00:00Beaucoup de gens repensent à l'ère Jospin 97-2002 comme un Eden économique. Est-ce qu'ils ont raison
00:05?
00:06Alors ils ont raison, effectivement, puisqu'à cette époque-là, la croissance est assez forte, d'ailleurs à la surprise
00:11générale,
00:11puisque Jacques Chirac provoque des élections anticipées par rapport à 1998,
00:15parce qu'il est convaincu que l'économie va continuer à ralentir,
00:19que l'économie qui a été secouée par la récession de 1993,
00:23plus les mesures qui ont été prises dans le cadre du plan Juppé pour essayer d'équilibrer les comptes publics,
00:28l'économie va connaître une phase sinon de récession, du moins de croissance plate.
00:32Alors pas du tout, la croissance s'emballe un peu partout en Europe grâce à un contre-choc pétrolier en
00:37réalité.
00:38Et donc cette période-là est une période effectivement où le chômage baisse,
00:42où les comptes publics s'améliorent, ne serait-ce que parce qu'il faut se qualifier pour l'euro,
00:47et donc les comptes publics vont connaître une sorte d'embellie.
00:50On est à 60% de dette publique à l'époque, puisque c'est la règle pour entrer dans la
00:55zone euro.
00:55Et grâce à la croissance, on va descendre à la fin à 57% de PIB en dette publique.
01:00Alors ce qu'il y a d'intéressant, c'est que d'une certaine façon,
01:04Jospin va à la fois bien utiliser et mal utiliser cette croissance.
01:07Il va bien l'utiliser dans la mesure où par rapport à son programme initial,
01:10qui était notamment, il avait dit je ne fermerai pas l'usine Renault de Villevorde
01:14pour montrer son attachement au maintien d'une certaine solidarité ouvrière,
01:18il ferme l'usine de Villevorde.
01:20Il dit on ne privatisera pas France Télécom parce que le service public doit être au centre de notre activité.
01:26Il cède un tiers du capital de France Télécom.
01:29Donc il ne s'engage pas dans des mesures en disant il y a de la croissance,
01:32on va continuer sur le socialisme à l'ancienne, le socialisme de 81,
01:36on va renouveler les expériences qui vont continuer à distribuer.
01:40Il change d'une certaine façon.
01:41Là où il surprend tout le monde, c'est au mois d'octobre 1997,
01:44quand il fait une grande, il réunit une grande conférence sur les 35 heures,
01:48tout le monde est persuadé que, de même que Villevorde a été privatisé,
01:51de même qu'il a signé le traité d'Amsterdam qui instaure le pacte de stabilité et de croissance,
01:55de même qu'il a privatisé France Télécom,
01:58il va se débarrasser des 35 heures qui étaient un des points phares de son programme.
02:03Et il met en place les 35 heures, c'est certainement l'erreur,
02:06la chose la plus dramatique dans le bilan de son action.
02:09Je soulignerai quand même trois autres éléments dans son bilan.
02:12D'abord, quand il a été ministre de l'éducation,
02:13il avait fait une réforme qui avait à la fois satisfait les syndicats
02:17et traumatisé une partie de la population enseignante.
02:19Il avait supprimé les instituteurs.
02:21Il les avait remplacés par des professeurs des écoles,
02:24ce qui s'était traduit par une amélioration assez forte de leur rémunération, de leur statut.
02:28Mais on avait fait disparaître ce mot emblématique
02:31qui était associé à la gauche depuis la Troisième République,
02:34ce mot d'instituteur.
02:35Et un certain nombre de syndicats lui ont dit
02:37qu'il est totalement à côté de l'état d'esprit
02:39de ce que devrait être un vrai socialiste.
02:41il ne tient pas compte de la réalité historique de ce que nous sommes.
02:44Le deuxième élément que je trouve important,
02:46c'est qu'il a été l'homme de la qualification pour l'euro.
02:50Et donc, il y a une scène assez célèbre.
02:51On le voit, il fait son premier achat en euro en janvier 2002.
02:55Et il achète des fleurs pour sa femme.
02:57Ce qui est un moment assez émouvant.
02:59Tout le monde dit, vous allez acheter des croissants.
03:01Et tout ça, c'est le petit matin.
03:02Il dit non, il achète des fleurs pour son épouse.
03:04Et donc, ça met en euro.
03:06Ce qui avait donné l'image d'un homme assez plus qu'humain.
03:10C'est-à-dire, il disait lui-même, je suis un austère qui se barre.
03:13Et le troisième élément, c'est qu'au ministère des Finances,
03:16il a réalisé cette réforme qu'on attendait depuis la Révolution,
03:19qui consistait à fusionner les deux réseaux de collecte de l'impôt.
03:23C'était le réseau du Trésor public et le réseau de la Direction générale des impôts.
03:27Et il a fait voter la loi de l'OLF, la réorganisation des finances publiques.
03:33Alors, il y a des bilans plus ou moins positifs de cette mesure.
03:36Mais à l'époque, tout le monde avait été à la fois impressionné
03:39et favorablement impressionné par cette capacité à effectivement engager une réforme
03:43qui remettait en cause la vie quotidienne des agents du ministère des Finances.
03:46Alors même, encore une fois, qu'il était supposé être plutôt
03:50dans une logique de conservatisme social.
03:52Mais à la fin, vous dites, le problème, c'est les 35 heures.
03:55Mais sur tout le reste, c'est plutôt positif.
03:58Oui, c'est plutôt positif.
04:00Je pense que...
04:01Vous ne pardonnez pas les 35 heures.
04:02Oui, je ne lui pardonne pas les 35 heures.
04:04Et personne ne lui pardonne.
04:06Parce que sur la retraite aussi, alors c'est moins important,
04:08mais c'est quand même assez significatif.
04:10Sur la retraite, il avait conscience que le problème était
04:13dans l'incapacité de continuer à survivre.
04:15Et il a fait une grande commission qui était présidée
04:17par le commissaire au plan de l'époque, Jean-Michel Charpin.
04:20Donc, il y a le rapport Charpin.
04:22Et dans ce rapport, il y avait la création de fonds de réserve de retraite
04:24qui était le début d'un fonds de pension.
04:27Et donc, il a alimenté ce fonds de pension.
04:29Il a véritablement mis en place ce fonds de pension.
04:31Et ce sont ses successeurs, singulièrement sous la présidence de Nicolas Sarkozy,
04:35qui ont plus ou moins saboté cette opération de création d'un fonds de pension.
04:39Donc, le bilan global est assez largement positif.
04:44sauf, pour moi, cette erreur grave pourront être les 35 heures.
04:47Et je ne vous dis pas...
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