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Ce pays pétrolier hostile à l’égard de la France, dirigé par le même homme depuis plus de vingt ans, traque ses opposants au-delà de ses frontières. Code source raconte le combat de l’un d'entre eux. Mahammad Mirzali, 30 ans…. Un homme exilé en France, où il a subi plusieurs tentatives d'assassinats.

Code source raconte son histoire avec Charles de Saint Sauveur, chef du service international du Parisien. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clémentine Spiler, Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

#cop29azerbaijan #azerbaijan

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11La conférence sur les changements climatiques se déroule à Bakou, en Azerbaïdjan, du 11 au 22 novembre.
00:17Petit état pétrolier du Caucase, l'Azerbaïdjan est officiellement une démocratie,
00:22mais le pays est en réalité dirigé depuis 2003 par le même homme,
00:26un homme qui a succédé à son père, arrivé au pouvoir en 1993.
00:32L'Azerbaïdjan réprime ses opposants, le Parisien a fait récemment le portrait de l'un d'entre eux,
00:38Mahamad Mirzali, 30 ans, un homme exilé en France,
00:42et malgré ça, il a subi, ces dernières années, plusieurs tentatives d'assassinat.
00:47Codesources vous raconte son histoire aujourd'hui avec Charles le Saint-Sauveur,
00:51chef du service international du Parisien.
01:04Charles le Saint-Sauveur, le 7 novembre, des dizaines d'hommes et de femmes politiques en France
01:09appellent à boycotter la COP29 en Azerbaïdjan,
01:12de la socialiste Anne Hidalgo, au RN Stéphane Ravier,
01:15en passant par le républicain Laurent Wauquiez,
01:17ou encore le vert Yannick Jadot.
01:19Pourquoi une telle unanimité ?
01:21Parce que c'est notoirement un régime autocratique, c'est ça qu'il dénonce en tout cas,
01:25un régime qui est pollueur, un régime pollueur qui accueille la COP,
01:28effectivement il y a de quoi s'interroger,
01:30et un régime qui est connu pour être corrupteur,
01:33corrupteur à l'intérieur et corrupteur à l'étranger.
01:35L'Azerbaïdjan est soupçonné d'essayer de déstabiliser la France,
01:39notamment en Outre-mer, en Nouvelle-Calédonie, en Martinique ou encore à Mayotte.
01:44L'Azerbaïdjan a vraiment clairement depuis deux ans la France dans le viseur,
01:48et pour une raison qui est très simple,
01:50c'est le soutien historique de la France à l'Arménie.
01:52L'Arménie et l'Azerbaïdjan sont en conflit ouvert depuis des décennies,
01:56et donc l'Azerbaïdjan, dirigé par le président Ilham Aliyev,
02:00a décidé de mettre sous pression la France,
02:03notamment sur ses anciennes colonies,
02:06donc les territoires d'outre-mer aujourd'hui,
02:08qui qualifient de colonies.
02:09En gros, il fait de la France un pays néocolonialiste.
02:12Et donc, qu'est-ce qui se passe concrètement en Outre-mer ?
02:14Donc ils soutiennent des mouvements,
02:16alors c'est les mouvements les plus radicaux chez les indépendantistes,
02:19alors on ne sait pas s'ils les financent,
02:20mais en tout cas ils les invitent régulièrement à Bakou.
02:22On a vu fleurir dans les manifestations,
02:25par exemple en Nouvelle-Calédonie au printemps,
02:27des drapeaux azerbaïdjanais,
02:29qui n'avaient pas grand-chose à faire là,
02:30on est à 15 000 kilomètres à peu près de Bakou,
02:33la capitale d'Azerbaïdjan, c'est très loin,
02:35et pourtant il y avait des drapeaux qui circulaient,
02:37les liens ont été établis par des cellules d'enquête en France,
02:40que l'Azerbaïdjan était à la manœuvre
02:42dans des tentatives de déstabilisation numériques,
02:46mais pas seulement,
02:47et ils en ont dénombré à peu près une trentaine depuis deux ans.
02:51Avant l'événement, la France a prévu
02:52de faire le service minimum pour cette édition de la COP,
02:55donc la conférence sur les changements climatiques,
02:57qui se déroule du 11 au 22 novembre,
03:00à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan.
03:01Oui, la France a décidé de n'envoyer que Agnès Pannier-Runacher,
03:06la ministre de la Transition écologique,
03:08elle a été désignée très très vite,
03:10effectivement, il n'a pas été question que le président Emmanuel Macron y aille,
03:14ni même le Premier ministre,
03:15donc c'est vraiment le service minimum,
03:17mais pas non plus la politique de la chaise vide,
03:19parce qu'il y a des accords de Paris à défendre.
03:22Charles de Saint-Sauveur, dans cet épisode de Code Source,
03:24vous allez nous raconter l'histoire d'un opposant d'Azerbaïdjan,
03:28un opposant azéri qui a subi, en France, trois tentatives d'assassinat.
03:33Je crois que ça en dit long sur la nature de ce régime
03:35qui traque ses ennemis, y compris à l'extérieur de ses frontières.
03:39À l'intérieur, ils ont réglé le problème en les enfermant,
03:41mais à l'extérieur, des voix discordantes qui s'opposent au régime
03:45sont traquées impitoyablement pour chasser.
03:48Vous avez rencontré cet homme, cet opposant, on va y revenir,
03:52mais on en profite pour vous poser des questions sur l'Azerbaïdjan.
03:55D'abord, présentez-nous le pays.
03:56Alors, c'est une république, entre guillemets, du Caucase,
04:00qui est une ex-république soviétique.
04:0210 millions d'habitants, donc ce n'est pas un gros pays du tout,
04:05mais qui a la particularité d'être vraiment assis sur un tas d'or noir.
04:09Des gisements pétroliers qui ont été découverts assez tardivement,
04:11en 1900, c'était à peu près, je crois, la moitié de la production mondiale,
04:14ce qui laisse songeur, parce que c'est vraiment un petit pays.
04:17Aujourd'hui, évidemment, ils en sont loin,
04:18mais c'est un pays qui vit essentiellement du pétrole et du gaz,
04:21et à tel point que ça représente 35% du produit intérieur brut
04:25et près de la moitié des recettes de l'État.
04:27Et est-ce qu'en Europe, on achète du pétrole d'Azerbaïdjan ?
04:30Oui, on en achète, parce que depuis 2022,
04:32et les sanctions contre la Russie,
04:34l'impossibilité d'acheter du gaz russe,
04:36il faut bien en acheter quelque part,
04:37et c'est notamment en Azerbaïdjan.
04:39En 2022, Ursula von der Leyen,
04:42la patronne de la Commission européenne,
04:44a même été là-bas, à Bakou,
04:46pour signer un accord avec ce pays.
04:47Comment décrire l'homme qui dirige l'Azerbaïdjan depuis 2003 ?
04:51Il a Maliev, vous avez déjà cité son nom,
04:53il a 62 ans, il a succédé à son père,
04:55qui était au pouvoir depuis 1993.
04:58Est-ce qu'on peut le qualifier de dictateur ?
05:00Oui, c'est une filiation, un petit peu comme en Corée du Nord.
05:03Le père était au pouvoir depuis la fin des années 60.
05:06Il est devenu le président de l'Azerbaïdjan
05:08quand l'Azerbaïdjan a quitté l'URSS,
05:11quand l'URSS s'est démantelée,
05:12donc on était en 1992.
05:14Et Ilham Aliyev, son fils,
05:16a pris la succession du père,
05:17et très probablement que le fils unique d'Ilam Aliyev
05:20prendra à sa suite les rênes de la dynastie familiale.
05:24L'Azerbaïdjan vient de mener une guerre territoriale en 2020
05:27pour une région qui était détenue par l'Arménie
05:29depuis les années 1990,
05:31après déjà une première guerre à ce moment-là,
05:34c'est le Haut-Karabakh.
05:35Alors le Haut-Karabakh, c'est un vieil héritage de l'URSS,
05:38et notamment de Staline,
05:39qui avait l'habitude de mélanger les populations
05:41pour asseoir évidemment son pouvoir.
05:43Quand l'URSS tombe,
05:44il y a des revendications de territoire,
05:46c'est le Haut-Karabakh que les Arméniens appellent l'Artsak,
05:48c'est un territoire qui est peuplé d'Arméniens,
05:50et qui est situé près de l'Azerbaïdjan,
05:53donc une sorte d'enclave en quelque sorte.
05:55Et il y a une guerre que l'Arménie remporte,
05:58et les choses en restent là,
05:59sauf que l'Azerbaïdjan devient de plus en plus puissant.
06:02En 2020, il y a une guerre qui est déclenchée,
06:04elle dure 44 jours, elle est très violente,
06:06l'Azerbaïdjan l'emporte cette fois,
06:08et il y a un cessez-le-feu qui est émis,
06:10mais l'Azerbaïdjan a décidé de le piétiner,
06:12et en 2023, en septembre,
06:14après un blocus de 10 mois de cette région
06:16qui est peuplée de 120 000 Arméniens,
06:18elle l'emporte très rapidement,
06:20et conquiert complètement le Haut-Karabakh.
06:22À l'approche de la COP29,
06:24le pouvoir d'Ilam Aliyev réduit au silence plusieurs opposants.
06:28Oui, c'est une tradition dans ce pays,
06:29le père d'Aliyev était un général du KGB,
06:33l'opposition avait peu voix au chapitre,
06:35le fils c'est pareil,
06:37mais beaucoup de pression sur les opposants,
06:39les journalistes, les militants des droits humains,
06:41ils sont enfermés, souvent torturés,
06:43beaucoup ont été enfermés même avant la COP,
06:45et parmi eux, figurent 23 Arméniens du Haut-Karabakh
06:49qui ont été enfermés,
06:50dont certains qui étaient très importants,
06:52des dignitaires du régime de la province du Haut-Karabakh,
06:55l'ancien président par exemple,
06:56l'ancien président de l'Assemblée Nationale,
06:58des philanthropes,
06:59ils sont détenus au secret,
07:01on ne sait pas où,
07:01à quelques encablures de la COP,
07:03et personne ne sait s'ils sont encore vivants.
07:08Charles de Saint-Sauveur,
07:09à l'occasion de cette actualité,
07:11vous avez rencontré un opposant à Zéry,
07:13un homme dont la vie est menacée,
07:15et qui est réfugié en France,
07:17il s'appelle Mahamad Mirzali,
07:19il a 30 ans,
07:20racontez-nous d'abord les coulisses de cette interview.
07:23Je le sollicite au téléphone,
07:25j'obtiens son numéro de téléphone,
07:26mais là, ce n'est pas lui qui répond,
07:27c'est la police,
07:28et je comprends qu'il est protégé,
07:30je m'en doutais un petit peu,
07:31mais je ne savais pas à quel point,
07:32et donc les policiers fixent les règles
07:34de l'accueil aux Parisiens,
07:36très strict,
07:37ils veulent savoir si l'endroit est protégé,
07:39ils vérifient avant,
07:41et quand Mahamad Mirzali débarque aux Parisiens,
07:44c'est avec deux voitures,
07:46je ne peux pas en dire plus,
07:47parce qu'effectivement,
07:48on nous a demandé de rester secret sur cette partie-là,
07:51mais il faut savoir que c'est l'une des personnalités
07:53les plus protégées de France.
07:54Mahamad Mirzali,
07:55à quoi est-ce qu'il ressemble,
07:56pour qu'on puisse se l'imaginer ?
07:57Il ressemble en gros à un Parisien,
07:59un bobo Parisien,
08:00il est jeune,
08:02une petite barbe,
08:03il n'est pas très costaud,
08:04il boitille un petit peu,
08:06c'est les souvenirs des geôles azerbaïdjanaises,
08:08des souvenirs douloureux,
08:09c'est difficile de s'imaginer en le voyant
08:12qu'il s'agit de la bête noire du régime d'Aliyev.
08:14Dans son pays,
08:15au milieu des années 2010,
08:17alors qu'il a à peine la vingtaine,
08:19Mahamad Mirzali crée un blog
08:20pour dénoncer les agissements du régime.
08:22Il est très actif sur Facebook
08:24depuis l'adolescence,
08:26il marche de ce point de vue-là
08:27sur les pas de son père,
08:28qui était lui-même un opposant
08:30au régime de la dynastie d'Aliyev,
08:32et il prend le flambeau.
08:35C'est un activiste,
08:36mais plutôt sur les réseaux sociaux,
08:37sauf que là-bas,
08:38évidemment,
08:38ça veut dire beaucoup,
08:39parce qu'il prenait des risques déjà.
08:41Donc il le fait à l'adolescence,
08:43il est embêté pour ça,
08:44et les choses prennent un tour
08:45encore plus radical
08:46et problématique pour lui
08:48quand il crée sa chaîne YouTube
08:49en 2015.
08:51Là, tout à coup,
08:52elle a une audience
08:53qui est très forte,
08:55300 000 abonnés.
08:56Avant, il se moquait du régime,
08:58des petits travers, etc.
08:59Et puis il commence à devenir
09:00beaucoup plus,
09:01des attaques commencent à devenir
09:01plus sérieuses,
09:02contre toute la famille d'Aliyev,
09:04la corruption,
09:06la société pétrolière d'État.
09:08Et là, vraiment,
09:09les ennuis commencent sérieusement pour lui.
09:11Il avait déjà été enfermé
09:12pendant 20 jours en 2014.
09:15Quand sa chaîne YouTube grossit,
09:17que se passe-t-il pour lui ?
09:18Quand sa chaîne YouTube prend de l'ampleur,
09:20le problème Mirzali prend de l'ampleur
09:23et on lui propose de l'argent
09:25pour acheter son silence.
09:26Les menaces deviennent de plus en plus pressantes.
09:29Il sait à quoi s'en tenir
09:30puisqu'il a déjà été détenu et torturé.
09:32Là, vraiment, il commence à prendre peur.
09:36Mahamad Mirzali se sent menacé.
09:38Il trouve refuge en France
09:40à l'âge de 22 ans, en 2016.
09:42Il ne veut pas dire
09:43comment il est arrivé en France
09:45parce que ça mettrait en danger,
09:47cette filière d'exfiltration
09:48mettrait en danger d'autres opposants.
09:49En revanche,
09:50s'il a choisi la France,
09:51c'est parce que c'est un pays
09:53qui est historiquement
09:54plutôt opposé à l'Azerbaïdjan,
09:57parce que soutient de l'Arménie
09:58et qu'il s'est dit
09:59que là, peut-être,
10:00il serait en sécurité.
10:01Il vit à Nantes
10:03où se trouve une petite communauté azérie
10:05et au mois d'octobre 2020,
10:07alors qu'il travaille comme livreur,
10:09il est agressé.
10:09Il livre des baguettes,
10:11il livre du pain.
10:11C'est un petit boulot qu'il a trouvé
10:13et au petit matin,
10:14dans un parking,
10:14donc il monte dans sa voiture,
10:15il est installé au volant.
10:17Là, il voit surgir
10:18une silhouette assez trapue,
10:20la tête couverte d'une capuche
10:21qui lui demande de sortir,
10:23de baisser sa vitre.
10:24Il dit non.
10:25L'homme sort un pistolet,
10:27appuie sur la détente
10:28mais le pistolet s'enraille.
10:29Il en profite
10:30pour sortir du côté passager.
10:33Là, la balle part,
10:35elle effleure son épaule
10:36et lui parvient à s'enfuir
10:37en zigzagant entre les voitures.
10:40Il m'a dit qu'il se sentait
10:41comme dans un film hollywoodien.
10:43Six mois plus tard,
10:44le dimanche 14 mars 2021,
10:46toujours à Nantes,
10:47une simple balade
10:48vire au piège mortel.
10:50D'abord, racontez-nous
10:51où il est à ce moment-là
10:52et ce qu'il fait.
10:52Il se balade dans son quartier,
10:54il est sorti acheter du pain
10:55et ça fait près d'une semaine
10:57qu'il n'est pas sorti
10:58parce qu'évidemment,
10:59il se sait sous une menace mortelle.
11:01Il y va pour respirer
11:02et en fait,
11:03très rapidement,
11:03il sent qu'il est suivi.
11:04Il a le réflexe
11:05de se retourner
11:06pour prendre une petite photo
11:07de ses suiveurs.
11:08Il voit très bien
11:09qu'il s'agit de gens
11:10qui sont originaires
11:11de la même région que lui
11:13mais aussi des gens
11:14qui clairement lui veulent du mal.
11:16Ils sont trois ou quatre,
11:17au début,
11:17il ne le sait pas très bien.
11:18Il commence à courir.
11:20En courant,
11:20il les balade.
11:21Ça dure longtemps
11:22et puis,
11:23il finit par se faire coincer
11:24et c'est là
11:25que l'agression commence.
11:26elle est vraiment
11:27d'une sauvagerie inouïe.
11:28Concrètement,
11:29qu'est-ce qu'il subit ?
11:30Des coups de lame,
11:30des coups de cutter,
11:31des coups de couteau.
11:32On le prend par les cheveux.
11:34Ils essayent
11:34de lui trancher la gorge.
11:36En tout cas,
11:36c'est ce qu'il dit.
11:36Il a le réflexe
11:37de pousser la tête
11:37donc il s'en sortira
11:38avec une énorme balafre
11:40à la nuque.
11:41Il lui donne
11:42des coups de couteau
11:43dans les jambes.
11:44Enfin,
11:44il est lacéré de partout.
11:45Il en reçoit
11:46à peu près 16.
11:51Et pendant cette interview,
11:52il vous montre
11:53une partie de ces cicatrices.
11:54Il en a une
11:55sur le cuir chevelu
11:57qu'il montre
11:57en soulevant sa mèche.
11:58L'autre à la nuque
12:00qui lui barre littéralement
12:01la nuque.
12:01On ne peut pas la louper.
12:02Elle fait 15 centimètres.
12:03Et puis,
12:04il en a d'autres aux jambes
12:05et encore beaucoup d'autres
12:07évidemment
12:07qui ne le montrent pas.
12:08Il a gardé
12:08des séquelles
12:09de cette agression ?
12:10Il a gardé
12:11toutes ses balafres.
12:11Il a gardé
12:12surtout un traumatisme
12:13épouvantable.
12:14J'ai pu voir évidemment
12:15des photos de lui
12:16sur son lit d'hôpital
12:17où il est resté longtemps.
12:18Il était incroyablement
12:20marqué par les blessures.
12:21Mais vraiment,
12:22ce qui le poursuit depuis,
12:23c'est les séquelles psychologiques.
12:25Il fait une profonde dépression
12:26et ce cauchemar
12:28qu'il a vécu à Nantes
12:29le 14 mars 2020,
12:30il le revit
12:31tous les soirs
12:32et tous les matins.
12:33Charles de Saint-Sauveur,
12:34l'histoire ne s'arrête pas là
12:35au mois de juin 2022
12:37à Angers
12:38dans le Maine-et-Loire.
12:39Plusieurs hommes suspects
12:40et armés
12:41sont arrêtés
12:41par la police
12:42à un péage.
12:43Et sur eux,
12:44on découvre
12:45une photo
12:46de Mahamad Mirzali,
12:48son adresse,
12:49mais aussi un pistolet.
12:50Ils étaient là
12:51pour le chercher
12:51et le tuer.
12:53La police française
12:53a fait un gros travail
12:54d'enquête dans cette affaire.
12:56Après la tentative
12:56de meurtre spectaculaire,
12:58la police évidemment
12:59ouvre une enquête
13:00et elle s'y met
13:01de façon acharnée.
13:02D'ailleurs,
13:03Mahamad Mirzali
13:04est assez admirative
13:05du travail
13:06de la PJ Nantaise.
13:07L'enquête est difficile
13:08parce que les protagonistes
13:10identifiés
13:11ont a priori
13:12quitté le territoire français
13:13et donc il faudra
13:14de longs mois
13:14et une coopération
13:16européenne
13:17pour les retrouver
13:18un peu partout
13:19en Europe
13:19et aussi en France.
13:24Et donc concrètement,
13:25plusieurs suspects
13:25ont été arrêtés
13:26et doivent être jugés
13:27en France.
13:27Oui, c'est ça.
13:28Une petite dizaine
13:29de suspects
13:29ont été arrêtés.
13:30Ils sont écroués.
13:31Les demandes
13:32de libération provisoire
13:33qui ont toutes été
13:34maintes fois refusées
13:36permettent de les maintenir
13:38en détention
13:38avant leur procès
13:39qui doit se tenir
13:40dans les premiers mois
13:41de 2025
13:42à la cour d'assises
13:43de Rennes.
13:43Vous l'avez dit,
13:44Mahamad vit sous
13:45protection policière
13:46depuis la deuxième
13:47tentative d'assassinat
13:48en mars 2021.
13:50Concrètement,
13:50ça veut dire quoi
13:51pour lui ?
13:51Ça veut dire
13:52qu'il n'a pas de vie.
13:53Il le dit lui-même,
13:53ma vie c'est mort
13:54parce que dès qu'il doit
13:56faire le moindre mouvement
13:57dehors,
13:57il est suivi par
13:59une escouade
14:00de policiers
14:01qui a 30 ans,
14:02qui a envie de sortir,
14:03qui a envie de vivre
14:04sa vie
14:04mais qui ne peut pas.
14:06Une fois d'ailleurs,
14:07il était sorti
14:08dans un bar,
14:09il commençait à danser
14:10avec une jeune femme
14:11et puis elle a mis la main
14:12sur sa nuque,
14:13elle a vu qu'il avait
14:14une cicatrice,
14:15elle lui a demandé
14:16ce qu'il avait
14:16et elle a pris peur
14:18légitimement.
14:19Donc ça nuit
14:20toute possibilité
14:21de contact
14:22avec l'extérieur,
14:23d'autant qu'il ne peut
14:23même pas dire son nom
14:24puisque ça le menacerait
14:26évidemment aussitôt.
14:27Donc il est très isolé
14:28en fait ?
14:28Il est extrêmement isolé
14:30après l'agression de Nantes,
14:32il s'est complètement
14:32replié sur lui-même,
14:34il n'a vu personne
14:34pendant deux ans,
14:35il a des idées noires
14:36qui continuent à le poursuivre.
14:38Heureusement,
14:38ses parents vivent en France,
14:39ils ont eu aussi l'asile
14:41mais sinon,
14:41il est très seul.
14:42Est-ce qu'il s'exprime encore
14:43sur ses réseaux sociaux ?
14:44Il s'exprime sur ses réseaux sociaux
14:46mais c'est de plus en plus difficile.
14:47En quelque sorte,
14:48avec sa dépression,
14:49il a perdu un peu l'énergie
14:50alors il le fait
14:50et de façon assez pointue,
14:52c'est-à-dire qu'il continue
14:53à suivre l'actualité
14:54de son pays
14:55et notamment
14:56l'effet de corruption
14:56avec beaucoup d'expertise
14:59on va dire
15:00mais c'est de plus en plus difficile,
15:01ça lui demande
15:01de plus en plus d'efforts
15:02d'autant qu'il ne sent pas
15:04dans son pays,
15:05auprès de sa population
15:06les choses bouger
15:08c'est-à-dire qu'il a l'impression
15:09en quelque sorte
15:10de se battre pour rien.
15:11Alors maintenant,
15:11il dit qu'il le fait pour sa famille
15:12et non plus pour le peuple
15:14d'Azerbaïdjan.
15:15Quand il vous raconte son histoire,
15:16comment vous le trouvez ?
15:18Je le trouve un peu résigné.
15:20Ce qui est très étrange,
15:22c'est le décalage
15:23entre ce qu'il paraît être
15:24un jeune parisien
15:25et ce qu'il subit au quotidien.
15:27La protection policière permanente,
15:29la menace d'être tué
15:31à tout moment aussi,
15:32ça lui fait très peur.
15:33Donc une certaine fatalité
15:35par rapport à son sort.
15:36Il a l'impression
15:37qu'il ne sortira jamais,
15:39qu'il ne sortira jamais
15:40de cet emprisonnement
15:42en France,
15:43sa terre d'accueil
15:44qui fait tout
15:45pour le protéger
15:45mais où même
15:46ses ennemis
15:47viennent le chercher.
15:48Est-ce qu'il a
15:49des projets d'avenir ?
15:50Il en rêve plutôt.
15:52Ils sont de l'ordre de la blague.
15:53Il aimerait disparaître
15:54mais disparaître
15:55en changeant de visage,
15:56en changeant d'identité,
15:58en quittant tout,
15:59en fermant ses réseaux sociaux.
16:00Il adorerait devenir pizzaïolo.
16:02Il adorerait faire des pizzas.
16:04Et pour la blague,
16:06parce qu'il lui arrive
16:06de blaguer encore,
16:07c'est un jeune homme
16:08vraiment très sympathique,
16:10il rêve qu'Elon Musk
16:11l'appelle pour l'envoyer
16:12sur Mars.
16:13Il a surtout envie
16:15d'échapper à son quotidien
16:16et il est prêt pour ça
16:17à n'importe quoi.
16:18Charles de Saint-Sauveur,
16:19au moment où vous rencontrez
16:21Maman Mirzali
16:21dans les locaux du Parisien,
16:23vous savez,
16:24l'un comme l'autre,
16:25que quelques semaines plus tôt,
16:26le mardi 1er octobre,
16:27un autre opposant azéri
16:29a été tué en France,
16:31à Mulhouse.
16:32Oui, un opposant de 62 ans
16:34qui est originaire
16:34de la même ville
16:35que Maman Mirzali.
16:36Ils se connaissaient,
16:37ils n'étaient pas amis,
16:38mais ils se connaissaient,
16:39il y a 30 ans d'écart
16:40entre les deux.
16:41Et effectivement,
16:42cet homme a été tué
16:43chez lui
16:44par trois hommes
16:45et victime
16:46d'une agression au couteau,
16:47un petit peu comme celle
16:48qui lui avait vécue à Nantes.
16:49Sauf qu'il est mort.
16:51Pour lui,
16:51c'est le régime d'Ilam Aliyev
16:53qui est derrière cet assassinat ?
16:54Maman Mirzali,
16:55on est absolument persuadé,
16:57c'est la même main,
16:58en gros,
16:59qui a commandité
17:00la tentative d'assassinat
17:01qu'il a subie à Nantes
17:02et celle
17:03qui a tué
17:04le blogueur
17:04azerbaïdjanais
17:05à Mulhouse.
17:07Charles Saint-Sauveur,
17:09pendant la première semaine
17:10de cette COP 29
17:11qui se déroule
17:12à Bakou,
17:12les relations
17:13se sont encore tendues
17:14entre la France
17:15et l'Azerbaïdjan.
17:17Oui,
17:17le président Aliyev,
17:18comme on pouvait
17:19s'y attendre à récidiver,
17:20il a profité
17:21de la tribune
17:21que lui offrait la COP,
17:23il est président
17:23de la COP 29,
17:25pour dénoncer,
17:26encore une fois,
17:27les agissements
17:28de la France
17:28dans les territoires
17:29d'Outre-mer.
17:30Alors,
17:30pas que la France,
17:31les Pays-Bas aussi
17:32en ont eu pour leur grade
17:34et par ailleurs,
17:35plus largement l'Europe,
17:36il a attaqué un peu
17:37tous azimuts,
17:37mais c'est quand même
17:38la France
17:39qui est sa principale cible
17:40et là,
17:40encore une fois,
17:41elle est traitée
17:41de néocolonialiste,
17:43accusée de faire vivre
17:44les territoires d'Outre-mer
17:45sous la férule coloniale,
17:47pour reprendre ces mots.
17:47Paris a réagi,
17:49deux heures plus tard,
17:51Agnès Pannier-Runacher,
17:52donc la ministre
17:52de la Transition écologique
17:53qui avait été désignée
17:55pour aller à la COP,
17:56a décidé de ne plus
17:57s'y rendre.
18:05Merci Charles de Saint-Sauveur.
18:07Cet épisode de Code Source
18:08a été produit par Clara Grosis
18:09et Clara Garnier-Amouroux.
18:11Réalisation,
18:12Julien Moncouquiol.
18:13Code Source
18:14est le podcast quotidien
18:15d'actualité du Parisien.
18:17N'oubliez pas de vous abonner
18:18pour ne rater aucun épisode.
18:20On vous invite également
18:21à écouter Crime Story,
18:23le second podcast du Parisien,
18:25une affaire criminelle
18:26racontée chaque samedi
18:27par Claudia Prolongeau
18:28avec Damien Delseny,
18:30le chef du service
18:31Police-Justice du Parisien.
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