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  • il y a 9 heures
Dès la mise au point de son vaccin contre la rage en 1885, le célèbre chimiste a dû affronter des détracteurs virulents, comme des médecins, des complotistes, ou encore des défenseurs des animaux. Récit.


Code source est le podcast quotidien d’actualité du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Ambre Rosala, Thibault Lambert et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian.

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Au XIXe siècle, le chimiste Louis Pasteur a dû ferrailler contre des anti-vaccins
00:17quand il a mis au point le vaccin contre la rage.
00:20Face à lui, une coalition hétéroclite de médecins, de complotistes et de défenseurs des animaux.
00:26Un épisode rappelé dans Le Parisien le 3 janvier par Charles de Saint-Sauveur,
00:30journaliste de la cellule Récit du Parisien, nouvellement créé en ce début d'année.
00:44Charles de Saint-Sauveur, les anti-vaccins ont commencé à se faire entendre en France
00:48avant même que Louis Pasteur ne travaille sur le sujet.
00:51Il ne date pas de Pasteur, ils ont commencé avec la découverte du principe de vaccination
00:55un siècle plus tôt, et les grandes campagnes de vaccination contre la variole.
00:59Mais c'est à la fin du XIXe, donc sous Pasteur, pendant qu'il découvre le vaccin de la rage,
01:04que effectivement les anti-vax vont vraiment sortir du bois et se coaliser pour l'attaquer.
01:09Et l'histoire qu'on va raconter aujourd'hui débute en 1885,
01:13on est sous la Troisième République depuis 15 ans.
01:16A quoi ressemble Paris ?
01:17Alors Paris, c'est une ville qui est vibrante,
01:19c'est un des poumons du monde, une capitale des arts.
01:22C'est aussi une ville qui a été embellie sous Napoléon III et Haussmann.
01:26Donc Paris, c'est vraiment un centre intellectuel, un centre des arts,
01:29mais aussi un centre politique, parce que la France est en pleine expansion coloniale.
01:34Elle croit fermement à son avenir, il y a vraiment une foi dans le progrès dans cette époque,
01:38qui est vraiment absolument incroyable et qu'incarne Pasteur.
01:42En 1885, Louis Pasteur a 62 ans, et il est déjà quelqu'un de très important en France.
01:48Oui, c'est un homme qui est vraiment au firmament de la science,
01:52une des plus grandes figures de la science mondiale.
01:55Il n'a vraiment qu'un équivalent dans le monde, c'est Robert Koch en Allemagne.
01:59Pasteur en France, c'est quelqu'un qui a 62 ans,
02:01donc a vaincu beaucoup de maladies animales,
02:04comme le rouget du porc, le choléra de la poule, le charbon des moutons.
02:08Alors ça ne parle sans doute plus beaucoup,
02:10mais en tout cas à l'époque, ce sont des maladies qui font beaucoup de dégâts.
02:12Et il a aussi beaucoup travaillé sur des maladies du vin, du verre à soie et de la bière.
02:18Donc vraiment, oui, c'est quelqu'un qui œuvre aux bienfaits de l'humanité.
02:21Ce n'est pas un médecin ?
02:22Alors il n'est pas médecin, il est chimiste de formation,
02:24et le fait qu'il ne soit pas médecin d'ailleurs va lui valoir beaucoup d'ennuis,
02:27parce que les médecins supportent mal qu'un homme qui n'est pas médecin
02:30puisse effectivement se targuer de faire avancer la science médicale.
02:34Et l'intérêt de Pasteur, c'est d'ailleurs qu'il est au carrefour de plusieurs disciplines,
02:36la biologie, la chimie, la médecine, et puis même quelque part, c'est un super vétérinaire.
02:43Il est comment ? Certains le décrivent comme hautain, c'est vrai ?
02:46Alors il y a deux facettes chez Pasteur.
02:48Il n'est pas médecin, mais enfin bon, il y a des patients qu'il voit passer.
02:51Il est très humble avec eux, bienveillant.
02:55Il s'intéresse vraiment à leurs problèmes, il essaye de les résoudre.
02:58Par contre, il a la don dure avec ses pères,
03:00notamment les médecins qu'il estime un peu confi dans leur certitude,
03:03incapables d'avancer, avec une vision étriquée.
03:06Et là, oui, il peut se montrer vraiment cassant, voire arrogant et même méprisant,
03:11très donneur de leçons parfois.
03:12Charles de Saint-Sauveur, rappelez-nous son enfance et son parcours en quelques mots.
03:16Pasteur vient d'une famille modeste.
03:18Son père était tâneur dans le Jura.
03:20C'est un brillant élève, évidemment, qui fait ses études à Besançon au lycée.
03:23Alors très curieusement, et c'est la première surprise,
03:25il réussit son bac littéraire, mais il rate son bac scientifique.
03:29Et la seconde surprise, c'est que son premier talent,
03:32c'est pas la chimie ou la biologie,
03:35il sait très très bien peindre.
03:37Il va croquer à peu près toute sa famille, avec des très beaux dessins.
03:40On pouvait lui prédire une carrière de peintre.
03:42Il n'est pas épargné par la vie, avec son épouse, Marie, ils ont 5 enfants.
03:46Mais cette année-là, en 1885 donc, il en a déjà perdu 3.
03:51Il a perdu 3 filles, et pas à 6 mois,
03:53c'est pas des morts de nourrissons,
03:55qui sont malheureusement fréquentes à ce moment-là.
03:58Sa fille Jeanne est morte à 9 ans.
03:59Il a une fille qui s'appelle Cécile aussi,
04:01qui meurt à 13 ans je crois,
04:03et puis une autre, Camille, qui meurt à 2 ans.
04:06Donc il a 5 enfants, 2 seulement survivent.
04:12Alors vous allez nous rappeler comment Louis Pasteur va découvrir le vaccin contre la rage.
04:17Une précision d'abord, ce n'est pas lui qui invente le principe de la vaccination.
04:20Dans le principe de la vaccination, en fait, il est très ancien.
04:23C'est ce qu'on appelle le principe de la variolisation.
04:25Il date même d'avant Jésus-Christ, en Asie mineure,
04:28et puis même aux confins de l'Afrique.
04:30En fait, le principe, c'est l'inoculation d'un germe infecté
04:33pour le transmettre à des jeunes patients, enfin des enfants,
04:36et les empêcher de contracter la variole.
04:38Alors ça, c'est au 18e siècle que l'Europe le découvre,
04:42par l'entremise d'une dame qui s'appelle Lady Montagu,
04:44qui est l'épouse de l'ambassadeur britannique à la cour de Constantinople.
04:49Et elle ramène l'idée en Europe, qui se diffuse.
04:51Les gens font varioliser leurs enfants,
04:53mais c'est vraiment à très petite échelle dans certains milieux.
04:55Et puis ensuite, il y a un médecin anglais, alors il n'est pas français,
04:57il s'appelle Edward Jenner,
04:59qui découvre le principe de la variolisation
05:02et décide d'en faire un vaccin,
05:04c'est-à-dire de mettre la science sur quelque chose qui est très empirique.
05:08Donc Edward Jenner, en 1796,
05:10va prendre un jeune garçon de ferme,
05:12enfin le fils de son jardinier,
05:13et l'utiliser un petit peu comme cobaye,
05:16c'est-à-dire qu'il lui transmet le virus de la variole de la vache,
05:20qui est une forme atténuée de la variole.
05:22Il lui injecte la maladie pour voir comment le corps va se défendre.
05:25Et, miracle, le corps se défend.
05:27Donc, en fait, Jenner adapte le principe de la variolisation,
05:30qui est un principe empirique,
05:31pour en faire une vraie découverte scientifique.
05:33Il invente le vaccin,
05:35vaccin, du mot latin vaca, qui veut dire vache.
05:38En 1885, Louis Pasteur travaille depuis plus d'un an sur un vaccin contre la rage.
05:44La rage fait beaucoup de dégâts en France ?
05:45Alors la rage, ce n'est pas du tout la maladie la plus mortelle.
05:49Le plus grand tueur de l'humanité, c'est la variole,
05:51puis suivi du choléra, de la peste, du typhus.
05:54Il y a beaucoup, beaucoup de maladies qui sont des vrais fléaux de l'humanité,
05:57qui frappent régulièrement.
05:58Alors la rage ne fait pas partie de cela.
05:59Elle tue quelques milliers de personnes en France chaque année,
06:02mais enfin, c'est quand même déjà ça.
06:03Mais surtout, elle inspire une énorme crainte.
06:05En fait, c'est un petit peu comme la peur du loup, la rage.
06:07Elle terrifie, c'est une maladie des ténèbres.
06:09Donc, il faut la vaincre.
06:10Alors, quelle est son idée pour guérir de cette maladie ?
06:12L'idée, c'est de prendre des germes infectés et de progressivement habituer le corps humain,
06:19en l'occurrence le corps d'abord d'animaux, de leur transmettre le germe infecté de façon très atténuée,
06:23puis progressivement d'augmenter la charge virale pour que le corps fabrique des anticorps et se défende.
06:29Voilà, c'est le principe de l'immunisation en quelque sorte.
06:32Et normalement, ça marche.
06:33Et pour l'instant, Louis Pasteur ne le teste que sur des animaux, vous l'avez dit, des chiens et
06:38surtout des lapins.
06:39C'est beaucoup plus simple d'expérimenter sur des lapins que sur des chiens.
06:42Donc, progressivement, ils s'imposent et finissent par pulluler, évidemment,
06:45rue Dulme dans le laboratoire de Pasteur et de son équipe.
06:47Louis Pasteur a son laboratoire au sein de l'école normale,
06:50rue Dulme donc, dans le 5e arrondissement, pas loin du Panthéon.
06:54Et le 6 juillet 1885, une femme vient le voir sur place avec son fils.
06:59Elle s'appelle Marie-Angélique Meister.
07:01Pasteur, son fils Joseph, a 9 ans.
07:03Il a été mordu deux jours plus tôt dans son village de Maison-Goutte.
07:06En fait, c'est le fils du blanché.
07:07Il allait chercher de la levure pour son père.
07:09Et puis, il a été attaqué par un chien qu'il connaissait d'ailleurs très bien
07:11et qui, visiblement, donc avait la rage.
07:14Immédiatement, la mère de Joseph file à Paris
07:16à la recherche de ce savant dont on dit qu'il est en train de travailler sur la rage.
07:20Elle cherche vraiment une issue parce qu'elle sait que la rage est mortelle
07:24quasiment à tous les coups dès qu'on est mordu.
07:26Voilà, le temps de l'incubation et ensuite, c'est fini.
07:27Qu'est-ce qu'elle demande à Louis Pasteur ?
07:29Elle le supplie, elle se met à genoux, elle s'englote.
07:31Elle dit « sauver mon fils, sauver mon petit ».
07:34Pasteur, voilà, évidemment désemparé face au désarroi de cette femme.
07:37Qu'est-ce qu'il peut faire, lui ?
07:38Pasteur, ce qu'il peut faire, c'est faire sur Joseph
07:40ce qu'il pratique sur les lapins ou sur les chiens,
07:42c'est-à-dire injecter un sérum
07:44qui peut peut-être le sauver, sauf qu'il ne l'a jamais fait.
07:47Il ne l'a jamais fait et c'est un pas décisif pour un scientifique.
07:50Une chose est de traiter les animaux,
07:52l'autre, c'est évidemment d'expérimenter sur les humains.
07:54Ses collaborateurs, d'ailleurs, lui disent que c'est trop prématuré,
07:58qu'il risque de s'exposer vraiment à un échec
08:00qui ruinerait tous les efforts entrepris jusqu'à présent
08:03parce que ça fait deux ans qu'il travaille sur la rage.
08:05Voilà, ils ne sont pas prêts.
08:06Lui-même, à Copenhague, un an plus tôt, lors d'un colloque,
08:09il a dit qu'effectivement, l'expérimenter sur les êtres humains
08:11serait criminel, donc il hésite fortement.
08:20Il se tourmente beaucoup, toute la journée.
08:23Marie-Angélique Meister et son fils sont venus le matin
08:25et puis il sent que c'est peut-être le moment de sauter le pas,
08:29de franchir le Rubicon et à 8 heures, il s'est décidé.
08:32Le petit Joseph va être piqué au ventre,
08:35pas par lui puisqu'il n'a pas le droit, il n'est pas médecin.
08:38Il demande à son ami et collaborateur, le docteur Ganchet, de le faire
08:41et puis il attend.
08:42Que se passe-t-il ?
08:43Il n'endort plus, il fait des grosses insomnies, il perd l'appétit
08:46et il finit par s'éloigner même de Paris parce qu'il a besoin
08:49de s'aérer la tête, alors il prend des nouvelles tous les jours
08:52par écrit auprès de ses collaborateurs.
08:54Il le confie donc au médecin qui a piqué le petit Joseph.
08:57D'ailleurs, tous les jours, Joseph est piqué.
08:58Il a à peu près 13 inoculations contenant de plus en plus
09:01de charges virales et ce processus d'inoculation va durer 10 jours.
09:05Et au bout de 10 jours, Louis Pasteur a la réponse.
09:08Ça marche, ça marche.
09:10Le petit Joseph se porte à merveille, il a de l'appétit,
09:12il va bien, il joue.
09:14Tout le monde le décrit comme guéri.
09:16La rage n'a pas fait son œuvre et il est sauvé.
09:27C'est un miracle dans la mesure où c'est la première fois
09:30que la rage est vaincue sur l'homme grâce au principe de la vaccination
09:34qui autorise vraiment toutes les possibilités.
09:37C'est un grand soulagement pour Louis Pasteur ?
09:39C'est un immense soulagement qui est à la mesure du stress
09:41qu'il a enduré pendant ces 10 jours.
09:42Il a pris un risque absolument incroyable en décidant de vacciner
09:46le petit Joseph Meister et son intuition était la bonne.
09:50Il a pris un risque et il a triomphé.
09:51Et après le petit Joseph Meister, il y aura un autre cas célèbre.
09:55Oui, en octobre, celui de Jean-Baptiste Jupil qui vient de l'Est,
09:58un franc-comtois comme pasteur pour le clin d'œil
10:00et qui se présente avec des très, très sévères morsures.
10:04Alors, c'est un jeune héros dont la presse a parlé
10:05parce qu'il a affronté un chien qui était enragé
10:08en sauvant ses petits camarades qui allaient être mordus
10:10en l'affrontant avec un fouet.
10:12Et il a même fini par le tuer en le noyant dans un ruisseau.
10:14Il était mordu sévèrement et ça fait déjà six jours
10:17quand il se présente au laboratoire de Pasteur.
10:20Là aussi, Pasteur va tenter de le sauver, ça va marcher.
10:22Et dans la foulée, le 26 octobre,
10:24Louis Pasteur présente les résultats prometteurs
10:26de son vaccin contre la rage
10:28devant l'Académie de médecine à Paris.
10:30Le fait qu'il ait vaincu la rage,
10:32ça commençait à se savoir dans les milieux autorisés.
10:34Mais le 26 octobre, il fait donc la démonstration officielle
10:37avec preuve à l'appui de tous les cas,
10:39Lucas Meister, Lucas Juppil,
10:40des autres cas aussi qu'il a réussi à traiter.
10:43Et donc voilà, c'est un triomphe absolu,
10:45la presse s'en empare.
10:46C'est la consécration.
10:47Pasteur était déjà un scientifique vraiment de renom,
10:50le plus grand scientifique français.
10:51Ça devient un demi-dieu, en quelque sorte.
10:53Il a vraiment la statue du commandeur.
10:54Pas seulement en France.
10:55La nouvelle se répand dans le monde entier
10:57où la rage fait aussi des dégâts.
10:58Très vite, à la fin du mois d'octobre
11:01et début novembre 1885,
11:03Pasteur, c'est une star absolue.
11:04Mais il est aussi vivement critiqué.
11:06Il est attaqué par des médecins
11:09qui doutent de ses résultats,
11:11qui trouvent qu'il est allé trop vite en besogne,
11:13qui invoquent la chance, la coïncidence.
11:15Il y en a même certains qui trouvent
11:16qu'effectivement, il a sans doute falsifié
11:18les résultats à son avantage.
11:20Et parmi toutes ces figures,
11:21il y en a un qui est vraiment un brêteur,
11:22un polémiste,
11:23qui est un peu le grand polémiste de l'époque,
11:24qui s'appelle Henri Rochefort.
11:26Il est journaliste à l'intransigeant.
11:27Et à lui, il ne va pas cesser ses attaques sur Pasteur,
11:31considérant que tout ça, c'est du flanc
11:33et qu'il détruit plus de vies qu'il n'en saut.
11:37C'est en pleine polémique, le 9 novembre,
11:39que le père d'une petite fille mordue par un chien
11:41vient le trouver dans son laboratoire de la rue Dune.
11:44C'est une petite parisienne qui s'appelle Louise Pelletier.
11:46Elle a 9 ans, l'âge de Jeanne,
11:48sa fille adorée quand elle décède en 1859.
11:51Elle se présente au laboratoire.
11:53Pasteur a déjà sauvé des dizaines et des dizaines de vies.
11:55Le problème, c'est que la petite Louise
11:57a été mordue à la montagne 37 jours plus tôt,
12:00ce qui est vraiment beaucoup trop long.
12:02C'est-à-dire que la rage a eu le temps
12:03de faire son œuvre, très probablement.
12:04Et même si les symptômes ne sont pas apparus encore,
12:07il est sans doute beaucoup trop tard.
12:09Il hésite ?
12:09Alors là, il hésite énormément
12:10parce que le combat est quasi perdu d'avance.
12:14Il y a vraiment très peu de chances
12:15pour que la petite Louise puisse être sauvée.
12:17Mais là, il répond à tous les collaborateurs
12:19qui le pressent de ne rien faire,
12:21que même s'il n'a qu'une chance sur 10 000
12:23de sauver la petite, il doit tout tenter.
12:26La compassion l'importe sur la raison et il dit oui.
12:28Et donc, il fait avec Louise comme il l'a fait
12:30avec les autres patients.
12:32Comment son état évolue dans les jours qui suivent ?
12:34Au début, ça se passe bien.
12:36Louise va à ses occupations.
12:38Alors, elle a beaucoup de blessures à la tête, etc.
12:40C'est assez effrayant, son état.
12:41Disons qu'elle va mieux possible considérant son état.
12:46Malheureusement, très progressivement,
12:47et à la fin du mois de novembre,
12:48son état se dégrade.
12:50Elle finit à l'ité.
12:52Voilà, le processus d'agonie s'est enclenché.
12:54Et Pasteur, elle se rend à son chevet
12:56parce qu'il s'est vraiment pris d'affection pour cette petite.
12:59En quittant l'appartement des parents,
13:01il s'effondre en larmes en disant aux parents
13:04« J'aurais tant voulu sauver votre petite ».
13:06Elle meurt quelques jours plus tard, le 6 décembre.
13:09Là, ses détracteurs lui tombent dessus.
13:12Oui, c'est l'occasion que ses adversaires attendaient.
13:15Il ne faut pas espérer pour vraiment déboulonner la statue Pasteur.
13:18La mort de Louise Pelletier leur offre cette occasion un peu inespérée.
13:22L'année suivante, le 26 juillet 1886,
13:25ses opposants se rassemblent à Paris,
13:27dans la mairie du 4e arrondissement.
13:30Décrivez-nous un peu cette assemblée.
13:31Il y a des gens très différents qui sont là.
13:33Alors, c'est vraiment une étrange Camarilla,
13:36avec effectivement des profils très très différents,
13:38tous anti-pasteuristes, comme on dit déjà à l'époque.
13:41Donc, il y a notamment des médecins.
13:42Alors, les médecins qui, pas tous,
13:44mais dont beaucoup détestent Pasteur,
13:45parce qu'il n'est pas médecin, justement.
13:47Il y a aussi des ligues anti-vivisection.
13:49Donc, ce sont des égéries de la défense de la cause animale,
13:53qui ne supportent pas le massacre des lapins,
13:55comme ils disent, dans son laboratoire de la rue d'Ulme.
13:57Et puis, enfin, il y a des complotistes en tout genre,
13:59alors avec quelques doudingues,
14:00qui lui reprochent pour certains de faire son beurre sur le malheur des gens.
14:03Et puis, d'autres qui estiment que la rage, après tout,
14:06c'est vraiment rien du tout,
14:07et qu'on peut en guérir tout à fait naturellement.
14:10C'est le principe du vaccin aussi qui les gêne ?
14:12Oui, bien sûr, le principe du vaccin.
14:14Alors, ils n'ont pas attendu Pasteur pour être gênés.
14:16Ça a commencé dès les débuts du vaccin contre la variole,
14:19notamment l'obligation qui était faite, par exemple en Angleterre,
14:22de vacciner les gens.
14:23Il y a une grosse méfiance,
14:25notamment des méfiances religieuses,
14:27parce qu'inoculer le mal pour essayer de faire le bien,
14:30ce n'est pas facile à accepter dans les mentalités.
14:33Dans les mois qui suivent,
14:35les anti-vaccins continuent de le harceler,
14:37malgré ses succès reconnus.
14:38Et la grande confrontation a lieu l'été suivant,
14:42le mercredi 6 juillet 1887,
14:44à Paris, à l'Académie de médecine.
14:47Pasteur, ce jour-là, est très fatigué, diminué.
14:49C'est un homme qui a 64 ou 65 ans,
14:51mais il veut quand même y aller,
14:53parce qu'il sait qu'il a raison.
14:55Et il affronte ce jour-là Michel Péter,
14:58le professeur Michel Péter,
14:59qui est un de ses adversaires les plus acharnés.
15:00Ce n'est pas n'importe qui,
15:01c'est vraiment le médecin le plus connu de Paris,
15:05vraiment une star aussi dans son domaine.
15:06Michel Péter prend le premier à la parole,
15:09déclarant que, en fait,
15:10Pasteur, avec son vaccin,
15:11a causé plus de morts qu'il n'a sauvé de vie.
15:14Pasteur rétorque en disant
15:15qu'il s'agit là d'une parole cliniquement incompétente.
15:19Voilà un peu son arrogance naturelle
15:21dès qu'il s'agit d'étrier ses adversaires.
15:23Et donc, voilà, la confrontation a lieu.
15:25Elle laisse quand même assez peu de doute sur son issue.
15:27Justement, qui gagne cette confrontation ?
15:29Clairement, c'est Pasteur qui gagne.
15:31C'est une victoire par chaos.
15:32La fin du match, d'ailleurs,
15:33est sifflée par le célèbre professeur Charcot.
15:35C'est le neurologue de la pitié
15:37qui déclare la chose suivante.
15:38L'inventeur de la vaccination tirabique
15:40peut aujourd'hui, plus que jamais,
15:42marcher la tête haute
15:43et poursuivre désormais l'accomplissement
15:45de sa tâche glorieuse
15:47sans s'en laisser détourner
15:48par les murmures insidieux du dénigrement.
15:51Là, on voit le tacle à Michel Péter
15:52qui se fait d'ailleurs le lendemain
15:53étrier par la presse, quasiment crucifié.
15:59Charles de Saint-Sauveur,
16:00à la même période,
16:02Louis Pasteur lance une souscription internationale
16:04pour fonder l'Institut Pasteur
16:06qui existe encore aujourd'hui.
16:08Pasteur lance cette souscription
16:09qui marche vraiment du tonnerre
16:10puisque les fonds affluent.
16:13Il faut savoir que,
16:13dès lors qu'il a traité le petit
16:15Joseph Meister,
16:16puis ensuite Jean-Baptiste Dupil,
16:17les malades se sont précipités rue Dulme.
16:19Donc là, on n'est plus dans l'artisanat,
16:21il faut traiter à l'échelle industrielle.
16:22Il y a même des malades qui viennent de Russie,
16:24des Etats-Unis.
16:25Tout ça est abondamment commenté par la presse.
16:28Donc voilà, il faut passer à l'étape suivante
16:29qui est celle de la grande échelle.
16:31Et pour ça,
16:31les locaux de la rue Dulme ne suffisent pas.
16:33Il lui faut un institut
16:34qui va porter son nom
16:35où il va s'installer et finir ses jours.
16:39C'est l'Institut Pasteur.
16:40Donc sur la plaine de Vosgirard,
16:42les locaux sont trouvés.
16:43Et pour la petite histoire d'ailleurs,
16:45ce qui est très amusant,
16:45c'est que les deux gardiens de l'Institut,
16:48ce sera Joseph Meister et Jean-Baptiste Dupil.
16:50Les deux premiers patients sauvés de la rage par Louis Pasteur.
16:54Charles de Saint-Sauveur a sa mort en 1895 à 72 ans.
16:59Il reçoit des obsèques nationales.
17:01Son corps embaumé
17:02est déposé dans une crypte de l'Institut Pasteur.
17:05Et parmi les nombreux hommages,
17:07il y aura celui du père de la fillette
17:09qui n'a pas pu être sauvée,
17:11elle, Louise Pelletier.
17:12Que dit cet homme ?
17:13Au tournant du siècle,
17:15le père de Louise se confie au gendre de Pasteur,
17:17qui est mort quelques années plus tôt.
17:19Et loin de lui en vouloir,
17:21il lui confie que de tous les hommes
17:23qu'il a pu rencontrer,
17:24c'était le plus grand.
17:25Et qu'il lui est très reconnaissant,
17:28malgré la mort de sa fille,
17:29d'avoir vraiment mis en péril sa réputation
17:32pour essayer de la sauver,
17:34alors même que le combat a été
17:36vraisemblablement perdu d'avance.
17:37Il lui en est infiniment reconnaissant.
17:47Merci à Charles de Saint-Sauveur.
17:49Cet épisode a été produit par
17:50Ambre Rosala,
17:51Thibault Lambert et Sarah Abny.
17:53Réalisation,
17:54Julien Moncouquiol.
17:55N'hésitez pas à nous écrire
17:57codesource at leparisien.fr
17:59ou à nous interpeller sur les réseaux.
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