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Régulièrement, Code source vous raconte le déroulé de ce procès historique avec les journalistes qui le couvrent. Dans cet épisode, le récit des attentats aux abords du Stade de France à travers les dépositions des rescapés.

Dans ce podcast : Le procès des attentats du 13 novembre se poursuit dans l'ancien palais de justice de Paris sur l'Ile de la Cité. Il y a 20 accusés quatorze présents physiquement et six en fuite ou peut-être morts jugés par défaut malgré leur absence. Code Source consacre régulièrement des podcasts à cette audience historique avec des témoignages de rescapés ou les récits des journalistes du Parisien qui suivent le procès au quotidien depuis le 28 septembre : 350 parties civiles blessés ou traumatisés se succèdent à la barre. Cela va durer au moins cinq semaines dans Code Source nous allons évoquer une petite partie de ces témoignages.
Aujourd'hui le Stade de France l’attentat oublié…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny, Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : France Info, France 2.

#attentats #stadedefrance #13novembre

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le procès des attentats du 13 novembre se poursuit dans l'ancien palais de justice de Paris sur l'île
00:17de la Cité.
00:17Il y a 20 accusés, 14 présents physiquement et 6 en fuite ou peut-être morts, jugés par défaut malgré
00:25leur absence.
00:25Codesource consacre régulièrement des podcasts à cette audience historique avec des témoignages de rescapés ou les récits des journalistes du
00:33Parisien qui suivent le procès au quotidien.
00:36Depuis le 28 septembre, 350 partis civils blessés ou traumatisés se succèdent à la barre. Cela va durer au moins
00:435 semaines.
00:45Dans Codesource, nous allons évoquer une petite partie de ces témoignages, scène de crime par scène de crime.
00:51Aujourd'hui, le Stade de France, l'attentat oublié.
00:55Avec nous, Louise Colcombé et Timothée Boutry du service police-justice du Parisien.
01:05On va d'abord rappeler les faits avant d'en venir au procès.
01:08Timothée Boutry, le soir du vendredi 13 novembre 2015, un match amical de football est disputé entre la France et
01:15l'Allemagne au Stade de France à Saint-Denis près de Paris.
01:18Oui, il y a 80 000 personnes qui sont présentes dans le Stade de France.
01:22François Hollande est présent dans les tribunes, le président de la République.
01:25C'est un soir de fête, il fait plutôt beau sur Paris.
01:29Un match de foot automnal, une belle soirée de football.
01:33A 21h16, les spectateurs du Stade de France entendent une explosion.
01:37Ce n'est pas forcément ressenti de manière très perceptible dans le stade puisque ça se passe à l'extérieur.
01:42Vous savez, dans un match de foot, il y a du public, il y a du bruit, il peut y
01:45avoir un peu de tambour.
01:47Donc personne n'imagine à ce moment-là ce qui est en train de se passer.
01:51Que vient-il de se passer ?
01:52Il y a un premier kamikaze qui s'est fait sauter à l'extérieur du stade.
01:57C'est le point de départ de cette série d'attaques du 13 novembre.
02:00C'est la première fois aussi qu'un kamikaze se fait sauter sur le sol français.
02:04Cette première explosion fait une victime.
02:06Un homme qui s'appelle Manuel Diaz, qui est originaire de Reims, qui est chauffeur de bus.
02:11Il transporte des groupes qui vont assister au match.
02:15Manuel Diaz est en train d'attendre la sortie des spectateurs à l'extérieur du stade et il va être
02:19tué par cette explosion.
02:21Quatre minutes plus tard, à 21h20, nouvelle explosion.
02:24Devant une autre porte du stade, pas très très loin de la première explosion.
02:28Et là, c'est vraiment entendu dans le stade puisque on connaît toute cette image de Patrice Evra,
02:33le latéral gauche de l'équipe de France, qui marque un temps d'arrêt.
02:35La décision est prise de continuer le match.
02:37Oui, c'est une décision qui est notamment prise par le président de la République, François Hollande,
02:41qui est présente à l'intérieur du stade, avec beaucoup d'autres personnes qui sont là.
02:44Parce que chaque match, évidemment, il y a une présence policière importante à l'extérieur du stade.
02:49Mais aussi, il y a une cellule de sécurité qui surveille tout ça.
02:51Le chef de l'État, lui, s'exfiltre.
02:53Mais le match se poursuit et ça a permis d'éviter un mouvement de foule qui aurait pu avoir des
02:57conséquences dramatiques.
02:58À 21h53, alors qu'à Paris, les terrasses de plusieurs cafés ont été mitraillées
03:03et que des terroristes viennent d'entrer dans le Bataclan.
03:06Au stade de France, se produit une troisième explosion.
03:09Oui, c'est le troisième membre du commando.
03:11Alors, les deux premiers ont été identifiés comme des ressortissants irakiens, en fait,
03:15qui étaient porteurs de faux papiers syriens.
03:18Lui, le troisième, s'appelle Bilal Adfi.
03:19Il a grandi en Belgique, mais il a de la nationalité française.
03:23Et il est, comme ses comparses, arrivé en France depuis la Syrie via la route des migrants.
03:28Et lui, il se fait exposer devant le McDonald's, un petit peu plus loin du stade,
03:34mais toujours aux abords du stade.
03:35Et là, il va faire de très nombreux blessés, là encore.
03:38Et les trois hommes avaient été déposés près du Stade de France par Salah Abdeslam.
03:43On rappelle donc que le match de foot France-Allemagne n'a pas été interrompu.
03:47À quoi ressemblent les abords du stade au moment de la sortie des supporters ?
03:51C'est forcément un peu confus, puisque au fur et à mesure du temps,
03:55les spectateurs vont recevoir des informations sur leur téléphone.
03:58On sent qu'il se passe quelque chose, on parle d'attaque terroriste,
04:00on parle surtout du pataclan.
04:02Et au moment de la dispersion, il y aura des bruits de pétards,
04:06des gens vont avoir peur, penser que ça va tirer.
04:07Donc certains vont envahir la pelouse.
04:09Une partie de la foule revient paniquer dans le stade
04:12et se réfugie sur la pelouse.
04:14L'inquiétude se lit alors sur les regards.
04:18On va passer une bonne soirée, tranquille.
04:20On va encore un verre après.
04:22Mais là, apparemment, je pense qu'on va rentrer,
04:24essayer de rentrer déjà, et rentier, ça sera déjà pas mal.
04:26Et finalement, il n'y aura pas de conséquences dramatiques
04:29lors de cette évacuation.
04:30Les attentats suicides du stade de France
04:33ont fait un mort et des dizaines de blessés.
04:36Timothée Boutry, Louise Colcombé,
04:38les victimes de ces attaques témoignent
04:40devant la cour d'assises spéciales,
04:42les 28 et 29 septembre.
04:44On va parler de quelques-unes de ces victimes,
04:46Louise, 6 des 13 gardes républicains
04:49qui étaient présents sur place,
04:51donc des gendarmes,
04:52viennent témoigner, leur fourgon était à une vingtaine de mètres
04:55du premier kamikaze.
04:57Oui, les gardes républicains étaient venues sécuriser les abords
05:00avec leurs chevaux, comme ils le font
05:01à chaque représentation au stade de France.
05:03Ils étaient un peu en retrait,
05:04ils avaient rangé les chevaux dans le camion,
05:06et là, ça a explosé.
05:07Ils parlent tous d'une espèce d'onde de choc,
05:09quelque chose d'inconnu, en fait,
05:10quelque chose qui pénètre les entrailles,
05:11qui est très fort.
05:12Ils comprennent que quelqu'un s'est fait exploser.
05:16Et puis, dans la seconde,
05:17ils voient un homme à genoux,
05:19yeux ouverts, qui est mort.
05:21En fait, il s'agit de Manuel Dias,
05:22la seule victime décédée du stade de France.
05:25C'est ça, les premiers instants au stade de France.
05:27Jonathan, un capitaine, ne cache pas
05:29qu'il a tout simplement peur à ce moment-là ?
05:31Oui, parce qu'en fait, il se passe très peu de temps
05:32entre la première et la deuxième explosion,
05:34qu'il a à une centaine de mètres.
05:35Et à ce moment-là,
05:36ils essayent de sécuriser le périmètre, etc.
05:38Mais après la deuxième explosion,
05:39là, ça devient vraiment très angoissant.
05:41Et il le dit très humblement,
05:42il dit là, moi, j'ai vraiment peur,
05:43j'ai peur de tout, de tout le monde.
05:44Il croit qu'il y a un camion qui est piégé,
05:46qui va exploser.
05:47Il met en joue tout le monde,
05:48y compris des policiers.
05:49À ce moment-là,
05:49ils ne réagissent même plus en tant que gendarmes,
05:51mais presque comme des citoyens qui sont en panique.
05:54Ces gardes républicains présents
05:55aux abords du stade de France,
05:56on en a très peu parlé après les attentats,
05:58dans les médias.
05:59L'un de leurs avocats insiste à l'audience
06:01pour diffuser une vidéo.
06:03Que montre ce document ?
06:04Ça dure quelques secondes,
06:05c'est très furtif,
06:06mais on les reconnaît grâce à leur botte de cavalier.
06:08Et on les voit sur place,
06:09effectivement, auprès des victimes,
06:10tenter d'agir d'une façon ou d'une autre.
06:13Tout ça n'est pas très coordonné,
06:14les vidéos sont de mauvaise qualité.
06:15Mais en fait,
06:16il a fallu ça pour qu'ils essayent d'attester
06:18qu'ils ont bien été là ce soir-là.
06:20Ils ont l'impression que leur propre hiérarchie
06:23les a complètement balayés dans cette histoire.
06:25À la barre,
06:26un enquêteur de l'ASDAT,
06:27l'antiterrorisme,
06:28reconnaît qu'il ne savait pas lui-même
06:30qu'il y avait des gardes républicains
06:32sur place ce soir-là.
06:33Cet homme de l'ASDAT a dit
06:34qu'effectivement,
06:35il ignorait que ce soir-là,
06:37sur le stade de France,
06:37il y avait eu une première action
06:38par ces gardes républicains.
06:40Mais dans cette nuit de confusion,
06:42effectivement,
06:42ils se sont complètement passés à la trappe,
06:45aux oubliettes un peu de l'histoire.
06:46Et ça, ça les a beaucoup marqués.
06:47Quelques minutes après la deuxième explosion,
06:49les gendarmes doivent quitter les lieux.
06:51Oui, en fait,
06:52il y a un commissaire chargé de la sécurité pour Paris
06:54qui arrive avec tout un tas d'officiels
06:56et ils décident que leur présence n'est pas nécessaire.
07:00Ils vont avoir du mal à partir
07:01parce qu'ils disent qu'il faut geler la scène de crime,
07:05préserver les indices,
07:06essayer de calmer les gens qui sont là.
07:07Il y a des blessés,
07:08beaucoup de blessés.
07:09Ils vont le prendre très, très mal.
07:11Ils ne vont pas d'ailleurs obtempérer tout de suite,
07:12mais finalement,
07:12ils vont quitter les lieux, effectivement.
07:14On leur dit dégagé.
07:15Dégagé, oui.
07:16Ça a été dit trois fois,
07:17très violemment.
07:18Ils ont une grande rancœur par rapport à ça.
07:21Après avoir vécu
07:22et avoir été victime de cet attentat,
07:25chacun des 13 gendarmes rentre chez lui.
07:27L'un d'entre eux,
07:29Philippe, un major,
07:30raconte qu'il en a ensuite
07:31très peu parlé avec sa famille.
07:33Le major, prénomé Philippe,
07:35raconte que sa femme lui dit
07:35il faut que tu parles aux enfants.
07:37Et donc, il a prévu un temps
07:38assez court avec ses enfants.
07:40Il leur dit
07:40posez-moi cinq questions chacun
07:41et après, on n'en parlera plus.
07:43Parmi les gendarmes
07:44qui témoignent à la barre,
07:45il y a un homme
07:45qui est maintenant retraité,
07:46un certain Pierre.
07:47Sa vie est devenue
07:49particulièrement compliquée.
07:50Sa vie,
07:50elle est fichue en l'air.
07:51Il le dit
07:53parce qu'il a perdu pied.
07:54Il voit des images horribles,
07:56des blessés.
07:57Il le dit,
07:57ça,
07:58il ne s'en est jamais remis.
07:59Et pour son plus grand malheur,
08:00en fait,
08:01il y a déjà ce premier traumatisme
08:02et il se trouve
08:03le 20 avril 2017
08:04posté sur les Champs-Elysées,
08:06jour où Xavier Jugelé,
08:07qui est policier,
08:08va être lui aussi
08:09victime d'un attentat.
08:11Et donc là,
08:11c'est le trauma de trop.
08:12Il raconte qu'après ça,
08:14il a perdu pied vraiment.
08:15Il a dû être hospitalisé
08:16en psychiatrie.
08:17Il est toujours suivi depuis.
08:18Il a pris sa retraite.
08:19Et à la barre,
08:20on le voyait,
08:20il était vraiment,
08:21vraiment très dépressif.
08:23Et il expliquait que, voilà,
08:24ça avait énormément impacté
08:25aussi toute sa famille
08:26et que, voilà,
08:27le terrorisme,
08:27c'est aussi ça.
08:34Timothée Boutry,
08:35après les gardes républicains,
08:36la fille de Manuel Dias,
08:38le conducteur de bus
08:39qui a été tué,
08:40vient témoigner à la barre.
08:41Elle raconte d'abord
08:42qu'elle a mis du temps
08:43avant de savoir
08:44ce qu'il se passait à San Denis.
08:45Oui, Sophie Dias
08:46était à ce moment-là
08:47au Portugal
08:47en train de préparer son mariage
08:49et elle reçoit d'abord
08:50des messages d'alerte
08:51de ses amis en disant
08:52« Ah, t'as vu
08:52ce qui se passe à Paris ? »
08:54Alors on parle surtout
08:54du Bataclan
08:55et après,
08:55elle se rend compte
08:56qu'il est aussi question
08:57du Stade de France.
08:58Alors elle sait que son père
08:58est au Stade de France
09:00et elle se dit
09:00« Je l'appelle
09:01une dizaine,
09:02une vingtaine,
09:02une trentaine de fois.
09:03Il ne répond pas
09:04et donc,
09:05nuit d'angoisse absolue,
09:06elle essaye de joindre
09:07tout ce qu'elle peut,
09:08le numéro vert
09:08qui avait été mis en place
09:09pour avoir des informations
09:11sur ses attentats,
09:12un numéro qui a été saturé
09:13mais surtout
09:14qui n'est pas accessible
09:14depuis l'étranger.
09:15Elle dit
09:16« Mais je n'ose pas prévenir ma mère
09:17parce que je ne sais pas
09:18dans quel état elle va être. »
09:20Elle va apprendre
09:20le décès de son père
09:21le lendemain,
09:21le 14 novembre
09:22par un appel
09:23du consulat du Portugal.
09:25Là, elle dit
09:25« Voilà,
09:25c'est mon monde qui s'effondre »
09:27et elle explique ensuite
09:29qu'à la douleur
09:30s'ajoutent
09:30des difficultés administratives
09:32pour la reconnaissance
09:33du traumatisme
09:34et ne serait-ce que
09:35sur la dépouille de son père,
09:37elle va dire
09:37qu'elle va avoir
09:38un échange,
09:38une froideur glaciale,
09:39je la cite,
09:40avec l'Institut Médico-Légal
09:41où le corps disloqué
09:43de son père
09:43va être déposé
09:45avant son enterrement.
09:47Qu'est-ce qu'elle dit
09:48sur son père ?
09:49Elle raconte
09:49que son père
09:50était le pilier
09:51de leur famille
09:52qui était un homme
09:52d'une affection débordante,
09:54qui était extrêmement présent,
09:56qui soutenait sa fille
09:57dans tous ses projets.
09:58Un homme
09:59qui avait une relation
10:00fusionnelle
10:00avec son épouse,
10:01il s'appelait en permanence
10:03et d'ailleurs,
10:04il a eu au téléphone
10:04sa fille
10:05pendant qu'il était
10:06aux abords du stade.
10:07Il lui a dit
10:08« Attends,
10:09j'ai maman en double appel. »
10:11Donc en fait,
10:12quelques minutes
10:12avant de mourir,
10:13il a eu à la fois
10:13sa fille et sa femme
10:15au téléphone.
10:15Ce jour-là,
10:16il y a un autre témoignage
10:17important,
10:18celui d'un homme
10:19grièvement blessé
10:20près du stade de France,
10:20un égyptien.
10:21Oui,
10:22il s'appelle Walid Youssef
10:23et en fait,
10:23lui,
10:24c'est la principale victime
10:25de la deuxième explosion.
10:26Le deuxième terroriste
10:27va de groupe en groupe
10:30et finalement,
10:31à un moment,
10:31il y a un homme
10:32qui passe en courant
10:32à côté de lui
10:33et c'est là
10:33qu'il se déclenche.
10:34Et c'est Walid Youssef.
10:36Et l'enquêteur
10:37de la crime disait
10:38« On peut penser
10:39qu'il a eu peur
10:39à ce moment-là,
10:40le terroriste »
10:40et qu'il s'est dit
10:41« Peut-être
10:41que je suis reconnu. »
10:43et c'est ça
10:44qui a probablement
10:46déclenché l'explosion.
10:47Et donc,
10:48il va être extrêmement,
10:50grièvement blessé.
10:51Il était venu en fait
10:52à l'origine
10:53pour une semaine
10:53parce que son frère
10:54atteint d'une leucémie
10:55était soigné en France.
10:56Il était venu avec sa mère.
10:57Et là,
10:57le 13 novembre,
10:58il est fan de foot.
10:59Il s'est dit
10:59« Bon,
10:59je mets un peu maillère à l'esprit,
11:01je vais au match. »
11:02Il était en retard
11:02et donc c'est pour ça
11:03qu'il était en train de courir
11:04et qu'il a été victime
11:05de cette explosion.
11:06Et au lieu de rester une semaine
11:07en France,
11:07il est resté deux ans
11:08puisqu'il a dû être soigné
11:09pendant deux ans.
11:10Et pendant ce temps-là,
11:11son frère va mourir
11:12d'une leucémie.
11:13Donc,
11:13il est venu témoigner
11:14de tout ça à la barre.
11:15Et au-delà de cette souffrance,
11:17au départ,
11:18on a retrouvé son passeport
11:19sur place,
11:19un passeport égyptien.
11:20Et ce qui fait que
11:21d'aucuns ont pensé
11:22qu'il pouvait être
11:23un des auteurs de ces attaques.
11:24Et certains médias
11:26ont relayé ça.
11:27Son nom a été diffusé.
11:28Et évidemment,
11:28il l'a extrêmement mal vécu.
11:31Louis Scolcombe,
11:32dans l'un de vos papiers,
11:33vous avez aussi raconté
11:35le témoignage d'un homme
11:36qui vendait des t-shirts
11:37et des écharpes
11:38ce soir-là
11:39devant le Stade de France.
11:40Un serbe,
11:41un certain Aka,
11:4255 ans,
11:43il était venu en famille.
11:44Il y avait 14 membres
11:45au total de cette famille
11:46réunis ce soir-là,
11:47qui après étaient allés
11:48se restaurer au McDonald's
11:50où va avoir lieu
11:51la troisième explosion.
11:52Et cet homme,
11:53il vient à la barre
11:54avec son épouse
11:55qui ne peut pas parler,
11:56qui est en fauteuil roulant,
11:57qui est handicapée.
11:58Elle a des graves dommages
11:59au cerveau.
11:59Elle a reçu un boulon
12:00à la tête,
12:01plusieurs boulons même.
12:02Il explique que pour
12:03beaucoup de choses,
12:03elle est comme un enfant
12:04de 5 ans,
12:06pour tout.
12:07Lui-même est sourd
12:08d'une oreille.
12:08Il a une vie assez compliquée
12:11depuis l'attentat.
12:12Qu'est-ce qu'il fait
12:13concrètement au quotidien
12:13pour sa femme ?
12:14Il fait à peu près tout.
12:15Il doit la laver,
12:16la porter,
12:17il l'habille,
12:18il la coiffe,
12:19il lui fait à manger.
12:21C'est là où on voit
12:22à quel point ça brise
12:22des vies et des projets.
12:23C'est-à-dire qu'ils avaient
12:24le projet d'avoir un enfant.
12:25Et évidemment,
12:26ce projet-là a été brisé.
12:27Ils ne pourront jamais
12:29être parents.
12:30Et ça, il l'a dit à la barre.
12:31C'est vraiment assez poignant
12:32parce que pour lui,
12:33il dit que c'est la double peine.
12:34En fait,
12:34je n'ai pas d'enfant,
12:34je ne serai jamais père.
12:36C'était assez terrible
12:36d'entendre ça.
12:37Aka se sent oublié
12:39des pouvoirs publics.
12:39Il a bataillé comme tous.
12:41Ça, ça revient chez tous
12:42avec le fonds de garantie
12:44qui indemnise
12:45les victimes du terrorisme,
12:46le FGTI.
12:48Et puis,
12:48par ailleurs,
12:49il y a une bataille supplémentaire.
12:50C'est-à-dire qu'ayant l'impression
12:52d'être oublié,
12:52de voir se justifier toujours
12:53en disant
12:54oui, je suis victime,
12:55c'est par exemple
12:56obtenir un logement
12:58adapté au handicap
12:59de son épouse.
13:00Ça va être essayer
13:02d'obtenir des aides
13:03parce que ces gens-là
13:04ne peuvent plus travailler.
13:05Ils sont trop handicapés,
13:06trop traumatisés
13:07et qui n'ont pas
13:08de revenus autres.
13:09Ça leur prend énormément
13:10d'énergie
13:11avec ce sentiment
13:12qu'on remet en cause
13:12quasiment tout le temps
13:13leur récit.
13:15Ce jour-là,
13:16un autre homme
13:17vient parler
13:17de sa compagne
13:18blessée dans l'attentat,
13:20Vladimir,
13:21un vendeur à la sauvette.
13:22Il raconte qu'au moment
13:23où survient l'explosion,
13:24il est en train
13:25de traverser la route
13:26qui vient de s'allumer
13:27une cigarette.
13:27Il mime le geste.
13:28Et puis,
13:29il y a ce fracas
13:31indescriptible.
13:32Il cherche sa compagne
13:34immédiatement
13:35qui est en face
13:35à quelques mètres
13:36et elle est au sol
13:37très grièvement touchée.
13:39Elle a une artère
13:39à la jambe
13:40qui est sectionnée.
13:41Elle perd beaucoup de sang.
13:42Elle a reçu des boulons
13:43énormément.
13:44Elle est à terre
13:44et il lui dit
13:45« bébé, bébé, réponds-moi ».
13:47Enfin, il est en panique
13:48complète.
13:49Et aujourd'hui,
13:49elle a des séquelles
13:50mais elle peut remarcher.
13:52Mais voilà,
13:53ils se sont séparés.
13:54Le couple n'a pas tenu.
13:54On sent qu'il est d'ailleurs
13:55encore très amoureux d'elle.
13:57Puis lui-même,
13:57normalement,
13:58ça ne va pas du tout non plus.
13:59Il dit que normalement,
14:00c'est le rigolo de la bande
14:01et qu'en fait,
14:02il fait semblant d'être heureux.
14:03Mais au fond,
14:04voilà,
14:04il a dit
14:04« Monsieur le Président,
14:05si vous me voyez
14:06à la vie normale,
14:07vous pensez que je suis drôle.
14:07Mais en fait,
14:08voilà,
14:09ma vie est foutue.
14:10Ma vie est foutue. »
14:11À un moment,
14:11il s'adresse
14:12à l'accusé le plus médiatique,
14:13le seul membre des commandos
14:15encore en vie,
14:16Salah Abdeslam.
14:17D'un seul coup,
14:17il lui dit
14:18« Mais t'as fait le lâche,
14:19t'as pas gardé la ceinture. »
14:21Ce qui veut dire,
14:21évidemment,
14:22c'est la ceinture explosive
14:23qui a été retrouvée,
14:24déposée à Montgrouge
14:25par la suite
14:26par Salah Abdeslam.
14:27Il ne se passe pas grand-chose
14:28à ce moment-là,
14:28si ce n'est que le président
14:29de la Cour d'Assise
14:30essaie de recadrer un peu le propos.
14:32Et puis voilà,
14:33il n'y aura pas d'autres interpellations
14:34si ce n'est qu'il va le longuement
14:35le regarder encore
14:36à la fin de sa déposition
14:37alors qu'il est en larmes.
14:37C'est un moment assez fort aussi.
14:39Voilà,
14:40c'est un homme
14:40qui est là aussi brisé.
14:42Vladimir a le sentiment
14:43que personne ne peut comprendre
14:45ce qu'il vit
14:46et ce qu'il vive.
14:46Il n'est pas le seul.
14:48Beaucoup disent
14:48qu'il faut avoir vécu
14:49la chose pour pouvoir
14:50ne serait-ce que la toucher du doigt.
14:51Beaucoup de gens disent
14:52qu'ils sont en décalage
14:53par rapport au reste
14:54des gens qu'ils côtoient.
14:55Et quand on leur dit
14:56« je comprends »,
14:57ça les exaspère
14:58et on le conçoit aussi.
15:02Timothée Boutry,
15:02de votre côté,
15:03vous avez raconté
15:04l'histoire d'une femme,
15:05Marilyn,
15:0533 ans à l'époque,
15:0739 aujourd'hui.
15:08Elle était au Stade de France
15:10le 13 novembre 2015.
15:11Où précisément ?
15:12Elle était à l'extérieur
15:14puisqu'elle était
15:16journaliste de formation
15:17et là,
15:17elle faisait une piche
15:18pour une télévision allemande
15:20sur les supporters
15:21de l'équipe d'Allemagne.
15:22Elle avait fait des interviews
15:23avant le match
15:24et elle explique
15:25qu'elle était en train
15:26de ranger ses fiches
15:27avec son caméraman
15:28quand d'un seul coup
15:29elle a été figée sur place
15:31par l'explosion
15:33et qu'elle était
15:34à quelques mètres,
15:3517 mètres je crois
15:36de la première explosion
15:37celles dont elle était
15:38victime à Nuel Dias.
15:39Quelles sont ses blessures ?
15:41Alors, elle a déjà
15:41des brûlures aux jambes
15:43au deuxième
15:43et au troisième degré
15:44et elle est aussi
15:46blessée au visage.
15:48À la barre,
15:49devant la cour d'assises,
15:50elle montre un objet
15:51qu'elle a amené.
15:51Oui, c'est un boulon.
15:52C'est le boulon
15:53qu'elle a reçu dans la joue,
15:54la joue droite
15:55qui s'est enfoncée
15:56de 3 centimètres
15:57à l'intérieur de sa joue
15:58et on sent que
15:59c'est une manière
16:00pour elle aussi
16:00de conserver la mémoire,
16:02la trace de cet attentat
16:03et de ce qu'elle a subi
16:05et de l'atteinte
16:06à l'intégrité de son corps.
16:07Depuis l'attentat,
16:08elle est victime
16:08de stress post-traumatique.
16:11Ça se traduit comment
16:11concrètement ?
16:12Ça donne quoi ?
16:13Ça donne une hyper-vigilance
16:15comme vraiment
16:16toutes les victimes
16:17de ces attentats.
16:19Elle va devoir
16:19quitter Paris.
16:20Elle dit
16:20« Moi, je ne pouvais plus
16:20vivre à Paris,
16:21ce n'était plus possible. »
16:22Donc avec son compagnon,
16:22ils vont vivre
16:23dans le centre de la France
16:24parce que le bruit
16:25du klaxon,
16:26les transports en commun,
16:27n'a pas d'autre solution
16:28que de partir.
16:29Elle va essayer
16:30encore de trouver
16:30un autre emploi
16:31et elle va raconter
16:32que les rapports humains
16:33sont devenus trop difficiles,
16:34le rapport avec le public
16:35trop compliqué,
16:37elle est très irritable,
16:38elle a des accès de colère
16:39et qu'elle ne travaille plus,
16:42elle ne sait absolument pas
16:43vers quoi elle va se diriger.
16:44Au niveau personnel,
16:45elle a eu un enfant
16:45avec son compagnon ?
16:46Oui, elle a eu un enfant
16:47mais son couple
16:49ne va pas survivre
16:50parce qu'elle va expliquer
16:51qu'évidemment,
16:53ça a un impact
16:53sur la vie privée,
16:54ça a un impact
16:55sur l'autre.
16:56Le couple qu'elle forme
16:56avec son compagnon
16:57ne va pas perdurer.
16:58Alors, ils ont toujours
16:59un enfant,
17:00le futur reste à écrire
17:01mais il est évidemment
17:02en pointillé.
17:03Marilyn aussi précise
17:04qu'elles se sont oubliées.
17:05Elle raconte d'ailleurs
17:06que quand elle s'est installée
17:07dans son nouveau lieu
17:09de résidence
17:09dans le centre de la France,
17:10les gens avaient un peu oublié.
17:12Ils ont dit
17:12« Ah bon ?
17:13Ah oui, les attentats
17:14du Stade de France
17:14mais c'était à l'intérieur
17:15du stade, non ? »
17:16Mais voilà,
17:17cette mémoire-là,
17:17c'est perdue
17:18et elle lit au fond
17:19« Les gens s'en fichent »
17:20ce qui renforce
17:21la solitude
17:22pour affronter
17:23le traumatisme
17:23auquel elle a vécu ce soir-là.
17:32Louise Colcombet,
17:33est-ce que les victimes
17:34des attentats
17:34du Stade de France
17:35ont l'impression
17:36d'avoir été
17:37au moins un peu écoutées
17:39pendant ces quelques
17:40journées d'audience ?
17:41J'ai l'impression,
17:43oui,
17:43que ça leur a fait du bien.
17:44Certains sont restés
17:45assez longtemps à la barre.
17:47On avait l'impression
17:47qu'ils n'avaient pas envie
17:48de partir presque
17:50parce que c'était enfin
17:51l'occasion pour eux
17:51de parler.
17:52Ils posent un peu
17:53un petit morceau
17:55de leur fardeau
17:55
17:56et puis ils repartent
17:57peut-être
17:58un tout petit peu allégés.
18:06Merci Louise Colcombet,
18:07Timothée Boutry.
18:08On va vous retrouver
18:09bientôt dans Côte-Source
18:10avec votre collègue
18:11Pascal Aigré
18:11pour un épisode
18:12consacré au témoignage
18:13des rescapés
18:14des terrasses parisiennes
18:16prises pour cibles
18:17le 13 novembre 2015
18:18avant d'évoquer
18:20le Bataclan.
18:21Cet épisode de Côte-Source
18:22a été produit
18:23par Sarah Amny,
18:24Thibault Lambert
18:25et Raphaël Pueillot.
18:26Réalisation
18:27Julien Moncouquiole.
18:28Si vous aimez Côte-Source,
18:30n'oubliez pas
18:30de vous abonner,
18:31de nous laisser
18:31des petites étoiles
18:32ou un commentaire
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