Quelques jours avant son décès, ce patient hospitalisé en réanimation était apparu dans un reportage vidéo repris et détourné par des internautes, qui l’accusaient d’être un faux malade. Cet épisode de Code source est raconté par Gwenaël Bourdon, journaliste à la cellule portraits Ile-de-France, et Camille Christophel, cheffe adjointe du service vidéo du Parisien.
Dans ce podcast : Plusieurs médias dont le Parisien ont évoqué le sort d'un habitant de Seine-St-Denis emporté par le Covid en quelques semaines. Karim Azzaoui avait 48 ans il était le père de trois enfants, sur son lit d'hôpital en décembre à Montreuil cet homme non vacciné a fait le choix de parler à une caméra de l'Agence France Presse pour prévenir celles et ceux qui comme lui avaient des doutes sur le vaccin à la suite de ce témoignage Karim Azzaoui a été pris pour cible par des complotistes sur internet accusé d'être un comédien. Code source raconte son histoire et le double traumatisme vécu par sa famille.
Karim Azzaoui a été victime d'une forme de harcèlement sur internet, on dit de lui que c'est un faux patient que c'est un comédien qu’il est payé par le gouvernement. Il est victime de moqueries incessantes quand il est hospitalisé…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : AFP, BFMTV.
#antivax #covid19 #vaccin
Dans ce podcast : Plusieurs médias dont le Parisien ont évoqué le sort d'un habitant de Seine-St-Denis emporté par le Covid en quelques semaines. Karim Azzaoui avait 48 ans il était le père de trois enfants, sur son lit d'hôpital en décembre à Montreuil cet homme non vacciné a fait le choix de parler à une caméra de l'Agence France Presse pour prévenir celles et ceux qui comme lui avaient des doutes sur le vaccin à la suite de ce témoignage Karim Azzaoui a été pris pour cible par des complotistes sur internet accusé d'être un comédien. Code source raconte son histoire et le double traumatisme vécu par sa famille.
Karim Azzaoui a été victime d'une forme de harcèlement sur internet, on dit de lui que c'est un faux patient que c'est un comédien qu’il est payé par le gouvernement. Il est victime de moqueries incessantes quand il est hospitalisé…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Plusieurs médias, dont le Parisien, ont évoqué le sort d'un habitant de Seine-Saint-Denis
00:16emporté par le Covid en quelques semaines.
00:18Karim Azawi avait 48 ans, il était le père de trois enfants.
00:22Sur son lit d'hôpital, en décembre, à Montreuil, cet homme non vacciné
00:26a fait le choix de parler à une caméra de l'agence France Presse
00:30pour prévenir celles et ceux qui, comme lui, avaient des doutes sur le vaccin.
00:34A la suite de ce témoignage, Karim Azawi a été pris pour cible par des complotistes sur Internet
00:39accusés d'être un comédien.
00:42Codesources vous racontent son histoire et le double traumatisme vécu par sa famille
00:46avec deux journalistes du Parisien, Gwenaëlle Bourdon de la cellule Portrait Île-de-France
00:51et Camille Christoffel, chef adjointe du service vidéo.
01:06Gwenaëlle Bourdon, le mercredi 5 décembre, vous êtes en reportage au Lila, en Seine-Saint-Denis
01:11où Karim Azawi travaillait à la mairie et tout le monde vous décrit un homme sympathique.
01:17Un homme enjoué, attentif aux autres, travailleur, serviable.
01:23Son vrai prénom, c'est donc Abdelkrim, mais tout le monde l'appelle Karim
01:26et c'est comme ça qu'on l'a d'ailleurs appelé dans les articles qu'on a fait.
01:30Et dans ce podcast, nous appellerons nous aussi cet homme par son nom d'usage.
01:33Camille Christoffel, vous êtes à distance.
01:35Camille, pendant qu'il était sur son lit de mort,
01:38Karim Azawi a été victime d'une forme de harcèlement sur Internet.
01:41On dit de lui que c'est un faux patient, que c'est un comédien,
01:45qu'il est payé par le gouvernement.
01:46Il est vraiment victime de moqueries incessantes quand il est hospitalisé.
01:53Gwenaëlle Bourdon, qui est Karim Azawi ?
01:55Alors Karim Azawi, il était employé municipal dans la ville des Lila,
02:01là où vit encore une partie de sa famille et notamment sa mère.
02:04C'est un homme sans histoire qui a grandi là,
02:07dans une cité populaire à quelques minutes du centre-ville.
02:11Il travaillait depuis environ 20 ans comme agent municipal.
02:14Il a occupé plusieurs postes, mais le dernier qu'il occupait,
02:17c'était celui de magasinier au service entretien de la ville.
02:20Il apportait du linge, du matériel dans différents établissements municipaux des Lila.
02:26Et il était marié et père de trois enfants.
02:29Un jour, au début du mois de décembre, Karim Azawi appelle sa chef.
02:33Il lui téléphone pour la prévenir qu'il ne peut pas venir travailler
02:36parce que sa femme a attrapé le Covid et qu'il vient de faire un test
02:41et qu'il est à son tour positif.
02:42D'après sa responsable, sur le moment, il n'y a pas d'affolement.
02:46Il reste simplement chez lui.
02:48C'est juste un petit événement parce que Karim Azawi, en 20 ans de service,
02:51n'a jamais été absent, n'a jamais manqué à son travail,
02:53y compris pendant les différents confinements.
02:56Quelques jours plus tard, il est conduit à l'hôpital.
02:57Sa chef dit l'avoir rappelé quatre jours après leur conversation.
03:01Et Karim, il est alors en soins intensifs à l'hôpital de Montreuil.
03:06Il est fatigué, il est sous assistance respiratoire, mais là encore, pas d'affolement.
03:11Sa chef pense qu'il va s'en sortir et lui manifestement aussi.
03:15Est-ce qu'il souffre d'autres problèmes de santé ? Est-ce qu'il a des comorbidités, comme on
03:18dit ?
03:19D'après sa chef, en tout cas, pas de comorbidités connues.
03:22Par contre, il ne s'est pas fait vacciner.
03:24Non, il n'était pas vacciné. Il faut préciser que sa femme et ses enfants ne l'étaient pas non
03:27plus.
03:28Ça ne fait pas de lui un anti-vax, mais c'était quelqu'un qui se posait visiblement des questions,
03:32qui avait peur du vaccin.
03:34L'un de ses anciens collègues, syndicaliste CGT, lui a depuis rendu hommage en disant
03:39« J'ai vraiment tout fait pour essayer de te convaincre, de te faire vacciner.
03:43Tu avais peur que le vaccin ne soit dangereux, mais on a tout le temps échangé autour de ce sujet.
03:47»
03:47Voilà, ce n'était pas quelqu'un complètement braqué et dénonçant le vaccin.
03:51Simplement quelqu'un, effectivement, qui en avait peur.
03:54Camille Christoffel, le mardi 14 décembre, une équipe de l'AFP, l'agence France Presse,
03:58une agence de presse connue pour sa rigueur, vient faire un reportage dans cet hôpital.
04:03Cet hôpital qui est donc à Montreuil, qui s'appelle l'hôpital André Grégoire,
04:06a accepté qu'une équipe de l'AFP vienne dans un service de réanimation
04:11où on voit à la fois dans ce service des gens qui sont dans le coma, qui sont intubés,
04:16mais aussi des patients qui sont placés sous flux d'oxygène.
04:21Avec du haut débit dans les narines, c'est précisément le cas de Karim, d'ailleurs, qu'on voit dans
04:25le sujet.
04:26Karim Azawi, il apparaît comment dans ces images ?
04:29Il y a une première séquence où il est avec une soignante.
04:32Il montre sa poitrine, il lui dit « j'ai une douleur, là, vraiment dans la poitrine ».
04:36Et en gros, Karim, il demande concrètement comment les jours prochains vont se passer.
04:40Et elle lui dit « dès que vous allez aller mieux, monsieur, vous pourrez sortir ».
04:44Donc ça, c'est la première séquence.
04:45Et ensuite, il y a une séquence d'interviews.
04:47Et là, il a ses phrases.
04:49Il raconte en fait que malheureusement, personne n'a été vacciné chez lui,
04:52que c'est sans doute la peur du vaccin qui l'a empêché de se faire vacciner,
04:56qu'en fait, il a entendu des choses, que le vaccin pouvait avoir des répercussions.
05:01Et puis ensuite, il dit « demain, si je m'en sors mieux, il faut que j'aille me vacciner
05:07».
05:07Je conseille à tout le monde d'aller se faire vacciner,
05:10parce que toutes ces conneries-là qu'on entend dans votre tête,
05:14YouTube, la théorie du complot, toutes ces conneries-là, il faut…
05:18C'est son mot, il entend des conneries, il a regardé YouTube, la théorie du complot, tout ça.
05:23Et sa dernière phrase, c'est « il faut que les gens se réveillent un peu ».
05:25Donc on comprend qu'il regrette de ne pas s'être fait vacciner.
05:31A priori, oui, on comprend qu'il regrette, qu'à ce moment-là, il se dit que c'est pas
05:36trop tard,
05:37qu'en sortant, il va se faire vacciner et qu'il incite les gens à le faire
05:40et qu'en fait, il s'est sans doute trompé de choix.
05:42Le lendemain, le mercredi 15, les rédactions télé et vidéo
05:45qui sont abonnées à l'agence France Presse reçoivent ces images.
05:49Le sujet est mis en ligne le 15 décembre vers 9h du matin.
05:52Je regarde le sujet et en fait, ce qu'on décèle tout de suite, c'est vraiment la force du
05:57témoignage de Karim
05:58qui est en fait très rare, parce que c'est rare de voir une personne non vaccinée changer d'avis
06:06et qui dit vraiment ouvertement « une fois sortie d'ici, moi je vais aller me faire vacciner ».
06:12Camille Christoffel, je rappelle que vous êtes chef adjoint du service vidéo du Parisien
06:16et donc vous dites qu'il faut faire rapidement une vidéo.
06:20Très rapidement, en fait, on se rend compte que c'est un témoignage qui est fort, qui est utile.
06:24Donc, on décide de faire une vidéo pour le site du Parisien et les réseaux sociaux du Parisien
06:30et en fait, on commence le sujet par le sonore de Karim
06:33et on finit par celui d'une infirmière qui s'appelle Sandy Gébahi
06:36et qui dit quelque chose de très fort.
06:39Elle dit « il faut déjà sortir d'ici pour pouvoir se faire vacciner ».
06:42Le sujet du Parisien est publié le jour même, le 15 donc, à 17h.
06:46Et sur Facebook, Camille Christoffel, vous voyez très vite des réactions malveillantes
06:50de la part de certains internautes.
06:52D'un seul coup, il y a une avalanche de commentaires.
06:55Les premiers commentaires qu'on voit, c'est « Karim est un comédien »,
07:00« Bravo le Parisien pour cette belle propagande »,
07:03« Qu'on est des vendus », « Qu'on ment ».
07:05Mais en fait, ces commentaires-là, ce n'est pas propre à l'histoire de Karim.
07:09À chaque fois qu'on traite du Covid, il y a toujours, toujours, toujours les mêmes commentaires.
07:13Moi, ça fait deux ans que ça dure.
07:15Et en fait, à chaque fois, ce sont des gens qui remettent en question ces témoignages-là.
07:18Donc, à ce stade-là, le 15 décembre, les réactions aux témoignages de Karim,
07:23c'est ni plus ni moins que tout ce qu'on voit déjà quand on traite du Covid.
07:27Karim, 48 ans, reçoit depuis trois jours le débit maximum d'oxygène.
07:32Un sujet avec les images de Karim Azawi est également diffusé par BFM TV le lendemain.
07:36Pas de problème particulier sur ce reportage, mais un tweet de la chaîne
07:42présentant le reportage va être détourné.
07:45On est le 16 décembre, BFM diffuse dans sa matinale un sujet sur Karim en réanimation
07:51à l'hôpital de Montreuil avec les images de l'AFP.
07:54Et en fait, dans la suite, dans le même reportage, il montre des images de réanimation de Nice.
08:00Quand Karim parle, il est écrit « images tournées à l'hôpital de Montreuil ».
08:06Et ensuite, quand c'est les images de Nice, c'est marqué « Nice ».
08:08Quelques minutes après la diffusion à la télévision, ils mettent ce sujet sur Twitter en disant
08:14« Les personnes non vaccinées représentent 9 patients sur 10 au CHU de Nice ».
08:19Et donc, en fait, ils tweetent ça avec la vidéo qu'ils viennent de diffuser
08:23dans laquelle il y a Karim à Montreuil et il y a ensuite la réanimation à Nice.
08:29Sauf qu'en fait, il y a un raccourci qui est fait instantanément par certains complotistes
08:34qui ont en fait réussi à capturer l'un des moments où Montreuil n'était plus écrit à l'écran.
08:40Et à partir de là, en fait, les internautes malveillants se mettent sur ce sujet-là
08:44et en fait, comparent l'image de BFM, l'image de l'AFP.
08:49Sur l'image de BFM, du coup, il est écrit Nice.
08:51Sur l'image de l'AFP, il est écrit Montreuil.
08:52Oui, c'est sur une capture d'écran du tweet de BFM TV que l'on voit écrit Nice
08:57au-dessus de la photo de Karim Azawi alors qu'il était bien hospitalisé à Montreuil.
09:01Et parmi tous ceux qui retweetent cette image, l'un d'entre eux s'appelle Idriss Aberkane.
09:06Il a plus de 150 000 abonnés. Qui est-il d'un mot ?
09:10Alors, Idriss Aberkane, c'est l'un des porte-voix, l'une des égéries des antivax
09:14depuis le début de la crise sanitaire.
09:17C'est en fait un chercheur controversé qui a tendance à surgonfler son CV.
09:24Et en fait, depuis la crise sanitaire, il défend Didier Raoul.
09:27C'est un pro hydroxychloroquine, anti-vax, anti-industrie pharmaceutique.
09:32Et donc, Idriss Aberkane, il est très suivi sur Twitter, très suivi sur YouTube.
09:36Quand il s'attaque à quelqu'un, généralement, ça fait vraiment mal, en fait.
09:39Et que dit-il dans son tweet le 16 décembre ?
09:42Que Karim, déjà, ne s'appelle pas Karim. Il remet en cause, en fait, l'endroit où se trouve Karim.
09:49Il remet en cause la véracité de ses propos.
09:51Et il y a un petit hashtag à la fin où il met « Leurs paroles ne vaut rien ».
09:56Un autre internet influent, l'avocat Fabrice Divizio, avocat du professeur Didier Raoult,
10:01que l'on a beaucoup vu dans l'émission de « Cyril Hanouna touche pas à mon poste ».
10:04Fabrice Divizio, lui aussi, relaie un message similaire.
10:08Fabrice Divizio, exactement comme Idriss Aberkane, il remet en cause la véracité des propos.
10:13Il dit que ce n'est pas possible qu'il soit à Nice et à Montreuil.
10:16Il termine son tweet avec un émoji qui se marre.
10:19Ses messages sont très largement relayés.
10:22Très, très relayés, puisque ce sont des gens qui sont très suivis.
10:26Instantanément, en fait, ça prend de l'ampleur.
10:28Les tweets sont reliés des milliers et des milliers de fois.
10:32On est le 16 décembre midi et Karim est officiellement la cible des complotistes.
10:37Certains internautes vont aussi utiliser la ressemblance physique relative entre Karim et un autre patient victime du Covid
10:44ayant témoigné à la télé, un certain Toufik, hospitalisé, lui, à Bordeaux.
10:49BFM, en fait, s'est rendu dans un service de réanimation.
10:53Donc cette fois, ils diffusent un sujet qui n'appartient pas à l'AFP.
10:56Ce sont vraiment les images de BFM.
10:57Et ils ont rencontré un homme qui s'appelle donc Toufik, qui lui est hospitalisé à Bordeaux.
11:02Et en fait, il est aussi non vacciné et lui aussi exprime des regrets.
11:07Et certains ont noté une ressemblance physique avec Karim.
11:11Donc ça n'a fait évidemment qu'alimenter les rumeurs.
11:13On pense qu'il a changé de prénom, qu'il s'est téléporté.
11:16C'est sans fin à ce moment-là.
11:19Une image créée par un internaute, un visuel, va être très partagée.
11:23C'est une photo de Karim. Il a son oxygène sous le nez.
11:26Karim a été détouré. Il est placé dans un couloir d'hôpital.
11:29Et en haut, il y a écrit Karim Réa Tour.
11:33Et à droite, il y a des dates de tournée.
11:34Donc on peut lire par exemple 16 décembre à Paris, 17 à Nantes, 18 à Dijon, 23 à Marseille, 24
11:41à Bordeaux.
11:42Comme s'ils donnaient des concerts et ils faisaient une tournée.
11:44Et qu'en fait, tout ça est faux.
11:46C'est ça que ça veut dire concrètement.
11:48Et ce message, il va être partagé en masse par un certain nombre de complotistes.
11:55Pendant toutes les fêtes de fin d'année, des internautes continuent de relayer ces messages.
12:00Et après les vacances, Gwenaëlle Bourdon, vous apprenez que pendant ce temps,
12:04Karim Azaoui est mort à l'hôpital de Montreuil le lundi 20 décembre.
12:08Donc quelques jours seulement après s'être exprimé face à la caméra de l'AFP,
12:13Karim Azaoui est mort.
12:14Le journal municipal des Lilas fait un petit article annonçant son décès, lui rendant hommage.
12:19Et ce petit article va être repris par un certain nombre d'internautes
12:23qui eux cherchent à contrer justement le déferlement de messages complotistes.
12:27La nouvelle se répand sur un certain nombre de réseaux sociaux,
12:31ce qui va conduire notamment le quotidien Libération à faire aussi un article confirmant ce décès.
12:37Camille Christoffel, les sœurs de Karim Azaoui, écrivent à la rédaction du Parisien.
12:41Le 28 décembre, on reçoit un mail à la rédaction du Parisien de la part de Yasmine,
12:46qui est la sœur de Karim.
12:48Elle nous raconte en fait que son frère se fait lyncher suite à notre interview.
12:52Elle précise vraiment l'interview du Parisien,
12:55qu'il a été interviewé dans un moment de maladie et de faiblesse,
12:58et en fait que la famille, et on peut les comprendre, a besoin de faire son deuil.
13:02Et il nous demande de faire en sorte que le lynchage s'arrête,
13:05et de supprimer toute publication le concernant.
13:09Vous refusez de retirer la vidéo, expliquez-nous ce choix de la rédaction du Parisien.
13:13Déjà, ce ne sont pas nos images.
13:15Ces images, elles ont été tournées par l'AFP.
13:17Donc quand la famille nous a demandé d'enlever ces images,
13:20on a appelé l'AFP pour connaître les circonstances du tournage.
13:24Il nous a été précisé que Karim était lucide au moment du tournage,
13:27que l'interview a été réalisée dans des conditions normales,
13:31qu'il a donné son accord et qu'il savait exactement ce qu'il faisait à ce moment-là.
13:34C'est un sujet informatif, ça dépasse finalement Karim,
13:39puisque le témoignage est tellement fort que c'est devenu un peu un symbole.
13:43Je pense, et on est d'accord à la rédaction du Parisien,
13:47qu'il ne faut pas retirer ces images-là,
13:49que ça va desservir le propos,
13:51que ça risque d'enrichir celui des complotistes.
13:55Et donc voilà, on essaye de trouver un terrain d'entente,
13:57tout en faisant extrêmement attention à ces sœurs,
13:59qui sont évidemment très très peinées,
14:02et c'est au-delà de ça en fait.
14:04Mais au final, en discutant, on décide de laisser ces images,
14:07parce qu'on pense qu'elles sont importantes et elles veulent dire quelque chose.
14:11Gwenaëlle Bourdon, à partir de là,
14:12vous allez préparer un article sur Karim Azawi,
14:15son portrait pour le Parisien,
14:16et vous échangez, vous aussi, avec les sœurs de Karim.
14:19On avait demandé à les rencontrer,
14:21pour pouvoir recueillir leurs témoignages dans le cadre du portrait
14:25qu'on souhaitait faire de Karim Azawi,
14:27et ses sœurs ont refusé.
14:29Elles ont préféré nous envoyer un message écrit,
14:31je pense qu'elles se sont vraiment fait violence pour écrire ce message.
14:35Dans ce message, les sœurs expliquent qu'elles auraient préféré
14:38qu'il n'y ait plus du tout d'articles sur leurs frères,
14:40mais que, puisqu'on fait un portrait,
14:42il est important qu'elles témoignent.
14:45Bonjour, malgré le fait que nous aurions aimé
14:47que tous ces articles à son sujet cessent,
14:49afin de pouvoir vivre notre deuil en paix,
14:51et éviter tout ce lynchage médiatique,
14:53il est de notre devoir de parler de notre frère pour son portrait,
14:57car aucune personne n'est mieux placée que nous pour le décrire.
15:00Notre frère était une personne gentille, aimante et appréciée,
15:04très serviable envers tous, toujours là pour nous.
15:06Il se rendait tous les matins à la maison auprès de notre mère
15:09pour prendre son petit déjeuner,
15:11et tous les midis pour déjeuner avec elle.
15:13Un papa poule, fusionnel avec ses enfants,
15:16et un mari attentionné.
15:17Il était une personne très joyeuse et entière.
15:21Merci de préciser également, et nous y tenons,
15:23qu'il n'était pas et n'a jamais été un anti-vax.
15:26Il se posait des questions, oui, comme beaucoup de Français.
15:30Nous souhaitons respecter sa mémoire,
15:32et que toutes ses théories absolument fausses
15:34et aberrantes à son sujet cessent.
15:38Elles tiennent évidemment à rappeler
15:40qu'il a toujours été hospitalisé à Montreuil,
15:43qu'il n'était pas un comédien,
15:44que c'était un vrai malade,
15:46dont l'issue a été tragique.
15:51Et vous allez en reportage au Lila,
15:53où travaillait Karim Azawi,
15:54et où il a longtemps vécu,
15:55c'est ce qu'on disait au début de cet épisode de Code Source,
15:58et vous en apprenez plus sur lui,
16:00sur cet homme que tout le monde regrette.
16:02Oui, avec l'aide de mes collègues de l'édition de Seine-Saint-Denis,
16:05j'entre en contact avec le maire de la commune,
16:08et avec la responsable du service
16:11où travaillait Karim Azawi.
16:13Il m'explique que c'est un enfant de la ville,
16:16qu'il a grandi là,
16:17puis qu'il y a longtemps travaillé,
16:19et forcément ensuite, en allant sur place,
16:22dans le quartier de son enfance,
16:24je croise des gens qui le connaissent,
16:26qui me décrivent sa silhouette familière,
16:28un monsieur grand, costaud,
16:30toujours avenant, souriant, liant,
16:33discutant avec les uns et les autres.
16:35Et visiblement, c'est quelqu'un que tout le monde appréciait,
16:38parce qu'il était à la fois discret, chaleureux, bienveillant.
16:40Le défarlement de fake news concernant Karim Azawi continue.
16:44Face à ça, l'hôpital de Montreuil décide de publier un communiqué le jeudi 6 janvier.
16:49C'est assez rare pour être souligné,
16:51d'autant qu'en ce moment, les hôpitaux ont d'autres choses à gérer que leur communication.
16:55Mais là, en l'occurrence, la direction de l'hôpital prend la peine d'écrire un communiqué de presse,
16:59qui est adressé à tous les médias,
17:01dans lequel elle déplore la polémique autour du sort de Karim Azawi.
17:06Et puis, elle exhorte tous les médias à rétablir la vérité autour de cette affaire.
17:12Gwenaëlle Bourdon, Camille Christoffel, vous co-signez toutes les deux, ce jour-là, le 6 janvier,
17:17un article racontant l'histoire de Karim Azawi.
17:19Le titre de cet article, à retrouver sur leparisien.fr,
17:23ils veulent laver l'honneur de Karim, non vacciné, mort du Covid, et cible des complotistes.
17:30Camille, est-ce que vous savez comment ces sœurs ont réagi à votre article ?
17:34Elles m'ont envoyé un message pour me dire qu'elles avaient été touchées par le portrait du Parisien,
17:39qu'on avait respecté ce qu'elles nous avaient transmis.
17:41Et aujourd'hui, du coup, elles ont plusieurs combats.
17:44Le premier, c'est de rayer le mot anti-vax à côté de leurs frères.
17:48C'est-à-dire que pour elles, ce n'est pas un anti-vax, et donc on ne peut pas
17:51dire que c'en est un.
17:52Elles sont vraiment dans une démarche aujourd'hui de faire leur deuil,
17:55et que cette période horrible qu'elles viennent de vivre, encore une fois, ce sont leurs mots,
18:00soit le plus vite possible derrière elles.
18:02Gwenaëlle Bourdon, dans cet épisode de Code Source,
18:04on voit bien que témoigner dans un média national aujourd'hui,
18:08c'est risquer de se faire harceler sur Internet à travers la France.
18:12Malgré ça, est-ce que pour vous, Karim Azawi a eu raison de parler à la caméra de l'agence
18:17France Presse ?
18:18Les sœurs de Karim Azawi considèrent que leurs frères n'auraient pas dû parler à la caméra de l'agence
18:23France Presse,
18:24que ça a été un cauchemar dans le cauchemar.
18:27Karim Azawi, lui, il avait fait le choix de s'exprimer.
18:31Dans une situation où il était affaibli, malade, il a décidé de faire passer un message.
18:37Évidemment, il n'imaginait pas les conséquences que ça pourrait avoir ensuite pour lui,
18:41mais s'il l'a fait à ce moment-là, c'est qu'il jugeait qu'effectivement, c'était très
18:45important,
18:45et qu'il fallait entendre sa parole.
18:59Merci à Gwenaëlle Bourdon et Camille Christoffel.
19:02Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou,
19:06Thibaut Lambert et Sarah Amny.
19:08Réalisation, Julien Moncouquiole.
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