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La construction de l’autoroute A69 a été soudainement arrêtée par la justice le 27 février. C’est une victoire historique pour les militants écologistes qui s’y opposaient mais aussi un grand gâchis économique et environnemental. Cet épisode de Code source revient sur la lutte écologiste et judiciaire des opposants à l’A69 avec Emilie Torgemen et Aymeric Renou, journalistes du service Futurs du Parisien. Il s’appuie sur un précédent épisode de Code Source dédié au sujet, publié en octobre 2023.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clémentine Spiler et Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
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NewsTranscription
00:01Bonjour, c'est Clémentine Spiller et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11On apprenait le jeudi 27 février la suspension du chantier de l'autoroute à 69.
00:17Très controversée, cette portion d'autoroute devant relier la ville de Toulouse à celle de Castres dans le Tarn
00:23avait provoqué de nombreuses tensions dans la région et une forte opposition de militants et collectifs pour le climat.
00:29Malgré cette opposition, le chantier autorisé par la justice avait pu débuter début 2023
00:34et un an plus tard, il vient d'être stoppé net par un nouveau jugement alors que plus de la
00:39moitié des travaux sont déjà réalisés.
00:42L'État a d'ores et déjà annoncé son intention de faire appel du jugement et demande la reprise des
00:47travaux pendant ce nouveau processus judiciaire.
00:50Du côté des militantes et militants écologistes, c'est une victoire en demi-teinte puisque l'interdiction du chantier intervient
00:56pour ainsi dire trop tard.
00:58La nature et la biodiversité qu'il voulait protéger a déjà été détruite par le tracé de l'autoroute.
01:03On fait un retour sur cette affaire dans cet épisode de Codesources avec Émilie Torgemen et Émeric Renou,
01:09journaliste au service futur du Parisien et spécialiste des questions environnementales.
01:19Historique, la justice vient de se prononcer contre la poursuite du projet de l'autoroute A69.
01:25Émilie Torgemen, le 27 février, le tribunal administratif de Toulouse a stoppé le chantier de l'autoroute A69,
01:32une décision qui est considérée comme un véritable coup de tonnerre. Pourquoi ?
01:36Oui, cette décision de justice est une petite révolution parce que c'est la première fois qu'un projet d
01:40'autoroute est annulé pour des raisons environnementales.
01:43Le tribunal administratif décide en fait qu'il n'y a pas de raison d'obtenir une dérogation de la
01:51part du constructeur,
01:52dérogation qui avait été accordée pour pouvoir détruire l'habitat d'espèces protégées.
01:57En fait, le tribunal administratif juge que l'autoroute n'est pas suffisamment importante, n'est pas suffisamment d'intérêt
02:04public
02:04pour justifier la destruction de l'habitat d'environ 150 espèces protégées.
02:11On va revenir sur cette décision du tribunal administratif de Toulouse,
02:15mais d'abord la genèse de ce projet d'autoroute qui a tant fait débat.
02:19Émeric Renou, le chantier a commencé en 2023,
02:22mais l'idée de créer une autoroute entre Toulouse et Castres est bien plus ancienne.
02:26Oui, c'est une très vieille idée. Elle a 30 voire 40 ans.
02:29Pour comprendre pourquoi une autoroute doit être construite à cet endroit,
02:34il faut mentalement se faire la carte. Où se trouve Castres ?
02:37Castres se trouve à une cinquantaine de kilomètres à l'est de Toulouse, la capitale régionale.
02:42Elle a une concurrente qui s'appelle Albi, qui est juste au-dessus, quarantaine de kilomètres au-dessus,
02:46qui elle est déjà reliée par autoroute à cette capitale régionale.
02:50Et donc logiquement, les élus locaux, les entrepreneurs, les collectivités locales
02:54qui peuvent se trouver sur le chemin entre Toulouse et Castres,
02:57veulent aussi leur autoroute.
03:00Au début des années 2010, le projet d'autoroute reçoit un soutien de poids,
03:04celui du laboratoire pharmaceutique Pierre Fabre,
03:07qui est implanté localement dans le Tarn et qui va plaider pour ce projet d'autoroute
03:11jusqu'au sommet de l'État.
03:13Pierre Fabre, c'est un très très gros laboratoire pharmaceutique installé à Castres.
03:18C'est même le premier employeur du sud du Tarn.
03:21Plus de 5000 emplois.
03:22Il pèse dans le jeu, comme on dit.
03:23Il pèse auprès des élus locaux.
03:25Il pèse sur tout le tissu économique de cette région-là.
03:27Il pèse aussi à Paris.
03:29Et sa force, c'est aussi de pouvoir s'adresser, d'avoir les oreilles au plus haut de l'État.
03:34Il va même jusqu'à rencontrer François Hollande pour plaider sa cause.
03:36Et certainement, cette plaidoirie va jouer en faveur de l'autorisation du chantier de cette A69.
03:45Le projet d'une autoroute pour relier Toulouse et Castres est déclaré d'utilité publique en 2018.
03:52Et quatre ans plus tard, en avril 2022, le Premier ministre, Jean Castex, à l'époque,
03:56signe le décret pour la concession des travaux et l'exploitation de l'autoroute.
04:01Émilie Torgemène, que prévoit ce chantier en détail ?
04:03En fait, ce chantier prévoit une autoroute sur une cinquantaine de kilomètres, 53 précisément.
04:08C'est une deux fois deux voies. Alors ça n'est pas très long, mais ça représente une surface de
04:14300 hectares au total.
04:16Quelques semaines plus tard, le 8 mai, un collectif local, La Voie est libre, créé pour s'opposer à la
04:22A69,
04:23mène une première action, un rassemblement. Que dénonce ce collectif ?
04:26Ce collectif qui est formé d'opposants qui viennent un peu de tous les villages qui sont concernés par cette
04:31construction,
04:32il dénonce la destruction de l'habitat naturel dans lequel ils vivent, dont ils profitent quotidiennement.
04:37Ils dénoncent la destruction prévue de zones humides, qu'ils estiment protégées, d'espèces protégées qui sont accueillies dans ces
04:44zones humides, évidemment.
04:45Ils dénoncent la bitumisation inutile de leur territoire.
04:49Et puis, ils dénoncent aussi la coupe prévue de centaines d'arbres, de très beaux arbres, des platanes centenaires.
04:56Et ça, évidemment, ils s'opposent à cette éventualité.
04:59Non, non, non !
05:01Non, non, non !
05:03Non, non, non !
05:05Selon les opposants à l'A69, le projet est même inutile.
05:09Ils font leur calcul. Ce qu'ils disent, c'est qu'il y a déjà une route nationale qui leur
05:12suffit amplement.
05:13C'est la route nationale 126. Il faut 1h20 aujourd'hui par la nationale pour rallier Toulouse et Castres.
05:19Et ils dénoncent le petit gain, 20 minutes, que permettra l'autoroute au futur.
05:24Ils dénoncent aussi le prix de cette autoroute.
05:26Le prix du péage était estimé entre 17 et 20 euros, très excessif à leur avis, et réservé aux plus
05:32riches.
05:32Est-ce qu'une alternative à ce projet est possible, selon eux ?
05:35Alors oui, selon eux, ils imaginent, ils font même des propositions.
05:38Ils proposent d'aménager cette fameuse route nationale 126 et en faire une véloroute parallèle.
05:44Ce qui coûterait en gros un réaménagement qui coûterait en gros 100 millions.
05:47Beaucoup moins que la construction d'une autoroute.
05:49Et puis aussi, ils militent aussi pour l'amélioration de la liaison ferroviaire entre Toulouse et Castres,
05:54qui existe, mais dont les fréquences sont assez faibles aujourd'hui.
06:00On fait un saut dans le temps.
06:01En mars 2023, un arrêté préfectoral autorise la liaison autoroutière entre Castres et Toulouse.
06:07Le chantier peut commencer.
06:09Il est attribué à Atosca, qui sera également le futur concessionnaire chargé de l'exploitation du péage.
06:15Qui est Atosca, Émilie Torgemène ?
06:17Atosca, c'est donc le constructeur et le futur concessionnaire,
06:20mais ça n'est pas un grand concessionnaire autoroutier.
06:23En réalité, c'est un consortium d'entreprises locales qui sont ceux qui ont milité pour la construction de cette
06:29autoroute
06:30et qui sont prêts à le financer et donc à récupérer l'argent une fois que cette autoroute sera construite.
06:35On apprendra plus tard que parmi les actionnaires, il y a l'entreprise Pierre Fabre.
06:40C'est un petit actionnaire, il a environ 5%, mais ça pose d'importantes questions,
06:44et notamment parce que le député qui est en charge de la commission parlementaire d'enquête sur l'intérêt ou
06:51pas de la 69
06:51est marié à un cadre de cette entreprise.
06:54Donc les opposants vont se saisir de cette question et dénoncer un potentiel conflit d'intérêt.
06:59Plus tard, le déontologue de l'Assemblée va juger que ça ne suffit pas pour établir un conflit d'intérêt
07:04et donc il pourra rester le président de cette commission d'enquête.
07:07Émeric Renou, quelques semaines après, en avril 2023,
07:09une manifestation organisée dans le Tarn rassemble entre 4 000 et 8 000 personnes opposées au projet.
07:17Un platine en moins, c'est un nuage en moins, et les décideurs s'étonnent qu'il n'y ait
07:22plus d'eau.
07:22Des associations écologistes nationales se sont jointes aux opposants locaux.
07:26Oui, on change d'ampleur, un peu brutalement.
07:29On passe du combat local concentré autour de Castres à celui d'une ampleur nationale.
07:35Pourquoi ? Parce qu'un mois auparavant, il y a Sainte-Seline,
07:38ce grand rassemblement anti-bassine dans les Deux-Sèvres,
07:41auquel participent quelques militants anti-A69.
07:45Ils tiennent stand là-bas et ils agrègent des militants à leur cause,
07:49qui vont joindre le mouvement.
07:51Les soulèvements de la terre, ce mouvement écologiste un peu radical,
07:54se joint aussi au mouvement, ce qui provoque évidemment un appel d'air
07:58et beaucoup de militants vont se retrouver pour ce week-end de manifestation.
08:02Ce rendez-vous est très familial, il surprend un peu tout le monde d'ailleurs.
08:04Il y a des manifestations à travers champs, il y a des familles du coin qui se réunissent
08:10et ça impressionne beaucoup parce que tout se passe très bien,
08:12mais il y a un gros, gros mouvement qui se met en place soudainement.
08:15Hormis les manifestations, Émilie Torgemène,
08:17quels sont les moyens d'action des opposants à l'A69 ?
08:21Alors l'autre grand moyen d'action des opposants à l'A69,
08:24c'est qu'ils grimpent dans les arbres et qu'ils les occupent.
08:27C'est-à-dire qu'ils y restent dormir, manger.
08:29Mais ils se font d'ailleurs appeler les écureuils puisqu'ils sont dans ces arbres qu'ils ne veulent pas
08:34qu'on coupe.
08:35Le plus connu d'entre eux, c'est Thomas Braille.
08:37Je dois aller au bout de cette action parce qu'on doit prendre conscience
08:41que sans les arbres, il ne nous reste pas longtemps.
08:43Il s'est fait connaître quelques années auparavant
08:46quand il a manifesté contre la coupe d'arbres centenaires dans un petit village,
08:51le village de Mazamé, dans lequel il avait déjà travaillé.
08:54Puisque Thomas Braille est en fait arboriste et lagueur,
08:58donc il a une vraie compétence.
08:59Il sait monter dans les arbres, s'y maintenir.
09:02Et donc il s'était fait connaître en manifestant contre ces coupes.
09:05Il s'était installé à plusieurs reprises dans un des beaux platanes parisiens
09:10en face du ministère de la Transition écologique.
09:12À l'occasion de cette manifestation,
09:14Émilie Torgemène vous interviewer le patron d'Atosca chargé de construire l'autoroute.
09:19Que vous dit-il ?
09:20Alors, en substance, il dit qu'il respecte les règles.
09:23Pour lui, c'est important.
09:24Effectivement, le projet d'autoroute a obtenu une autorisation
09:27et donc qui confirme l'utilité publique de cette autoroute, selon lui.
09:32Et puis, il essaye de rassurer sur le plan environnemental.
09:35Il a une phrase « choc » qui est presque un slogan.
09:39« Pour chaque arbre coupé, il y en aura cinq de replanté. »
09:42Et est-ce que ce slogan convainc les opposants à la 69 ?
09:45Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce discours ne convainc pas les opposants
09:49pour plein de raisons. D'abord, les compensations.
09:52Quand on coupe un arbre qui est centenaire,
09:55replanter un petit arbre, ça n'est jamais équivalent
09:57ni en paysage, ni en captation du CO2.
10:00Et puis, c'est vraiment un slogan.
10:02Il n'y a pas vraiment d'engagement très clair qui sont pris.
10:05Émeric Renoux, en parallèle, La Voix est Libre
10:07et d'autres associations multiplient les recours en justice.
10:10Qu'est-ce que ça donne ?
10:11Pas grand-chose, malheureusement pour eux.
10:13Ils multiplient les recours, certes, mais ce sont des recours suspensifs.
10:17En gros, à chaque fois qu'ils déposent un recours sur la forme,
10:20notamment, un autre recours est déposé par la société concessionnaire
10:24qui, lui, est suspensif et donc qui lui permet
10:26de poursuivre les travaux de l'autoroute.
10:29Et ces recours suspensifs, c'est bien ce qui a permis aux travaux
10:33de continuer puisqu'ils suspendent l'exécution d'une mesure
10:36tant qu'un juge n'a pas statué,
10:38ce qui n'a pas empêché la mobilisation de grossir.
10:41Une lettre au président de la République
10:43va même être publiée dans l'hebdomadaire L'Obs en octobre 2023
10:47pour demander l'arrêt du chantier.
10:50Elle est signée par 1500 scientifiques
10:52qui sont les signataires et militaires gemaines.
10:54La liste des signataires est assez impressionnante, en fait.
10:57Ce sont des auteurs du GIEC,
10:59donc du Groupement Intergouvernemental d'Experts sur le Climat,
11:02ceux qui surveillent l'état du climat.
11:04Il y a des membres de l'Académie des sciences,
11:07des membres du Haut Conseil pour le Climat
11:09et tous disent qu'il n'y a pas d'intérêt à faire cette autoroute
11:14et même que c'est une mauvaise décision
11:16d'un point de vue environnemental et climatique.
11:19Il faut savoir que le Haut Conseil pour le Climat,
11:21qui est un organe indépendant,
11:23qui relève de l'administration française
11:25mais qui n'est pas politique du tout,
11:26avait déjà donné un avis défavorable
11:29pour la construction de cette autoroute,
11:31avis qui était purement consultatif
11:33et dont le concessionnaire, le préfet et l'État
11:35n'avaient pas tenu compte.
11:37La lettre dit en fait qu'il faut arrêter
11:40urgemment le chantier d'autoroute.
11:45Le même mois, les collectifs écologistes
11:47appellent à une mobilisation d'ampleur
11:49durant un week-end dans le Tarn.
11:52Que redoute le gouvernement ?
11:53Le gouvernement, il a en tête Sainte-Sauline.
11:56On revient encore à ces événements dramatiques
11:58qui ont eu lieu dans les affrontements
12:01entre forces de l'ordre et militants anti-bassines
12:03dans les Deux-Sèvres.
12:04Le gouvernement, il ne veut pas que ça se reproduise
12:06autour du chantier de la 69.
12:08Ce que le gouvernement craint, par-dessus tout,
12:10c'est aussi l'installation d'une ZAD,
12:12une zone à défendre.
12:13Souvenez-vous, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes
12:15sur le projet d'aéroport à côté de Nantes,
12:18à Notre-Dame-des-Landes,
12:19c'est dramatique, c'est quelque chose
12:21qu'il ne faut absolument pas reproduire
12:22pour le gouvernement,
12:23parce que ça veut dire un enlisement du conflit
12:25et potentiellement un arrêt du chantier.
12:28Et ça, ils ne veulent surtout pas
12:29avoir à affronter ce type de problème.
12:32Émeric Renoux, vous êtes présent à ce rassemblement.
12:34Qu'est-ce qu'il se passe sur place ?
12:36Après la grande manifestation familiale
12:38du samedi après-midi,
12:39qui se déroule tout à fait normalement,
12:41les militants les plus déterminés
12:43veulent occuper le terrain.
12:45Et ils choisissent pour ça une petite ferme
12:47qui s'appelle la Crémade,
12:48qu'ils vont rebaptiser la Crémzade.
12:50Ils l'occupent dès le samedi soir
12:52et ils s'organisent pour que l'occupation
12:54puisse être réalisée au long terme.
12:56Le lendemain matin,
12:57les forces de l'ordre n'attendent pas
12:59l'installation complète.
13:01Ils interviennent dès le midi
13:03et les délogent.
13:04Du coup, aucune ZAD
13:06ne va pouvoir être installée durablement
13:08et les militants vont se contenter,
13:10entre guillemets,
13:11d'occupations plus brèves dans les arbres,
13:13comme ce que fait Thomas Braille
13:15et ses écureuils.
13:18Émilie Torgemène, malgré ses oppositions,
13:20le chantier de la 69
13:22commence au printemps 2024,
13:24ce qui n'empêche pas les tensions
13:26et les manifestations
13:27qui continuent aux abords du chantier.
13:28Oui, en mai 2024,
13:30il y a par exemple une manifestation
13:33à Toulouse,
13:34qui est le point de départ
13:35et d'arrivée de cette autoroute.
13:37Elle est organisée,
13:37la manifestation,
13:38par Extinction Rébellion.
13:40Ils vont sur la place du Capitole,
13:42donc cette place la plus importante
13:43de la ville rose.
13:44et il y a des arrestations.
13:46Six manifestants sont ainsi arrêtés.
13:48Un peu après, en juin,
13:50une manifestation est prévue.
13:52On sent que l'État s'inquiète,
13:54il devient fébrile,
13:55puisque le ministre de l'Intérieur de l'époque,
13:57Gérald Darmanin,
13:59en amont du week-end de manifestation,
14:01interdit brutalement la manifestation
14:03et parle devant l'Assemblée nationale
14:05d'un risque majeur de débordement.
14:08Au vu de ces manifestations
14:10qui avaient été autorisées,
14:11qui avaient tourné malheureusement
14:13à la violence contre les biens
14:14et les forces de l'ordre,
14:15j'ai demandé au préfet du Tarn
14:17d'interdire cette manifestation.
14:19La manifestation interdite
14:21a quand même lieu,
14:22donc environ 6 000 personnes
14:23vont se rendre sur place.
14:25Et effectivement,
14:26il y a des heurts
14:27avec les forces de l'ordre,
14:29des personnes sont arrêtées.
14:30Sur les images,
14:31on voit tourner des hélicoptères,
14:33des gaz lacrymogènes partout.
14:35Ça n'est pas la guerre civile à annoncer,
14:37mais il y a des affrontements
14:38avec les forces de l'ordre
14:39et des arrestations.
14:40À l'été 2024,
14:42on apprend que les compensations
14:43promises par le constructeur,
14:45Acosta,
14:45c'est ce fameux slogan
14:47« 5 arbres replantés pour un arbre coupé »,
14:49ces compensations n'ont finalement
14:51pas été respectées.
14:52Oui, et là,
14:53c'est le slogan publicitaire d'Atosca
14:56qui est remis en cause.
14:57Les 5 arbres contre un arbre
14:58n'existent pas,
15:00ne figurent nulle part.
15:01Et le patron d'Atosca
15:02va jusqu'à avouer
15:04en commission parlementaire
15:05que c'était une formule choc
15:07pour plaire
15:08et pour être efficace médiatiquement.
15:12En septembre 2024,
15:13Émeric Renou,
15:14les derniers opposants au projet
15:15sont évacués.
15:17La bataille semble définitivement perdue.
15:19Sur le terrain, oui.
15:20Les derniers opposants,
15:21en fait,
15:22ce sont ces écureuils
15:22qui continuent à sporadiquement,
15:25ici et là,
15:26défendre les arbres,
15:27monter dans les arbres
15:28pour les protéger.
15:29Mais les opérations d'abattage
15:31finalement perdurent,
15:32sont réalisées,
15:34ils sont délogés,
15:35parfois manu militari.
15:36Ça marque un petit peu
15:37le désenchantement du mouvement
15:39avec le délogement
15:41des tout derniers opposants
15:43dans ces arbres.
15:43Il y a aussi des locaux
15:44qui vivent encore sur place
15:45et qui sont eux aussi délogés.
15:47Oui, la construction de l'autoroute
15:49a nécessité des expulsions
15:50puisqu'il traverse
15:52des zones agricoles
15:53et la destruction
15:54de certaines fermes.
15:55Et c'est à ce moment-là
15:56que les tout derniers habitants
15:58qui résistaient encore
16:00à ces opérations d'expulsion,
16:01administrativement parlant,
16:03sont finalement délogés.
16:05Donc effectivement,
16:06ça sent la fin du dossier quand même.
16:09Et pourtant,
16:10fin 2024,
16:11on apprend que le tribunal
16:12administratif de Toulouse
16:13va le réouvrir,
16:14ce dossier.
16:15Ça fait suite à un avis
16:16donné par la rapporteure publique
16:18qui peut être consultée
16:19en cas de litige
16:20lié à la loi.
16:22Émilie Torgemène,
16:23expliquez-nous ça.
16:23Oui, parce que
16:24la rapporteure publique
16:25conteste l'existence
16:27d'une raison impérative
16:28d'intérêt public.
16:29C'est cette autorisation
16:31qui avait été délivrée
16:32par la préfecture
16:33et qui permettait
16:34de commencer
16:34le chantier de l'autoroute.
16:35Et donc,
16:37le tribunal administratif
16:38va cette fois
16:39se prononcer
16:40sur le fond,
16:41sur est-ce que,
16:42oui ou non,
16:43le chantier est légal.
16:44C'est pour cette raison
16:45que,
16:46alors que le chantier
16:47a énormément avancé,
16:49il est pour plus de moitié fini,
16:52la lutte a l'air perdue
16:53pour les opposants.
16:54Eh bien,
16:55sur le terrain judiciaire,
16:57la bataille reprend d'un coup.
16:59On en revient au début
17:00de cet épisode de Code Source,
17:02le tribunal administratif
17:03de Toulouse suspend
17:05l'arrêté préfectoral
17:06qui autorisait le chantier.
17:08Qu'est-ce que ça signifie
17:09concrètement pour ce chantier
17:10qui était,
17:11vous le disiez,
17:11déjà très avancé ?
17:12Oui,
17:13il était très avancé.
17:14Atosca chiffre à peu près
17:15son investissement
17:16déjà réalisé à 300 millions
17:18sur plus de 400.
17:19Sur place,
17:20d'ailleurs,
17:20visuellement,
17:21on constate que l'autoroute
17:23est presque prête.
17:24Ce qui fait dire aux opposants
17:26comme aux concessionnaires
17:27ou aux constructeurs
17:28que tout le monde
17:29a un peu perdu la bataille.
17:30C'est donc une victoire
17:31en demi-teinte
17:32pour les associations écologistes.
17:33Oui,
17:34et d'abord,
17:34la bataille judiciaire
17:35n'est pas finie.
17:35L'État a immédiatement dit
17:37qu'il allait faire appel.
17:38Donc,
17:38ça va durer entre un an
17:41et un an et demi.
17:41Et après l'appel,
17:43la partie qui va être mécontente
17:45de la décision de justice
17:46pourra se pourvoir
17:47en cassation
17:48devant le Conseil d'État,
17:49ce qu'elle ne manquera pas de faire
17:50et ce qui va encore prendre
17:51un an
17:52ou un an et demi.
17:53Donc,
17:53de toute façon,
17:54sur le terrain judiciaire,
17:55ça n'est pas fini.
17:56Et puis,
17:57comme le disait Emmerich,
17:58les associations environnementales
18:00se sont surtout battues
18:01pour que le chantier
18:02ne démarre pas.
18:03Désormais,
18:04qu'il est très,
18:04très avancé,
18:05eh bien,
18:06une grande partie
18:07de la bataille
18:08est déjà perdue.
18:09Les arbres
18:10ont été coupés.
18:11Et surtout,
18:12de la chaux
18:13a été épandue.
18:14Donc,
18:14même pour faire repousser
18:16la nature,
18:17pour faire repousser
18:18des arbres,
18:19des champs,
18:20des cultures,
18:21ça va être compliqué,
18:22ça va prendre du temps.
18:24Donc,
18:25les écologistes
18:26et les associations environnementales
18:28sont plutôt assez amères.
18:29Donc,
18:30des deux côtés,
18:30aujourd'hui,
18:31on parle d'un immense gâchis.
18:32Un immense gâchis financier,
18:34d'abord,
18:35parce qu'une note
18:36de la préfecture d'Occitanie,
18:38de Haute-Garonne
18:39et du Tarn,
18:40estiment que l'abandon
18:41de ce projet
18:42va coûter
18:42jusqu'à 500 millions d'euros
18:45d'argent public,
18:46ce qui est énorme.
18:47Et puis,
18:47c'est un gâchis aussi
18:48pour l'emploi,
18:49parce qu'en fait,
18:50ou pour le développement économique aussi,
18:52sur lequel
18:52misaient pas mal
18:53d'habitants
18:54de cette commune,
18:55puisque Pierre Fabre
18:56a annoncé
18:57qu'il pourrait remettre en cause
18:58son développement
18:58dans la région.
18:59Alors,
18:59il est déjà très installé,
19:00il ne faut pas non plus s'inquiéter,
19:02mais ça ressemble
19:02un petit peu aussi
19:03à un chantage à l'emploi
19:04sur ce terrain-là.
19:05Du coup,
19:06le gâchis est environnemental,
19:08il est aussi économique.
19:09Et quelles sont les réactions
19:10des militants écologistes
19:12sur place ?
19:13Eh bien,
19:13le militant
19:14le plus emblématique
19:15dont on a parlé tout à l'heure,
19:16Thomas Braille,
19:17a posté une petite vidéo
19:18qui a été repérée
19:19par notre collègue
19:20Frédéric Mouchon.
19:21Et dans cette vidéo,
19:23on le voit
19:23qui explique
19:25effectivement
19:25que c'est une victoire
19:27vraiment douce amère,
19:29puisque la nature
19:29est dévastée
19:31et il plante
19:32au milieu du tracé
19:33de cette autoroute,
19:35donc sans le bitume,
19:36il plante un arbrisseau
19:37comme un symbole
19:38de cette nature
19:38qui pourrait revenir,
19:40mais qui va forcément
19:40mettre du temps.
19:47Merci à Émilie Torgemène
19:49et Émeric Renoux,
19:50journaliste au service futur
19:51du Parisien
19:52et spécialiste
19:53des questions environnementales.
19:54Cet épisode de Code Source
19:56a été produit
19:57par Thibaut Lambert
19:57et Pénélope Gualquierotti,
19:59réalisation Pierre Chaffanjon.
20:01N'hésitez pas
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