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Le médecin de 53 ans anesthésiste, accusé d’avoir empoisonné mortellement 12 patients à Besançon, est jugé à partir du 8 septembre. Récit. Code source revient sur cette affaire avec Louise Colcombet, reporter au service police-justice du Parisien.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Pénélope Gualchierotti et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : RTL, France TV.


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#anesthésie #faitsdivers #justice

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🗞
News
Transcription
00:00Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:05Toute l'équipe de CodeSource vous souhaite une très bonne rentrée.
00:09Petite info pratique, la nouvelle appli du Parisien vous permet d'écouter désormais CodeSource ou CrimeStory
00:14tout en lisant nos articles, alors n'hésitez pas à la mettre à jour sur votre smartphone.
00:24C'est le procès d'une affaire hors norme qui s'ouvre le lundi 8 septembre
00:28devant la cour d'assises du Doubs à Besançon.
00:31Frédéric Péchier, un ancien médecin anesthésiste réputé, est jugé pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels.
00:38Il risque la prison à perpétuité.
00:41Cet homme de 53 ans est accusé d'avoir voulu nuire à des collègues rivaux de sa clinique
00:46en empoisonnant leurs patients pendant des années, sans se faire repérer,
00:51le tout avec des produits qui provoquaient des arrêts cardiaques ou encore des hémorragies.
00:56CodeSource vous résume aujourd'hui tout ce qu'il faut savoir sur cette affaire complexe
01:00avant le procès avec Louise Colcombet, journaliste au service police-justice.
01:05C'est elle qui couvre cette audience pour le Parisien.
01:18Louise Colcombet, qui est Frédéric Péchier en 2017 ?
01:21Frédéric Péchier, c'est un homme de 45 ans, un médecin anesthésiste réanimateur
01:26qui travaille à la clinique Saint-Vincent à Besançon.
01:30Il a trois enfants, une femme qui est cardiologue en libéral.
01:34Ils ont une belle maison avec piscine sur les hauteurs de Besançon, à Montfaucon,
01:39et une vue sur toute la vallée.
01:41C'est un homme qui est aussi un notable, il joue au golf,
01:44il est connu parmi les médecins de Besançon.
01:46Et c'est un médecin apprécié dans sa clinique ?
01:49Très apprécié, il a une excellente réputation.
01:52La clinique elle-même a une excellente réputation,
01:54mais lui, il est considéré quasiment comme le meilleur.
01:56Et c'est quelqu'un de très investi, c'est-à-dire qu'il est le premier arrivé
02:00à 6h du matin le plus souvent, il n'hésite pas à repasser,
02:04voir les patients de ses confrères alors que rien ne l'y oblige,
02:07il voit les siens avant, après les opérations.
02:09Voilà, c'est quelqu'un qui est curieux,
02:11qui essaye de proposer toujours des nouveaux protocoles
02:13pour s'améliorer et faire progresser les autres.
02:17Cette affaire éclate en janvier 2017,
02:19lorsqu'une patiente de 36 ans qui est en bonne santé,
02:22Sandra Simard, fait un arrêt cardiaque inexpliqué
02:25pendant une opération dans cette clinique.
02:28Quel est le problème avec Sandra Simard ?
02:29Elle a 36 ans, elle est en bonne santé,
02:31elle n'a aucun antécédent, il n'y a aucune raison
02:33qui explique cet arrêt cardiaque, surtout aussi brutalement.
02:37Et donc ça intrigue.
02:38Heureusement pour elle, elle est sauvée quand même par la clinique,
02:41on lui donne le bon antidote.
02:42Et puis elle va quand même faire 3 jours de coma,
02:45mais elle va pouvoir s'en sortir.
02:46Néanmoins, personne ne comprend comment ça a été possible.
02:49Et ça intrigue l'anesthésiste qui s'était occupé d'elle.
02:52Évidemment, elle veut comprendre, c'est une jeune médecin.
02:55Quand ça vous arrive, les médecins vous disent tous que c'est traumatisant.
02:58Donc elle veut savoir pourquoi cette jeune femme a frôlé la mort.
03:01Et donc elle s'en ouvre à l'hôpital où a été transférée Sandra Simard,
03:04un grand professeur qui est spécialisé en anesthésie,
03:07et qui lui dit qu'effectivement, il partage ses doutes.
03:09Il va alors lui conseiller de saisir l'ensemble du matériel
03:13qui a servi à opérer Sandra Simard.
03:15Et qu'est-ce qu'elle découvre ?
03:16On part à la déchetterie, en fait, finalement,
03:18recomposer tout le matériel, saisir toutes les poches d'injection,
03:22y compris celles qui sont a priori sans médicaments.
03:24Et dedans, on va analyser les poches de perfusion.
03:27C'est en fait par celles-ci qu'on injecte des médicaments,
03:30avec le petit tube qui est relié en fait à votre poignet.
03:34C'est comme ça qu'en fait, on vous fait passer dans le sang
03:36les médicaments qui vont servir à vous endormir.
03:39Et dans ces poches-là, on va retrouver du potassium à une dose létale.
03:43On parle de 100 fois la dose normale.
03:45Ce potassium n'a rien à faire là.
03:47Donc il y a clairement un problème.
03:49Jamais cet anesthésiste n'a donné de potassium à Sandra Simard.
03:52La clinique décide d'alerter les autorités et une enquête est ouverte.
03:56Effectivement, immédiatement, l'Agence régionale de santé
03:59et le procureur de la République sont avertis.
04:02Parce qu'en gros, soit on a un problème majeur dans la fabrication de ces poches,
04:06soit quelqu'un a introduit ce potassium dedans.
04:12Neuf jours plus tard, un autre patient, Jean-Claude Gandon, 70 ans,
04:16qui lui a été endormi par le docteur Péchier,
04:19est victime à son tour d'un arrêt cardiaque.
04:22Ça, j'imagine que ça renforce le soupçon du personnel de la clinique ?
04:26C'est très rapproché, neuf jours, un EIG, comme on appelle ça dans le jargon,
04:29c'est-à-dire un événement indésirable grave.
04:32Ça n'apparaît pas aussi souvent.
04:34Il y en a quelques-uns par an, mais là, deux à neuf jours d'intervalle
04:37avec des gens qui frôlent la mort, c'est totalement fou.
04:40Et surtout que dans le cas de Jean-Claude Gandon,
04:42les poches, il les trouve percées.
04:43C'est-à-dire qu'elles coulent sur le côté,
04:45quand on les prend dans les mains, ça fuit, etc.
04:47Donc là, clairement, il y a de la malveillance.
04:51Les policiers remontent l'historique de la clinique
04:53et ils se rendent compte qu'il y a eu de nombreux cas de complications
04:56pendant des opérations sur presque 10 ans.
04:59Quels patients étaient concernés ?
05:01Alors, ils vont examiner une liste de 69 cas qui posent problème.
05:06Le point commun, si j'ose dire, c'est qu'il n'y en a pas.
05:08C'est qu'en fait, les patients, ça peut être n'importe qui.
05:10On a un enfant de 4 ans qui venait se faire opérer des végétations,
05:13des vieilles dames, des jeunes hommes en parfaite santé
05:16qui font du sport à haut niveau.
05:18Il n'y a aucun lien entre ces patients.
05:21Et puis, personne n'est en fin de vie.
05:23On n'est pas du tout dans un contexte d'euthanasie.
05:24Donc, il n'y a aucune logique, en fait.
05:26Ils n'ont rien en commun, à part le docteur Péchier.
05:29Alors, ça, c'est ce que va démontrer l'enquête, justement, des policiers.
05:32Une fois qu'ils vont avoir cette liste de IG,
05:34ils vont croiser la liste de tous les intervenants
05:37qui auraient pu se retrouver en commun sur tous ces cas-là.
05:40Ça fait plus de 1500 personnes.
05:42La personne qui est en commun, le dénominateur commun,
05:45c'est Frédéric Péchier.
05:46Le docteur Péchier, comment est-ce qu'il est impliqué dans chacun de ces cas ?
05:50Dans beaucoup de ces arrêts cardiaques inexpliqués
05:53ou parfois d'autres complications, comme des hémorragies,
05:56il est toujours, ou quasi toujours, lui-même
05:59dans le bloc opératoire qui est juste à côté.
06:01Donc, il est dans les premiers arrivés.
06:03Soit on le fait venir parce qu'on lui demande de l'aide,
06:05parce qu'il est très bon, soit il vient de lui-même.
06:07Et à chaque fois, il pose le bon diagnostic très vite,
06:10parfois en quelques secondes,
06:11avant même parfois que certains instruments se mettent à sonner.
06:14Et puis, il a le bon antidote.
06:15Et donc, on sauve beaucoup de gens comme ça.
06:17Et évidemment, Frédéric Péchier, il est vu comme le sauveur.
06:20Enfin, c'est lui qui aide, qui évite la catastrophe absolue,
06:23c'est-à-dire le décès du patient.
06:24Si on prend l'exemple de Sandra Simard,
06:26qu'on a évoqué au tout début de cet épisode,
06:28elle n'est pas la patiente du docteur Péchier.
06:30Et pourtant, c'est lui qui intervient
06:33et qui arrive tout de suite à la réanimer.
06:35En fait, il va poser le diagnostic immédiatement,
06:38qui est une hypercaliémie massive.
06:40Et il va proposer d'introduire du gluconate de calcium.
06:45Comment pouvait-il savoir que c'était la bonne chose à faire ?
06:48D'autant que le gluconate de calcium,
06:49normalement, on ne l'injecte pas comme ça.
06:51Ça peut être contre-productif.
06:53C'est une chance parce qu'il a sauvé Sandra Simard,
06:55mais c'est presque trop beau pour être vrai.
06:57A posteriori, le raisonnement va être celui-ci.
07:00C'est-à-dire, s'il trouve aussi vite le diagnostic,
07:02et ce qu'il faut faire pour sauver la personne,
07:04c'est peut-être parce que lui, il sait pourquoi cette personne va mal.
07:07Et que c'est peut-être lui qui a injecté ces produits.
07:13Très rapidement, les soupçons s'orientent vers le docteur Péchier
07:16et les enquêteurs relient l'anesthésiste
07:19à d'autres cas étranges survenus dans une autre clinique de Besançon.
07:22C'est là où ça devient encore plus précis.
07:25C'est qu'en 2009, des années avant,
07:28la polyclinique de Franche-Comté, également à Besançon,
07:31avait subi trois cas, trois EIG,
07:33très mystérieux, totalement inexpliqués,
07:35qui avaient donné lieu d'ailleurs à l'ouverture d'une enquête,
07:38qui finalement n'avait rien donné
07:39parce qu'on n'a jamais pu savoir de quoi il retournait.
07:43Ce qui est troublant, c'est que Frédéric Péchier,
07:44il était là pendant six mois,
07:46finalement, il n'est pas resté dans cette clinique,
07:47mais pendant les six mois où il était là,
07:50trois cas sont survenus.
07:51Les policiers remarquent aussi que ces EIG
07:53touchent les patients de quelques médecins seulement,
07:56toujours les mêmes, et ça, ça les intrigue.
07:58C'est ça, on a l'impression que pour certains,
08:01c'est la loi des séries,
08:02il y en a qui concentrent six, sept, huit EIG,
08:04sans qu'on comprenne pourquoi,
08:06normalement, au cours d'une carrière,
08:07on va en rencontrer un ou deux.
08:09Du coup, cette idée que ce n'est pas le patient
08:10qui serait en réalité visé,
08:12mais l'anesthésiste en charge du patient,
08:15se ferait un chemin dans la tête des enquêteurs
08:17et s'impose.
08:18Et le fait que Frédéric Péchier
08:19ne soit jamais impliqué,
08:21ça en fait encore un suspect encore plus idéal.
08:26Mais alors, qu'est-ce qu'il faut penser
08:28de Jean-Claude Gandon,
08:29ce septuagénaire qu'on évoquait un peu plus tôt ?
08:31Lui, il a fait un arrêt cardiaque,
08:33il a été endormi par le docteur Péchier,
08:35donc l'anesthésiste n'a pas été épargné
08:37par ses empoisonnements.
08:38Jean-Claude Gandon, effectivement,
08:40c'est Frédéric Péchier qui est touché.
08:41Mais la façon dont s'est déroulée cette EIG,
08:44le comportement de Frédéric Péchier,
08:46pendant, avant, après,
08:48fait penser aux enquêteurs
08:49qu'il a pu le provoquer lui-même
08:50pour se trouver sur la liste
08:52des anesthésistes victimes
08:54et qu'ainsi, il pourrait éloigner les soupçons.
08:57Il s'est comporté comment, Frédéric Péchier,
08:59quand son propre patient a fait un arrêt cardiaque ?
09:01Il est particulièrement fébrile,
09:03alors que c'est quelqu'un
09:03qui garde toujours son calme,
09:05qui est posé.
09:06Et là, il s'agite un peu dans tous les sens.
09:08En plus, la veille,
09:09il a demandé à changer de salle,
09:12il a inversé des salles,
09:13il a demandé à son aide opératoire
09:15de venir un peu plus tard que prévu.
09:17On le voit aussi, à un moment,
09:19dans une autre salle,
09:20prendre une poche de paracétamol,
09:22alors que normalement,
09:23il a tout ce qu'il faut sur son chariot.
09:24Donc, il y a tout un tas de choses
09:25qui sont étranges.
09:27Et puis surtout,
09:27il va dire très haut et très fort,
09:29regardez, ça y est,
09:30moi aussi, je m'en suis pris un.
09:32Donc, pour les enquêteurs,
09:33Frédéric Péchier empoisonnait
09:35les patients de ses collègues.
09:38Quel serait son mobile ?
09:39Alors, le mobile principal,
09:40ce serait la vengeance.
09:41En fait, ils se sont rendus compte
09:43que dans cette clinique,
09:44l'ambiance n'était pas très bonne,
09:45en tout cas entre anesthésistes.
09:47C'est aussi une entreprise,
09:48on parle d'argent.
09:49Donc, il y avait des conflits.
09:50Et puis, il y avait des conflits personnels aussi.
09:52Ce n'était pas que des collègues,
09:53ils se fréquentaient aussi en dehors.
09:55Et donc, il y avait parfois des mobiles,
09:57notamment un couple formé par
10:00Sylvain Serry et Catherine Nambeau,
10:01qui étaient tous les deux anesthésistes
10:03à la clinique,
10:03et qui, lors d'un dîner,
10:05vont faire une remarque
10:06qui va déplaire à l'épouse
10:07de Frédéric Péchier,
10:08qui va engendrer tout un tas
10:09de ruminations,
10:11de colères de la part
10:12de Frédéric Péchier.
10:13Donc, il y a des échanges de mails.
10:14On a retrouvé la date de ce dîner.
10:16Et en fait, quand on croise
10:17avec la date des EIG,
10:19dont ils sont eux victimes,
10:21eh bien, tout ça, ça colle.
10:23Donc, en fait,
10:24le mobile, c'est se venger.
10:25Et puis aussi, quelque part,
10:27c'est les bases communiquants.
10:29Parce que si Sylvain Serry
10:30est vu comme ayant raté son anesthésie
10:32et que lui,
10:34M. Péchier,
10:35a sauvé la patiente,
10:36finalement, lui, il sort grandi.
10:38Ça devient le sauveur.
10:39Et donc, narcissiquement,
10:40il se réaffirme.
10:42Voilà, il gagne sur tous les tableaux.
10:46Donc, il aurait fait ça
10:47pas seulement pour régler ses comptes
10:49avec des confrères
10:50par patient interposé,
10:52mais aussi pour gagner en prestige.
10:54C'est ça ?
10:55C'est ça.
10:55C'est totalement nié
10:58par le docteur Frédéric Péchier
10:59et sa défense
11:00qui nie tout depuis le début
11:01et qui dit que c'est ridicule
11:02de jouer aux pompiers pyromanes
11:04qui ne ferait jamais cela.
11:05Mais donc, c'est l'hypothèse
11:06des enquêteurs
11:07plomber un collègue,
11:09en sortir grandi.
11:10Et puis, il y a aussi
11:11un aspect financier
11:12dont on parle peu,
11:13mais parfois,
11:14quand certains confrères,
11:16ils ont un programme
11:17dans la journée
11:18de 5, 10 personnes à opérer
11:20et que la première opération
11:21se passe mal,
11:22et bien après,
11:23qui récupère le bloc ?
11:24Ça fait de l'argent.
11:25Et souvent, Frédéric Péchier
11:26récupérait ses blocs.
11:27Il y avait aussi,
11:28enfin, sur l'aspect financier,
11:30une répartition des opérations
11:32qui sont très rémunératrices
11:33et c'est Frédéric Péchier
11:34qui faisait le planning.
11:36Parfois, il était critiqué
11:36parce qu'il prenait
11:37la plus grosse part
11:38et gagnait beaucoup plus
11:39que ses collègues.
11:41Et donc, on le soupçonne aussi
11:42d'en avoir tiré
11:43un profit pécunier.
11:44Mais alors,
11:45comment il pouvait empoisonner
11:46les poches de ses patients
11:47dans la clinique
11:48sans se faire repérer
11:49d'après les enquêteurs ?
11:50Alors, effectivement,
11:51et c'est l'un des points clés
11:52du dossier,
11:52c'est que personne
11:53ne l'a pris sur le fait.
11:54Ce sont des soupçons
11:56qui s'accumulent.
11:57Néanmoins,
11:58il considère
11:58qu'il avait la possibilité
11:59de le faire.
12:00Pourquoi ?
12:00Parce que c'était
12:01le premier arrivé
12:01à la clinique le matin
12:02qu'on le voyait aussi,
12:04disent les infirmières
12:05souvent farfouillées
12:06dans les armoires.
12:07Donc, en fait,
12:07on pense que le matin,
12:08à l'avance,
12:09ou parfois le soir
12:10avant de partir
12:11pour des opérations
12:11du week-end
12:12ou du lundi,
12:13il pouvait prendre
12:14une poche
12:14avec une seringue
12:16en soulevant
12:17un tout petit peu
12:18l'opercule
12:18qui protège
12:19l'embout d'entrée,
12:20avec une fine seringue,
12:22on retire
12:22la quantité de produits
12:23qu'on veut
12:24et on y remet
12:25exactement la même
12:26quantité de produits
12:28c'est incolore.
12:29Quand on va prendre
12:30cette poche,
12:31personne ne va se rendre compte
12:32à l'œil nu
12:32qu'elle a été trafiquée.
12:35Frédéric Péchier
12:36est mis en examen
12:37une première fois
12:37en mars 2017
12:39pour empoisonnement.
12:40Je suis innocent
12:41de toutes les accusations
12:44qui sont à mon encontre.
12:46J'ai foi en la justice
12:47et j'espère que la paire
12:50va vite avancer.
12:52Mais l'enquête
12:52ne va pas s'arrêter là,
12:53elle va durer
12:54près de 7 ans
12:55jusqu'en février 2024.
12:57Pourquoi ça a été si long ?
12:58Ça a été si long
12:59parce que déjà
13:00on est dans le domaine médical
13:01donc il a fallu
13:01que le parquet
13:03de Besançon
13:03soit assisté
13:04d'un spécialiste,
13:05d'un médecin spécialiste
13:06qui les a conseillés.
13:07Il a fallu
13:08faire beaucoup d'archivage,
13:10de reprendre
13:10tous les dossiers médicaux.
13:11Il y a eu beaucoup
13:12d'expertise
13:12et de contre-expertise.
13:13Il a aussi fallu
13:14exhumer des gens,
13:16obtenir les autorisations
13:18des familles.
13:18Il a fallu aussi
13:21reconstituer
13:21tout le parcours
13:22de Frédéric Péchier,
13:23tous ses mails,
13:24tous les événements
13:25survenus dans la clinique,
13:27entendre une multitude
13:28d'infirmières,
13:30de chirurgiens,
13:32de personnels
13:32en tout genre
13:33dans deux cliniques.
13:34Ça a pris
13:35énormément de temps
13:36et on s'est rendu compte
13:37de quoi aussi ?
13:37C'est qu'en fait
13:38le produit utilisé
13:39n'était pas toujours le même.
13:40Il y a du potassium
13:41mais il y a aussi
13:42de l'adrénaline
13:43qui va provoquer
13:44encore une autre complication.
13:45Il y a eu des hémorragies
13:46dont on se rend compte
13:47quand c'est encore
13:47un autre produit.
13:49Parfois des mélanges
13:49de produits.
13:50Donc tout ça
13:51a été très complexe.
13:52C'est une instruction
13:53monstre
13:54mais parce que
13:55l'affaire elle-même
13:56elle est hors norme.
13:57À la fin de l'enquête,
13:58le docteur Péchier
13:58est soupçonné
13:59d'avoir empoisonné
14:00combien de patients ?
14:01Alors on est parti
14:02de 7 cas au départ,
14:04les plus patents.
14:05Certains avaient fait
14:06l'objet d'enquêtes
14:06policières
14:07sans trouver de réponse.
14:08Et puis après,
14:09ça s'est élargi
14:09en 2019
14:10à 17 cas supplémentaires.
14:12On pensait
14:12que ça s'arrêterait là.
14:13Et en réalité,
14:14en découvrant
14:14un mode opératoire
14:16qui a pu changer
14:16au fil des années,
14:17on a encore eu
14:18une mise en examen
14:19pour 6 cas supplémentaires
14:20sachant qu'au départ
14:21on partait
14:22sur une liste de 70.
14:24Finalement,
14:24pour des raisons de preuve,
14:26ça s'est resserré
14:27sur une liste de 30.
14:28Ce qui est déjà énorme.
14:29Et parmi ces 30 cas,
14:3012 personnes sont mortes.
14:32Donc 12 personnes
14:32n'ont pas survécu
14:34aux complications.
14:35Ça veut dire
14:35que le docteur Péchier
14:36qui voulait se poser
14:37en sauveur,
14:37il n'a pas toujours réussi.
14:39Non, mais quelque part
14:40c'était joué
14:41à la roulette russe
14:42puisqu'on a une poche
14:42empoisonnée
14:43posée sur un chariot.
14:44Il n'y a pas un ordre
14:46poche 1, 2, 3.
14:46Donc en fait,
14:47ça pouvait tomber
14:48sur un patient
14:48ou celui d'après.
14:49Et si ça tombe
14:50sur un patient plus fragile,
14:51on peut avoir une catastrophe
14:52et un décès au bout du compte.
14:54Et il y a même des cas
14:55pour lesquels on se demande
14:56si son but n'était pas
14:57de tuer tout simplement
14:58les patients, c'est ça ?
14:59Alors ce qui est très étrange,
15:00c'est qu'il y a des patients
15:01qui ont été sauvés,
15:04stabilisés
15:04et qui ensuite,
15:05en salle de réveil,
15:06ils refont un arrêt cardiaque
15:07qui là va être fatal.
15:09Il y a plusieurs cas comme ça.
15:10Donc la question
15:11qui se pose,
15:12c'est est-ce que quelqu'un
15:13et peut-être Frédéric Péchier,
15:15dont on sait qu'il était dans les murs
15:17et repasser en salle de réveil
15:18pour achever ses patients ?
15:20Là, on rentre carrément
15:21dans une autre dimension
15:22et ça va être l'une des questions
15:23du procès.
15:27Frédéric Péchier est poursuivi
15:28pour des empoisonnements présumés
15:30qui auraient eu lieu
15:31entre 2008 et 2017.
15:33Ça veut dire que pendant 9 ans,
15:35personne n'a fait le lien
15:36entre ces nombreux EIG inexpliqués ?
15:38En reprenant la liste des EIG
15:41et le timing,
15:42cette fréquence anormalement élevée,
15:43surtout le taux de mortalité,
15:44on se dit que c'est évident
15:45qu'il y avait un empoisonneur.
15:46Mais ça, c'est ce qu'on se dit
15:47après coup.
15:48Sur le moment,
15:49dilué dans le temps,
15:50avec des complications différentes,
15:52des médecins différents,
15:53tout le monde n'est pas toujours
15:54au courant de tout,
15:55personne n'a le tableau complet.
15:56Donc c'est aussi plus facile
15:57de s'aveugler.
15:58Et puis il y a des enjeux financiers
15:59pour cette clinique.
16:00Elle n'a aucun intérêt,
16:01elle a crié partout
16:02qu'elle a des empoisonnements en série
16:03ou des morts en série.
16:04Alors il y a eu des moments
16:05où en fait, quand même,
16:06certaines personnes se sont dit
16:08bon là, on en a quand même beaucoup,
16:09etc.
16:09À un moment, d'ailleurs,
16:11Frédéric Péchier
16:13rassure une infirmière
16:14et lui dit
16:14ne t'inquiète pas,
16:15j'ai regardé les statistiques,
16:16on est dans les normes.
16:17D'ailleurs, je suis référent
16:19sur ces questions,
16:20ce qui était faux.
16:21Après ça, il y a une pause.
16:22Pendant six mois,
16:22il n'y a aucun EIG à la clinique.
16:24Il y a eu aussi un moment
16:25quand les cas dans l'autre clinique
16:27à la polyclinique de Franche-Comté
16:28sont survenus.
16:29Le nom de Frédéric Péchier
16:30avait un petit peu circulé
16:31parce que, comme par hasard,
16:33la personne qui était touchée
16:34de l'anesthésiste en charge,
16:36c'était celui avec qui
16:37il était en conflit
16:38dans cette nouvelle clinique.
16:39Mais le fait est
16:40qu'à ce moment-là,
16:41Frédéric Péchier,
16:41sur le deuxième EIG,
16:43il n'est pas présent
16:43et le troisième,
16:44il est parti,
16:45il vient de repartir
16:46dans une autre clinique.
16:47Donc, il l'exclut
16:47en se disant
16:48qu'il n'était pas là.
16:50Finalement, c'est plus complexe
16:51que ça parce qu'on pense
16:51qu'il a pu laisser
16:52des poches de perfusion
16:54avant de partir
16:55un peu dans un placard
16:56et en se disant
16:57Adjane Kepoura.
16:59Louise Colcombet,
17:00que répond Frédéric Péchier
17:01face à des accusations
17:02aussi graves ?
17:03Alors, on l'a dit
17:04et il le dit
17:05depuis le premier jour,
17:06il est innocent de tout cela.
17:07Il s'en défend
17:08vraiment fermement.
17:09Jamais vous n'avez fait ça ?
17:10Non, absolument pas.
17:11Jamais.
17:12Il n'y a aucun élément
17:13qui puisse,
17:14de façon formelle,
17:16prouver ma culpabilité.
17:18Moi, j'ai pu le rencontrer
17:19lors d'une interview,
17:20une longue interview
17:21en 2023,
17:22la réponse
17:23à tout ce qu'on lui présente.
17:24Évidemment, lui,
17:25il dit qu'il est victime
17:26d'un empoisonnement,
17:27Jean-Claude Gandon.
17:28Pour certains cas,
17:29il pense qu'il a pu avoir
17:30des erreurs de ses confrères,
17:31des erreurs médicales
17:32et que finalement,
17:33c'est bien commode aussi
17:34de lui faire porter le chapeau.
17:36Il a même
17:37presque un coupable
17:38de substitution.
17:39C'est son ancien ami
17:40qui était devenu son ennemi,
17:41Sylvain Serri.
17:42Parce que,
17:43dans le cas de Jean-Claude Gandon,
17:44Sylvain Serri est venu
17:45aider Frédéric Péchier
17:46à poser le bon diagnostic
17:47et donc,
17:48il dit que potentiellement,
17:50ça peut être lui.
17:51Et puis,
17:51c'était un empoisonnement
17:52avec un produit spécifique
17:54que n'utilisait
17:54que le docteur Sylvain Serri.
17:58Le procès,
17:59qui doit s'ouvrir
18:00devant la cour d'assises du Doubs,
18:01le 8 septembre,
18:02devrait durer 4 mois,
18:04Frédéric Péchier
18:05comparait libre.
18:06Il n'a jamais été incarcéré
18:08dans cette affaire ?
18:09Oui,
18:09ça paraît incroyable,
18:10mais il faut rappeler
18:12qu'en fait,
18:12la détention provisoire,
18:14c'est l'exception
18:15et que la liberté
18:17est la règle.
18:17C'est ce qui est dans les textes.
18:19Il y a plusieurs critères
18:20qui permettent de savoir
18:20s'il faut laisser quelqu'un
18:21ou pas dehors
18:22et notamment,
18:24la question de savoir
18:25s'il peut recommencer.
18:26La question s'est posée
18:27en 2017,
18:28puis en 2019,
18:29puis à nouveau
18:30lors de la dernière mise en examen.
18:31Le fait est qu'étant soupçonné
18:33d'avoir agi uniquement
18:34dans un cadre précis
18:36avec des produits
18:37qu'il n'a pas sous la main aujourd'hui
18:38dans le cadre d'une opération,
18:40ce n'est pas la même chose
18:40que quelqu'un qui va aller
18:41donner des coups de couteau
18:42dans la rue.
18:43Donc, il a été laissé dehors.
18:44De toute façon,
18:45vu la longueur de l'instruction,
18:47il ne serait pas resté 8 ans en prison.
18:49On ne peut pas laisser les gens
18:50indéfiniment en détention provisoire.
18:52Donc, il a été choisi
18:54de l'éloigner de Besançon.
18:56Il vit depuis plusieurs années
18:57chez ses parents,
18:58près de Poitiers,
18:59où il vit dans sa chambre d'adolescent.
19:02Et il est dans quel état aujourd'hui ?
19:03Alors, il va très mal.
19:04On peut facilement se le figurer.
19:07De toute façon,
19:07il a tout perdu.
19:08Qu'il soit coupable ou innocent,
19:09pour lui,
19:10sa vie est fichue.
19:11Il ne peut évidemment plus travailler.
19:13Donc, subvenir aux besoins de sa famille.
19:15Sa femme a divorcé.
19:16Elle l'a soutenu longtemps,
19:17mais elle a refait sa vie.
19:19Il n'a pas vu ses enfants grandir.
19:20Il a fait une tentative de suicide.
19:21Deux, chez ses parents,
19:22il s'est défenestré.
19:23Il avait un taux d'alcoolémie
19:26énorme dans le sang.
19:27Il ne fait plus rien de ses journées.
19:28Il est à la fois très combatif,
19:29dans le sens où il connaît
19:30très bien son dossier.
19:31Mais il est aussi, par moments,
19:33un peu dans un côté complotiste,
19:35où il pense qu'en fait,
19:36tout le monde veut lui faire
19:37porter le chapeau de manière injuste.
19:39C'est quelqu'un qui, en fait,
19:40traîne un mal-être depuis longtemps.
19:43Il est vraiment extrêmement mal, quoi.
19:45Quatre mois de procès, c'est très long.
19:47Et il est le seul accusé.
19:48Alors, est-ce que sa santé mentale fragile
19:50ne risque pas de perturber
19:52la durée des débats ?
19:53C'est vraiment la question
19:54que tout le monde se pose.
19:55Il va être cloué au pilori
19:58de A jusqu'à Z,
20:00puisque tout le monde va venir
20:01expliquer ce qu'il sait.
20:02Il n'y aura pas beaucoup
20:03de témoins des charges.
20:04Donc, ça va être compliqué.
20:05C'est long.
20:06Ça peut être 8h, 9h par jour.
20:08Il n'est pas exclu, d'ailleurs.
20:09Ça existe qu'on puisse demander
20:11à ce que, pour sa propre sécurité,
20:12il soit incarcéré le temps du procès,
20:14ce qui permettrait de même
20:16le protéger de lui-même, éventuellement.
20:18Donc, voilà, on va voir
20:19ce qui va se passer
20:20pendant ces quatre mois.
20:22Pendant ce procès,
20:23des patients de la Clinique Saint-Vincent
20:24et de la Polyclinique de Besançon
20:26qui ont survécu aux empoisonnements
20:28vont venir raconter
20:29les conséquences
20:30que ces EIG ont eues
20:32sur leur vie.
20:33Est-ce que vous avez
20:34quelques exemples à nous donner ?
20:35Tous ont un trauma psychologique,
20:37ça, c'est clair.
20:38Certains ne peuvent plus voir
20:38une seringue
20:39ni aller dans un hôpital.
20:40Et puis, si on prend le cas
20:41de Jean-Claude Gandon,
20:42en fait, comme son arrêt cardiaque
20:43est survenu en pleine opération,
20:45on a dû tout arrêter
20:46en catastrophe, refermer, etc.
20:48Aujourd'hui, il souffre
20:49d'un cancer de la prostate
20:50qu'on ne peut plus opérer.
20:52Donc, en fait,
20:52il a une épée de Damoclès
20:53au-dessus de la tête
20:54à cause de cet empoisonnement.
20:55C'est une conséquence
20:56très grave pour lui.
20:58Sandra Simard,
20:58dont on a parlé,
20:59elle a fait du coma,
21:01elle n'est pas revenu
21:01totalement comme elle était avant.
21:03Elle a des troubles de la mémoire,
21:05c'est difficile pour elle.
21:07Et puis, il y a tous ceux
21:08qui sont décédés,
21:09ils ont laissé derrière eux
21:10des familles dans l'incompréhension.
21:11Les familles de ces personnes décédées,
21:13qu'est-ce qu'elles attendent
21:14de ce procès ?
21:15En fait, on leur a vendu
21:16pendant toutes ces années,
21:18et sans doute pour les dissuader
21:19de faire un quelconque procès aussi,
21:21que c'était pas de chance
21:22quand en médecine,
21:23on n'expliquait pas toujours tout.
21:24Parfois, on leur a dit
21:25écoutez, on va quand même
21:25faire une autopsie.
21:27Et finalement, il y a enquête,
21:27on ne sait pas.
21:28Par exemple, le premier cas,
21:302008, Damien Yellen,
21:31qui est le premier de la liste,
21:32sa famille a toujours su
21:33qu'il n'est pas mort naturellement.
21:35Il y avait un surdosage massif.
21:37Toutes ces années,
21:38on leur a dit,
21:38ben non, on ne sait pas,
21:39il faut attendre 2017
21:40pour leur dire que c'est un empoisonneur,
21:41il faut attendre 2025
21:42pour un procès.
21:43Et donc, je pense à sa fille,
21:45Amandine,
21:45qui a été aussi à l'origine
21:47de la création
21:48d'une association de victimes,
21:49qui va enfin, en fait,
21:50avoir une réponse autre que
21:52c'est pas de chance
21:53ou on ne sait pas.
21:53Je pense que la reconnaissance
21:55de ce que ce n'était pas,
21:56le hasard ou la malchance,
21:57est importante
21:58pour toutes ces familles.
22:09Merci, Louis-Scolcombet.
22:11Je précise que nos auditeurs
22:12pourront retrouver vos papiers,
22:14vos comptes-rendus d'audience
22:15dans Le Parisien
22:16et sur leparisien.fr.
22:18Cet épisode de Code Source
22:19a été produit par
22:20Pénélope Gualquierotti
22:21et Clémentine Spiller,
22:23réalisation Pierre Chaffanjon.
22:25Si vous aimez Code Source,
22:26aidez-nous à faire connaître
22:27ce podcast
22:28en laissant des pouces en l'air
22:30et des commentaires
22:30sur votre plateforme d'écoute
22:32et sur YouTube.
22:33Et si vous aimez
22:34les grands récits
22:34de faits divers,
22:35ne ratez pas notre podcast
22:37Crime Story
22:37avec une nouvelle affaire criminelle
22:40racontée chaque samedi
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22:44police-justice du Parisien,
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