00:0016 heures, hier, Donald Trump impose officiellement un blocus sur l'étroit d'Hormuz
00:04qu'avaient rouvert les Iraniens il y a quelques jours.
00:07La tension est donc à nouveau maximale entre Washington et Téhéran.
00:10Bonjour David Rigouleros, merci d'être avec nous.
00:13Vous êtes chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique,
00:15rédacteur en chef de la revue Orient Stratégique.
00:19Ça ressemble à quoi, très concrètement, un blocus sur l'étroit d'Hormuz ?
00:22J'imagine que ce n'est pas comme une herse de gendarmerie sur une route française,
00:26avec des bateaux alignés comme ça ?
00:28Oui, il y a les bateaux qui sont à l'entrée du détroit.
00:32La dissuasion, c'est de pousser le bateau qui voudrait sortir à faire demi-tour, en réalité.
00:39Sinon, c'est le risque d'un arraisonnement potentiel.
00:42Donc, il y a un effet de dissuasion, et la marine américaine, évidemment,
00:46est susceptible d'avoir cet effet de dissuasion.
00:49Il y a eu déjà des marches arrières de certains bateaux qui avaient souhaité transiter.
00:53Donc, en fait, Donald Trump a décidé de retourner l'arme qui avait été développée par les Iraniens,
01:02justement, qui avait été donnée, paradoxalement, par Donald Trump à la faveur du conflit,
01:07c'est-à-dire le filtrage du détroit pour l'entrée et la sortie.
01:11Parce qu'en fait, il y a deux chenots, il y a un chenal ascendant, un chenal descendant,
01:15qui, normalement, passe plutôt près des côtes Omanès,
01:18et qui avait été déplacé par les Iraniens, près des côtes iraniennes, justement,
01:25avec l'instauration d'un droit de péage,
01:28qui permettait, effectivement, de sélectionner les pavillons et de faire entrer du cache.
01:33Justement, vous parlez de pavillons, aucun navire iranien ne sort du port,
01:36mais il y a aussi des bateaux indiens ou chinois, par exemple,
01:38puisque la Chine est un partenaire de l'Iran.
01:40Est-ce que les Chinois ont réagi à ce blocus ?
01:43Et s'ils étaient bloqués, que se passerait-il ?
01:45Ça sera le moment de vérité, s'il y a, effectivement,
01:49une tentative d'un navire sous pavillon chinois, plus qu'indien encore,
01:53de sortir d'un port iranien, avec le risque d'être arraisonné,
01:59et le risque, aussi, pour les Américains, d'une clash avec la Chine,
02:04qui, pour l'instant, est très discrète.
02:06Très discrète, mais ça ne veut pas dire qu'elle n'est pas inquiète,
02:09et qu'elle ne fait rien, justement, parce qu'il y a un jeu,
02:14un théâtre d'ombre, derrière, de toute façon.
02:18Vous parliez de filtrage, donc, et pas forcément de blocage,
02:21et Donald Trump, pour justifier ce blocus,
02:25dit que l'Iran n'allait pas continuer à racketter le monde,
02:28parce que, c'est bien ce qu'il faut dire,
02:30l'Iran, depuis le début du conflit, a continué à laisser passer ses bateaux,
02:34et donc à s'enrichir, finalement.
02:35Oui, alors, il y a deux aspects, en fait, dans le blocus,
02:38ou le contre-blocus, qui est installé par les Américains.
02:42Le blocus, il faut rappeler que c'est une arme de guerre,
02:43dans l'ordre international,
02:45et c'est d'abord à destination des pétroliers iraniens,
02:49qui continuent à sortir.
02:50Il y a une exportation de l'ordre de 1,5 à 1,6 million de barils,
02:56qui fait à peu près 140 millions de dollars par jour.
03:00Ça, c'est pour les recettes, en fait,
03:03inhérentes aux pétroliers iraniens.
03:06Et puis, il y a effectivement d'autres pavillons qui transitaient,
03:09et là, il y avait l'instauration d'un droit de péage,
03:13parfois, dit-on, qui pouvait se monter à 2 millions de dollars par navire.
03:17Donc, de la part, c'était une forme d'extorsion, effectivement,
03:21illégale, si on regarde le droit international,
03:23mais on voit bien que le droit international est complètement évanescent
03:27dans le contexte actuel.
03:28Il le dit, d'ailleurs, Donald Trump,
03:29qui se fiche complètement des règles internationales.
03:33Est-ce qu'on est là, dans les règles classiques de la paix armée, finalement ?
03:37C'est-à-dire qu'il y a une phase de négociation qui échoue,
03:39là, on se menace, et puis on va renégocier, etc.
03:43Oui, c'est une pression qui est faite par Donald Trump.
03:46Il y a effectivement un cessez-le-feu qui a été instauré
03:48pour une quinzaine de jours.
03:50Ce qui est intéressant, d'ailleurs, c'est que la quinzaine de jours,
03:52ça correspond à la limite de capacité de stockage des Iraniens sur Terre.
03:58C'est-à-dire que, comme le pétrole ne peut plus sortir,
04:02normalement, il est stocké, mais il y aura une surcapacité,
04:06il ne pourra plus stocker, et donc ça va condamner certains puits.
04:09Donc, on voit bien que c'est une stratégie d'assèchement, en fait,
04:12des rentrées financières pour l'Iran,
04:14ce qui explique la virulence, d'ailleurs, des réactions iraniennes,
04:16en accusant les Américains de piraterie,
04:19à l'instar de ce qu'eux-mêmes avaient fait.
04:21Enfin, on voit bien que, bon, ce sont des postures,
04:23évidemment, discriminantes de part et d'autre,
04:27mais sur le fond, c'est effectivement une forme de pression militaire
04:33non actualisée, en réalité,
04:35puisqu'il y a une phase de bombardement qui a été arrêtée.
04:39Mais évidemment, on voit bien que ce n'est pas la fin du conflit,
04:41peu s'en faut.
04:42Parmi les points de blocage, donc, il y a le blocus,
04:43mais il y a aussi le nucléaire, c'est aussi un dossier épineux ?
04:46C'est le vrai point de blocage, en réalité,
04:48parce que la question d'Hormuz s'est rajoutée,
04:51elle n'était pas prévue,
04:52elle n'a pas été anticipée, d'ailleurs, par les Américains,
04:55alors, pas par les militaires,
04:56qui avaient signalé qu'il y avait un risque,
04:58et même J.D. Vance l'avait évoqué,
05:00le vice-président américain,
05:02mais du côté de l'entourage immédiat de Donald Trump,
05:05il n'y a pas eu d'anticipation sur le fait
05:07que les Iraniens, qui pourtant l'avaient annoncé,
05:10donc ce n'est pas une surprise,
05:11joueraient sur le verrouillage
05:14des droits d'Hormuz.
05:15Et donc,
05:17la situation a donné
05:19une arme aux Iraniens qu'ils n'avaient pas
05:21de manière préexistante, et qui leur permet,
05:23dans le cadre des négociations, d'avoir un joker,
05:26évidemment, dont ils n'ont pas manqué de jouer
05:27lors de la rencontre à Islamabad,
05:30même si le fond du problème
05:31est toujours le même, c'est la question nucléaire.
05:33À la fois, les 440 kilos
05:36enrichis à 60%,
05:37que les Iraniens ne veulent pas rétrocéder,
05:39et puis, l'engagement
05:41de ne pas poursuivre un programme
05:43susceptible d'avoir un caractère militaire.
05:46Alors, d'après les médias américains,
05:48les États-Unis auraient proposé une pause de 20 ans
05:51sur l'enrichissement d'uranium à l'Iran.
05:53Est-ce que ça, ce serait un point de négociation possible ?
05:57Tout étant à huis clos, c'est très difficile
05:59de savoir exactement ce qu'il en est,
06:01puisque chaque parti accuse l'autre
06:04à la fois de dissimulation
06:06et de duplicité,
06:08de mauvaise foi, on va dire.
06:09Donc, c'est très difficile.
06:10D'ailleurs, Donald Trump a dit que ça restait à huis clos.
06:12Il y avait officiellement
06:14les 15 points américains qui avaient été
06:15formatés et rendus publics,
06:17et puis, en contrepoint, des 10 points
06:21justement maximalistes,
06:21autant que chez les Américains,
06:23de la part des Iraniens.
06:24Donc, sur le fond, il semblerait qu'il y ait eu
06:26des progrès sur certains aspects.
06:29Ça a été d'ailleurs mentionné
06:30par le président américain lui-même,
06:32mais que le vrai fond du problème
06:34n'a pas été du tout traité,
06:37à savoir la question du nucléaire,
06:38le renoncement, en fait,
06:39à l'enrichissement par l'Iran.
06:41Ce que l'Iran se refuse à faire,
06:42il considère que c'est un droit national.
06:45Et donc, là, il y a un blocage, effectivement,
06:47qui paraît pour l'instant insoluble.
06:49Et ce n'est pas forcément très optimiste
06:52sur la suite de la situation
06:55et des pourparlers,
06:56mais ça, on les suivra évidemment
06:57au jour le jour.
06:57Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
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