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  • il y a 2 jours
Le 11 septembre 1968 la Caravelle Ajaccio-Nice d’Air France s’abîme en Méditerranée, quelques minutes avant son atterrissage, faisant 95 morts dont 13 enfants. Probablement à cause d’un incendie à bord, selon l’enquête officielle. Mais deux frères corses, Mathieu et Louis Paoli, qui ont perdu leurs parents dans la catastrophe ne croient pas à la thèse officielle. Depuis, ils se battent pour obtenir la vérité. Leur combat est sur le point d’aboutir. La France va lever le secret-défense dans ce dossier d’ici quelques semaines. Code source vous raconte leur histoire avec Timothée Boutry du service Police Justice du Parisien. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Jeanne Boezec et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : France 3.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:15Ils avaient la vingtaine quand leurs parents sont morts, en 1968,
00:19dans le crash d'un avion d'Air France, une caravel, entre Ajaxio et Nice.
00:23Ils n'ont jamais cru à la thèse officielle d'un incendie à bord.
00:26Ils jugeaient, celle officieuse, plus crédible, une erreur de tir de l'armée.
00:31Pendant des décennies, les frères Paoli se sont battus avec, comme adversaires, la grande muette et l'État français.
00:37Aujourd'hui retraités, Mathieu et Louis devraient en savoir plus dans quelques semaines,
00:41puisque la France s'apprête à lever le secret défense sur ce dossier.
00:46Codesources raconte aujourd'hui un combat pour la vérité, qui aura duré 51 ans.
00:53Les 11 et 12 septembre, à Nice et à Ajaxio, des cérémonies du souvenir ont été organisées en hommage aux
00:58victimes du crash du vol Ajaxio-Nice.
01:01La catastrophe avait fait 95 morts, dont 13 enfants, le 11 septembre 1968.
01:07Timothée Boutry, vous êtes journaliste au Parisien.
01:10A cette occasion, vous avez rencontré les frères Paoli.
01:12Est-ce que vous pouvez nous les présenter, en commençant par l'aîné Mathieu ?
01:16Mathieu Paoli n'est pas très grand, il a les cheveux gris maintenant, puisqu'il est âgé de 75 ans,
01:22il avait 24 ans au moment du drame.
01:24Et en fait, d'emblée, on voit que cette affaire l'obsède, puisqu'il en parle directement, il connaît tous
01:30les détails,
01:30il est extrêmement précis dans sa narration des faits, sur les dates, sur les événements, sur les documents qui ont
01:36été retrouvés.
01:37Il tient vraiment à ce que ce soit extrêmement précis.
01:39Et Louis, comment le décrire ?
01:41Louis, c'est le petit frère, c'est quelqu'un de très touchant, très émouvant, qui a une petite voix,
01:46assez douce,
01:47qui lui aussi est évidemment obnubilée par cette catastrophe.
01:51Et on sent une certaine fragilité qu'il dit lui-même d'ailleurs.
01:55Il explique qu'il a été très marqué, profondément touché par cette catastrophe.
01:59Et ça se ressent de manière assez forte.
02:01Quelle est leur relation ?
02:02Ils sont fusionnels.
02:03Ils le disent même eux-mêmes.
02:04C'est le terme qu'ils emploient.
02:06Ils sont embarqués vraiment ensemble dans ce combat pour la vérité.
02:10Mais cette union entre les deux remonte à très très loin.
02:13Il m'explique par exemple qu'ils dormaient dans le même lit quand ils étaient enfants.
02:16Et qu'ils avaient l'habitude de jouer ensemble.
02:18Et c'est Mathieu qui raconte cette anecdote.
02:20Ils étaient allés jouer sur une île au bord de la Seine, puisqu'ils ont grandi dans les Yvelines à
02:24Mante-la-Jolie.
02:25Et Louis s'était blessé aux genoux.
02:27Et donc Mathieu a porté son petit frère pendant un kilomètre pour le ramener sur son dos dans la maison
02:32de ses parents.
02:33Donc ils ont vraiment toujours eu ce lien quasiment sacré.
02:36Mathieu et Louis sont retraités aujourd'hui.
02:38D'un mot, qu'est-ce qu'ils faisaient dans la vie ?
02:39Mathieu poursuit une carrière de cadre chez Renaud.
02:42Il est parti à la retraite assez tôt.
02:44D'ailleurs, il dit que ça m'a permis de me consacrer encore plus à la quête d'informations.
02:48Et Louis, il a travaillé dans l'hôtellerie dans le sud de la France toute sa vie,
02:52mais tout en ayant vraiment jamais oublié le drame de ses parents.
02:55Et Louis, il est très croyant.
02:56Il y a deux choses qu'ils font tenir.
02:58Connaître la vérité et sa foi.
03:00Il va très régulièrement à l'église, quasiment quotidiennement en fait.
03:05Il se recueille dans la chapelle à chaque fois qu'il va à Ajaccio pour se remémorer le drame de
03:12ses parents.
03:12Et il est très marqué par la paire de ses parents.
03:15Et comme il me l'a expliqué, tous les jours, il fait une marche à pied,
03:18parce qu'il habitait sur la côte d'Azur, sous les hauteurs.
03:19Et il voit le cap d'Antibes, là où ses parents reposent.
03:23Et voilà, il dit, je fais ça pour me rapprocher de mes parents.
03:26Donc c'est extrêmement fort pour lui.
03:30Ils ont un grand frère qui, lui, suit ce combat de plus loin.
03:33Oui, il y a un grand frère Jacques qui, effectivement, observe de loin ce combat.
03:38Il est soucieux des avancées de l'enquête.
03:40Évidemment, il soutient leur travail, mais il est moins impliqué qu'eux.
03:42Et à l'occasion de cette rencontre, j'ai aussi appris qu'ils auraient dû avoir une grande sœur, en
03:46fait,
03:47qui est morte à deux ans.
03:49Donc ça, en fait, c'était une fratrie de quatre qui, finalement, est devenue une fratrie de trois garçons.
03:53Ils n'ont pas connu cette grande sœur.
03:56Au moment du drame, en 1968, leurs parents faisaient leur dernier aller-retour
04:01entre le continent où ils vivaient et la Corse, où ils voulaient venir passer leur vieux jour.
04:05C'est vraiment une famille corse, quoi.
04:08Enfin, voilà, ange-marie et toussaint de Paoli,
04:11qui, finalement, étaient venus vivre sur le continent comme de très, très, très nombreux corps.
04:15Ils s'étaient installés en région parisienne.
04:18Et ils étaient venus faire un dernier aller-retour pour aller récupérer des affaires.
04:21Ils avaient une soixantaine d'années. Qu'est-ce qu'ils avaient fait dans la vie ?
04:24Comme me l'a expliqué Louis Paoli, il me dit, mon père a servi l'État trois fois.
04:28Il a d'abord commencé par être militaire. Il a notamment servi en Indochine.
04:32Ensuite, il a travaillé pour la SNCF.
04:34Et, finalement, il a travaillé au ministère des Finances.
04:36Au moment de son décès dans cette catastrophe, il était fonctionnaire au ministère des Finances.
04:39Louis, le petit dernier, devait d'ailleurs être avec eux pour ce voyage.
04:43Oui, Louis devait embarquer dans cette caravelle.
04:45Et ça reste un traumatisme extrêmement fort pour lui.
04:47Parce qu'en fait, il devait faire cet aller-retour.
04:49C'était le plus jeune. Mais il devait acheter une voiture à ce moment-là.
04:52Donc, voilà, c'était plus simple qu'il reste en région parisienne.
04:55Il devait aussi rester pour le travail.
04:58Et, en fait, c'est jamais vraiment remis de ne pas être monté à bord.
05:01Il culpabilise. Et même, il le dit très fort.
05:04Il dit, j'aurais préféré mourir avec eux.
05:06Parce qu'il a un lien très, très, très fort avec ses parents.
05:08Et il dit, au moins, je serais parti avec eux.
05:10Je serais auprès d'eux. Et peut-être, ce serait plus simple.
05:12On rappelle le contexte du drame qui va survenir.
05:15D'un mot, nous sommes en 1968.
05:17Donc, c'est le général de Gaulle qui dirige la France.
05:19La télévision publique, l'ORTF, ne compte que deux chaînes.
05:23Le 11 septembre 1968, un avion, une caravelle d'Air France, décolle d'Ajaccio.
05:28Oui, c'est un vol de routine à j'actionniste.
05:31C'est un vol assez court.
05:31Il s'agit juste de traverser la Méditerranée.
05:33L'avion est quasi neuf.
05:35Il a été révisé très récemment.
05:37Le commandant de bord a expérimenté.
05:39Vraiment, un vol, tout ce qu'il y a de plus banal, en fait.
05:42Alors que l'avion décolle, attitude de croisière.
05:46Et alors qu'il commence à s'approcher de la Côte d'Azur,
05:48le commandant de bord signale qu'il y a un problème.
05:50Il signale qu'il y a un incendie.
05:51Notamment, on a le feu à bord.
05:52Et ensuite, c'est le dernier propos, c'est qu'on va finir par se crasher.
05:56Ce qui va être malheureusement le cas.
05:59L'avion s'écrase en mer quelques minutes seulement avant son atterrissage prévu à Nice.
06:04Comment les frères Paoli apprennent la nouvelle ?
06:06C'est Mathieu Paoli qui entend à la radio
06:09« On est sans nouvelles de la caravelle à Jactionnis ».
06:12Donc, stupeur, il se pose des questions.
06:14Est-ce que c'est vraiment ce vol-là qu'ils ont pris ?
06:16Quant à Louis, c'est à la télévision qu'il apprend aussi
06:18qu'il n'y a pas de nouvelles de ce vol.
06:20Donc, en fait, ils se réunissent tous dans la maison familiale
06:22avec leur grand frère Jacques aussi.
06:25Et, angoisse, évidemment.
06:26Ils passent un premier coup de fil à Air France
06:28qui leur dit « Écoutez, on ne peut pas trop vous dire, on ne sait pas ».
06:31Finalement, ils vont apprendre dans la soirée
06:33que malheureusement, leurs parents étaient bien
06:35les passagers de ce vol qui s'est craché en mer.
06:38Est-ce qu'on a retrouvé le corps de leurs parents ?
06:40En fait, on n'en sait rien puisque 15 dépouilles ont été retrouvées.
06:43Ils sont dans la chapelle au cimetière marin d'Ajaccio.
06:47Mais de l'avis de toutes les familles des victimes,
06:49il n'y a jamais été question d'ouvrir,
06:51de procéder à des démarches d'identification.
06:53Donc, vraisemblablement, la dépouille de leurs parents
06:55est encore dans la Méditerranée au large de Cap d'Antime.
06:59Après la cérémonie officielle, après le crash en 1968,
07:03ils sont convoqués, toutes les familles, à la PJ de Nice.
07:05Il y a une grande table de 30 mètres
07:07sur laquelle ont été posés tous les effets personnels
07:09qui ont été retrouvés dans la mer à ce moment-là.
07:11Des poupons d'enfants, des documents d'identité, un peu de bagage.
07:16Louis dit qu'on a retrouvé le portefeuille de maman.
07:19Et là, il y a Matheu qui intervient et qui dit
07:21« Louis, qu'est-ce que tu as dit ? Portefeuille ? »
07:25C'était un porte-monnaie.
07:26Exactement, ça nous paraît à nous totalement anodin.
07:29Mais on voit que pour eux, il va être très précis.
07:32Parce que depuis le départ, ils sont précis dans cette enquête.
07:34Et que vraiment, ils cherchent des éléments.
07:35Ils agissent un peu comme des officiers de police judiciaire.
07:37Et aussi, ça montre l'attachement.
07:39Puisque chaque détail, c'est la seule chose qui reste aujourd'hui de leurs parents.
07:42C'est ce porte-monnaie dans lequel il y avait un billet de 5 francs
07:45qu'ils ont conservé.
07:46Et donc, ils ont fait une photocopie.
07:48Et ils ont chacun un exemplaire de ce billet de 5 francs.
07:52Ce drame va profondément bouleverser leur vie.
07:55En fait, comme ils le disent, ils disent « nos parents, c'était un peu nos dieux ».
07:58Ils sont âgés à l'époque.
07:59Ils ont plus de 20 ans.
08:00Alors, perdre ses parents, c'est effroyable.
08:02De cette manière aussi.
08:03Mais ils ont un âge un petit peu avancé, on va dire.
08:06Ils sont déjà adultes.
08:07Ils sont déjà adultes.
08:08Mais malgré tout, ils sont extrêmement frappés, peinés.
08:12Encore aujourd'hui, leur chagrin est immense.
08:14Et ça va avoir un impact considérable sur leur vie.
08:16Puisqu'il va y avoir cette quête pour la vérité.
08:18Et notamment pour Louis, qui est un peu plus fragile.
08:20Et d'ailleurs, Mathieu le dit, à l'époque, il n'y avait pas de prise en charge psychologique.
08:23Nous tous, on n'a pas eu vraiment d'aide.
08:25Et Louis, qui en avait sans doute plus besoin, n'en a pas eu.
08:27Et donc Louis, il le dit, il dit « moi, je ne me suis pas marié.
08:31Parce que j'ai trop de souffrance.
08:32Et je ne me voyais pas partager ma souffrance avec quelqu'un.
08:35Et Louis, ça va avoir un impact aussi dans sa vie.
08:37Puisqu'il avait commencé à faire des études en région parisienne.
08:40Et il va décider de s'installer sur la Côte d'Azur, où il habite toujours.
08:44Pour se rapprocher à la fois de ses parents et de l'enquête.
08:49En 1972, que dit le rapport officiel sur le crash du vol 1611 d'Air France ?
08:55Le rapport officiel conclut un accident, un incendie d'origine indéterminée.
09:01Alors on évoque deux hypothèses.
09:02Soit un incendie dans le chauffe-eau de la cabine des toilettes.
09:07Soit une cigarette mal éteinte, toujours à peu près à l'arrière de l'appareil.
09:11Les frères Paoli ne croient pas à cette explication ?
09:14Ils n'y ont quasiment jamais cru.
09:15Parce que très très vite, mais dès quasiment le lendemain du drame, l'hypothèse du missile apparaît.
09:21En fait, parce qu'on apprend qu'il y avait des exercices militaires qui étaient dans la zone.
09:25Et donc, il y a cette petite musique qui commence à émerger.
09:30Et ils ont une tante, dont il racontait, qui est avocate au barreau de Paris.
09:34Et qui leur explique que dans les couloirs du palais, très vite, la rumeur du missile se propage.
09:38Et que c'est quasiment la thèse privilégiée, au moins dans les couloirs du palais de justice.
09:44Et à l'époque, cette hypothèse est réfutée par les autorités.
09:47Ah oui, tout à fait. La thèse du missile, elle n'est pas juste secrète.
09:52Elle ne circule pas dans des circuits comme ça.
09:53Non, elle est vraiment explicitement revendiquée par certains.
09:57Mais elle est officiellement démentie par l'armée, par le ministre de la Défense.
10:01Michel Debray, qui était ministre de la Défense, alors pas au moment du crash, mais très vite après,
10:05a dit non, non, il n'y avait pas de tir de missile à ce moment-là.
10:07Donc voilà, officiellement, il n'y a pas de tir de missile.
10:10Et même le rapport d'enquête évacue assez vite cette piste-là.
10:15On va l'avoir beaucoup creusée, mais en tout cas, elle est évacuée officiellement.
10:20Les frères Paoli décident très vite de poser des questions,
10:23et notamment lui qui écrit des courriers.
10:25Comme il le dit, il dit « ça fait 50 ans que je harcèle les ministères.
10:28Ministère des Transports, Ministère de la Défense, pour essayer d'avoir des informations. »
10:32Il n'a pas ou peu de réponses, et il va découvrir qu'il a beaucoup agacé,
10:35puisqu'on a retrouvé des documents où il est écrit « merci de répondre à M. Paoli,
10:39peut-être ça va le calmer ».
10:42Les courriers ne donnent pas grand-chose, puisque, voilà,
10:45vous l'avez dit, on est à l'époque gaulienne, on est à l'époque de l'ORTF,
10:50et de l'armée, la grande muette, qui n'a jamais aussi bien porté son nom.
10:52Donc, circuler, il n'y a rien à voir, il n'y a pas eu de tir de missile,
10:56c'est un accident, c'est la tasse officielle, et puis c'est comme ça.
11:03En 1996, il regarde les informations, et un reportage va relancer leur combat.
11:07Oui, c'est un reportage sur le crash de la TWA, le New York-Paris, qui s'est craché en
11:12vol.
11:12Et à l'occasion de ce reportage sur le journal de Claire Chazal,
11:15il est fait question du crash de la Caravelle, où on parle de l'hypothèse du missile,
11:19et d'un autre crash d'un avion en Italie, où pareil, il y a une histoire de missile.
11:23Donc, ils se disent « bon, on n'a jamais oublié, on a toujours eu envie de savoir,
11:27on a vécu avec ça, mais là, ils me disent « on s'est regardé, on s'est dit, on
11:31reprend tout à zéro, on y va ».
11:32Louis reprend sa plume, il commence à réécrire à nouveau, et là, Mathieu dit « moi, je me suis mis
11:38sur Internet,
11:39j'ai commencé à faire des recherches, j'ai recherché partout, tout ce que je pouvais trouver,
11:43des liens, des documents, des archives, des vidéos, plus après, une campagne active de recherche pour aller aux archives,
11:50il est allé aux archives pour essayer de retrouver des documents sur ce crash,
11:54et ils ont aussi, grâce à leur mobilisation, fait émerger de nombreux témoignages. »
12:00Leur hypothèse, c'est celle d'un missile. Est-ce que vous pouvez nous expliquer cette thèse ?
12:05À l'époque, il y avait un exercice militaire, il y avait une base de lancement de missiles sur l
12:10'île de Levant.
12:10À l'occasion d'un exercice, il y aurait eu une erreur de cible, un missile qui n'était pas
12:16chargé,
12:17mais juste a été attiré par la chaleur du réacteur, et ce serait engouffré dans le réacteur.
12:22Alors, comme il n'était pas chargé, ça n'a pas explosé, mais ça a créé cet incendie qui a
12:26finalement été fatal à l'avion.
12:27« Et un avis de tir d'exercice par l'armée a été publié avant le 11 septembre 1968 dans
12:33la presse locale ? »
12:34« Oui, ça fait partie des documents qu'ont retrouvé les frères Paoli dans leur quête de vérité.
12:39Cet avis paru dans le Provençal de tir, notamment le 11 septembre,
12:43sachant qu'officiellement l'armée a toujours réfuté qu'il y avait eu des tirs faits ce jour-là. »
12:48Et plusieurs témoins visuels vont conforter la thèse que creusent les frères Paoli.
12:53« Exactement, ils vont recueillir même directement ces témoignages, ou la presse, ou des journalistes spécialisés.
12:58Il y a notamment Étienne Bonnet, qui est magistrat au Prud'homme, et qui à l'époque observe la mer
13:04avec ses jumelles.
13:05« Une lueur bleue qui venait de derrière la caravel est venue la frapper sur son réacteur du côté gauche.
13:12»
13:12« C'est un témoignage extrêmement troublant. »
13:14À partir de 2006, les frères Paoli déposent plusieurs plaintes ?
13:17« Oui, ils vont essayer de faire relancer l'enquête judiciaire.
13:20Il y a une plainte en 2006 qui est déposée, une autre en 2008.
13:23Et à chaque fois, elles sont classées en raison de la prescription.
13:26Ils vont aussi faire une citation à comparer du ministère de la Défense, qui va être jugée irrecevable. »
13:31En 2008, Mathieu et Louis Paoli montent une association de familles de victimes du crash de la caravel à Jacksonnys.
13:37« Oui, ils pensent qu'en se constituant en association, ils vont être plus forts.
13:40Ils vont pouvoir devenir des interlocuteurs plus puissants vis-à-vis de la justice notamment.
13:45Ils vont prendre des avocats, qui sont toujours aujourd'hui, Paul Celacaro et Stéphane Nezac,
13:49qui vont les accompagner dans ce combat.
13:51Et ils vont rallier auprès d'eux d'autres familles de victimes.
13:54Aujourd'hui, ils sont environ 42 membres, mais ils vont sans doute passer à 50.
13:58D'ailleurs, ils le disent, on fait ce combat pour nos parents, bien sûr,
14:00mais on le fait aussi pour toutes les autres familles. »
14:03Et Mathieu Paoli font des recherches dans les archives, vous l'avez dit.
14:07Et un témoignage va être capital, celui d'un ancien ingénieur du son de l'ORTF.
14:11« Oui, c'est un preneur de son qui explique qu'à l'époque, il était avec une équipe de
14:16l'ORTF
14:16en train de faire un reportage sur l'exercice militaire, sur la station du Montagnel,
14:20qui est sur la côte d'Azur, et qu'à un moment donné, ils se rendent compte en dérochant les
14:27bandes que... »
14:28« Au milieu des ambiances, j'ai entendu, elle nous a échappés, elle nous a échappés,
14:33on l'a perdue, on l'a perdue, on s'est posé des questions.
14:36Et pendant qu'on a discuté, quelques instants après, on a discuté,
14:39il y a deux personnes se présentant des renseignements généraux qui sont venues
14:42et qui ont demandé la bande, ils ont saisi la bande, ils sont partis avec. »
14:45Et d'ailleurs, sur les archives de l'INA, on voit des images de ce reportage, mais il n'y
14:50a pas de son.
14:51Ce témoignage est très important, même judiciairement,
14:54puisque la plainte, qui aujourd'hui prospère, a été déposée pour soustraction et dissimulation de preuves.
15:00C'est pour ça qu'elle n'est pas prescrite, parce qu'un crash, on a le départ,
15:04on sait quand ça commence, et donc le délai de prescription démarre à partir de ce moment-là.
15:08Quand une infraction est cachée et occulte, il n'y a pas de raison de la connaître,
15:12et donc il n'y a pas de point de départ de la prescription.
15:14Ce témoignage-là est très important pour accréditer la thèse du missile,
15:18mais aussi pour permettre aux gendarmes et aux jeunes d'instruction de faire prospérer leur enquête.
15:25Autre témoignage clé, en 2011, l'homme qui avait rédigé le rapport officiel sur le crash soulage sa conscience.
15:30Oui, il s'appelle Michel Lattie, il était secrétaire dans l'armée,
15:34et il explique à la fois dans une lettre au Paoli et dans un témoignage diffusé sur TF1
15:38que celui qui a rédigé le rapport de l'armée dans lequel il était effectivement question d'un tir de
15:44missile non chargé
15:46et qui serait rentré dans le réacteur.
15:48Donc effectivement, la thèse qui est aujourd'hui privilégiée par tous les observateurs,
15:52elle aurait été rédigée et cachée à l'époque dans un rapport classé secret défense.
15:57Il n'a pas parlé plus tôt parce qu'il avait peur, et en fait, à ce moment-là, il
16:01est en phase terminale de cancer.
16:03La justice demande à l'entendre officiellement, mais il va mourir quelques mois après ce témoignage,
16:08évidemment essentiel, avant d'avoir pu être entendu par la justice.
16:11En 2014, Mathieu et Louis déposent une nouvelle plainte, et cette fois-ci, ils sont pris au sérieux.
16:17Oui, c'est un moment clé, puisque cette plainte avec constitution de parti civil donne mécaniquement lieu
16:22à la désignation d'un juge d'instruction, c'est le doyen des juges de Nice, Alain Chémama.
16:25Il va charger les gendarmes alors d'enquêter sur ces soupçons de dissimulation de preuves.
16:29Les gendarmes vont faire un travail considérable, ils vont retrouver des témoins,
16:32certains qui avaient été retrouvés par les paolis ou par des gens spécialisés,
16:36retrouver des documents officiels, parce qu'il s'agit maintenant d'étayer la piste éventuellement du missile,
16:41mais les enquêteurs vont se retrouver confrontés à la problématique du secret défense.
16:56Au printemps 2018, rebondissement, la justice fait une demande de lever du secret défense sur cette affaire.
17:02Oui, le juge d'instruction demande au ministère de la Justice, au ministère de l'Intérieur et surtout au ministère
17:07des Armées
17:07de déclassifier un certain nombre de documents qui lui permettraient d'avancer dans son instruction.
17:12Et en juillet de cette année, à Nice, le juge d'instruction reçoit les frères Paoli.
17:16Oui, il les reçoit en tant que parti civil et représentant de l'association des victimes.
17:20Et là, il leur fait une déclaration qui est évidemment essentielle, puisqu'il leur dit que l'hypothèse du missile
17:25est, je cite,
17:26prise très au sérieux, ce qui est quand même en langage judiciaire une manière de dire que c'est l
17:30'hypothèse privilégiée.
17:31Ce qui veut dire que donc aujourd'hui, en 2019, pour la justice qui enquête sur les conditions de ce
17:36crash,
17:37c'est sans doute vraisemblablement un missile qui a atteint cette caravel et qui l'a fait chuter dans la
17:42mer au large du Cap d'Antime.
17:42Pour eux, ça a dû être un moment extraordinaire, ce juge d'instruction qui va dans leur sens après des
17:47décennies de combats.
17:48Oui, c'est très important parce qu'ils ont le sentiment aujourd'hui que la justice accrédite la version à
17:53laquelle ils ont toujours cru.
17:55Et en fait, aujourd'hui, ce qu'ils disent, il faut qu'on ait une reconnaissance officielle qui vienne corroborer
18:00les conclusions de la justice.
18:02Voilà, en gros, pour la justice, c'est un missile, pour nous aussi. Et maintenant, on veut une confirmation officielle.
18:07Début septembre, le président Emmanuel Macron écrit à Mathieu Paoli. Qu'est-ce qu'il dit dans sa lettre ?
18:11Il lui dit qu'il a demandé à la ministre des Armées, Florence Parly, de saisir la commission consultative sur
18:16le secret de la défense nationale
18:18pour que, ben voilà, enfin, peut-être, les documents demandés soient déclassifiés.
18:23Puisque ça faisait plus d'un an que la demande du juge n'avait pas prospéré,
18:26que ce soit au ministère de l'Intérieur, au ministère de la Justice, mais surtout au ministère des Armées.
18:30Et donc là, la procédure, c'est que la commission va être saisie, elle a deux mois pour se prononcer
18:35sur la déclassification des documents qu'a demandé le juge.
18:38Quand la commission rendra son avis, la ministre pourra le suivre ou non, et en fonction de sa décision, le
18:43juge aura ou non accès aux documents qu'il a demandé.
18:47Comment réagissent les deux frères ?
18:49Pour lui, c'est une avancée considérable. Il dit, voilà, on touche au but.
18:54Alors tout de suite, Mathieu dit, oh, calme-toi, c'est juste une étape, c'est pas forcément décisif.
19:00Enfin, ils ont appris aussi à être prudents.
19:02Voilà, mais ils ont quand même le sentiment que peut-être aujourd'hui, enfin, aujourd'hui, on va aboutir à
19:07quelque chose.
19:08Concrètement, une levée du secret défense, ça voudrait dire quoi ? Qu'est-ce qui serait accessible ?
19:12Ce qui est accessible, c'est les documents qu'a demandé le juge.
19:14Alors, je ne sais pas exactement ce qu'il a demandé. Il faut déjà toucher au bon endroit.
19:18On sait qu'il y avait une frégate militaire qui était ce jour-là, dont il manque une page sur
19:23le carnet de bord.
19:24Il y avait donc des opérations de tir, peut-être retrouver des archives de ces tirs.
19:29Voilà, il a demandé sans doute beaucoup de choses sur les activités de l'armée à l'époque.
19:32On sait qu'il y avait aussi d'autres pays qui étaient impliqués dans l'exercice militaire en Méditerranée.
19:36Donc, il y a forcément beaucoup de matière.
19:39Il a demandé aussi le rapport écrit par ce secrétaire qui a expliqué en 2011 qu'il avait évoqué la
19:44piste du missile.
19:45Sans doute qu'il a demandé tout ça.
19:46Après, il faut voir si les documents n'ont pas été carriardés, s'ils sont toujours accessibles.
19:51Voilà, donc on ne sait pas encore ce que va récupérer le juge d'instruction.
19:54Alors, est-ce qu'il obtiendra la preuve victime ? On n'en sait rien.
19:56Mais effectivement, c'est quand même un espoir supplémentaire pour les frères Paroli et pour toutes les familles des victimes.
20:10Timothée Bautry, pourquoi est-ce que les frères Paroli ont fait tout ça ?
20:13Il explique très bien. Ils ne sont animés ni par l'aine, ni par la vengeance.
20:17En fait, c'est vraiment une quête de vérité.
20:20Ils ne font pas ça pour l'argent non plus. Ils ne demandent rien.
20:23Ils ne veulent pas non plus de procès.
20:24Nous, on ne veut voir personne au tribunal.
20:26On ne veut pas d'argent, pas d'indemnisation. Ce n'est pas pour ça qu'on le fait.
20:30C'est juste parce qu'on veut la vérité et puis on doit ça à nos parents.
20:33C'est vraiment très fort. On doit la vérité à nos parents.
20:36Qu'est-ce qu'ils espèrent aujourd'hui, les frères Paroli ?
20:38Ils espèrent pouvoir enfin mettre un trait sur cette histoire.
20:41Reprendre une vie un peu plus normale, entre guillemets,
20:43puisqu'ils passent des jours et des jours, des heures et des heures, des nuits entières
20:47à alimenter la page Wikipédia, à rechercher de nouveaux témoignages.
20:50Donc, ils ont envie de se dire, on a fait le travail.
20:53On a enfin obtenu une reconnaissance.
20:55C'est le terme qu'ils emploient, reconnaissance.
20:57Les frères Paroli, ils veulent rester prudents aujourd'hui ?
20:59Ils restent prudents puisque le temps les a malheureusement obligés à devoir être prudents.
21:04Parce que ça fait 51 ans qu'on leur ment, 51 ans qu'on les balade.
21:11Merci à Timothée Boutry.
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21:51Le Parisien.fr
21:52Le Parisien.fr
21:52Merci.
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