- il y a 2 jours
Leurs rêves d’évasion sont devenus de grandes aventures. Expéditions extraordinaires, navigation en solitaire, sport extrême en mer et dans les airs… Ces aventuriers et aventurières ont mis leur corps et leur mental à rude épreuve. Hélène, Stève, Capucine, Fred et Stéphanie livrent pour Code source les récits de leurs exploits.
Le 11 mai, Hélène Drouin est officiellement devenue la femme la plus jeune a voir gravi l’Everest. Dans cet épisode, elle raconte au micro de Clawdia Prolongeau son ascension de 13h30, aux allures de parcours du combattant, vers le plus haut sommet du monde. Un rêve que l’alpiniste de 27 ans, aussi interne en médecine à Auxerre, a construit pendant plus d’un an et financé grâce à une collecte de fonds pour l’hépatite B.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Hage et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
Le 11 mai, Hélène Drouin est officiellement devenue la femme la plus jeune a voir gravi l’Everest. Dans cet épisode, elle raconte au micro de Clawdia Prolongeau son ascension de 13h30, aux allures de parcours du combattant, vers le plus haut sommet du monde. Un rêve que l’alpiniste de 27 ans, aussi interne en médecine à Auxerre, a construit pendant plus d’un an et financé grâce à une collecte de fonds pour l’hépatite B.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Hage et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Après un an et demi d'épidémie, nous sommes nombreux et nombreuses à rêver d'évasion et d'aventure.
00:17Cet été, Codesource a choisi de vous proposer les témoignages de cinq aventurières et aventuriers,
00:23des hommes et des femmes qui repoussent leurs limites, parfois jusqu'à frôler la mort.
00:27Aujourd'hui, Hélène Drouin, une interne en médecine âgée de 27 ans,
00:32au printemps, elle a réalisé l'un de ses rêves en escaladant l'Everest.
00:36Elle raconte au micro de Claudia Prolongeau.
00:46Hélène Drouin est interne en anesthésie-réanimation à l'hôpital d'Auxerre.
00:50C'est là que je la retrouve, un des rares jours où elle ne travaille pas.
00:54Hélène fait donc partie des soignants envoyés au front depuis maintenant plus d'un an.
00:58Mais pas seulement.
00:59Depuis le 11 mai, elle est aussi la plus jeune française à avoir gravi l'Everest
01:04au terme d'un long parcours du combattant pour réussir cette ascension.
01:08Hélène est née et a vécu en Angleterre pendant 14 ans, quand ses parents y travaillaient.
01:13Puis elle a passé 10 ans à Lyon avant de commencer son internat à Dijon.
01:17Sa mère est savoyarde et depuis toute petite, été comme l'hiver, elle pratique des sports de montagne.
01:24Beaucoup de VTT, d'escalade, de marche, d'alpinisme, puis ski de fond, scalpin, des sports de nature.
01:32J'ai fait mon premier glacier quand j'avais 11 ans et puis tous les ans on faisait des glaciers.
01:37Et je pense que le premier glacier qui m'a un peu marquée, c'était quand j'avais 15 ans,
01:41j'ai fait l'Albaron qui a un sommet à 3600 mètres qui était magnifique
01:44parce qu'on avait fait une traversée glaciaire au lieu d'un aller-retour.
01:48Donc c'était super, j'étais avec ma famille, c'était vraiment très ouf.
01:54Plus on monte en altitude, moins on entend des bruits de nature
01:57puisqu'il n'y a plus de briceaux, il n'y a pas d'animaux, il n'y a pas
02:01d'oiseaux.
02:01Et on entend souvent un petit vent et la neige qui se crispe sous les crampons.
02:07Donc c'est vraiment un environnement un peu dans une autre bulle, une autre sphère du monde.
02:15Assez tôt dans sa vie donc, Hélène sait que la montagne aura une place importante pour elle.
02:20Pour autant, elle ne se dit jamais qu'elle aimerait devenir professionnelle.
02:23L'alpinisme est sa passion, elle veut que ça le reste.
02:26Elle s'oriente alors vers des études de médecine
02:28et continue, dès qu'elle en a l'occasion, de se rendre en montagne.
02:32A 20 ans, avec deux copines, elle gravit le Mont-Blanc jusqu'au sommet.
02:36On avait en fait envie de faire le Mont-Blanc pour nos 20 ans.
02:39Donc on connaissait un guide et on a fait dans de super conditions.
02:44Il y a une voie qui s'appelle les Trois-Monts et c'était absolument extraordinaire
02:49puisqu'on était en haut vers 13h, on est resté déjeuner pendant une heure au soleil.
02:54C'était un peu magique comme journée.
02:56L'idée de l'Everest se met à germer dans son esprit, lointaine d'abord.
03:01Comme un rêve, aussi beau que peu probable.
03:04C'est une petite graine qui pousse, donc on ne se rend pas vraiment compte
03:09le moment où ça commence à devenir assez grand pour être visible.
03:12Mais je pense qu'en partie, le fait qu'il y a plus de 5 ans,
03:17je connaissais indirectement la mère bulgare d'un ami qui avait fait l'Everest.
03:22Quand elle avait 45 ans, en tant qu'amateur, elle n'était pas professionnelle.
03:25Donc même si je n'avais pas pu discuter avec elle, que je n'avais pas pu la rencontrer,
03:30je savais juste que si une femme de 45 ans amateur se donne les moyens de faire l'Everest,
03:35c'était accessible aussi pour moi.
03:37Avec en ligne de mire l'Everest, Hélène teste ses capacités dans plusieurs disciplines,
03:41sans dire autour d'elle quel est son objectif final.
03:45En 2018, elle gravit le Pic Lénine,
03:47un sommet à la frontière entre le Tadjikistan et le Pyrgyzistan
03:51qui culmine à 7134 mètres.
03:54En 2019, elle fait un Ironman, course de triathlon,
03:58qui consiste à enchaîner 3,8 kilomètres de natation,
04:01180 kilomètres de vélo, puis un marathon,
04:04dont 42 kilomètres 195 de course à pied.
04:07Je pense que déjà avant le Pic Lénine, c'était clair dans ma tête.
04:11Après je l'ai annoncé en 2019 à ma famille.
04:15Mais pour moi c'était déjà en tête depuis très longtemps.
04:17Je savais quand le faire parce que j'étais conditionnée
04:20par des contraintes dans ma spécialisation,
04:23qui fait que je ne pouvais que le faire cette année 2021.
04:27Hélène a commencé son internat en novembre 2018.
04:30Il est interdit de prendre un premier semestre de césure dès le début,
04:33donc elle doit attendre au moins novembre 2019.
04:37Le problème, c'est qu'à ce moment-là,
04:39elle est loin d'avoir réuni le financement nécessaire.
04:42Il lui reste donc l'année 2020 pour préparer une ascension en 2021.
04:46Car après, sa thèse de médecine l'oblige à rester à Auxerre pendant un an et demi.
04:50C'était donc le moment où jamais.
04:52A l'été 2020 donc, Hélène commence à démarcher des sponsors et des médias
04:56pour faire parler de son projet qui est en fait double.
04:59Car en plus de gravir le plus haut sommet du monde,
05:02elle veut mobiliser autour d'une collecte de fonds pour l'hépatite B
05:05après avoir fait un stage dans un laboratoire de recherche de l'Inserm à Lyon.
05:09Les sponsors doivent aider à financer son ascension
05:11et les médias à attirer l'attention sur sa collecte de fonds.
05:14Mais l'affaire s'avère encore plus compliquée qu'imaginée.
05:17En moyenne, l'ascension de l'Everest coûte 55 000 euros.
05:21Une somme que, bien sûr, Hélène n'a pas.
05:24Il y a 12 000 dollars juste de permis qui vont directement au gouvernement népalais
05:30et ensuite à peu près 33 000 dollars pour l'agence qui monte le projet
05:37et après il y a le budget de matériel, d'assurance.
05:41Donc c'est sûr que c'est le premier facteur qui peut freiner des gens
05:47qu'il faudrait faire ce genre d'ascension.
05:48Mais ça fait partie de l'expédition en fait.
05:51Hélène arrive à trouver des sponsors.
05:53Mais l'argent qu'il lui apporte ne peut financer qu'un tiers de son projet.
05:57Elle décide donc de mobiliser ce qui lui reste de son prêt contracté au début de son internat.
06:01Elle avait prévu d'acheter une voiture, elle fera 100.
06:04Mais ça ne suffit pas.
06:05En novembre 2020, elle prend donc un semestre de césure en France
06:09pour aller pratiquer en tant que médecin urgentiste intérimaire en Angleterre.
06:12Voilà, en Angleterre, effectivement, on est très bien rémunérés
06:15puisque moi, en tant qu'internat intérimaire,
06:17je gagnais 7 fois plus qu'en France au tarif horaire.
06:23Donc c'est vrai que ça m'a permis de compléter mon budget d'expédition.
06:28Le projet financier est donc bouclé et c'est un pas de plus vers le sommet.
06:31Mais pas la fin des difficultés.
06:33Il y a très peu de femmes qui font de la très haute altitude.
06:37Le ratio est à peu près de 1 pour 10.
06:40Donc forcément, les options d'équipement sont moindres.
06:45J'ai passé un peu de temps à récupérer dans d'autres pays d'Europe
06:49les tailles S, en fait, des tailles small pour femmes.
06:52Pour les chaussures, je suis directement allée commander mes chaussures
06:57dans la fabrique de la marque La Sportiva, par exemple, en Italie.
07:01Et puis, c'est vrai que du coup, les vêtements sont conçus pour les hommes.
07:06C'est-à-dire que la fermeture éclair s'arrête pour que l'homme puisse pisser debout.
07:14Il y a aussi, les femmes, on n'a pas la même sensibilité au froid.
07:19Donc sur les sacs de couchage, il y a presque 8 degrés de différence.
07:22Donc il faut bien aller chercher des vêtements très très chauds pour les femmes,
07:26d'autant plus à ces attitudes-là où le matériel est un élément essentiel
07:32pour réussir dans de bonnes conditions l'expédition.
07:35Au début du mois de mars, Hélène revient en France,
07:38épuisée plus qu'excitée par ce qui l'attend.
07:40Au printemps dernier, j'étais dans la première vague Covid.
07:44Donc on a eu, bien sûr, beaucoup plus de gardes.
07:46Et puis en France, quand je suis arrivée, j'avais 5 semaines pour tout boucler,
07:50à la fois administratif, tous les rendez-vous qu'il faut faire avant,
07:55boucler les dates, tout le matos qu'il fallait recevoir, envoyer, vérifier.
08:01Donc j'étais quand même... J'avais pas eu un moment de répit.
08:08Le 4 avril, enfin, son avion décolle.
08:11Je me suis posée quelques jours et quatre mondous.
08:14Il y a une vérification avec le guide de tout le matériel
08:18pour vérifier qu'il n'y a pas de derniers achats à avoir.
08:20Et puis je suis partie pour l'UCLAS, qui est au bas de la vallée,
08:24de toute la vallée de l'Everest, qui a 2000 m d'altitude, le 9 avril.
08:28Et après, tranquillement, on fait un grand tour.
08:31C'est une balade en montagne jusqu'à 5300 m, le camp de base, le 16 avril.
08:37Et après, à partir du camp de base, il y a la phase d'acclimatation.
08:42Donc normalement, les gens, ce qu'ils font, c'est qu'ils partent du camp de base
08:46à 5300 m et ils font des allers-retours dans la montagne de l'Everest
08:51aux différents camps.
08:52En fait, il y a quatre camps au-dessus du camp de base,
08:54du camp 1 au camp 4, avec des tentes.
08:57Et généralement, du camp de base, ils vont au camp 1,
09:00il reste une nuit, ensuite ils redescendent au camp de base,
09:02ensuite ils se reposent, ensuite ils repartent à nouveau pour une deuxième rotation.
09:06Par exemple, ils vont au camp 1, ils dorment une nuit,
09:07ils vont au camp 2, ils dorment plusieurs nuits.
09:10Et puis, ils redescendent tout en bas au camp de base,
09:11ils se reposent, puis ils font ça peut-être une troisième fois.
09:15Et ce n'est pas sans risque, en fait,
09:16parce que malheureusement, la plupart du danger de montagne
09:19se situe entre le camp de base et le camp 2.
09:22C'est là où il y a les crevasses, les risques d'avalanches.
09:25C'est là où, en 2014 et en 2015,
09:27il y a eu, avec les tremblements de terre et des avalanches,
09:29beaucoup de morts.
09:30Donc c'est vraiment la partie la plus dangereuse de la montagne.
09:33Et ce n'est pas sans risque de faire ce genre d'aller-retour.
09:36A 5000 m de hauteur, la teneur en oxygène dans l'air
09:39a presque baissé de moitié.
09:40Et c'est la raison pour laquelle il faut s'habituer à respirer.
09:43Comme naturellement Hélène s'acclimate vite,
09:45elle s'épargne donc les allers et retours
09:47entre le camp de base, situé à 5300 m,
09:50et les autres camps.
09:51La météo n'est pas très clémente.
09:53Il neige beaucoup, et pendant plusieurs jours,
09:55elle attend en bas, avec son guide,
09:57d'autres alpinistes et d'autres guides népalais,
09:59ainsi qu'une équipe de deux vidéastes canadiens
10:01qui font un reportage sur eux.
10:04Bien organisés et tous en forme,
10:06ils quittent le camp de base le 3 mai
10:07pour commencer l'ascension.
10:13Donc moi, c'est la première fois que je suis quittée
10:14pour aller dans la montagne de l'Everest.
10:16Et on a fait une nuit au camp 1,
10:19qui est assez risquée
10:20parce qu'il y a pas mal de crevasses.
10:22Et puis tout de suite, on est allé au camp 2,
10:24le 4 mai.
10:25Là, en fait, on a attendu
10:27l'annonce de la météo clémente.
10:30La météo est tombée.
10:32Le premier jour de l'ouverture de l'Everest
10:34serait le 11 mai.
10:35Et nous, on voulait être le premier jour de l'ouverture
10:38parce qu'on savait qu'il y aurait moins de monde
10:40et que le vent était très tolérable.
10:43Donc on est resté 5 jours au camp 2.
10:46Et puis on est parti,
10:47le 9 mai, on est parti pour le camp 3
10:49à 7000 mètres d'altitude.
10:51Où là, on commence à avoir de l'oxygène.
10:54Il faut savoir que 99% des gens qui font l'Everest
10:56font avec l'oxygène, y compris les Népalais.
10:58C'est les seuls au monde à avoir un avantage génétique
11:01où ils produisent plus de globules rouges naturellement.
11:04Donc ils ont cet avantage.
11:06Ce qui fait qu'ils ont besoin de moins d'oxygène.
11:09Ils se foutent un peu de notre gueule d'ailleurs
11:11en disant que nous, on commence à s'acclimater
11:13à partir de 2000 mètres.
11:15Et eux, ils n'ont que besoin de s'acclimater
11:17à partir du camp de base,
11:18donc à partir de 5300 mètres.
11:19C'est des gens qui sont extraordinaires,
11:21qui portent 35 kilos jusqu'à 8000 mètres
11:23pour installer les camps.
11:24C'est des gens hors normes.
11:26Je n'ai jamais vu des gens
11:27qui pouvaient être à la fois alpinistes
11:29et à la fois hyper fort physiquement.
11:31Donc j'ai énormément de considérations
11:33pour ces guides Sherpa.
11:37Le 10 mai, on est parti au camp 4.
11:40On est arrivé au camp 4 vers 15h.
11:43Ensuite, on se pose dans les tentes
11:45pendant quelques heures.
11:46Et on est reparti à 21h pour le sommet
11:49qui se fait la nuit,
11:51avec le lever du jour le 11 mai.
11:53Et moi, je suis arrivée au sommet un peu plus tard.
11:55J'étais la dernière de mon équipe.
11:56Donc vers 10h, 10h30 le 11 mai.
11:59Après 13h30 d'ascension,
12:02Hélène se hisse enfin sur le sommet
12:03de la plus haute montagne du monde
12:05à 8 849 mètres.
12:08On arrive en marchant
12:10et ça fait une espèce de plateforme.
12:12Et on a une vue sur 360 degrés.
12:15Et là, on peut voir tous les autres sommets en bas
12:18qui sont très bas.
12:20Et c'est majestueux, c'est grandiose.
12:24On a vraiment une vue,
12:25mais vraiment très lointaine.
12:27On entend essentiellement
12:30sa fréquence cardiaque,
12:32son poux en fait,
12:33et sa respiration lente.
12:35Donc on entend son corps.
12:37Il n'y a pas de bruit d'avion,
12:40il n'y a pas de bruit d'oiseau,
12:42il n'y a pas de bruit de saut.
12:43Donc on n'est que présent infiniment
12:45avec soi-même en fait.
12:47Et un peu de vent.
12:48Et donc c'est assez envoûtant
12:51en fait comme ambiance.
13:00Mais il y a quand même eu quelques couacs.
13:02Et une fois au sommet,
13:03Hélène ne peut pas faire ce qu'elle avait prévu.
13:06Moi, étant myope,
13:07j'ai pris des lunettes de sport à ma vue,
13:10par-dessus lesquelles je mettais un masque de vent
13:13pour protéger du vent.
13:14Sauf qu'avec le masque à oxygène,
13:16il y avait un petit espace.
13:19Ce qui fait que,
13:21avec l'humidité,
13:24tout mon masque côté droit a gelé.
13:26Donc je ne pouvais pas le gratter.
13:27En plus, il fait très froid.
13:28Donc je ne voyais rien
13:30de mon oeil droit
13:31et une partie de mon oeil cochon.
13:33L'autre problème de matériel,
13:34c'est que mon masque à oxygène
13:38produit une humidité.
13:39Donc ça a gelé.
13:40En fait, ma fermeture est claire.
13:41Il y en a qui ont un espèce de rabat en tissu
13:43qui permet de se protéger la fermeture est claire,
13:44pas la mienne.
13:46Et donc, arrivé au sommet,
13:47je voulais envoyer avec mon GPS
13:49un message programmé,
13:51boire mon eau,
13:52manger un gel,
13:54prendre une photo avec mon appareil photo.
13:55Et en fait,
13:56je n'arrivais pas à ouvrir
13:57ma fermeture est claire.
13:58C'était gelé.
13:59Après, je ne vous cache pas,
14:00pour moi,
14:01ce n'était pas le moment
14:02d'avoir une émotion forte
14:04puisque on sait que la majeure partie
14:06des accidents et des morts
14:07en fait arrivent en redescente.
14:08Donc, voilà,
14:10j'étais très, très concentrée
14:11de ne pas me laisser envahir
14:13par mes émotions
14:14et penser à cette redescente.
14:175 à 10 minutes plus tard,
14:18Hélène redescend,
14:19toujours accompagnée de son guide,
14:21jusqu'au camp 4.
14:22Là, il reste la nuit
14:24et reparte le lendemain
14:25pour deux jours de descente
14:26jusqu'au camp de base.
14:28Il commence donc leur longue route,
14:30en avance sur les vidéastes
14:31et les autres guides et touristes,
14:33restés un peu plus longtemps au camp 4.
14:35Mais dès le camp 3,
14:36le guide d'Hélène se sent mal.
14:38Je suis partie avec mon guide seul
14:39et au bout de deux heures,
14:40en fait,
14:40il s'est complètement épuisé,
14:42il s'asseyait tous les 10 mètres.
14:44Et donc,
14:45on avait passé un éperon
14:46un peu difficile techniquement.
14:49On était en plein cagnard
14:51parce qu'on avait passé
14:52le couloir devant
14:53et on était dans un endroit
14:55où il faisait chaud,
14:57où il n'y avait pas trop de risques.
14:59Et lui,
15:00il était trop épuisé,
15:01en fait.
15:02Et donc,
15:02il voulait attendre
15:03l'équipe qui était derrière
15:05tous les Népalais très forts
15:07et puis les Canadiens.
15:09Donc,
15:09en fait,
15:09je me posais la question,
15:10soit j'attendais
15:11que toute l'équipe vienne,
15:13mais j'allais attendre
15:13encore une heure et demie
15:14et je commençais à avoir
15:15moins d'oxygène
15:16et je commençais à moi-même
15:17être très fatiguée.
15:19Ou soit je le laissais,
15:20il était conscient,
15:21il était lucide,
15:22il n'allait pas faire
15:23une erreur pour lui-même,
15:25il ne se mettait pas en danger,
15:26il était complètement lucide,
15:27il était juste épuisé.
15:28Donc,
15:28je lui laissais ma gourde,
15:31il avait des gels
15:32et puis il avait son taki-waki
15:33pour appeler les Canadiens
15:34et moi,
15:34je suis partie toute seule
15:35descendre.
15:41Je n'ai pas fait la maladie
15:42et je n'y attendais pas,
15:46en fait,
15:46je ne m'y attendais pas
15:46et j'étais hyper concentrée.
15:50Donc,
15:51pendant deux heures,
15:52je suis descendue toute seule
15:53jusqu'au camp 3
15:54où là,
15:54j'ai revu un Népalais du groupe
15:56et après,
15:57on est descendu au camp 2
15:57mais voilà,
15:58il y a eu deux heures
15:58où je suis descendue toute seule.
16:01Enfin,
16:02le 13 mai,
16:03Hélène revient au point de départ,
16:04le camp de base de l'Everest.
16:09C'est le point que j'avais jugé
16:11comme étant mon sommet.
16:12En fait,
16:12mon sommet,
16:13ce n'était pas la cime,
16:14c'était d'arriver saine et sauve
16:16à un lieu de sécurité
16:17sans engelure.
16:18c'était vraiment mon but.
16:19Donc,
16:20je n'ai pas lâché mentalement
16:21ni émotionnellement
16:22jusqu'à ce que je sois arrivée
16:24au camp de base le 13 mai.
16:26Et là,
16:27voilà,
16:27là,
16:28c'est les pleurs,
16:29c'est tout finalement
16:31le projet qu'on a mené
16:33depuis plus d'un an,
16:34en fait,
16:34qui se clôt.
16:36Toutes ces peurs-là aussi,
16:37quand même,
16:38moi,
16:38j'ai tout lâché
16:39au camp de base
16:41le 13 mai.
16:44De retour en France,
16:45Hélène a tout de suite commencé
16:46son nouveau semestre
16:47d'internat à Auxerre.
16:48La campagne de dons
16:49qu'elle a lancée
16:50en parallèle de son projet
16:51est toujours ouverte.
16:53Alors,
16:53mon prochain sommet
16:54est toujours en cours,
16:55c'est la campagne de dons.
16:56D'ailleurs,
16:57c'est un sommet assez dur.
16:59Et après,
17:00voilà,
17:00mon prochain sommet,
17:01c'est de finir
17:03mon cursus médical.
17:04j'ai encore une thèse
17:05à effectuer,
17:07des années intenses
17:09pour apprendre mon métier.
17:11Donc,
17:11voilà,
17:12je me concentre
17:12sur ces deux choses
17:13actuellement.
17:16C'est sûr que l'alpinisme
17:18fait partie
17:19de mon équipe de vie,
17:21mais je suis passionnée
17:22de la vie,
17:23j'aime plein de choses
17:23et j'aime aussi la musique,
17:25j'aime aussi...
17:26Donc,
17:26il y a plein de projets
17:27en fait qui sont en cours.
17:35Claudia,
17:35ce qui m'a le plus surpris
17:36dans ce témoignage,
17:37c'est qu'en fait,
17:38elle n'est restée que
17:38cinq minutes environ
17:39en haut de l'Everest.
17:41Oui,
17:42alors moi,
17:42j'avais déjà entendu
17:43qu'effectivement,
17:43quand on allait en haut de l'Everest,
17:44on y restait très peu.
17:45Mais moi,
17:46ce qui m'a étonnée,
17:46c'est qu'elles disent
17:47qu'effectivement,
17:48ce n'est pas le moment phare,
17:49en tout cas.
17:50Et ça,
17:51c'est assez surprenant.
17:52Il se trouve qu'en fait,
17:52les alpinistes,
17:53quand ils vont sur l'Everest,
17:55il y a énormément d'efforts
17:56à faire ensuite
17:57pour redescendre.
17:58Et en fait,
17:58ils n'ont pas le temps
17:59de s'attarder
18:00parce qu'il faut qu'ils
18:00redescendent assez rapidement.
18:02Là,
18:02Hélène,
18:03c'est 13h30 d'ascension,
18:04donc c'est énorme.
18:05Il faut redescendre vite,
18:06il ne faut pas que le soleil
18:07se couche
18:08avant qu'on soit redescendu en bas.
18:10Et en fait,
18:11on n'a pas le temps
18:11de s'attarder,
18:12on n'a pas le temps
18:13d'y passer du temps,
18:14mais on n'a pas le temps
18:14non plus
18:16d'être là
18:16à se dire
18:17c'est incroyable
18:18ce que je vis et tout ça.
18:18Il faut rester concentré,
18:19il faut rester dans sa course,
18:20il ne faut pas arrêter
18:21tant qu'on n'a pas franchi
18:22la ligne d'arrivée
18:22et la ligne d'arrivée,
18:23c'est le camp de base
18:24et donc elle reste 5 minutes
18:25et elle ne se laisse pas déborder
18:27par ses émotions.
18:28Quelles sont les températures
18:29quand on gravit l'Everest
18:31ou quand on en redescend ?
18:32Alors,
18:32les températures,
18:33elles peuvent descendre
18:34jusqu'à moins 62.
18:35Donc ça,
18:36c'est vraiment extrême.
18:37Quand Hélène y était,
18:38c'était environ
18:38moins 40 la nuit
18:39et le jour,
18:40en revanche,
18:41j'étais assez surprise
18:42de la prendre.
18:43Il fait très chaud
18:44parce qu'en fait,
18:44c'est une vallée
18:45dans laquelle le soleil
18:46tape directement
18:50et pas du tout contraignant
18:51en termes d'équipement
18:52quand elle restait sur le camp
18:54et que juste
18:55elle se baladait comme ça.
18:56Mais le problème
18:57de cette chaleur,
18:58c'est que ça favorise
18:59évidemment les avalanches
19:00et les blocs de glace
19:01qui tombent
19:02et donc ça crée
19:02des conditions dangereuses.
19:04Hélène Rouen,
19:04est-ce qu'elle va bientôt
19:06repartir pour un autre sommet ?
19:07Pas dans l'immédiat,
19:08déjà parce que
19:09comme elle l'explique,
19:10ça coûte quand même
19:10beaucoup d'argent
19:11donc il faut avoir
19:12les fonds nécessaires
19:13et puis voilà,
19:15elle a ses études
19:15qui comptent beaucoup
19:16donc il faut qu'elle termine,
19:17il faut qu'elle passe sa thèse,
19:20et pour l'instant,
19:21c'est sur ça
19:21qu'elle se concentre.
19:23Merci Claudia Prolongeau,
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