lui, a besoin de tous les points de vue du temps long.
03:51Il en a besoin pour des raisons de politique intérieure, pour des raisons de survie individuelle,
03:55et aussi par rapport à ce projet stratégique qui distingue les États-Unis d'Israël.
04:03Alors là, je parle de projet stratégique, c'est-à-dire un projet d'ensemble.
04:07Ce qui a commun aux deux, c'est la politique du chaos,
04:10c'est-à-dire la guerre aujourd'hui ne permet plus de construire un ordre qui vous est favorable,
04:14mais elle permet de détruire celui que l'on tient pour son adversaire.
04:19Alors, dans la tête de Netanyahou, détruire, ça veut dire anéantir,
04:23c'est-à-dire la sécurité d'Israël dépend de la disparition de ce régime.
04:28Donc, dans le cas états-unien, c'est différent, c'est détruire pour préserver,
04:33renforcer son hégémonie.
04:35Là, il n'y a pas besoin de complètement détruire.
04:37Pour renforcer son hégémonie, il suffit effectivement d'affaiblir l'adversaire
04:42pour qu'il soit à votre portée.
04:44C'est ce qui s'est passé en direction du Venezuela,
04:46qui est plus ou moins en train de se passer en direction de Kouba,
04:49et qui se produit en ce moment en direction de l'Iran.
04:52Qu'est-ce qu'il reste du régime iranien ?
04:54Désormais, on a le président du Parlement, dont Khalifa,
04:57qui s'exprime, est-ce que c'est lui le dernier homme fort qu'il reste ?
05:01Alors, vous parlez en termes de personnes, je le comprends.
05:05Mais ce n'est pas comme ça qu'il faut raisonner ?
05:06Non, un régime, c'est d'abord un système,
05:09et c'est peut-être ça qu'on a trop vite oublié.
05:11C'est un système qui a 47 ans d'âge,
05:14c'est-à-dire qui a eu le temps de se cifier,
05:17de se calcifier, on dirait, pour employer la métaphore médicale.
05:21Ça veut dire qu'il ne repose pas tant sur des personnes
05:24que sur un système tentaculaire qui réunit des milliers,
05:30des dizaines de milliers, probablement des millions de personnes.
05:34Alors, en termes d'individus, ça veut dire que quand un meurt,
05:38il y a toute une file qui attend derrière pour prendre le relais.
05:42Mais ça, c'est presque anecdotique.
05:45Ce qui compte, c'est effectivement le socle.
05:48Ce régime s'est constitué un socle,
05:50tant que le socle demeure,
05:52et ce socle, il est constitué des pasdarons,
05:54des pasidjis, de la police,
05:56qu'on a tendance à oublier,
05:58peut-être, mais moins l'armée,
05:59parce que l'armée a une logique plus autonome peut-être que le reste.
06:03Ça fait énormément de monde.
06:05Certains disent que ça fait 20 millions de personnes.
06:07Pourquoi ?
06:08Parce que la malice de ce type de régime,
06:11c'est que ce socle régale ceux qui y participent
06:17davantage économiques fort nombreux.
06:20C'est un système de corruption,
06:22mais en même temps un système de prédation.
06:24Donc, vous avez des millions de personnes en Iran
06:28qui ont un intérêt économique personnel à la survie du régime.
06:32Ces gens-là ne vont pas regarder passer les trains.
06:35Ces gens-là vont effectivement se mobiliser
06:38et ils ont les moyens coercitifs de se mobiliser.
06:41Donc, pour vous, la théorie d'une guerre courte
06:44où on irait chercher un homme fort poussé par la CIA,
06:47par Trump, pour le mettre justement à la tête de l'Iran
06:50et négocier un peu comme on fait à la vénézuélienne aujourd'hui,
06:53c'est impossible ?
06:54C'est un scénario d'un très mauvais film.
06:56C'est-à-dire que ça n'a aucune réalité,
06:59ça n'a même aucune consistance.
07:01De même que d'une façon plus générale,
07:03la notion de changement de régime n'a strictement aucun sens.
07:07Jamais un manuel de sciences politiques sérieux
07:10n'introduira le concept de changement de régime.
07:14Ça ne s'est jamais produit.
07:16Le changement de régime correspond à une transformation du système
07:19et non une attaque venant de l'extérieur.
07:22Merci beaucoup Bertrand Baddy d'être venu ce matin
07:24dans la matinale de l'économie.
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