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  • il y a 9 heures
C’est un fléau impossible à chiffrer. En Île-de-France, des adolescents ne vont plus au lycée, ou sont obligés de changer d’établissement à cause de bagarres régulières entre “bandes rivales”. Ces adolescent parlent d’un engrenage, et souvent, quand ils s’affranchissent du groupe, il est trop tard. Ils débutent dans la vie active sans diplôme ni formation. Cet épisode de Code source est raconté par deux journalistes de la cellule enquête du Parisien, Maïram Guissé, et Florian Loisy.Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Clara Garnier-Amouroux - Production : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : Sud Radio.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'est un fléau impossible à chiffrer précisément.
00:14En Ile-de-France, beaucoup d'adolescents ne vont plus au lycée
00:17ou sont obligés de changer d'établissement à cause des bagarres régulières entre bandes rivales.
00:23Alors certains diront que ces jeunes n'ont qu'à fuir les groupes violents et se concentrer sur leurs études,
00:27mais ce n'est pas si évident, ces ados parlent d'un engrenage
00:30et souvent, quand ils s'affranchissent du groupe, il est trop tard,
00:34ils débutent dans la vie active, sans diplôme ni formation.
00:37La guerre des bandes les prive de lycée, épisode de CodeSource raconté par deux journalistes
00:42de la cellule enquête du Parisien, Mayram Guisset et Florian Loisy.
00:47Mayram Guisset, vous couvrez cette guerre des bandes depuis un an et demi.
00:51Au cours de vos reportages, vous avez été marqué par un jeune lycéen de 16 ans
00:54que nous appellerons Abdel pour préserver son anonymat.
00:58Comment est-ce que vous l'avez rencontré ?
01:00Je l'ai rencontré justement dans le cadre d'un sujet que je préparais sur le phénomène de Rix
01:04pendant lequel, en fait, j'étais à la rencontre de jeunes directement impliqués dans ces histoires.
01:10L'idée, c'était d'essayer de comprendre pourquoi ils se retrouvent dans ces histoires,
01:14pourquoi ils rentrent dedans aussi, parce que certains, c'est un choix,
01:18d'autres, c'est un peu pour suivre les copains.
01:20Et là, je rencontre celui qu'on prénomme Abdel, qui m'a assez marquée,
01:25parce qu'il avait un côté attachant avec beaucoup de rêves, en fait.
01:31Quand on le rencontre, quand les autres faisaient un peu trop de bruit,
01:34ils disaient « chut, on écoute la dame ».
01:38Donc, il avait ce truc et je lui disais
01:40« mais est-ce que, par exemple, tes parents se doutent de tes histoires ? »
01:44« Ah non, non, non, je suis un ange à la maison ».
01:46Et en fait, ils sont beaucoup comme ça.
01:48J'ai eu envie, donc, d'en savoir un peu plus sur qui était ce jeune homme.
01:52Est-ce que vous pouvez nous le décrire ?
01:53Plutôt de taille moyenne, assez fin, très rieur.
01:56Et on a envie de lui parler quand on le rencontre.
02:00Quand est-ce qu'il a commencé à être impliqué dans des Rix ?
02:03Assez jeune, 14-15 ans, je pense.
02:06Lui, il a plutôt suivi les copains.
02:07Et il s'est dit « puisque les copains y vont, je dois y aller aussi ».
02:11C'était un devoir, en fait, pour lui.
02:13Il y avait vraiment cette notion de « je ne peux pas les laisser faire sans moi ».
02:18L'an dernier, en 2018, il est victime d'une violente attaque.
02:21Est-ce que vous pouvez nous la raconter ?
02:22Cette attaque, elle se déroule un jour où Abdel est avec un de ses copains
02:28qui est à la recherche d'un lycée
02:30parce qu'il ne pouvait plus aller dans son lycée à cause des problèmes de Rix.
02:33Donc, ils vont tous les deux dans une ville voisine
02:36et ils se retrouvent pris, comme il m'a dit, en guet-apens, c'est ces termes,
02:40par d'autres jeunes de sa ville avec qui il est en guerre.
02:44Et il ne peut rien faire.
02:44Ils sont deux face à une bande de mecs.
02:47Et là, violente altercation, il prend des coups de pied, coups de poing.
02:51Il est au sol et il se fait tabasser.
02:54Il se retrouve ensuite à l'hôpital dans un état presque de légumes, comme il m'a dit.
03:00Comment est-ce qu'il en parle aujourd'hui ?
03:01Il en parle avec beaucoup de légèreté, j'ai trouvé en tout cas.
03:05Il a conscience du danger et du fait que les conséquences auraient pu être beaucoup plus graves.
03:12Mais ce qu'il m'a dit juste après, c'est « si mes potes y vont, je dois y
03:17retourner ».
03:18C'est-à-dire qu'il était encore prêt à rester dans ces histoires de Rix.
03:23Abdel est scolarisé dans un lycée à 40 minutes de là où il vit et c'était déjà le cas
03:27quand il s'est fait passer à tabac.
03:29Quand est-ce qu'il a dû faire ce choix ?
03:31Il a fait ce choix dès l'entrée en seconde parce qu'il avait conscience que sa scolarité allait être
03:36problématique s'il allait dans le lycée de secteur.
03:39En fait, ce qu'il me dit, c'est clairement « je ne peux pas aller là-bas, c'est
03:43en territoire ennemi, c'est impossible de poursuivre mes études là-bas ».
03:46Comment est-ce qu'il le vit d'avoir autant de trajets chaque jour pour aller au lycée ?
03:49Il me dit que c'est vrai que ce n'est pas évident parce qu'il faut se lever beaucoup
03:53plus tôt.
03:54Mais il prend avec pas mal de philosophie, il se dit « de toute façon c'est comme ça, je
03:58n'ai pas le choix, donc on le fait tous ».
04:00Il ne se pose pas plus de questions que ça en fait.
04:03Abdel est loin d'être le seul à avoir dû changer d'établissement scolaire et pour certains de ses amis,
04:08la situation est encore plus critique.
04:09Exactement, parce qu'Abdel, lui, n'a pas eu de grosses coupures dans le cadre de sa scolarité.
04:14Il fait attention au chemin qu'il emprunte pour se rendre au lycée, pour ne pas se retrouver face à
04:20ses adversaires comme il les nomme.
04:22Alors qu'il y a certains de ses copains qui n'ont pas été en cours pendant deux ans, donc
04:27qui accumulent un retard conséquent dans leur scolarité.
04:33Florian Loisy, qui sont les jeunes impliqués dans ces affrontements ?
04:37Alors c'est souvent des jeunes issus de quartiers, mais de toutes les villes.
04:41Mais ce n'est pas seulement eux, ça peut aussi être des personnes qui géographiquement font partie de ces quartiers
04:47ou sont juste à côté et prennent le bus au même endroit.
04:49On se retrouve effectivement essentiellement malgré tout avec des personnes qui sont impliquées dans les précédentes RICS, qui sont des
04:55amis de quelqu'un qui a été tabassé précédemment.
04:58Mais parfois simplement des personnes qui les côtoient géographiquement et qui ne sont pas impliquées dans ces RICS et qui
05:03se retrouvent malgré eux dans ces histoires de guerre de bande parce qu'ils sont identifiés comme appartenant au quartier
05:10voisin, au quartier rival ou à la ville voisine ou ville rivale.
05:14Donc quelquefois c'est un peu à tort quoi ?
05:15C'est parfois à tort, ce n'est pas tout le monde. Malgré tout, l'essentiel de ces personnes qui
05:19sont prises dans ces guerres entre bandes rivales sont des personnes qui ont fait de ça un petit peu leur
05:25jeu en vie réelle ou leur Call of Duty version réelle.
05:29Parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que ce sont des personnes qui parfois n'ont rien à
05:33reprocher véritablement à leur quartier voisin.
05:35C'est juste une question d'appartenance à une bande et voilà, on montre qu'on est là.
05:40Maïra Miguissé, comment est-ce qu'il se retrouve dans ces bandes ?
05:42Moi ce qu'on m'explique quand je les rencontre, c'est une histoire aussi d'oisiveté.
05:47Ils s'ennuient un peu et ils prennent ça un peu comme un jeu.
05:51Bon bah allez, on va aller provoquer un peu le quartier voisin, la ville voisine.
05:55Et en fait c'est un engrenage qui devient de plus en plus important.
05:58Mais le fait d'y entrer, là il n'y a pas d'enjeu de trafic ou financier.
06:02C'est uniquement une question d'appartenance à un territoire et donc d'une question d'identité.
06:10Ces affrontements, ils prennent quelle forme ?
06:12Il y a déjà des affrontements verbaux via les réseaux sociaux, puis ensuite des affrontements physiques dans la rue.
06:18Et c'est des groupes contre d'autres groupes.
06:20Il n'y a pas de lieu particulier, c'est vraiment parfois le hasard de la rencontre.
06:23C'est aussi pour ça que finalement certains sont un peu pris dans l'engrenage de ces guerres de bandes.
06:28C'est que pour certains quartiers ou pour certaines personnes, il est difficile de sortir de leur secteur géographique seul.
06:33Donc ils sont obligés finalement, quand ils partent, faire leurs courses ou se promener, que ce soit dans un parc,
06:39que ce soit dans un centre commercial ou quoi que ce soit.
06:41Ils sont obligés de partir à plusieurs pour éviter d'être justement isolés face à un groupe ennemi, comme ils
06:45le disent.
06:46Du coup on se retrouve très rapidement toujours avec des groupes qui se font face.
06:49Et dans ces cas-là, c'est un peu le côté je ne peux pas me dégonfler, je ne peux
06:53pas m'enfuir, il faut que j'assume.
06:55Et on se retrouve avec des affrontements qui sont éclairs.
06:58Ça dure très peu de temps, parfois avec une violence inouïe, parce que la plupart se promènent avec des béquilles
07:04ou des choses comme ça, qui se transforment en armes finalement.
07:07Ils ne sont pas du tout blessés, mais ils se promènent avec une béquille qui leur sert finalement d'armes
07:11lors d'un affrontement impromptu.
07:13Et ils utilisent un vocabulaire guerrier.
07:15Ça peut être « eux on va les buter » ou « tiens, il y a nos ennemis de tel
07:19endroit ».
07:20C'est le même vocabulaire qu'on retrouve à la fois dans les jeux de guerre, les jeux de tir
07:24et dans la rue.
07:25C'est « bon bah là je vais au lycée, armé ».
07:28Par exemple il y en a un qui citait des lunettes de ski, ça c'est une arme de défense.
07:31Au cas où on lui met de la bombe lacrymo, c'est vraiment ça, c'est les adversaires, les ennemis,
07:39c'est vraiment qu'un vocabulaire de guerre.
07:41Ensuite quand eux-mêmes se racontent ce qui s'est passé, ils racontent leur scène comme ils raconteraient finalement une
07:47scène de guerre ou une scène de jeu vidéo.
07:49Et ces affrontements sont largement relayés sur les réseaux sociaux.
07:52Il y a des vidéos où tel groupe chambre tel autre ou tel petit groupe de rap local que personne
07:59ne connaît envoie une phrase en critiquant la ville voisine ou quoi que ce soit.
08:03Ça c'est mal vécu.
08:04Une semaine après ils voient des jeunes de ce coin-là dans un bus, ils arrêtent le bus, il y
08:09a un passage à tabac.
08:10Et il ne faut vraiment pas croire que c'est marginal.
08:12Ça met de l'huile sur le feu. Il y a une vraie surenchère entre ces jeunes qui se défient
08:18aussi pour dire qui est le plus fort.
08:20Sur les réseaux il y a aussi ce phénomène, on peut toucher tout le monde.
08:23Il y a cette idée de réputation aussi à sauver, à honorer et donc on ne peut pas laisser faire.
08:29C'est une surenchère qui est nouvelle parce que les réseaux sociaux, il y a encore dix ans, c'était
08:36Facebook et Facebook c'est beaucoup plus familial.
08:38Là Snapchat, il faut comprendre que c'est un réseau social éphémère, qu'il y a une géolocalisation.
08:44Donc quand on sait qu'il s'est passé quelque chose à tel endroit, en tapant le nom de la
08:48ville, on tombe sur des vidéos qui ont été prises durant la RICS.
08:51Et on voit parfois des choses même vraiment insoutenables.
08:53Des jeunes qui sont au sol, qui se font tabasser à coups de pieds, à coups de poing, à coups
08:57de bâton.
08:58C'est véritablement une violence qu'on a rarement vue avant en tout cas.
09:04Et une des conséquences de la multiplication de ces RICS, c'est que la vie quotidienne de ces lycéens n
09:09'est plus si simple.
09:10Ces RICS, elles avaient lieu effectivement sur la voie publique, elles avaient lieu dans les transports en commun.
09:15Et finalement, le dernier sanctuaire, c'était plus ou moins l'école.
09:19Il se trouve que ça ne l'est plus et que les RICS ne se passent pas toujours dans l
09:24'école, mais elles se passent juste devant, à la sortie, sur le chemin.
09:29Et un lycée ou un collège qui pourrait même être en zone neutre, comme ils le disent, peut être pris
09:35d'assaut par la bande voisine parce qu'ils savent qu'ils sont en surnombre dans cet établissement.
09:41Normalement, quand tu vas en cours, tu es en sécurité.
09:42Mais maintenant, on ne se sent plus trop en sécurité.
09:44On a peur, ça peut tuer notre scolarité.
09:45On n'est pas concentré, on se préoccupe de ce qui peut se passer à l'intérieur ou à l
09:50'extérieur de l'établissement.
09:51Il y a beaucoup d'intrusions dans les lycées ?
09:52Oui, il y en a régulièrement.
09:54Par exemple, le jeudi 19 septembre, on a pu constater que sur l'île de France, il y a eu
09:59six intrusions de groupes de jeunes dans des établissements scolaires.
10:02Maéram Guisset, la conséquence, c'est qu'aller au lycée est devenu dangereux pour beaucoup de jeunes.
10:06Alors, il y a beaucoup de jeunes qui décident soit de ne plus aller au lycée ou alors d'y
10:12aller, mais par des stratégies de contournement, d'évitement.
10:16C'est-à-dire qu'au lieu de mettre dix minutes à pied pour aller au lycée, ils vont mettre
10:2140 minutes en transport en commun ou alors deux heures en transport en commun.
10:25Et ils vont user de stratagèmes pour ne pas aller au lycée de secteur.
10:30Je vais aller au lycée un peu loin parce que je suis dans des histoires de bon travail.
10:36Le lycée, c'est de leur côté. Je ne peux pas y aller. Je suis obligé d'aller dans un
10:39autre lycée.
10:41À quel moment est-ce que vous avez réalisé que ces problèmes de violence entre quartiers avaient de plus en
10:46plus d'impact sur la scolarité des ados ?
10:49En allant justement à la rencontre de jeunes impliqués dans les RICS, plusieurs personnes me disent
10:55« Moi, j'arrive à aller à l'école, mais mon copain, par exemple, il n'y va pas depuis
11:00tant de mois. »
11:01Je commence à me poser des questions. Je leur demande « Mais est-ce que c'est fréquent pour vous
11:05? »
11:05Et en fait, ils me disaient « Oui, on est obligé de faire très attention. »
11:08Ils sont pour certains coincés dans leur quartier, dans leur déplacement.
11:13Et donc, ça se ressent par ricochet pour aller au lycée.
11:16Est-ce qu'on sait combien de lycéens sont concernés ?
11:18Il n'existe pas de chiffre pour dire combien de lycéens sont concernés par cette problématique.
11:24C'est très très difficile, du coup, de mesurer ce phénomène.
11:28On sait juste que nous, avec Florian et d'autres, je pense, qui s'intéressent à ces questions-là,
11:33que c'est une problématique réelle qui remonte du terrain.
11:36Nous, on a des professeurs, des proviseurs, des élèves, des mamans, des papas,
11:41qui nous parlent de ce sujet.
11:43Et donc, on sait qu'il y a quelque chose, que ça existe, mais on ne peut pas le quantifier.
11:47Et ce que vous avez aussi observé, c'est que les établissements ont beaucoup de mal à agir là-dessus.
11:52C'est très compliqué pour les établissements d'agir là-dessus, parce que c'est au cas par cas, en
11:56fait.
11:56Il n'y a pas de protocole généralisé pour tous les établissements en disant « vous devez agir ainsi et
12:02ainsi ».
12:02Donc, chaque établissement se débrouille à sa façon et tente d'apporter une solution.
12:09Très difficile, parce que c'est une problématique très, très, très compliquée.
12:12Et les ados directement concernés font comme ils peuvent, mais ce n'est pas si facile de changer d'établissement.
12:17Il faut donc essayer de se domicilier quelque part, parce que c'est très compliqué de faire déménager toute une
12:23famille.
12:24Dans de rares exceptions, ça peut arriver.
12:27La plupart du temps, les jeunes, en fait, décident de se débrouiller pour aller dans un lycée qui est loin
12:33de chez eux.
12:33Ils se domicilient chez un membre de la famille, qui peut être une tante, un oncle, un cousin, éloigné ou
12:38pas, peu importe.
12:39Mais en tout cas, ils se domicilient comme ça, dans le choix des options aussi.
12:43Ça peut être une stratégie pour éviter d'être dans le lycée de secteur.
12:47Mais de toute façon, ils font tout pour ne pas aller dans le lycée en territoire ennemi.
12:56Les réponses à ces violences se font surtout donc au niveau des familles, des individus.
13:00Mais dans votre enquête, vous avez rencontré un commissaire un peu spécial.
13:04Oui, le commissaire Bourdon, qui est en poste à Monjeron, dans l'Essonne.
13:07C'est quelqu'un qui a grandi dans les quartiers, donc qui lui-même connaît un petit peu à la
13:11fois les bons côtés et les mauvais côtés de ces quartiers.
13:14Lui, il essaye justement d'éloigner certaines victimes notamment,
13:18qui viennent de se faire frapper dans le cadre de ces affrontements entre bandes rivales devant les établissements ou dans
13:24les établissements.
13:25Il parvient à éloigner parfois les familles entières en travaillant avec les bailleurs sociaux.
13:29Sinon, il essaye de travailler avec les proviseurs ou les principaux pour essayer de voir, malgré les difficultés de moyens
13:36de transport en banlieue,
13:38il essaye de leur trouver un établissement éloigné, mais qui possède les mêmes options,
13:42où du coup, il n'y a pas la bande rivale ou en tout cas personne qui le connaisse.
13:45J'en ai fait changer, par mon intermédiaire, environ une douzaine.
13:48Cette douzaine de victimes, c'est des victimes à qui on a proposé un relogement éducatif.
13:54Le relogement éducatif, c'est quoi ? On lui a proposé d'aller, pour éviter tout problème, d'aller étudier
13:58dans un autre établissement.
13:59C'est un travail de longue haleine pour lui, qu'il effectue justement avec les chefs d'établissement.
14:04Il récupère les listes d'inscrits dans chacun des collèges et lycées du coin.
14:08Il épluche ces listes, sans donner de casier judiciaire ou de passé judiciaire de ces jeunes.
14:13Il dit que tel élève est affilié à telle bande, que tel autre élève est affilié à telle autre bande.
14:18Ça permet pour les chefs d'établissement de garder un oeil sur ces personnes-là,
14:22ou en tout cas d'essayer de ne pas mettre dans une classe 15 personnes d'une bande face à
14:27une autre personne
14:27qui se retrouverait isolée et qui se retrouverait forcément victime de ces guerres entre bandes rivales.
14:31Dans l'établissement scolaire, on va travailler sur la communauté de quartiers.
14:35Est-ce qu'on va pouvoir mettre tous ces gens-là dans les mêmes classes ?
14:38C'est une vraie question.
14:39Est-ce qu'on peut mettre des gens originaires d'un quartier, par exemple la Croix-Blanche,
14:42dans une classe où il y a une majorité de jeunes issus d'un quartier des Mardelles ?
14:47Si vous savez que ces deux quartiers sont antagonistes et ont tendance à s'affronter,
14:50vous allez limiter cette présence-là.
14:52Ce n'est pas réserver des classes aux gens des Mardelles et réserver des classes aux gens de la Croix
14:56-Blanche.
14:57C'est faire attention au positionnement des élèves dans les classes.
15:00En parallèle, lorsque certaines RICS éclatent,
15:03ils essayent d'éloigner parfois des familles entières en travaillant avec les bailleurs sociaux.
15:08Sinon, il s'occupe avec des chefs d'établissement, de circonscriptions voisines ou même de départements voisins
15:13d'essayer de trouver un cursus qui convienne à cette victime,
15:18puisse continuer sa scolarité plutôt que d'être déscolarisée par peur de coups dans son établissement
15:22où il a déjà été pris à partie.
15:24Mais dans le territoire dont il s'occupe, ce commissaire, il n'y a que six établissements, six collèges et
15:28lycées ?
15:29Son action est limitée géographiquement à son secteur géographique, c'est une évidence.
15:32Il n'y a aucun protocole qui est mis en place entre les forces de l'ordre et l'éducation
15:38nationale.
15:39C'est un très bon exemple localisé grâce à des initiatives locales
15:43de la part des chefs d'établissement et de ce commissaire
15:46qui sont assez difficiles à mettre en place de toute façon
15:50parce que ça demande un travail considérable d'éplucher les listes de 8000 élèves.
15:53Mais c'est finalement l'un des rares moyens pour travailler en amont sur d'éventuels affrontements futurs.
16:06Mayram Guisset, c'est très difficile pour ces jeunes de sortir des bandes
16:10et pourtant eux aussi, ils ont des rêves, des projets d'avenir.
16:13Quand ils s'en parlent entre eux, ils se moquent d'abord.
16:17Je me souviens d'une conversation notamment avec Abdel et d'autres
16:20et je leur dis « qu'est-ce que vous voulez faire plus tard ? »
16:23Donc au début, silence, personne ne répond.
16:27Et un d'eux finit par me dire « moi je voudrais ouvrir une agence de voyage ».
16:32Tout le monde rigole « mais tu n'y arriveras pas. Arrête de croire que tu vas y arriver.
16:37Ce n'est pas possible, ce n'est pas pour nous » en fait, c'était ça ce qu'ils
16:40voulaient dire.
16:41Finalement l'un d'eux dit « bah non, mais pourquoi pas ? Pourquoi est-ce que je n'y
16:44croirais pas ? »
16:45Et là en fait finalement il y en a qui me disent « je vais être informaticien, je veux travailler
16:49dans l'immobilier ».
16:51Ils avaient tous des rêves qu'ils n'arrivaient pas forcément à formuler
16:55ou en tout cas ils s'interdisaient de les formuler.
16:58Est-ce qu'il y a un moment où ces ados sortent de ces violences ?
17:01Oui, il y a un moment où ces jeunes arrivent à sortir de ce cycle de violences,
17:05notamment vers 20 ans ou un peu après la majorité,
17:09quand souvent ils commencent à se poser, c'est-à-dire à avoir une petite amie,
17:14à avoir envie de fonder une famille.
17:16Tout de suite les enjeux changent et aussi quand ils se projettent dans leur futur,
17:20en fait dans la vie professionnelle,
17:22là il n'y a plus de place pour, comme ils disent, les embrouiller.
17:25Mais est-ce qu'à ce moment-là, ils payent le fait d'avoir une scolarité difficile ?
17:29C'est là tout l'enjeu en fait.
17:31Vers 17 ans, ils commencent à se poser des questions.
17:33« Attends, là je ne peux plus aller en cours.
17:35Qu'est-ce que je veux faire plus tard ? »
17:36Parce qu'on vient de le dire, ils ont des rêves, ils ont envie de réussir professionnellement,
17:40sauf qu'ils sont limités au niveau scolaire,
17:43parce qu'ils n'ont pas pu avoir une scolarité normale.
17:46Ils se retrouvent donc à ne pas pouvoir vivre pour certains leurs rêves.
17:50Donc oui, tout ça provoque une certaine réflexion
17:52et pousse en tout cas à l'envie de sortir de toutes ces histoires.
17:57À vos yeux, quelle pourrait être la solution pour mettre fin à ces violences
18:00et au problème de déscolarisation de certains ados ?
18:03Une des solutions évoquées par des associations, mais aussi des CPE,
18:07ce serait de créer du lien entre des jeunes de différents quartiers.
18:11Donc l'idée, c'est qu'ils se rencontrent assez tôt,
18:13dès la primaire pour certains,
18:15pour justement créer une relation en fait.
18:19Ça pourrait permettre en fait que les jeunes ne se voient pas comme des ennemis
18:23qui se disent, bon, on est les mêmes, on vit dans les mêmes quartiers,
18:26on est confrontés aux mêmes problématiques,
18:28on peut très bien s'entendre, les parents arrivent à s'entendre,
18:32pourquoi est-ce que les enfants n'y arrivent pas ?
18:34C'est un problème qui pose beaucoup de questions ?
18:36C'est un problème qui pose beaucoup de questions,
18:37parce que c'est des jeunes qui certes se battent entre eux,
18:41pour certains, ils ne savent pas pourquoi,
18:43mais ils ont ce besoin de le faire,
18:45parce qu'ils se sentent quelque part reconnus.
18:47Certains n'existent que par ça.
18:50C'est très compliqué.
18:52Et en fait, il y a aussi cette notion de...
18:54Alors certains, moi, me disaient qu'ils se sentaient aussi rejetés
18:57quand ils arrivaient quelque part,
19:00et donc c'était pour eux une manière d'exister aussi.
19:03Comme si dans la société, ils ne pouvaient pas exister autrement.
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19:32ou sur les réseaux sociaux.
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