Le gouvernement vient de dévoiler son projet de réforme des retraites avec une mesure phare qui divise : allonger l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Code source revient sur les spécificités de notre système de retraite, l’histoire des grandes réformes qui l’ont modifié avec Sébastien Lernould, chef du service économie du Parisien, et Valérie Hacot, cheffe-adjointe du service politique.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert, Emma Jacob et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : France Info, CNews, LCI, France 2, France 24, INA, TF1, RMC.
#réformes #france
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert, Emma Jacob et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : France Info, CNews, LCI, France 2, France 24, INA, TF1, RMC.
#réformes #france
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12L'âge légal de départ à la retraite va passer de 62 à 64 ans,
00:17principale annonce de la chef du gouvernement Elisabeth Borne le mardi 10 janvier,
00:21dans le cadre d'une réforme des retraites.
00:23Tous les syndicats ont affiché dans la foulée leur hostilité au projet
00:27en annonçant une première journée de grève et de manifestation, le 19 janvier.
00:32Comment le système des retraites a-t-il évolué en France ces dernières décennies ?
00:36Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il décidé de mener cette réforme ?
00:39Et qu'avait-il fait sur cette question pendant son premier quinquennat ?
00:42Réponse dans Codesource aujourd'hui avec deux journalistes du Parisien,
00:46Sébastien Lernou, chef du service économie,
00:48et Valérie Hacot, chef adjointe du service politique.
00:58Sébastien Lernou, d'un mot, c'est quoi l'âge légal de départ à la retraite ?
01:02L'âge légal de départ à la retraite, c'est l'âge auquel un Français qui a travaillé
01:07a le droit de partir à la retraite.
01:10Aujourd'hui, cet âge est de 62 ans.
01:13Ça veut dire qu'on n'a pas le droit de partir à la retraite avant cet âge-là.
01:17Tout simplement, on ne peut pas faire valoir ses droits à la retraite.
01:20Donc soit on travaille, soit on est au chômage, mais on ne peut pas toucher sa pension.
01:23Il y a quelques exceptions.
01:25Certains actifs qui ont commencé à travailler tôt, qui ont eu des métiers pénibles,
01:28peuvent partir avant.
01:29Mais la grande majorité des Français n'ont pas le droit de partir à la retraite avant 62 ans.
01:35Une fois qu'un Français prend sa retraite, il touche une pension de retraite chaque mois,
01:39au-delà du salaire qu'il gagne avant, bien sûr.
01:41De quoi dépend le montant de cette pension ?
01:44Alors déjà, ça va dépendre de son statut.
01:47Est-ce que c'est un salarié du privé ou est-ce que c'est un fonctionnaire ?
01:49Si c'est un salarié du privé, sa pension sera calculée sur les 25 meilleures années de sa carrière.
01:56Alors que si c'est un fonctionnaire, sa pension sera calculée sur les 6 derniers mois de sa carrière.
02:02Ça, c'est le premier point.
02:03Deuxième point, ça va dépendre de la durée de cotisation,
02:06de combien d'années il aura cotisé tout au long de sa carrière.
02:09Il faut cotiser un certain nombre d'années qui dépendent de l'année de naissance.
02:14Qu'on soit né en 61, en 62, en 70, en 75, ce n'est pas la même durée de
02:19cotisation pour toucher ce qu'on appelle une retraite à taux plein,
02:22c'est-à-dire le maximum de la pension qu'on peut toucher.
02:25Si on n'a pas cotisé suffisamment, on a ce qu'on appelle une décote, c'est-à-dire un
02:30malus sur sa pension de retraite.
02:31On touche moins que ce qu'on aurait pu avoir.
02:34Il y a une autre façon de toucher la pension maximale à laquelle on a droit, la retraite à taux
02:37plein donc, laquelle ?
02:39En fait, il suffit de travailler jusqu'à 67 ans, c'est-à-dire qu'à 67 ans, quel que
02:44soit son parcours de vie,
02:46quelle que soit sa carrière professionnelle, on touche une retraite à taux plein.
02:50Dans cet épisode de Codesources, on va résumer brièvement l'histoire des retraites en France
02:55pour en venir à ce cas promis et fait sur cette question.
02:59Emmanuel Macron depuis 2017, évidemment, nous ne serons pas exhaustifs.
03:02La première caisse de retraite remonte au XVIIe siècle.
03:06Sous Louis XIV, le secrétaire d'État Jean-Baptiste Colbert met en place une pension pour les marins de la
03:13Marine Nationale.
03:14Près de trois siècles plus tard, pendant le régime de Vichy, d'abord en 1941,
03:19puis à la libération en 1945, un système de retraite par répartition est mis en place.
03:25C'est-à-dire que celles et ceux qui travaillent, les actifs, paient les pensions de celles et ceux qui
03:30sont à la retraite.
03:32C'est bien ça Sébastien Lernou ?
03:33C'est ça. C'est un système où les personnes qui travaillent cotisent pour les personnes qui sont à la
03:39retraite au même moment.
03:41Ce n'est pas quelqu'un qui lui-même cotise pour sa future retraite.
03:45C'est un travailleur cotise pour un retraité au même moment.
03:49On fait un nouveau saut dans le temps.
03:50En 1993, sous Jacques Chirac, Sébastien Lernou, le gouvernement d'Edouard Balladur fait une réforme des retraites.
03:57À ce moment-là, il y a un déficit au niveau du système de retraite.
04:02Un système de répartition, ça fonctionne quand vous avez suffisamment d'actifs, de travailleurs qui peuvent payer les retraites, les
04:08pensions des retraités.
04:09Ça a fonctionné pendant plusieurs décennies.
04:11Dans les années 70, vous aviez par exemple trois cotisants, trois actifs qui payaient une retraite.
04:16Au début des années 90, on baissait, on était à peu près à deux cotisants pour une retraite.
04:21Ce ratio ne cesse de baisser pour plusieurs raisons.
04:24D'abord parce qu'il y avait de plus en plus de retraités qui vivaient de plus en plus longtemps.
04:27Et en même temps, vous avez eu plusieurs crises économiques qui fait qu'il y a eu un peu moins
04:31d'actifs qui pouvaient payer ces retraites.
04:33Balladur, qui à l'époque premier ministre de la cohabitation sous François Mitterrand, décide de mettre en place une réforme
04:39avec trois grands principes.
04:42Le premier, c'est qu'on allonge la durée de cotisation.
04:45C'est-à-dire que pour toucher une retraite, vous avez deux critères principaux.
04:49C'est un, l'âge légal de départ à la retraite et deux, le nombre d'années qu'on a
04:53cotisé pour pouvoir toucher une retraite.
04:56Jusqu'à présent, il fallait avoir cotisé 37 ans et demi pour pouvoir partir avec une retraite à taux plein.
05:02Il décide de passer de 37 et demi à 40 ans pour les salariés du privé.
05:08Deuxième chose qu'il met en place, jusqu'à présent, le calcul de la pension se faisait sur les dix
05:15meilleures années de la vie de l'actif.
05:17Il allonge à 25 ans pour justement jouer un peu sur le montant des pensions qui vont baisser un peu.
05:23Et il y a un troisième critère qui était un peu technique, mais qui lui, pour le coup, a vraiment
05:26fait baisser les pensions.
05:27C'est qu'il a indexé le montant moyen des pensions des retraités, non plus sur les salaires, comme ça
05:34se faisait jusqu'à présent, mais sur l'inflation.
05:36Deux ans plus tard, en 1995, le Premier ministre, Alain Juppé, veut appliquer la même réforme aux fonctionnaires, donc un
05:43allongement de la durée de cotisation.
05:45Mais face à des grèves et des manifestations massives, il doit faire machine arrière.
05:50Nous n'entendons pas unifier les régimes de retraite qui sont nés d'une longue histoire.
05:57Leurs particularités seront maintenues parce qu'elles répondent à des logiques de fonction et de métier, je l'ai dit,
06:03spécifiques.
06:03Mais les grévistes n'ont pas entendu le Premier ministre.
06:07Aujourd'hui, la mobilisation est restée très forte.
06:09Pour les cheminots, le fait même de toucher à leur régime de retraite est déjà de trop.
06:14L'allongement de la durée de cotisation a finalement été acté sous Jacques Chirac en 2003 pour les fonctionnaires,
06:20puis en 2007 pour les bénéficiaires des régimes spéciaux, juste après l'élection de Nicolas Sarkozy.
06:27Trois ans plus tard, en 2010, le ministre du Travail de François Fillon, Eric Wörth, modifie l'âge légal de
06:34départ à la retraite.
06:35Eric Wörth décide de jouer sur le deuxième paramètre qui permet d'améliorer les comptes d'un système de retraite.
06:40On avait vu avant que c'était sur la durée de cotisation.
06:43Lui s'attaque à l'âge légal, effectivement le passant de 60 à 62 ans.
06:47Nous avons pensé que 62 ans était au fond l'âge le plus efficace, à la fois socialement et à
06:55la fois économiquement.
06:57Il y a une deuxième mesure également dans cette réforme, c'est qu'il fait passer l'âge de retraite
07:03à taux plein de 65 à 67 ans.
07:06Je m'explique.
07:06À cette époque-là, si vous n'aviez pas tout votre trimestre, vous pouviez partir à 65 ans avec une
07:12retraite à taux plein.
07:14Avec la réforme d'Eric Wörth, il faut attendre 67 ans, quelle que soit la durée de cotisation, pour pouvoir
07:20partir avec une retraite à taux plein.
07:22Autre réforme des retraites importante, Sébastien Lernou, c'est en 2014, sous François Hollande, réforme portée par la ministre des
07:29Affaires Sociales, Marisol Touraine.
07:31C'est la réforme Touraine.
07:32Elle est assez peu connue, cette réforme, pourtant elle est très importante et elle est en cours d'application en
07:37ce moment.
07:37C'est-à-dire qu'elle aussi, elle allonge la durée de cotisation.
07:40Elle fait passer de 41 ans et demi de cotisation à 43 ans pour pouvoir toucher une retraite à taux
07:47plein.
07:47L'idée étant de faire en sorte que ce soit la génération 1973, puis les générations qui suivent, qui soient
07:55contraintes de partir après 43 ans de durée de cotisation.
07:58Valéry Ako, pendant la campagne présidentielle de 2017, l'ancien ministre de l'économie de François Hollande, Emmanuel Macron, promet
08:05de réorganiser complètement le système des retraites.
08:09Quelle est sa promesse ?
08:09Le candidat Emmanuel Macron, il pose un diagnostic.
08:13A l'époque, il estime, et là je le cite, que le problème des retraites n'est plus un problème
08:17financier.
08:18Ce qu'il promet, lui, c'est effectivement de revoir du sol au plafond tout le système des retraites.
08:23Le système des retraites français à ce moment-là, et d'ailleurs toujours aujourd'hui, il y a 42 différents
08:28régimes de retraite.
08:28Le but du jeu, c'est de ne le faire plus qu'un seul.
08:31Je ne modifie pas l'âge de départ à la retraite durant le quinquennat, mais progressivement, je mets en place
08:37un système beaucoup plus juste et transparent,
08:39où chaque euro cotisé donne lieu au même droit.
08:44Et pourquoi est-ce qu'il veut faire ça ? C'est pour des histoires de justice et d'équité
08:47entre les Français,
08:48pour ne pas qu'il y ait certains professionnels, certains régimes qui soient plus favorisés par rapport à d'autres.
08:54Et puis, il y a aussi cette idée que les gens vont pouvoir aussi changer de profession pendant leur vie,
08:59beaucoup plus facilement que ça n'a été le cas pendant des décennies, parce que le monde du travail a
09:04changé.
09:04Et donc, de ce fait, avec un régime de retraite unifié, ça va faciliter la vie pour un salarié ou
09:09pour un fonctionnaire
09:10de pouvoir suivre plus facilement, au cas par cas, l'évolution de ses droits à la retraite.
09:15Emmanuel Macron est élu président le 7 mai 2017.
09:18Et à la rentrée 2017, il charge un haut fonctionnaire, un certain Jean-Paul Delevoye, de préparer cette réforme des
09:24retraites.
09:25Sébastien Lernou, Jean-Paul Delevoye devenu haut commissaire à la réforme des retraites,
09:30dévoile son rapport près de deux ans plus tard, en juillet 2019.
09:34Que contient ce document en résumé ?
09:36Il contient une simplification du système des retraites français.
09:39Effectivement, il y a 42 régimes différents.
09:41Donc l'idée étant de simplifier tout ça et d'avoir un système universel qui fonctionne par points.
09:48On arrête de cotiser des trimestres, on cumule des points tout au long de sa carrière
09:51où un point donne les mêmes droits, quel que soit son statut, quel que soit sa profession, quel que soit
09:58son parcours.
09:59Dans le projet, il y a également, de fait, la fin progressive des régimes spéciaux, vu que tout le monde
10:06a les mêmes droits.
10:07Et il y a aussi ce qu'on a appelé l'instauration d'un âge de taux plein à 64
10:12ans.
10:13L'idée de Jean-Paul Delevoye, c'est qu'on ne touche pas à l'âge légal de départ à
10:1762 ans.
10:18En revanche, on met en place un âge pivot à 64 ans où, si on travaille en dessous de 64
10:25ans, on a une décote, c'est-à-dire qu'on a un malu sur son montant de la pension.
10:29Et si on travaille au-delà de 64 ans, on a une surcote, un bonus.
10:34On gagne un petit peu plus que ce qu'on aurait dû.
10:36Est-ce que c'est une façon de changer l'âge légal de départ à la retraite sans le dire
10:39?
10:39Non, parce qu'effectivement, un Français peut toujours partir à 62 ans s'il le souhaite.
10:43En revanche, s'il part à 62 ans, il part avec une pension moins importante.
10:48Donc forcément, l'idée, c'est de pousser ce Français à travailler plus longtemps, au moins à 64 ans, et
10:53si possible au-delà.
10:55Valéry Hacot, en décembre 2019, le mercredi 11 décembre, le Premier ministre, Edouard Philippe, dévoile les grandes lignes de la
11:03réforme devant le Conseil économique, social et environnemental, le CESE à Paris.
11:07Et il retient le système d'un âge pivot.
11:11Le numéro 1 du syndicat réformiste CFDT, Laurent Berger, est dans la salle, mais quand il entend ça, il claque
11:17la porte.
11:18Sébastien Lernou, cette réforme à venir fait beaucoup de mécontents.
11:22Oui, parce qu'au début, la philosophie du projet d'Emmanuel Macron, les syndicats étaient plutôt intéressés, et notamment la
11:28CFDT et Laurent Berger.
11:29En revanche, quand il y a eu l'âge pivot qui, de fait, incitait les gens à travailler plus longtemps,
11:35les syndicats estiment à ce moment-là que ça pénalise des Français,
11:38notamment les Français qui ont commencé à travailler très tôt, qui ont souvent eu des emplois difficiles, pénibles.
11:43Ils trouvaient que finalement, cette réforme devenait injuste.
11:46Les journées de grève et de manifestations sont très suivies.
11:49Par exemple, le 17 décembre, il y a au total en France entre 600 000 et plus d'un million
11:54et demi de personnes dans les rues, suivant les sources.
11:57Valérie Hacot, au début de l'année 2020, s'engage à un bras de fer législatif.
12:01Et finalement, le 29 février, alors que la France déplore ses premiers morts du Covid, le chef du gouvernement, Édouard
12:08Philippe, a recours au 49.3, l'article 49.3 de la Constitution,
12:13qui permet de faire adopter un texte sans passer par le vote à l'Assemblée.
12:17Édouard Philippe, il prend tout le monde de court ce jour-là.
12:20On est dans la crise du coronavirus et, à la surprise générale, Édouard Philippe arrive à l'Assemblée à 17h35
12:27et dépose son 49.3 sur la réforme des retraites.
12:31« Conformément à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution de 1958, et après en avoir obtenu l'autorisation
12:37du Conseil des ministres du 29 février,
12:40j'ai décidé d'engager la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi instituant un système universel de retraite.
12:49»
12:49Pourquoi est-ce qu'il fait ça, Édouard Philippe ?
12:51On pourrait se dire « ça va passer tranquille » puisqu'il a une majorité absolue à l'époque à
12:56l'Assemblée nationale.
12:57Sauf que les oppositions font ce qui s'appelle obstruction.
13:00Il y a plus de 41 000 amendements qui sont déposés sur la réforme des retraites.
13:04Donc l'examen n'avance absolument pas et le gouvernement, il veut aller vite quand même sur cette réforme.
13:08Il veut une adoption avant l'été pour une raison toute bête, c'est que ça prendrait 18 mois pour
13:13que la réforme soit mise en place.
13:15C'est-à-dire qu'elle arriverait juste avant l'élection présidentielle, cette réforme, si elle devait être mise en
13:19place à ce moment-là.
13:20Donc ça, ils ne veulent pas. Ils veulent aller beaucoup plus vite et la tombe le 49.3.
13:23La réforme est adoptée quelques jours plus tard à l'Assemblée nationale.
13:26Mais c'est le début donc de la pandémie de Covid.
13:29Et le lundi 16 mars 2020, Emmanuel Macron prononce un discours à la télévision.
13:34Son ton est grave.
13:36Nous sommes en guerre. En guerre sanitaire, certes.
13:41Toute l'action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l'épidémie.
13:47C'est pourquoi j'ai décidé que toutes les réformes en cours seraient suspendues, à commencer par la réforme des
13:54retraites.
13:55Sébastien Lernou, dans les deux ans qui suivent, en résumé, que devient la réforme d'Emmanuel Macron ?
14:00Elle ne devient pas grand-chose parce que ni la France, ni le gouvernement, ni les Français n'ont vraiment
14:05la tête à la réforme des retraites.
14:07Le seul sujet économique qui tienne, c'est le fameux « quoi qu'il en coûte » du gouvernement.
14:12Où la priorité, un, d'abord, c'est de sauver l'économie française.
14:20Arrive la campagne électorale pour la présidentielle des dimanches 10 et 24 avril 2022.
14:25Le 17 mars, Emmanuel Macron dévoile son programme à Aubervilliers, près de Paris, concernant les retraites.
14:31Il ne parle plus de simplifier le système des retraites en l'uniformisant, mais il promet de repousser l'âge
14:39légal de départ à la retraite, de 62 à 65 ans.
14:43Valérie Hacot, pourquoi faire cette promesse à ce moment-là ?
14:46Disons que là, Emmanuel Macron, il a effectivement totalement changé de discours par rapport au candidat de 2017.
14:51Le candidat de 2022, il n'est plus du tout sur une refonte générale du système, il est sur un
14:56âge légal repoussé à 65 ans.
14:58La réforme que je souhaite mener, c'est d'augmenter l'âge légal progressivement, comme on l'a toujours fait
15:05d'ailleurs, jusqu'à 65 ans.
15:06Quelques mois auparavant, les Républicains se sont désignés une candidate, à savoir Valérie Pécresse, au mois de décembre.
15:13Et Valérie Pécresse, elle a une mesure phare dans son programme, c'est la retraite à 64 ans.
15:20Donc Emmanuel Macron, qui a une problématique pour cette campagne présidentielle, à savoir aller chercher les électeurs de droite pour
15:27qu'il vote pour lui,
15:28il va faire plus crédible que crédible que Valérie Pécresse.
15:31Donc on ne fait pas du 64 ans, on fait du 65 ans.
15:33Sébastien Lernou, ça change quoi au fond de passer d'une réforme du système à une réforme portant sur l
15:40'âge légal de départ à la retraite ?
15:42Eh bien ça change qu'en fait on fait une réforme comme on en fait depuis 30 ans.
15:46Alors que la promesse originelle, c'était de véritablement revoir de fond en comble le système,
15:51on refait une réforme paramétrique, c'est-à-dire qu'on joue sur les paramètres,
15:56durée de cotisation ou report de l'âge légal, pour équilibrer les comptes.
16:01Mais au fond, est-ce qu'il y a vraiment besoin de faire des économies finalement ?
16:04C'est le sujet fondamental de cette réforme.
16:07Le Conseil d'orientation des retraites, qui est un organisme qui est là pour assurer et vérifier
16:13que notre système des retraites sera pérenne dans les années, dans les décennies à venir,
16:18a formulé plusieurs scénarios et on estime que dans les années à venir,
16:22le système des retraites sera déficitaire.
16:25On prévoit un déficit de plus de 12 milliards d'euros en 2027 et jusqu'à 23 milliards d'euros
16:31en 2040.
16:32Ça, c'est ce que dit le Conseil d'orientation des retraites.
16:35Il y a d'autres économistes qui, eux, disent non, il n'y a pas péril en la demeure aujourd
16:40'hui.
16:41Certes, on sera en déficit de quelques milliards d'euros,
16:45mais ça ne remet pas en cause le système des retraites, comme le dit aujourd'hui Emmanuel Macron.
16:51Valérie Ako, quelques jours plus tard, le 11 avril, Emmanuel Macron fait un déplacement de campagne à Denain, dans le
16:57Nord.
16:57Or, le président sortant, candidat à sa réélection, est interpellé sur la question des retraites.
17:02Il se retrouve à Denain, qui est une ville du Nord de la France, qui est une des villes les
17:05plus pauvres de France,
17:06qui est une ville où il y a un très fort vote du Rassemblement National.
17:09Et en se promenant à Denain, Emmanuel Macron, il se prend le réel en pleine figure.
17:13C'est-à-dire qu'il est confronté à des habitants qui lui font part de sa très grande défiance.
17:18Et là, le président de la République, pour la première fois, qui sait qu'il est en train de jouer
17:23sa réélection au second tour,
17:25laisse entendre que ça pourrait ne pas être 65 ans, l'âge d'égal, mais 64 ans.
17:29Je suis prêt à bouger le rapport au temps, et donc à dire qu'on ne fait pas forcément une
17:33réforme jusqu'à 2030,
17:34si on sent trop d'angoisse chez les gens.
17:36Je ne suis pas un fétichiste.
17:38On ne peut pas dire le dimanche soir, je veux rassembler et écouter,
17:41et quand on va écouter les gens, dire, je reste et je ne bouge pas.
17:45Emmanuel Macron est réélu face à Marine Le Pen le dimanche 24 avril,
17:50avec 58,5% des suffrages contre 41,5% pour la candidate du Rassemblement National.
17:56Une fois l'été passé, Emmanuel Macron est bien décidé, cette fois-ci, à avancer rapidement sur ce dossier.
18:02Le 12 septembre, il dit, hors micro, en off, à des journalistes politiques,
18:07qu'il n'exclut pas d'avoir recours à l'article 49.3 pour faire passer la réforme.
18:12L'information sort et elle provoque un tollé, y compris de certains alliés du président,
18:17comme le centriste François Bayrou, le patron du Modem.
18:20Finalement, Elisabeth Borne consulte les syndicats à Matignon.
18:24Sébastien Lernou, est-ce que c'est une vraie concertation ?
18:26En tout cas, il est prévu à ce moment-là de mettre en place un cycle de concertation avec les
18:31syndicats.
18:32Plusieurs thèmes doivent être abordés avant la présentation du projet de loi,
18:35qui à l'époque est prévu en décembre.
18:38Plusieurs sujets sont sur la table, notamment les dispositifs carrière longue,
18:42la pénibilité, les régimes spéciaux et l'emploi des seniors.
18:46Ce que disent les syndicats, c'est que certes, ils sont reçus à Matignon
18:49et aussi et surtout au ministère du Travail par le ministre Olivier Dussopt.
18:54Mais ce qu'ils disent, c'est qu'en fait, ils n'ont pas de réponse à leurs questions.
18:57Ils ont l'impression que ça ne sert à rien.
18:58Le vendredi de décembre, la première ministre est face au journaliste du Parisien pour une interview.
19:03Sébastien Lernou, concernant l'âge légal de départ à la retraite, qu'est-ce qu'elle dit ?
19:08La première ministre dit deux choses.
19:09D'abord, un, elle rappelle l'engagement présidentiel,
19:12le report progressif de l'âge de départ à la retraite de 62 à 65 ans d'ici à 2031.
19:19Mais s'il y a un autre chemin proposé par les organisations syndicales et patronales
19:24qui permettent d'atteindre le même résultat, équilibrer les comptes du système de retraite,
19:29à l'horizon 2030.
19:30On l'étudiera.
19:32Nous, journalistes au Parisien, on la relance sur les 64 ans.
19:36Et effectivement, elle laisse la porte ouverte à un autre scénario, un départ à 64 ans.
19:43À ce moment-là, le gouvernement fait savoir que la réforme sera présentée le 15 décembre.
19:47Et finalement, trois jours avant l'échéance, le 12 décembre,
19:50Emmanuel Macron annonce que ce rendez-vous est reporté au mois de janvier.
19:55Il nous est apparu pertinent de décaler de quelques jours ou quelques petites semaines
20:01l'annonce de la finalisation de la proposition du gouvernement.
20:05Et donc, au lieu d'opter pour le 15 décembre, nous ferons ça le 10 janvier.
20:09Valérie Hacot, pourquoi ce nouveau report d'un mot ?
20:12Clairement, je pense qu'une des raisons, c'était quand même, évidemment,
20:15de ne pas avoir de blocage du pays pour les fêtes de fin d'année.
20:19Et puis, il y avait aussi Elisabeth Borne qui, elle, souhaitait poursuivre les concertations
20:24avec les partenaires sociaux, évidemment, et puis aussi avec les oppositions
20:28et en particulier les Républicains, en espérant arriver à un deal
20:32avant la présentation du texte le 10 janvier.
20:34Elisabeth Borne, la première ministre, est sur France Info le mardi 3 janvier.
20:38Elle temporise à nouveau sur le report de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans.
20:43Elle redit qu'elle ne veut pas en faire, je cite, un totem.
20:46Ce n'est pas un totem.
20:48Il y avait un doute pendant la campagne.
20:4965 ans, ce n'est pas un totem.
20:51Ça n'est pas un totem, je le redis.
20:53Il y a d'autres solutions qui peuvent permettre aussi d'atteindre ce qui est notre objectif, l'équilibre.
20:59Finalement, 64 ans, 65 ans comme âge légal de départ à la retraite,
21:03qu'est-ce que ça change en termes d'économie ?
21:05Alors, c'est intéressant parce que pourquoi est-ce que le gouvernement,
21:08il a ouvert la porte au scénario des 64 ans avec une accélération du calendrier,
21:13de l'allongement de la durée de cotisation ?
21:15Tout simplement parce que d'ici 2030, les économies sont sensiblement les mêmes
21:19que l'on choisisse le scénario 1 ou que l'on choisisse le scénario 2.
21:22En revanche, après 2030, selon les projections,
21:25on estime que c'est un report de l'âge légal à 65 ans
21:28qui permet de faire plus d'économies.
21:34Cette semaine-là, donc la semaine du lundi 2 janvier,
21:37Elisabeth Borne reçoit à Matignon les représentants des groupes de sénateurs et de députés.
21:42Elle discute aussi une nouvelle fois avec les syndicats et les organisations de patrons.
21:47Sébastien Lernou, à ce moment-là, quelle est la question qui est encore en suspens ?
21:51C'est toujours la même question.
21:53Quel scénario va présenter le 10 janvier le gouvernement ?
21:56Est-ce que c'est un report de l'âge légal à 65 ans ?
21:59Ou est-ce que c'est un report de l'âge légal à 64 ans ?
22:02Mais en accélérant le calendrier de la réforme Touraine,
22:06c'est-à-dire de faire en sorte que les générations avant 1973
22:10seront obligées de cotiser plus longtemps pour avoir une retraite à taux plein.
22:14Valérie Ako, Emmanuel Macron n'a pas la majorité absolue à l'Assemblée.
22:19Le gouvernement peut toujours faire passer la réforme en utilisant le 49-3.
22:23Mais est-ce qu'il peut espérer faire adopter le texte 149-3 avec l'appui des députés républicains ?
22:30En tout cas, le gouvernement s'emploie depuis des semaines, voire des mois,
22:33à essayer de raccrocher les républicains et à essayer de décrocher leur vote sur cette réforme.
22:39Et d'ailleurs, le choix d'un report de l'âge légal à 64 ans,
22:43de ce point de vue-là, il ne tient absolument pas du hasard.
22:47Tout bonnement, parce qu'Éric Ciotti, qui est le nouveau président du parti Les Républicains,
22:52a fait savoir qu'il serait prêt à voter une réforme
22:55qui reporterait l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans.
22:59On en arrive au mardi 10 janvier.
23:01La chef du gouvernement, Elisabeth Borne, présente la réforme,
23:04d'abord au cours d'une conférence de presse en fin de journée,
23:06puis le soir à la télé dans le journal de France 2.
23:10Sébastien Lernou, l'âge légal de départ à la retraite,
23:13est repoussé à 64 ans.
23:15L'âge légal de départ à la retraite passe de 62 à 64 ans.
23:20À compter du 1er septembre, l'âge légal de départ à la retraite
23:24sera relevé progressivement de 3 mois par an pour atteindre 64 ans en 2030.
23:31Et en même temps, la durée de cotisation est allongée jusqu'à 43 ans.
23:36Donc ça, c'était la fameuse réforme touraine ?
23:38C'était la fameuse réforme touraine.
23:40D'après Elisabeth Borne, ce seront tous les Français nés à partir de 1965
23:44qui seront concernés par l'allongement de la durée de cotisation jusqu'à 43 ans.
23:52Cette réforme concerne les fonctionnaires et les régimes spéciaux
23:55comme ceux de la RATP, des électriciens gaziers ou encore des clercs de notaire.
23:59Expliquez-nous ça.
24:00Effectivement, il n'y a pas de traitement de faveur.
24:02Les fonctionnaires comme les bénéficiaires des régimes spéciaux
24:04devront travailler deux ans de plus
24:06et également l'allongement de la durée de cotisation les concernera.
24:10En revanche, il y a quand même une petite subtilité,
24:13notamment pour les régimes spéciaux.
24:15C'est-à-dire que les bénéficiaires actuels des régimes spéciaux
24:18vont conserver quelques avantages de leur système de retraite.
24:21En revanche, ceux qui seront embauchés à partir de la mise en application
24:24de la réforme de la retraite
24:25ne profiteront plus des avantages de leur régime spécial.
24:29Elisabeth Borne annonce une mesure en faveur des petites retraites,
24:33l'augmentation de la pension minimum pour les carrières complètes
24:36à 85% du SMIC net, environ 1 200 euros bruts.
24:40Pas de changement pour l'âge de départ sans décote.
24:43Il est maintenu à 67 ans.
24:46Sébastien Lernou, juste après les annonces d'Elisabeth Borne,
24:49dans la soirée, les syndicats ont annoncé
24:51une première journée de grève et de manifestation
24:53pour le jeudi 19 janvier.
24:55Ils n'ont pas traîné.
24:57À peine a-t-elle présenté son projet de réforme
24:58que tous les syndicats ont annoncé une journée de mobilisation ?
25:02C'est important de dire que tous les syndicats,
25:04lors des derniers mouvements, il y avait beaucoup de fritures,
25:06notamment entre la CGT et la CFDT.
25:08Cette fois-ci, ils y vont tous dans la rue.
25:10Suite à l'annonce de la réforme gouvernementale,
25:14toutes les organisations syndicales se sont immédiatement réunies
25:18pour construire une réponse commune de mobilisation interprofessionnelle.
25:23Celle-ci prendra la forme d'une première journée de grève et de manifestation
25:28le 19 janvier 2023.
25:30Maintenant, la question, c'est qu'est-ce qui va se passer ensuite ?
25:34Est-ce que, un, le front syndical restera uni ?
25:37Le gouvernement a mis sur la table des mesures
25:39qui peuvent intéresser les syndicats réformistes
25:41comme la CFE, CGC, voire la CFDT,
25:43et qui pourraient donc soutenir la réforme des retraites ?
25:47Deux, est-ce qu'il y aura suffisamment de monde dans la rue
25:50pour maintenir une pression sociale et faire plier le gouvernement ?
25:54Et trois, comment est-ce que ça va se passer entre la CGT et la CFDT ?
25:58En sachant que, du côté de la CGT, il y a un congrès qui se prépare
26:01qui est prévu fin mars,
26:03et il est possible que le syndicat aille dans une radicalité
26:06qui ne plaise pas la CFDT.
26:28Merci à Sébastien Lernou et Valérie Hacot
26:31pour suivre en détail et en temps réel
26:33l'actualité de la réforme des retraites.
26:35Rendez-vous sur leparisien.fr
26:38Codesource est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
26:41N'oubliez pas de vous abonner pour ne rater aucun épisode.
26:44Vous pouvez nous écrire sur Twitter,
26:46ou à l'adresse suivante,
26:48Codesource at leparisien.fr
26:51Cet épisode de Codesource a été produit par Thibaut Lambert,
26:54Clara Garnier-Amourou et Emma Jacob.
26:57Réalisation, Julien Moncouquiole.
Commentaires