00:02Bonjour David Rigoulet-Rose, merci d'être notre invité ce matin.
00:05La guerre au Moyen-Orient entre aujourd'hui dans sa quatrième semaine, 22 jours de conflit.
00:10Question novice ce matin, question peut-être un peu naïve, cette guerre va-t-elle sur sa fin ou est
00:16-on simplement au début ?
00:17En tout cas, on n'est pas sur la fin du conflit, clairement.
00:21D'ailleurs, dès le début, la planification du Pentacle avait prévu entre 4 et 5 semaines.
00:27Ça a été reconfirmé d'ailleurs par le président Donald Trump qui, avec son habitude, comme il le fait de
00:34manière coutumière, relativise en disant que ça pourrait s'arrêter plus tôt.
00:38Mais enfin, on voit bien quand même que c'est appelé à s'inscrire dans la durée, d'autant plus
00:41qu'il a décidé la mobilisation de Marines, justement de deux unités de Marines pour aller vers le Golfe.
00:49On apprend ce matin que l'Iran a ciblé la base américano-britannique de Diego Garcia, qui est au beau
00:54milieu de l'océan Indien.
00:56Avec deux missiles balistiques, l'Iran était capable d'aller si loin ?
01:00Non, alors l'Iran veut montrer qu'il est en mesure de le faire.
01:04Mais évidemment, concrètement, c'est très difficile pour lui.
01:08Le premier missile s'est abîmé en mer et le deuxième a été intercepté.
01:11Donc il n'y a pas de menace directe sur la base en question, qui est quand même très loin.
01:16C'est une base stratégique, effectivement, d'où peuvent partir les B-52 et les B-1 américains.
01:21C'est une base britannique, d'ailleurs, qui est utilisée par les États-Unis.
01:26Ça a fait l'objet d'ailleurs d'une critique de la part de Téhéran, en disant qu'il y
01:29avait une cobelligérance implicite de la Grande-Bretagne.
01:33Mais c'est quoi, c'est une démonstration de force de la part de l'Iran ?
01:35Ah oui, l'Iran veut montrer que malgré les frappes qui se sont succédées depuis le début,
01:40il est encore en capacité, effectivement, non seulement de viser les pétromonarchies à proximité de l'Iran même,
01:46mais bien au-delà, jusqu'effectivement, jusque dans une île de l'océan Indien.
01:52Cette nuit, Donald Trump a déclaré vouloir réduire l'engagement américain dans la région.
01:56Pourquoi est-ce qu'il fait ça ?
01:58Oui, mais là, ça fait partie de ses éléments de langage, parce qu'effectivement, il y a un flottement au
02:01niveau de son opinion publique.
02:03C'est des raisons intérieures ?
02:04Ah, c'est essentiellement des raisons intérieures.
02:06C'est l'idée qu'on martèle qu'il ne s'agit pas d'une guerre sans fin,
02:11puisqu'il avait précisément reproché à ses prédécesseurs d'avoir engagé les États-Unis dans des guerres sans fin.
02:17Et donc, tous les éléments de langage sont destinés, effectivement, à faire valoir que c'est un conflit
02:21qui n'est pas appelé à se développer sur la durée,
02:24mais c'est en contradiction avec les éléments que je viens de donner,
02:27à savoir l'envoi de troupes au sol, potentiellement pour une opération dans le Golfe.
02:31Alors, dans le Golfe, et peut-être plus précisément dans le détroit d'Hormuz,
02:34parce qu'un des enjeux de cette guerre, évidemment, c'est la question pétrolière et gazière.
02:38Donald Trump s'en est pris avec violence hier au pays de l'OTAN, qu'il a qualifié de lâche,
02:43car selon lui, ils ne veulent pas l'aider à rouvrir ce détroit d'Hormuz.
02:47Est-ce qu'elle est justifiée, cette colère de Donald Trump ?
02:49Il est un peu dépité, parce qu'il a très maltraité ses alliés de l'OTAN,
02:53on l'a vu à l'occasion du conflit ukrainien,
02:56et maintenant, il leur demande effectivement un soutien
03:01au motif que les intérêts européens seraient concernés, ce qui est vrai,
03:06sauf que les Européens ont été mis devant le fait accompli,
03:08et donc il y a un consensus européen pour faire valoir
03:11qu'il n'est pas question d'être co-belligérant,
03:14dans la mesure où ce n'est pas une guerre qui a été imposée aux Européens,
03:19même si évidemment les intérêts européens sont impactés,
03:22on le voit avec la question du blocage du détroit d'Hormuz.
03:25Justement, le patron de l'Agence internationale de l'énergie,
03:27il estime que la fermeture du détroit d'Hormuz est la plus grande menace,
03:31je cite, pour la sécurité énergétique mondiale de toute l'histoire.
03:35Est-ce que vous partagez son avis ?
03:36Est-ce qu'il faut qu'on s'inquiète, nous, consommateurs européens ?
03:39C'est une déclaration importante, parce que c'est quelqu'un qui est bien placé
03:42pour savoir ce qu'il en est,
03:43et c'est inquiétant,
03:45parce que c'est une manière de préparer les opinions publiques
03:49à un potentiel troisième choc énergétique.
03:52On n'en est qu'au début de cette inflation des prix de l'énergie ?
03:56Plus le conflit dure, plus les prix sont appelés à augmenter,
04:00et particulièrement sur la question du gaz,
04:03parce que dans les précédents chocs dits pétroliers,
04:06la problématique gazière était mineure.
04:08Là, elle est majeure, et on le voit avec le...
04:11Parce qu'il y a beaucoup de gaz naturel liquéfié qui passe par le détroit d'Hormuz.
04:14Oui, c'est notamment 20% du gaz mondial par le Qatar.
04:18Or, il y a un effet prix qui est déjà perceptible,
04:21mais potentiellement, c'est ce qui est en filigrane dans sa déclaration,
04:24il y a des risques de rupture d'approvisionnement.
04:27Est-ce qu'il existe des solutions aujourd'hui pour contourner ce blocage du détroit d'Hormuz,
04:31ou pas du tout, et on est obligé de sécuriser ce détroit ?
04:35De toute façon, le problème de la sécurisation est posé, clairement.
04:39Alors, on peut contourner pour partie, notamment pour le pétrole,
04:42puisqu'il y a un holoduc saoudien, justement,
04:45qui permet d'acheminer plusieurs millions de barils sur le port de Yonbou,
04:49sur la mer Rouge.
04:49Mais comme par hasard, entre guillemets, c'est pas tout à fait un hasard d'ailleurs,
04:53les Iraniens viennent de viser le terminal de Yonbou
04:56pour montrer que même l'exportation sans passer par le détroit d'Hormuz
05:01était loin d'être rassurée.
05:02Et l'idée de l'Iran, quelque part, c'est de mettre la pression
05:04parce qu'ils savent, en Iran, que c'est un point stratégique de ce conflit ?
05:10Ah oui, de toute façon, l'Iran n'est pas en mesure de se confronter conventionnellement
05:15avec la puissance américaine.
05:16Il est dans une stratégie asymétrique, et il a deux éléments pour ça.
05:20C'est le balistique, dont ils usent tous les jours.
05:24Et puis, la pression sur le marché mondial énergétique,
05:28qui est très efficace quand on voit les effets aujourd'hui.
05:30L'Iran, justement, hier, le guide suprême iranien Mojtabar Amenei
05:34a déclaré dans un message écrit, je cite,
05:36« L'ennemi est vaincu ».
05:38On a un peu de mal à comprendre ce que ça peut signifier.
05:40Oui, ça, c'est la rhétorique habituelle iranienne,
05:43qui est un déni de réalité sur la situation, de toute façon.
05:47C'est d'autant plus problématique qu'il y a une incertitude
05:51qui prévaut sur l'avis même du guide, du nouveau, supposé.
05:56On ne l'a encore pas vu depuis sa nomination ?
05:58On ne l'a même pas entendu, donc il fait passer des messages
06:01via la télévision officielle.
06:05Mais ça alimente évidemment les spéculations sur son statut
06:09et sur la réalité de son pouvoir.
06:12On voit des figures du régime iranien tomber les unes après les autres
06:16avec ses bombardements israélo-américains.
06:18Le régime iranien, est-ce qu'il est fini aujourd'hui ?
06:20Il est condamné, de toute façon.
06:23Ça explique d'ailleurs la logique jusqu'au boutiste qui manifeste.
06:28Mais il a une résilience incontestable, puisqu'il tient toujours.
06:33Ça renvoie à la nature même du régime iranien,
06:36qui est un régime polycentré, le Nezham, on l'appelle le système,
06:40qui lui permet d'encaisser des chocs, même si les têtes tombent.
06:44Alors ça dépend lesquelles, parce que la dernière,
06:46celle de l'élimination à l'île Laridjani,
06:49va avoir de grosses conséquences,
06:51parce que c'était quand même le maître d'œuvre
06:53qui permettait de tenir toute l'architecture.
06:56Merci beaucoup David Rigouleros d'avoir été notre invité
06:58pour les 4V ce matin.
06:59Bonne journée à vous.
07:00Bonne journée à tous.
07:01À demain pour la soirée électorale des municipales sur France 2.
07:03Mélanie Samuel, c'est à vous.
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