- il y a 9 heures
Nommé il y a deux ans, le 17 mai 2017, Jean-Michel Blanquer s’est rapidement rendu populaire auprès des parents d’élèves de droite comme de gauche grâce à un slogan fédérateur : “lire, écrire, compter, et respecter autrui”. En insistant sur l’apprentissage des savoirs fondamentaux, le ministre a également séduit une grande partie de la classe politique. Sa réforme, dont le vote solennel au Sénat est prévu mardi 21 mai, est contestée dans la rue par une partie des enseignants, des parents d’élèves et des élèves, qui lui reprochent notamment de défendre une vision trop “libérale” de l’école publique. Pour le ministre de l’Education, populaire jusque-là, les choses sérieuses commencent. Cet épisode du podcast Code source est raconté par Christel Brigaudeau, reporter au Parisien et spécialiste éducation. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol et Benoît Laur - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Il rêvait de devenir ministre de l'éducation depuis plus de dix ans.
00:16Pour obtenir ce poste, il a fait campagne pendant la présidentielle de 2017
00:20en envoyant son livre « L'école de demain » aux principaux candidats.
00:26Jean-Michel Blanquer est à présent à la tête de l'enseignement en France
00:2912 400 000 élèves, 860 000 professeurs.
00:34A son arrivée au ministère, il y a tout juste deux ans, il fédérait, à droite comme à gauche.
00:39Il divise maintenant et l'opposition à ces réformes est grandissante.
00:46Nous sommes avec Christelle Brigodeau, reporter aux Parisiens, spécialiste éducation.
00:51Jean-Michel Blanquer prend ses fonctions au ministère de l'éducation le 17 mai 2017
00:56et dans les mois qui suivent, il est le chouchou des médias.
00:59À ce moment-là, pourquoi est-ce qu'il séduit autant les journalistes ?
01:02C'est un bon client, comme on dit dans la presse.
01:04C'est-à-dire que Jean-Michel Blanquer, c'est un homme qui s'exprime bien,
01:07qui est très clair sur ses dossiers et en même temps qui n'est pas jargonnant.
01:11Il sait parler au grand public, il sait parler aux parents.
01:13Il a un discours rassurant, un peu de bon père de famille.
01:15Et en plus, les médias le découvrent.
01:17C'est quelqu'un de nouveau.
01:18Le chouchou de la classe pour le Parisien, la nouvelle star pour Valeurs Actuelles,
01:22le vice-président pour le point.
01:24Et c'est comme ça qu'on se retrouve avec des titres de presse très nombreux
01:26qui parlent de Jean-Michel Blanquer comme d'une révélation.
01:29Il plaît à droite et à gauche ?
01:30Oui, en tout cas, il l'intéresse partout.
01:34Un jury de journalistes politiques, l'Élysée, ministre de l'année.
01:38Un ministre qui plaît à toutes les droites.
01:41Écoutez, moi je le trouve très bon Blanquer.
01:42Je trouve qu'il a le courage de faire des choses qu'on n'a pas au contraire, on n
01:46'a pas fait.
01:46Le phénomène Blanquer constitue une victoire idéologique notable pour le Front National.
01:51À droite, on lui traise des lauriers.
01:53À gauche, on dit, bon voilà, c'est un technicien qui connaît bien ses dossiers.
01:57Et avant la rentrée 2017, il est dans tous les médias.
02:00À deux jours d'intervalle, il va être le 30 août dans Valeurs Actuelles,
02:04qui est un journal marqué très à droite.
02:06Et le lendemain, dans Libération, pour parler au public de gauche.
02:11Qui est vraiment Jean-Michel Blanquer ?
02:13Comment est-il devenu un ministre incontournable de la Macronie ?
02:17À ce moment-là, que pense Emmanuel Macron de lui ?
02:20Il pense probablement que sa femme avait raison, puisque sa femme Brigitte, c'est elle qui finalement a mis Jean
02:26-Michel Blanquer dans sa sphère,
02:29au moment où il présentait sa candidature.
02:32Et très vite, en fait, les deux hommes se sont bien entendus, parce qu'ils partagent un certain nombre d
02:36'idées.
02:36Ils aiment tous les deux le débat intellectuel, ils aiment aussi l'action.
02:40C'est deux personnes qui dorment peu, qui sont un peu bouillonnants, comme ça.
02:45Et ils se sont vite entendus.
02:46Et très vite, Jean-Michel Blanquer s'est retrouvé, finalement, de tous les déplacements du président.
02:51Et c'est aussi comme ça qu'il a acquis ses galons de chouchous du gouvernement.
02:54Est-ce qu'il est bien vu, pendant cette période, par les syndicats d'enseignants ?
02:58Alors, les syndicats d'enseignants, eux, ne sont pas en train de découvrir Jean-Michel Blanquer, ils le connaissent déjà
03:03depuis des années.
03:04Et pour eux, le souvenir est quelquefois un peu amer, parce que Jean-Michel Blanquer, pour eux, c'est l
03:09'homme qui, sous les années Sarkozy,
03:10en tant que directeur général de l'enseignement scolaire, a mis en musique 80 000 suppressions de postes.
03:16Donc, quand il arrive, les syndicalistes le regardent avec un peu de méfiance, en se disant « on ne va
03:20pas faire de procès d'intention, mais on surveille ».
03:23Ils n'osaient pas l'attaquer aussi parce qu'il était populaire, c'est ça ?
03:25Oui, il était populaire, notamment chez les parents, chez les parents d'élèves, avec des scores de 60% d
03:32'opinions favorables,
03:3370% quand il fait l'émission politique de personnes qui sont convaincues par son discours.
03:38Donc, il apparaît un peu comme intouchable, avec en plus un discours très consensuel,
03:42quand il dit que l'objectif, c'est 100% de réussite au CP, personne ne va dire « non,
03:47on est contre ».
03:49Alors, on va essayer de mieux connaître Jean-Michel Blanquer, Christelle Brigodeau. D'abord, à quoi il ressemble ?
03:54C'est un homme de 54 ans, un peu dégarni, qui a des petites lunettes qu'il enlève souvent, il
04:00est un peu coqué avec ses lunettes.
04:02Comme ça, il n'a pas énormément de présence. Mais par contre, quand il commence à parler des sujets qu
04:06'il connaît, notamment l'école, il s'anime.
04:08On sent qu'il est chez lui, d'ailleurs, quand on le voit au ministère de l'Éducation nationale, c
04:12'est frappant.
04:13Il aime bien montrer les lieux, montrer le jardin, qui est très beau. On sent qu'il se sent à
04:19sa place, finalement, là-bas.
04:21Quelle est sa personnalité ? Est-ce qu'il est chaleureux, par exemple ?
04:23Il est plus chaleureux qu'il en a l'air. Ce n'est pas non plus un bout en train.
04:28Il a un côté, oui, un peu souriant.
04:30Mais en même temps, c'est quelqu'un qui est vraiment dans la maîtrise. C'est-à-dire que c
04:34'est difficile de cerner le personnage.
04:37Une personne qui le connaît assez bien me disait que c'est un oxymore sur pattes.
04:41Il est à la fois chaleureux, mais en même temps très réservé. Il a un côté très classique.
04:46Et en même temps, il aime bien étonner. Il joue toujours sur deux tableaux.
04:51Et d'ailleurs, quand il dit ni gauche ni droite, ça va bien avec sa personnalité. Il aime bien être
04:55entre deux et brouiller les lignes.
04:56De quel milieu est-ce qu'il vient ?
04:58Il vient d'un milieu plutôt aisé. Sa mère était professeure d'anglais. Son père avocat.
05:03Il a grandi dans un appartement du boulevard Haussmann à Paris.
05:07Il a fait ses études dès le primaire au collège Stanislas, qui est un collège privé catholique où se retrouve
05:14un peu la bonne bourgeoisie parisienne.
05:16J'ai un excellent souvenir des premières années de l'école primaire.
05:20Ça ressemblait un peu au petit Nicolas. J'avais une très bonne maîtresse.
05:24Et puis on était des classes. On était une classe multiniveau, comme on dit.
05:27Il a grandi dans un milieu plutôt aisé. Il a fait ses études à Sciences Po.
05:31Il faut l'imaginer étudiant avec des cheveux et avec une mobilette.
05:35Il avait une passion pour les mobilettes. Il leur donnait même des noms quand il était plus jeune.
05:40L'une s'appelait Ciboulette. J'ai appris ça.
05:42Au collège Stanislas, c'est là qu'il devient ami avec François Barouin.
05:46Oui. François Barouin, c'est son ami de toujours.
05:48Pour François Barouin, Jean-Michel Blanquer, c'est Jean-Mi.
05:51C'est un peu des inséparables. Ils se sont toujours suivis.
05:55Et c'est vraiment une amitié très très forte.
05:58C'est probablement le meilleur de sa génération.
06:01Et c'est un choix remarquable de la part du président Macron de s'appuyer sur des personnalités de la
06:06société civile qui ne sont pas des politiques.
06:08Vous avez dit qu'il a fait Sciences Po. Quel a été son parcours, sa carrière ?
06:11C'est un professeur, Jean-Michel Blanquer.
06:14Après ses études, il a fait un doctorat de droit.
06:16Il est professeur de droit public.
06:17Il est chercheur associé pendant un temps à Bogota, en Colombie.
06:22C'est là qu'il se prendra de passion pour l'Amérique latine.
06:25Puis il revient en France.
06:26Il fait le forcing pour rentrer à l'Institut des hautes études de l'Amérique latine.
06:32On sent déjà percer une ambition.
06:34Il en devient d'ailleurs le directeur assez rapidement.
06:37Et puis en 2004, c'est le moment où son destin bascule.
06:40Parce qu'on glisse son nom pour prendre un rectorat qui n'est pas très prisé parce qu'il est
06:46au bout du monde.
06:47C'est la Guyane.
06:48Et là, quelqu'un suggère le nom de Jean-Michel Blanquer.
06:52On lui explique qu'il aura une pirogue de fonction.
06:54Ce sera le seul recteur en France à avoir ce privilège.
06:57Il y va.
06:58Et là, de 2004 à 2006, il se révèle quelque part.
07:02Lui, il se prend vraiment de passion pour les sujets d'éducation.
07:05Il connaissait déjà bien par ailleurs.
07:07Et son bilan est assez salué là-bas.
07:09À la fois là-bas, et c'est le tour de force, et en même temps au ministère.
07:13Quand il rentre en 2006, il passe un petit temps au cabinet de Gilles de Robien.
07:18Et puis, progressivement, il ravit les échelons.
07:20Donc là, il commence à se lancer, disons.
07:22Il est recteur de Créteil.
07:23Là, il cumule les expérimentations.
07:26On l'appelle le géotrouve-tout de l'éducation.
07:29Il est assez bouillonnant.
07:30Et au bout du compte, en 2009, il devient numéro 2 du ministère de l'Éducation.
07:34Voilà. Après le rectorat de Créteil, il est nommé directeur général de l'enseignement scolaire.
07:38Ça veut dire quoi ?
07:39C'est un peu le vice-ministre.
07:41C'est-à-dire que le ministre prend la parole, etc.
07:43Lui, il est dans l'ombre.
07:44Là, à ce moment-là, on ne le voit plus tellement médiatiquement.
07:46Mais c'est lui qui met en musique toute la politique du gouvernement en matière d'école.
07:50Avec qui, comme ministre ?
07:51Avec Luc Châtel.
07:52Qu'est-ce qu'il fait à ce poste ?
07:53Il a la tâche ingrate de continuer de mettre en musique des suppressions de postes très nombreuses
07:59qui ont été décidées par Nicolas Sarkozy.
08:01On est dans un moment où on explique qu'il faut réduire le nombre de fonctionnaires,
08:04et notamment de l'éducation nationale.
08:06Donc, évidemment, c'est très mal perçu.
08:08Il y a des grèves, etc.
08:10Et Jean-Michel Blanquer, en même temps, essaye d'en profiter pour faire passer un petit peu ses idées sur
08:14l'école.
08:14C'est lui qui met en place la mesure phare de Nicolas Sarkozy, les internats d'excellence.
08:21Exemple des expérimentations Blanquer, des retraités pour remplacer les profs malades,
08:27des primes pour les classes avec aucun absent,
08:30et des tests de connaissance et de comportement dès l'âge de 5 ans.
08:35Il essaye de faire passer des choses, mais en même temps, ce n'est pas lui qui décide.
08:40Il a un ministre au-dessus de sa tête.
08:41Jean-Michel Blanquer n'est pas devenu ministre de l'éducation par hasard.
08:45C'était son rêve. Qu'est-ce qu'il a fait pour y arriver ?
08:48Il a fait beaucoup. Il s'y est préparé pendant presque 20 ans, finalement.
08:51Quand en 2012, c'est la gauche qui passe au pouvoir avec François Hollande,
08:55il est mis sur la touche, parce qu'il est quand même étiqueté comme un homme de droite.
08:58Il est mis sur la touche, il essaye de prendre la présidence de Sciences Po.
09:03C'est un peu un rêve, mais il est écarté.
09:04Donc, il dirige l'ESSEC, qui est une école de commerce plutôt connue, cotée.
09:09Et c'est là, en fait, qu'il va commencer à réfléchir et à mettre en place toute une stratégie.
09:14Il écrit deux livres. Le premier, il s'appelle l'école de la vie.
09:18Le deuxième, deux ans plus tard, en 2016, l'école de demain.
09:22Et alors, en sous-titre, au cas où on n'aurait pas compris, c'est proposition pour une école rénovée.
09:26Donc, voilà, voici mon programme pour l'éducation.
09:29Et pendant ce temps, il affine ses réseaux, il rencontre du monde, il essaye de se placer, vraiment.
09:34Et ce livre, il l'envoie aux principaux candidats à la présidentielle ?
09:38Oui, tout à fait. Il le renvoie. Il rencontre aussi Alain Juppé.
09:42Alain Juppé, qui lui-même écrit un livre qui s'appelle « Mes chemins pour l'école » avant d
09:45'être candidat.
09:46Et Jean-Michel Blanquer en relira les épreuves.
09:48Il est connu quand même, notamment à droite, comme étant vraiment l'homme de la situation sur l'école.
09:55Il a réussi à s'imposer comme ça.
09:56Et dans le milieu de l'éducation, quelque part, avant même qu'on connaisse les candidats à l'élection présidentielle,
10:03on sait que Jean-Michel Blanquer sera probablement ministre de l'Éducation.
10:07Et en quelques mots, quelle est sa vision de l'école ?
10:09Alors déjà, il a une conviction cheville au corps, qui lui donne d'ailleurs un peu d'emphase quand il
10:14parle de l'école.
10:15C'est qu'il pense fondamentalement qu'en faisant pour l'école, on fait pour les élèves évidemment, mais qu
10:20'on fait pour la France.
10:20Il a un côté comme ça, très républicain.
10:23Se dire que l'école, c'est le socle de la République, ça c'est très très important pour lui.
10:27Sur l'enseignement, pour lui, qu'est-ce qui est important ? Qu'est-ce qu'on doit apprendre aux
10:31élèves ?
10:32Son slogan, c'est lire, écrire, compter et respecter autrui.
10:35Lire, écrire, compter, respecter autrui, c'est l'essentiel, parce que c'est le socle de tout le reste.
10:41Si tous les enfants ont ces savoirs fondamentaux, ils peuvent aller vers les autres connaissances.
10:45Un enseignement qu'il appelle explicite, c'est-à-dire l'école d'avant, l'école des fondamentaux.
10:50Et à partir du moment où on connaît le B.A.B.A., le reste suivra.
10:54On voit qu'il a fait campagne.
10:55Après l'élection d'Emmanuel Macron en 2017, il devient donc ministre de l'Éducation.
11:00Qu'est-ce qu'il a fait à son arrivée à la tête du ministère ?
11:03Il a commencé finalement par défaire les réformes de ses prédécesseurs,
11:06Najat Vallaud-Balkacem et Benoît Hamon, c'est ça ?
11:08Oui, il a commencé par détricoter.
11:11Il défait déjà la semaine de 4 jours et demi, c'est-à-dire le retour de l'école le
11:14mercredi,
11:15qui avait été porté par la gauche, qui a été un fiasco pour tout un tas de raisons.
11:19Donc c'est la première chose qu'il commence à faire.
11:21Et là, il gagne l'adhésion des parents qui étaient tout à fait contre cette réforme.
11:25Il défait aussi la réforme du collège.
11:27Et notamment, c'est le retour des classes bilanques, c'est le retour du latin,
11:32qui n'avait pas totalement disparu, mais disons qu'il redonne ses lettres de noblesse au latin
11:37et explique en gros que l'excellence et l'élitisme, ce n'est pas un gros mot.
11:41Ça aussi, ça plaît aux parents.
11:42Et qu'est-ce que lui a fait alors réellement ?
11:44Alors lui, il a commencé par vouloir rassurer, avec le slogan dont on parlait tout à l'heure,
11:49les récréer compter, et puis des annonces qui ne sont pas fondamentales pour l'éducation,
11:55mais qui rassurent les parents dans un climat où les gens ont envie d'entendre parler d'une école.
12:00Oui, à l'ancienne, on est toujours un peu nostalgique de l'école.
12:03Donc quand il explique que l'uniforme, il trouve ça pas mal, ça, ça plaît.
12:09Quand il explique que oui, ils vont interdire le portable au collège, ça plaît aussi.
12:14Il a un discours comme ça assez rassurant.
12:16Et puis par ailleurs, il met en place une vraie politique,
12:19qui est notamment donnée par Emmanuel Macron, donne-le là,
12:23en annonçant le dédoublement des classes de CP, puis de CE1,
12:29et aujourd'hui de grandes sections de maternelle, dans les zones d'éducation prioritaire.
12:33Ce qu'on appelle les REP et les REP+.
12:35Donc ça, c'est une vraie politique sociale, c'est le volet vraiment de gauche de sa politique.
12:39Par ailleurs, il met en place quelque chose jugé assez difficile, qui est la réforme du bac.
12:44Muscler le baccalauréat, quel que soit le terme qu'on utilise,
12:48c'est bien cette idée d'une nouvelle vie du baccalauréat.
12:50La réforme du bac, Xavier Darko se disait que le bac, c'est comme la tour Eiffel,
12:54ça sert à rien, mais c'est indéboulonnable.
12:55Et c'est vrai que c'est une espèce de monument de l'éducation, et il s'y attaque.
13:00Et au départ, ça c'était l'année dernière, l'hiver 2018, ça passe comme une lettre à la poste.
13:08Il n'y a pas de contestation, et là il est au fait de sa gloire, Jean-Michel Blanquer.
13:12Et finalement, sur ce point-là aussi, il va y avoir contestation.
13:15Oui, mais la contestation va arriver un petit peu plus tard, à partir de la rentrée.
13:19Et en fait, elle continue de manière un petit peu sourde, quasiment jusqu'à maintenant.
13:24Blanquer, la loi, on n'en veut pas ! Blanquer !
13:28Il avait promis en arrivant au ministère qu'il n'allait pas élaborer de grandes lois,
13:32souvent source de conflits, et pourtant il en fait une, le projet de loi pour une école de la confiance.
13:37Pourquoi est-ce qu'il a changé d'avis ?
13:38Ce qu'il dit, lui, quand on lui pose cette question, c'est qu'il était obligé de passer par
13:43une loi
13:43pour appliquer la promesse d'Emmanuel Macron de rendre la scolarité obligatoire à partir de 3 ans.
13:50Donc l'instruction obligatoire à 3 ans, c'est une promesse de Macron,
13:53et effectivement, il faut une loi pour l'inscrire dans le marbre.
13:57Mais on a l'impression que Jean-Michel Blanquer s'est un peu laissé aller à son ambition de voir
14:04toujours un peu plus grand,
14:05parce que dans cette loi, il n'y a pas que ça.
14:06C'est même une toute petite partie de la loi, il a rajouté en fait beaucoup de choses,
14:10et c'est ça qui a étonné et qui a crispé ensuite.
14:12Quelles sont les principales mesures de cette loi ?
14:15Alors c'est une loi assez disparate, un peu fourre-tout, il l'admet lui-même,
14:18avec plein de mesures qui forcément ne vont pas toujours ensemble,
14:22mais par exemple, l'article 1 mentionne que les enseignants ont un devoir d'exemplarité,
14:28bon, en soi c'est pas révolutionnaire, c'est déjà inscrit dans la loi,
14:31mais ce terme-là a un peu crispé, on s'est demandé où ils voulaient en venir avec ça.
14:35Que disent les enseignants là-dessus ?
14:36Les enseignants, ils ont peur qu'on veuille les museler, c'est ça leur problème.
14:41Ils se disent, mais pourquoi est-ce qu'on nous demande une exemplarité,
14:44dans un contexte où la hiérarchie de l'éducation nationale, quelquefois,
14:48est très méfiante vis-à-vis des enseignants qui s'expriment,
14:50qui s'expriment notamment sur les réseaux sociaux,
14:52il y en a plusieurs qui ont été convoqués pour avoir été un peu trop critiques
14:55vis-à-vis des politiques de l'éducation nationale,
14:58et pour certains, ils craignent qu'on veuille les faire taire et les mettre un peu à la botte.
15:02Le devoir d'exemplarité, les enseignants sont des vrais professionnels,
15:08ils savent pourquoi ils sont là, ils savent ce qu'ils ont à dire, à ne pas dire,
15:12ils sont tout à fait au clair là-dessus,
15:14il n'y a pas besoin d'un article de loi là-dessus pour faire évoluer les choses.
15:18Il faut relier ça avec le fait que le ministre a fait passer des idées assez directives.
15:23Par exemple, l'année dernière, quand il a publié une circulaire sur la lecture,
15:26il allait jusqu'à expliquer qu'il fallait utiliser des cahiers à grands carreaux pour apprendre à écrire.
15:30Donc ils se sentent un peu dans un carcan.
15:33Qu'est-ce qu'il y a d'autre dans cette loi d'important ?
15:35Une chose qui fait débat contre toute attente, c'est la scolarisation à 3 ans,
15:39qui paraît comme ça une idée consensuelle,
15:41mais en fait, des personnes se posent la question de savoir pourquoi on l'inscrit dans la loi,
15:45sachant qu'en métropole, c'est presque 99% des enfants qui vont à l'école à partir de 3
15:50ans,
15:51donc dans les faits, ça ne changera pas grand-chose.
15:52Par contre, le fait de le mettre dans la loi, ça oblige l'État, pour résumer, à financer les écoles
15:58privées,
15:58parce que la loi sur le privé oblige l'État à compenser et à financer le privé.
16:04Donc si l'école devient obligatoire à 3 ans, les maternelles privées doivent être financées en partie par l'État.
16:09Et c'est une enveloppe qui coûte entre 100 et 150 millions d'euros,
16:13un cadeau pour le privé, d'après ce que disent les détracteurs de cette mesure.
16:17Donc finalement, c'est une mesure qui ne passe pas si bien que ça.
16:19Qu'est-ce qui énerve le plus les enseignants dans cette loi ?
16:22Ce qui les énerve beaucoup, c'est de voir en creux la vision un peu libérale de Jean-Michel Blanquer
16:27de l'école.
16:28La crainte, en fait, ce serait une école qui changerait de manière assez profonde sans que ça ait été dit.
16:32Parce que ce qui énerve beaucoup, c'est que cette loi, elle est arrivée un petit peu comme ça,
16:36avec des amendements qui n'avaient pas été présentés avant, ni aux parents d'élèves, ni aux syndicats d'enseignants.
16:42Et donc beaucoup de gens ont eu l'impression de se retrouver devant le fait accompli.
16:45Et forcément, ça a créé une suspicion.
16:48On veut nous cacher quelque chose.
16:49Qu'est-ce que c'est que cette loi ?
16:50Pourquoi est-ce qu'on ne nous a rien dit ?
16:52C'est forcément qu'il y a des intentions cachées.
16:54Il est jugé autoritaire ?
16:55Oui, par une partie des enseignants, oui.
16:59Et en plus, là, ces derniers temps, les rapports se sont vraiment durcis
17:04parce que la contestation a augmenté.
17:08Jean-Michel Blanquer, lui, s'est un peu rédit, parlant par exemple de Bobard à toutes les sauces
17:14quand il s'agissait de la contestation de sa loi.
17:17Alors effectivement, d'ailleurs, il y avait des choses fausses qui circulaient.
17:20Mais voilà, là, on est vraiment dans un rapport de force en ce moment.
17:24Alors je vais crever ? Je vais me barrer peut-être.
17:28Je vais me barrer, je vais peut-être démissionner, j'en sais rien.
17:31Et première conséquence de ces manifestations, le vendredi 17 mai,
17:34une mesure importante de ce projet de loi a été définitivement abandonnée.
17:39Oui, il s'agit de l'article 6 quater de la loi
17:42qui prévoit le regroupement possible d'écoles autour du collège de secteur.
17:48Et ça, c'est une disposition qui était arrivée par la voie d'un amendement
17:51à l'Assemblée nationale qui avait surpris tout le monde
17:53et qui avait vraiment causé la contestation qu'on connaît aujourd'hui.
17:57C'est vraiment ce point-là qui a emmené les parents d'élèves devant les écoles
18:02à faire des banderoles, etc.
18:03Pourquoi ça les inquiétait ?
18:05Parce qu'ils avaient peur qu'on supprime l'école telle qu'ils la connaissaient,
18:09qu'on regroupe les écoles avec le collège,
18:11qu'on supprime les directeurs d'école.
18:12C'est un gros point d'inquiétude.
18:14Et donc finalement, ils avaient peur qu'on crée une école complètement différente
18:18sans même les avoir prévenues.
18:19L'abandon de cette mesure, est-ce que ça va suffire à apaiser la contestation ?
18:24Pour l'instant, on ne sait pas.
18:26C'est l'objectif de Jean-Michel Blanquer.
18:28Au début de la contestation, Jean-Michel Blanquer avait annoncé
18:30qu'il était prêt à revenir sur ce point
18:32parce qu'il sentait bien que c'était l'objet de crispation.
18:34Donc là, si la mesure est retirée, c'est vraiment pour calmer les foules.
18:37Après, est-ce que ça suffira ? On ne sait pas.
18:40Est-ce que Jean-Michel Blanquer risque d'être remplacé
18:43à l'occasion d'un éventuel remaniement ministériel ?
18:46Je ne pense pas là qu'il soit question de le remplacer.
18:49Par contre, il est plus en difficulté, oui.
18:52Et disons qu'il a tendance maintenant,
18:54lui qui était si à l'aise, à se rédire un petit peu.
18:56Donc l'enjeu, et ce qu'on va essayer de regarder dans les mois qui viennent,
19:00c'est comment il va faire. Est-ce qu'il va réussir à retrouver sa place d'homme de dossier,
19:05très sûr de lui, confiant et où tout glisse sur lui ?
19:09Ou est-ce qu'il va continuer à se retrouver dans l'affrontement
19:12et donc un peu acculé et avec une étiquette qui va un peu l'empêcher de bouger ?
19:16Jean-Michel Blanquer rêvait de devenir ministre de l'éducation.
19:19Quelle est son ambition aujourd'hui finalement ?
19:21Son ambition, c'est de durer.
19:23Son ambition, c'est d'être le ministre qui restera cinq ans,
19:26ministre de l'éducation nationale.
19:27Il faut savoir que ça n'est jamais arrivé sous la Vème République.
19:30En général, combien de temps dure un ministre de l'éducation ?
19:33Moins de deux ans en moyenne.
19:34Donc là, il a déjà passé les deux ans,
19:36ce qui est pas mal pour un ministre de l'éducation nationale.
19:44Merci à Christelle Brigodeau.
19:47Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
19:50production Jeanne Boézek, mixage et réalisation,
19:53Julien Moncouquiol et Benoît Laure.
19:55N'hésitez pas à vous abonner gratuitement sur votre application de podcast préférée
19:59ou Spotify et Deezer.
20:00Et vous pouvez nous écrire codesource at leparisien.fr
20:04et vous pouvez nous écrire codes de l'éducation nationale.
20:07Merci à vous.
20:07Merci à vous.
20:07Merci à vous.
20:10Merci à vous.
20:10Merci à vous.
Commentaires