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Le constructeur Airbus et la compagnie Air France ont été jugés pour homicides involontaires jusqu’au 8 décembre 2022 devant le tribunal correctionnel de Paris. Avant le jugement attendu en avril 2023, Code source raconte ce procès avec Pascale Égré, journaliste au service police-justice du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : INA, TF1.
#airfrance #airbus #crash
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi. Je suis très heureux de vous annoncer le lancement d'un nouveau podcast du Parisien,
00:05podcast hebdomadaire de faits divers, Crime Story.
00:09Chaque samedi, dans Crime Story, Claudia Prolongeau vous raconte une grande affaire criminelle
00:13en s'appuyant sur l'expertise du chef du service police-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:19Crime Story est disponible sur toutes les applications audio et sur leparisien.fr.
00:24Tout de suite, code source, votre podcast quotidien d'actualité.
00:32Le crash du Rio-Paris, le vol AF447 d'Air France, a fait 228 morts en juin 2009.
00:40La catastrophe aérienne a donné lieu à un procès en correctionnel du 10 octobre au 8 décembre devant le tribunal
00:46de Paris.
00:47La compagnie Air France et le constructeur de l'appareil Airbus étaient jugés pour homicide involontaire.
00:53Elle risque en théorie une peine symbolique de 225 000 euros d'amende.
00:57La décision de justice sera annoncée le 17 avril.
01:01Mais à la fin du procès, l'accusation, le parquet, a fait le choix de ne pas demander de peine
01:06contre les deux entreprises.
01:07Code source revient sur ce procès aujourd'hui avec la journaliste Pascale Aigret, spécialiste justice au Parisien.
01:27Le procès du crash du vol Rio-Paris s'ouvre le lundi 10 octobre au tribunal de Paris.
01:32Pascale Aigret, vous allez couvrir toute l'audience pour le Parisien.
01:35Est-ce que vous pouvez nous décrire l'atmosphère dans la salle au départ ?
01:39Chacun prend sa place et c'est en fait une géographie qu'on va voir perdurer pendant tout le procès.
01:44D'un côté, les parties civiles qui s'installent là, il y en aura en permanence une vingtaine durant tout
01:50le procès.
01:50Et de l'autre côté, les soutiens des deux entreprises prévenues, Air France et Airbus.
01:55Les tensions sont assez fortes et vont s'exprimer assez bruyamment du côté des parties civiles à plusieurs reprises.
02:01Avant d'en venir au procès, on va rappeler ce drame qui s'est produit au milieu de l'océan
02:05Atlantique la nuit.
02:06Le lundi 1er juin 2009, le vol AF447 à un Airbus A330 fait la liaison entre le Brésil et la
02:16France.
02:16L'avion est parti de Rio de Janeiro à 22h29 et doit atterrir à Charles de Gaulle en fin de
02:23matinée.
02:25Sa dernière trace est captée par un centre de contrôle brésilien.
02:27Les autorités parlent d'un avion disparu et finissent par admettre qu'il s'est abîmé quelque part dans l
02:33'océan Atlantique.
02:34A toutes les personnes attendant l'arrivée du vol Air France 447 en provenance de Rio,
02:42de bien pouvoir se présenter au compteur d'information Air France.
02:46Sur le panneau d'affichage, le vol AF447 est toujours annoncé retardé.
02:51Immédiatement, les familles sont prises en charge à l'écart par des médecins et des psychologues.
02:55Le vol AF447 n'arrivera jamais.
02:58L'avion vient de disparaître quelque part au-dessus de la mer entre le Brésil et la France.
03:03C'est un choc terrible parce que ce crash déjà emporte l'avis de 228 personnes.
03:11Ça concerne de géants de l'aéronautique qui sont intimement liés commercialement,
03:16c'est-à-dire la compagnie aérienne française Air France et le constructeur européen Airbus.
03:21Et puis toute la communauté aéronautique est stupéfaite.
03:25Comment un avion peut comme ça disparaître en pleine nuit au milieu de l'océan ?
03:33Très rapidement, on a une idée de ce qu'il s'est passé grâce aux données de vol
03:37qui sont envoyées au sol en temps réel par les avions.
03:40Les spécialistes émettent l'idée d'une panne des sondes PITO.
03:43PITO, c'est le nom d'un physicien français du 18e siècle.
03:46Et ces sondes, ce sont de petits instruments de mesure de vitesse,
03:51des tubes métalliques creux d'une dizaine de centimètres qui sont placés sur le nez des avions.
03:56L'avion a émis en moins de cinq minutes 24 messages automatiques
04:00et parmi ces messages, il y avait le message d'une perte des indications de vitesse.
04:04On sait pourquoi ces sondes PITO qui sont donc chargés d'indiquer aux pilotes la vitesse ne répondent plus ?
04:10Ces tubes auraient été obturés par des cristaux de glace
04:13parce que l'avion à ce moment-là traverse une zone qu'on appelle le poteau noir
04:17qui est une zone de turbulence très connue des pilotes au-dessus de l'Atlantique.
04:20Il y avait donc 228 personnes à bord, passagers et membres d'équipage.
04:24Pour les familles de victimes, l'annonce du crash a été une déflagration
04:28et pendant les années qui suivent, elles cherchent à connaître la vérité et à établir les responsabilités.
04:33Leur première quête, c'est évidemment où est l'avion, où sont nos disparus.
04:38Et c'est une étape qui va durer deux ans.
04:40Il a fallu quatre opérations de recherche pour finalement découvrir l'épave par presque 4000 mètres de fond.
04:47La seconde quête, c'est évidemment de chercher à comprendre pourquoi,
04:51de savoir si Air France et Airbus ont une responsabilité dans la survenance de cet accident.
04:55Et ça, ça va devenir en particulier le combat d'une femme qui va l'incarner,
04:59qui est la présidente de l'association Entraide et Solidarité à F447,
05:04qui est l'association de victimes française.
05:06Pascal Aigré, la justice a longtemps hésité à organiser un procès
05:10contre Airbus, le fabricant de l'avion, et contre la compagnie aérienne Air France.
05:14La question, c'était de déterminer s'il existait une faute pénale
05:18reprochable aux deux entreprises, Air France et Airbus.
05:21Et ça a donné lieu à plusieurs appréciations,
05:23puisqu'au bout de dix ans, les juges d'instruction ont décidé que non.
05:26Ils ont ordonné un non-lieu, donc une position favorable à Air France et Airbus.
05:31Et contre cette décision, les familles des partis civils ont décidé de faire appel.
05:35Et c'est la Cour d'appel qui, finalement, a décidé de renvoyer les deux entreprises
05:40devant le tribunal correctionnel.
05:43Finalement, Airbus et Air France vont être jugés pour homicide involontaire.
05:47Le procès s'ouvre donc le lundi 10 octobre au tribunal judiciaire de Paris.
05:52Et en ce premier jour d'audience, les dirigeants d'Air France et d'Airbus
05:56s'expriment à la barre.
05:58Anne Rigaille, PDG d'Air France, et Guillaume Faury, celui d'Airbus,
06:01ils essaient de montrer qu'ils ont de la compassion pour les victimes et leurs familles.
06:05Oui, c'est le seul jour d'audience où les deux PDG seront présents,
06:09car chaque entreprise a mandaté un représentant légal pour répondre aux questions du tribunal.
06:15Les deux PDG veulent leur présence comme un symbole de leur compassion,
06:18mais en fait, ça ne marche pas, ils loupent leur effet.
06:22Le PDG d'Airbus est assez maladroit quand il explique que lui aussi a été touché
06:27par la perte de proches dans des accidents aériens.
06:30Quand il explique que les 10 000 avions d'Airbus transportent chaque jour 5 millions de passagers,
06:37c'est considéré par les familles de victimes envers qui Airbus n'a eu aucun geste depuis 13 ans
06:41comme une offense en fait.
06:44Donc il y a tout de suite des réactions très vives dans la salle.
06:46On entend « enfin mais trop tard »,
06:49beaucoup sortent et expriment leur colère et leur indignation en sortant de la salle d'audience.
06:55Le lendemain, le mardi 11 octobre, l'ancien patron de la gendarmerie des transports aériens
06:59qui a dirigé l'enquête pendant les deux premières années,
07:02vient raconter ce travail titanesque à la barre.
07:05Oui, Xavier Muleau raconte en fait les deux premières années de cette enquête
07:09qui est lancée sur plusieurs continents et qui a mobilisé dans une cellule spéciale
07:14plus de 40 officiers formés en aéronautique.
07:17L'enquête sur le crash du Rio-Paris est la plus difficile de sa carrière.
07:19Parce qu'au début, il n'y avait pas de boîte noire,
07:21donc il fallait travailler sans les enregistreurs de vol de l'avion.
07:25Et aussi parce qu'il a dirigé les opérations de repêchage des corps en mer
07:30quand l'épave a été retrouvée au printemps 2011.
07:34Quand il dit à la barre « il a fallu choisir »,
07:37on n'a pu prendre que ceux qui étaient attachés à leur siège.
07:40Il est vraiment presque au bord des larmes.
07:44Pascal Aigret, le mercredi 12 octobre, une vidéo glaçante est projetée dans la salle d'audience,
07:50une reconstitution des minutes qui ont précédé le drame.
07:53Ce qui est glaçant, c'est qu'on a vraiment l'impression,
07:56pourtant sans avoir les voix des pilotes,
07:58on voit leurs propos s'afficher sur l'écran,
08:00d'être avec eux dans le cockpit.
08:02On comprend qu'ils ne comprennent pas ce qui se passe.
08:05Il y en a un qui dit « je n'ai plus le contrôle de l'avion »,
08:07l'autre qui dit « j'ai l'impression qu'on a une vitesse de fou »,
08:09l'avion est déjà en train de chuter.
08:12Il y a des indications sur les écrans qui le montrent.
08:15Et on voit cette figure sur l'écran de l'avion
08:17qui chute comme une feuille morte vers la mer.
08:21La vidéo s'arrête 122 mètres avant le choc.
08:23Et dans la salle, tout le monde s'est figé.
08:27Le collège d'experts qui a fait cette vidéo
08:29témoigne à la barre ce jour-là et le lendemain, le 13 octobre.
08:32Ils viennent expliquer l'effet de surprise
08:35dont ont été victimes les deux pilotes.
08:37On voit le pilote aux commandes qui cabre sur le manche
08:41parce qu'ils ont l'impression d'avoir perdu de l'altitude.
08:44Et puis ensuite, il ne s'écoute plus.
08:46Il y en a un qui dit « vas-y, il faut que tu redescendes ».
08:49Mais en fait, après, il va continuer à faire monter l'avion.
08:53Et pour les experts, cette situation, c'est parce qu'en fait,
08:55les pilotes sont débordés par l'effet de stress.
08:58Le décrochage, si on résume,
09:00c'est quand l'avion n'est plus porté par l'air et qu'il tombe.
09:02Pascal, les experts qui décrivent l'effet de surprise des pilotes
09:06du vol AF447, s'appuient aussi sur les témoignages d'autres pilotes
09:11victimes de pannes comparables en 2008 et 2009.
09:14Ils ont procédé à l'audition de 22 pilotes
09:17qui avaient été confrontés à cette panne,
09:20c'est-à-dire une perte des indications de vitesse
09:22suite au gel des sondes pitot.
09:24Et ce qu'ils ont constaté, c'est qu'une grande proportion d'entre eux
09:28parlait d'impuissance à réagir.
09:30C'est-à-dire qu'en fait, ils sont paralysés par l'effet de surprise, voire par le stress.
09:34Et les experts disent qu'on a été surpris de l'angoisse qu'ils ont pu ressentir.
09:39À un moment, l'un des experts à la barre est interrogé par un avocat d'Airbus
09:43sur la question de savoir s'il y avait effectivement, avant 2009,
09:47une procédure expliquée aux pilotes pour rétablir l'Airbus A330
09:51en cas de décrochage.
09:53Que répond l'expert ?
09:54L'expert répond, je vais être un peu dur avec vous,
09:57mais dès les premières pages, les premières pages du manuel de l'A330,
10:01il est écrit qu'il ne décroche pas.
10:04Le stall recovery, donc c'est la procédure de récupération d'un décrochage,
10:08n'existait pas pour les avions à commande électrique.
10:10On s'est rendu compte après qu'il était indispensable.
10:13Donc ça, c'est la réponse de cet expert qu'Airbus s'emploiera à contredire par la suite.
10:21Pascal Aigret, le constructeur Airbus, cherche à se défendre à travers deux vidéos
10:25projetées le lundi 17 octobre.
10:28Vidéos qui se veulent pédagogiques, mais qui semblent par moments donneuses de leçons.
10:32Ça commence par une première vidéo avec une voix féminine qui explique comment voler un avion.
10:37Donc c'est la résultante de quatre forces, etc.
10:39Et puis ça continue par une deuxième vidéo qui explique avec la même voix féminine
10:43ce qu'auraient dû faire tous les pilotes.
10:45Alors par exemple, appliquer la procédure IAS douteuse, c'est-à-dire la perte des vitesses,
10:51connue par cœur par tous les pilotes.
10:53Et puis face à cette alarme stall de décrochage qui sonne en continu pendant 50 secondes,
10:59ils auraient dû récupérer le décrochage.
11:01Et là je cite, grâce à une technique enseignée dans toutes les écoles de pilotage.
11:05Alors ça réagit assez fort sur les bancs des parties civiles.
11:08Et du côté des avocats des parties civiles, on entend le mot imposture.
11:11Le même jour, l'enregistrement audio du poste de pilotage du vol AF447 est diffusé dans la salle d'audience.
11:18Cette fois, ce ne sont plus les mots rapportés, une reconstitution,
11:21mais bien le véritable échange entre les pilotes qui ne comprennent pas ce qui leur arrive.
11:26La présidente du tribunal a décidé que ça se passerait à huit clos,
11:29sans la présence du public et de la presse.
11:31Donc il y a une suspension d'audience juste après.
11:33Tout le monde sort extrêmement ému, sans mots, très silencieux.
11:38Et pour les familles, avec cette conviction, c'est que les pilotes n'ont pas compris ce qui leur arrivait
11:43et ont tout fait pour sauver l'avion.
11:46Le mercredi de novembre, l'ancien patron d'Air Caraïbe vient témoigner à la barre.
11:50Un témoignage très attendu parce qu'Air Caraïbe a été l'une des compagnies touchées
11:56par la série de défaillances de sondes pitots en 2008 et 2009.
12:00Les pannes de sondes pitots en raison du givrage en haute altitude,
12:05ce n'est pas un phénomène tout à fait nouveau puisqu'il y en a eu pas loin de 40
12:09sur plusieurs modèles d'Airbus depuis 2003, avec une accélération en 2008-2009.
12:15Et les incidents d'Air Caraïbe, il y en a deux, fin août, début septembre, font partie de cette série.
12:21À la barre, l'ancien patron d'Air Caraïbe, François Ersène, raconte un épisode
12:25qu'il a alerté le 28 août 2008.
12:27Oui, ce jour-là, en fait, il s'agit d'un vol d'entraînement.
12:29Donc on a un commandant de bord instructeur et un commandant de bord aux commandes de l'appareil.
12:34Et il se trouve que pendant plus de deux minutes, ils vont être confrontés à une perte des données de
12:38vitesse,
12:39donc à un incident de sondes pitots obstrués par des cristaux de glace.
12:44Quand ils reviennent et qu'ils signalent l'incident,
12:48ils expliquent que ces deux minutes leur ont paru une éternité.
12:51Le patron d'Air Caraïbe, comment est-ce qu'il a réagi après ça ?
12:53Non seulement il alerte les autorités de tutelle,
12:59qui est de changer la totalité des sondes pitots,
13:03alors c'est un modèle qu'on appelle AA,
13:05par un autre modèle de sonde.
13:07Air France a connu des incidents comparables à cette période.
13:09Comment l'information a été transmise aux pilotes ?
13:12Essentiellement par une note de l'officier de sécurité en vol
13:16qui a été distribuée dans les casiers des pilotes.
13:19Et également par des styles, des affichages,
13:23par la revue interne qui s'appelle Survol.
13:25En tout cas, cette note d'information pilote
13:28a été considérée par certains experts comme tardive et inopérante.
13:34Et est-ce que les sondes pitots mises en cause ont été changées à Air France ?
13:37À la suite de ces incidents, Air France et Airbus engagent des discussions,
13:42y compris avec des échanges avec les autorités de tutelle
13:44pour savoir ce qu'il faut faire.
13:45Mais à l'époque, à ce moment-là,
13:47les sondes pitots ne sont changées sur les Airbus A330
13:51qu'en cas de panne.
13:52Ça n'est que fin avril 2009
13:54qu'Air France décide de changer les sondes des Airbus.
13:58Et ce qui est terrible pour les familles,
14:00c'est que ces changements de sondes devaient commencer
14:02en fait début juin 2009, soit après le crash.
14:07Après avoir entendu des dizaines d'experts, de pilotes,
14:10les interrogatoires débutent le mercredi 9 novembre
14:12et pendant deux jours, c'est à Air France de s'expliquer
14:15à travers un homme qui représente la compagnie.
14:18Pascal Veil, qui est un pilote de formation,
14:22cadre également chez Air France pendant très longtemps,
14:24qui est un homme très brillant, à l'aise,
14:27qui fait beaucoup de digressions, parfois ultra techniques,
14:30pour expliquer qu'Air France récuse toute culpabilité.
14:33Mais avec cette difficulté, c'est qu'il essaye en même temps
14:36de ne pas accabler les pilotes.
14:38Il dit qu'Air France n'a commis aucune faute pénale,
14:41que les formations et l'information leur semblaient suffisantes,
14:44que tout ce qu'ils avaient mis en place suffisait,
14:47que les incidents précédents ne montraient pas
14:49de perte de contrôle de l'avion.
14:51Et il explique aussi au passage que Air France
14:53n'a jamais été informée des incidents d'Air Caraïbes.
14:56Quelques jours plus tard, les 14 et 15 novembre,
14:58c'est au tour d'un représentant d'Airbus
15:00de devoir se défendre à la barre.
15:02Et il met en avant, je cite,
15:04des erreurs de pilotage pour expliquer ce drame.
15:06Oui, alors après celui qu'on a appelé M. Air France,
15:10on a M. Airbus.
15:12Cette fois, c'est Christophe Caille,
15:15qui est un ancien pilote de chasse,
15:17avec un autre style plus ardu.
15:20Lui, en résumé, explique aussi
15:22qu'ils n'ont pas sous-estimé la dangerosité
15:24des incidents de sonde
15:26et que les pilotes n'ont pas réagi
15:29comme il le fallait.
15:30Et l'un des avocats des parties civiles,
15:31Maître Alain Jakubovic,
15:33va le pousser dans ses retranchements.
15:35Il va lui dire, mais pour vous,
15:36le fait générateur de l'accident, c'est quoi ?
15:38Et il le pousse à formuler ça ainsi,
15:40le fait générateur de l'accident,
15:41pour Airbus,
15:43ce sont les erreurs de pilotage.
15:45Et il lui demande,
15:46est-ce que vous auriez mieux fait ?
15:47Et M. Caille répond,
15:48oui, je pense que j'aurais mieux fait.
15:51Et là, dans la salle,
15:52on entend une salve d'applaudissements
15:53et champion.
15:55Évidemment, c'est ironique.
15:58Pascal Aigret,
15:59pendant plusieurs jours,
16:00à partir du mercredi 23 novembre,
16:02plusieurs personnes
16:02qui ont perdu leurs parents
16:04ou leurs enfants
16:04dans cette catastrophe aérienne
16:06viennent raconter.
16:07Vous avez été marquée notamment
16:08par le témoignage
16:09d'une femme, Victoria,
16:11dont le futur mari
16:12était à bord du Rio-Paris.
16:13Oui, Victoria,
16:14c'est la femme
16:15d'une victime allemande
16:17du crash.
16:18C'est une petite femme
16:19tout en noir
16:20avec un chignon.
16:22Et son témoignage
16:23est plein d'amour.
16:24Elle raconte son histoire d'amour
16:26avec Adriane Sobol,
16:28qui avait 41 ans,
16:29qui était partie au Brésil
16:30travailler sur une plateforme pétrolière
16:33et qui devait revenir
16:35pour l'épouser.
16:36Et elle raconte
16:37à quel point sa vie
16:38s'est brisée en milliers de débris.
16:40Elle utilise ces mots-là.
16:42Elle explique aussi
16:42que chaque 1er juin,
16:44parce que le corps d'Adriane
16:45n'a pas été remonté
16:46de l'océan,
16:48elle va déposer des fleurs
16:49au bord d'une rivière
16:50ou au bord de la mer.
16:52Autre témoignage,
16:53celui d'une femme
16:54qui a perdu sa sœur
16:55et qui revient
16:56sur les opérations
16:56de récupération
16:58des dépouilles
16:58des victimes
16:59après la découverte
17:00de l'épave en 2011
17:01à 4000 mètres de profondeur.
17:03Elle, Nadine,
17:05fait partie des familles
17:05qui ont pu récupérer
17:07le corps de leurs proches.
17:08Ce qu'il faut savoir,
17:08c'est que sur 228 victimes,
17:10seules 156 d'entre elles
17:12ont pu être identifiées.
17:14Et Nadine parle de ça
17:16en ces termes.
17:17Ce qui restait de ma sœur,
17:18c'est une jambe
17:19et un fragment de son torse.
17:21Et elle enchaîne en disant
17:23« Je ne saurais vous expliquer
17:24comment je le ressens.
17:25C'est une tristesse
17:26très très profonde. »
17:29Le mardi 29 novembre,
17:30Pascal et Gré,
17:31des proches de l'un des pilotes,
17:33sont devant le tribunal
17:33et ils ont à cœur
17:35de rectifier
17:36ce qui a pu être dit,
17:37notamment par Airbus.
17:38Ce jour-là,
17:39à la barre,
17:40on a les proches
17:40de David Robert,
17:4137 ans,
17:41qui est l'un des pilotes.
17:43On écoute Sarah,
17:44Teddy,
17:45puis Sylvie,
17:45qui sont trois des frères
17:47et sœurs de David Robert,
17:48parler de leur aîné.
17:49Ils veulent lui dire au revoir,
17:51ils veulent lui rendre hommage,
17:52mais aussi réhabiliter
17:53sa mémoire
17:54face aux accusations.
17:55Ils le disent avec ses mots.
17:56Non,
17:57il n'y avait pas
17:57trois idiots aux commandes.
17:59Non,
17:59il n'y avait pas
18:00trois pilotes défaillants,
18:01mais bien 228 victimes
18:02et trois sondes pitot défaillantes.
18:05Pascal Aigret,
18:06le mercredi 7 décembre,
18:07c'est le jour
18:08des réquisitions
18:08et surprise,
18:10les deux magistrats
18:11du parquet,
18:11qui représentent
18:12donc l'accusation,
18:13disent qu'ils ne peuvent
18:15pas demander
18:15de condamnation
18:16des deux entreprises
18:17Air France et Airbus.
18:18Il conclut en disant
18:19nous ne sommes pas
18:20en mesure de requérir
18:22la condamnation
18:22d'Air France et d'Airbus.
18:24Pour le parquet,
18:25Air France et Airbus
18:27n'ont pas commis
18:28de négligence,
18:30de manquement,
18:30de faute pénale
18:31qui pourrait leur faire
18:33encourir une condamnation.
18:34Quand les familles
18:35de victimes sortent
18:36de la salle d'audience,
18:37elles expriment
18:37leur colère,
18:38leur désarroi,
18:40leur indignation.
18:41On a foi en la justice
18:42en fait,
18:42sinon on ne serait pas là
18:43et on n'a pas demandé
18:44un procès démagogique.
18:45On a l'impression
18:46que finalement,
18:47ça n'a servi à rien.
18:48On marche sur la tête, quoi.
18:50Tout le monde a compris
18:51que ce que le parquet requiert,
18:52c'est une relaxe.
18:53Le jeudi 8 décembre,
18:55au dernier jour du procès,
18:56après neuf semaines d'audience,
18:57les avocats de la défense,
18:58d'Air France et d'Airbus
19:00plaident la relaxe
19:01et le jugement
19:02est mis en délibéré
19:03au 17 avril.
19:04Pascal Aigré,
19:05est-ce qu'une condamnation
19:06est possible,
19:07même si ce n'est pas
19:08ce qu'a demandé le parquet ?
19:09Oui, tout est possible
19:10parce que ce dossier
19:11a donné lieu
19:12à des analyses
19:13très, très différentes
19:14depuis le début,
19:16mais aussi parce que,
19:18comme le disait
19:19un pilote d'Air France
19:20à la sortie,
19:21réquisition ne vaut pas jugement,
19:22c'est-à-dire que la position
19:23du parquet
19:24ne s'impose pas
19:25au tribunal,
19:26aux trois juges du tribunal
19:27qui sont indépendants.
19:28Donc, ils peuvent tout à fait
19:29décider que l'une ou l'autre
19:32des entreprises est coupable
19:33ou que les deux sont coupables
19:35ou que les deux sont innocentes.
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20:09Cet épisode de Codesources
20:10a été produit par
20:11Emma Jacob,
20:12Raphaël Puyot
20:13et Thibault Lambert.
20:14Réalisation,
20:15Julien Moncouquiol.
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