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Il y a 80 ans, le 16 juillet 1942, plus de 12 000 Juifs sont arrêtés puis enfermés dans l’enceinte du Vélodrome d’Hiver, dans le 15ème arrondissement de Paris. A la fin de la guerre, en 1945, on ne compte qu’une centaine de rescapés. Récit.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert et Lolla Sauty - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : INA.

#rafle #veldhiv

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12La France commémore les 80 ans de la rafle du Veldiv.
00:16Plus de 12 800 hommes, femmes et enfants, arrêtés parce qu'ils étaient juifs.
00:21Un crime commis par la France à la demande de l'Allemagne nazie les 16 et 17 juillet 1942.
00:27Codesource revient aujourd'hui sur l'une des pages les plus sombres de l'histoire de notre pays,
00:33avec Yves Géglet du service Culture du Parisien.
00:36Yves Géglet qui est amené dans ce podcast à évoquer sa propre famille et le Parisien,
00:41parce que les bureaux du Parisien sont situés précisément là où se trouvait le Vélodrome d'hiver.
00:50Yves Géglet, jusqu'en septembre 2017, le journal où vous travaillez, le Parisien,
00:55était installé au nord de Paris, en Seine-Saint-Denis, à Saint-Ouen.
00:59Comment étaient les locaux du Parisien à ce moment-là ?
01:01Ils étaient situés dans une ancienne usine depuis les années 70.
01:04Alors c'était une volonté à l'époque d'être inscrit vraiment en Ile-de-France et pas à Paris.
01:09Donc c'était un ancrage vraiment populaire.
01:11En 2017, le journal Le Parisien s'apprête à déménager vers Paris dans le 15e arrondissement.
01:17Beaucoup de journalistes du Parisien râlent un peu en disant que Le Parisien est un journal populaire
01:22et que Saint-Ouen lui convenait mieux que le 15e arrondissement de la capitale.
01:26Vous, Yves Géglet, le site retenu vous pose problème ?
01:30Oui, ça m'a tout de suite perturbé parce que j'ai compris immédiatement que c'était le site du
01:35Veldive.
01:36Et je trouvais ça étrange.
01:38Parce qu'il faut dire que votre propre mère est rescapée de la Shoah.
01:42Oui, mes grands-parents maternels étaient des Juifs polonais qui ont émigré en France à la fin des années 20.
01:48Mon grand-père avait été arrêté en 1941.
01:52Ma mère a échappé à la rafle en 1942.
01:56Du coup, le Veldive dans ma famille a toujours été un nom avec, disons, une force émotive très puissante.
02:03Presque tous les cousins et cousines de ma mère, ses oncles et tantes, ont été déportés.
02:09Et ma grand-mère, ma mère et ma tante, elles, comme d'autres Juifs, ont pu s'échapper la nuit
02:15de la rafle,
02:16pu être cachées chez des justes et survivre.
02:19La nuit de la rafle du Veldive, donc, et c'est pour ça que vous hésitez à aller travailler sur
02:25l'ancien site du Veldive.
02:27Et pour nourrir votre réflexion, vous décidez de consulter un historien qui fait autorité sur le sujet.
02:33Oui, vraiment, je tournais en rond, ça devenait compliqué parce qu'il y allait quand même de mon travail.
02:38Et j'ai fini par me dire, je vais contacter Serge Klarsfeld, qui est l'autorité suprême en la matière,
02:43que j'avais déjà interviewé plusieurs fois.
02:47Serge Klarsfeld, historien très important et président de la Fédération des fils et filles des déportés juifs de France.
02:55C'est grâce à lui que tout ce travail de mémoire a pu commencer.
02:58Donc, je lui ai envoyé un mail vraiment très simple en lui disant qu'on s'était rencontré, mais en
03:04lui parlant aussi un petit peu de mon histoire familiale,
03:07que j'étais perdu, que je ne savais pas si je devais aller ou pas sur ce qui était quand
03:11même pour moi un lieu de mémoire et un lieu de fantôme.
03:17Yves Géglet, vous allez nous résumer aujourd'hui, avant de voir ce que vous a répondu Serge Klarsfeld,
03:22vous allez nous résumer ce qu'a été la rafle du Veldiv.
03:25Et avant d'aller plus loin, il faut d'abord dire ce qu'est le Vélodrome d'hiver, construit en
03:291909, pas loin de la Seine et de la Tour Eiffel.
03:32C'est un lieu festif auquel les Français sont attachés. On fait quoi au Veldiv ?
03:36C'est l'équivalent d'un palais des sports, c'est immense. A l'époque, il y a beaucoup de
03:40vélodromes, il y a beaucoup de courses cyclistes sur piste, beaucoup plus que maintenant.
03:44Il y avait aussi des combats de boxe, très important, époque de grands boxeurs français.
03:48Et il y avait également des meetings politiques. Donc le Veldiv était un endroit très populaire où les Parisiens se
03:53rendaient très fréquemment.
03:55Pendant la Seconde Guerre mondiale, en juin 1940, l'armée française essuie plusieurs défaites face à l'Allemagne nazie.
04:00Et le 17 juin, le nouveau chef du gouvernement français, futur chef de l'État français, le maréchal Pétain, annonce
04:06qu'il faut cesser le combat.
04:07Il engage le pays dans une période de collaboration avec l'occupant.
04:11Et Yves Géglet, quelques mois plus tard, début octobre, le régime de Vichy édicte des lois sur le statut des
04:18Juifs en France.
04:19C'est un cataclysme parce que depuis 1791, depuis la Révolution, les Juifs étaient vraiment des Français comme les autres,
04:27évidemment.
04:27Et là, c'est la première fois qu'il est dit par l'État que non, ils ne sont plus
04:32des Français comme les autres.
04:34C'est-à-dire qu'il y a des lois qui vont les concerner, des professions auxquelles ils n'auront
04:38plus accès, notamment dans la fonction publique.
04:41Et puis, ils vont aussi être recensés rapidement.
04:45Quelques mois plus tard, l'année suivante, le 14 mai 1941, des Juifs étrangers sont convoqués par la police française.
04:52C'est une rafle qui a été longtemps méconnue. On l'appelle la rafle du billet vert parce que c
04:57'était une convocation de la police française sur un petit billet vert
05:01qui a été envoyé au domicile de très nombreux hommes juifs dans la zone occupée.
05:07On les convoquait au commissariat à 7h du matin en leur demandant de prendre des affaires.
05:12Et beaucoup ont cru qu'ils allaient pouvoir aller au travail après puisqu'ils étaient convoqués à 7h.
05:16Ils devaient être accompagnés d'une personne, leur femme. Et c'est la première rafle en France contre des Juifs.
05:22Rien que le 14 mai 1941, 3700 Juifs sont arrêtés. Où est-ce qu'ils vont ?
05:27Ils vont aller dans des camps à Bonne-la-Rollande, qui est un village du Loiret, et à Pithivier, qui
05:32est une ville à côté, un petit peu plus grande,
05:35où des barraquements ont été préparés, des barraquements qui sont gardés par la police française, sous autorité allemande.
05:43Donc ce sont uniquement des hommes. Ils vont y rester en général un an.
05:47Et pendant une courte période, ils seront visités par leur famille. Mais ça ne va pas durer.
05:52À partir du mois de juin 1942, les Juifs de France, qui vivent en zone occupée par l'Allemagne nazie,
05:57subissent de nouvelles humiliations.
05:59L'étau se resserre de plus en plus. Déjà, ils ont été recensés.
06:03Là, maintenant, on leur demande de porter l'étoile jaune. Donc c'est un signe distinctif dans la rue.
06:08Non seulement ils n'ont plus accès à énormément de professions, mais ils ne peuvent plus aller au cinéma,
06:13ils ne peuvent plus aller dans les jardins publics, ils ne peuvent plus rien faire.
06:16Ils n'ont plus accès au téléphone, ils n'ont plus accès aux cabines téléphoniques, ils n'ont plus de
06:21vélo, ils ne vont plus à la piscine.
06:22Vous voyez, je vous donne des anecdotes parce que c'est à la fois absurde et terrifiant.
06:26Ils deviennent totalement ostracisés et menacés.
06:34Yves Géglet, récemment un historien, Laurent Joly, a publié chez Grasset un nouveau livre sur le sujet,
06:41particulièrement bien documenté. Un livre intitulé « La rafle du Veldiv, Paris, juillet 1942 ».
06:48Et Laurent Joly décrit comment, en préparation de cette rafle, des fiches d'arrestation sont établies.
06:54Le recensement des juifs qui avait été effectué en 1940 et 1941 a permis à la police française d'avoir
07:01accès à un fichier extrêmement complet.
07:03Et du coup, la police française, en 1942, a pu se servir de ces fiches pour savoir, immeuble par immeuble,
07:11quartier par quartier,
07:12quelles familles ils devaient aller chercher.
07:1427 391 fiches sont établies et il y a des consignes précises sur les personnes qui seront ou pas arrêtées.
07:23Oui, les directives sont très méticuleuses, parfois un peu absurdes.
07:27Par exemple, certaines nationalités échappent à la rafle pour un temps, d'autres non.
07:32Les mères de famille sont arrêtées, sauf si elles ont un enfant de moins de deux ans, ce qui provoquera
07:37des drames indicibles.
07:39Si vous avez un enfant de deux ans et dix jours, il sera raflé.
07:42Et puis, il y aura aussi des juifs français qui seront raflés, puisque certains ont été dénaturalisés.
07:49Vichy a aussi fait ça, dénaturaliser des juifs qui avaient été naturalisés français.
07:54Et ce qu'on oublie aussi souvent de dire, c'est que des enfants ou des adolescents qui seront raflés
07:58avec leurs parents étaient français,
08:00puisque leurs parents étaient eux d'origine souvent polonaise.
08:03Mais les enfants, dans les années 30, étaient naturalisés français à la naissance automatiquement.
08:07Des consignes sont également données aux policiers sur les objets que pourront emporter les personnes qui vont être arrêtées.
08:14Les juifs ont tout de suite compris qu'ils ne reviendraient pas, puisqu'ils devaient emmener une valise avec extrêmement
08:19peu de choses.
08:20Par exemple, une paire de bottes, deux paires de chaussettes, mais pas plus, deux caleçons, mais pas plus, des draps,
08:26des couvertures, une gamelle, ou encore de la nourriture pour deux ou trois jours.
08:30Dans la nuit du 16 juillet 1942, d'importants moyens humains et matériels sont mobilisés.
08:35Oui, la police française est mobilisée, c'est elle, et uniquement elle qui va arrêter ces juifs.
08:42On parle de 4500 gardiens de la paix, gendarmes, une cinquantaine d'autobus sont mis à la disposition de la
08:50police.
08:51Alors ce qui est effrayant quand on essaye d'imaginer ça, c'est qu'au Vélodrome d'hiver, par exemple,
08:56dès 3h du matin, les policiers arrivent pour monter la gare, pour se préparer.
09:00C'est une nuit d'horreur, finalement, qui commence pas très longtemps après minuit.
09:05Et à 4h précise, à Paris et en banlieue, de nombreuses familles entendent des policiers qui frappent à leurs portes.
09:13Police ouvrée.
09:19L'historien Laurent Joly raconte dans son livre le cas précis d'une femme qui préfère se suicider.
09:24C'est vraiment quelque chose de nouveau qu'il a apporté dans ce livre, parce qu'on pensait qu'il
09:28y avait eu beaucoup de suicides lors de la rafle elle-même.
09:31Et lui, en fait, a vraiment fait un travail d'archive très, très méticuleux.
09:36Et il a recensé un suicide avéré d'une femme qui a préféré avaler de l'acide chlorhydrique et qui
09:44est morte en atroces souffrances à l'hôpital.
09:46Vous, Yves Géglet, pour préparer un article pour le Parisien sur la rafle du Veldiv, dont les 80 ans sont
09:53commémorés ce 16 juillet,
09:54Vous avez rencontré une rescapée de cette rafle, une femme qui a aujourd'hui 88 ans, Rachel Jedinac.
10:00Elle, comment elle est arrêtée ce matin-là ?
10:03Elle a 7 ans, mais elle est française.
10:06Son père est polonais, mais avait été enrôlé volontaire dans l'armée française en 1939.
10:11Et son père a été arrêté lors de la rafle du billet vert.
10:13Sa mère a été plus ou moins prévenue de la rafle parce que certains policiers dans l'Est parisien, qui
10:18étaient plus sympathiques, qui se sont mouillés, ont alerté.
10:21Et la mère de Rachel a pensé qu'elle pouvait cacher ses enfants chez les grands-parents.
10:26Mais la concierge les a dénoncées.
10:28Du coup, elles ont été arrêtées, Rachel Jedinac, sa sœur et sa mère, et elles ont été emmenées à la
10:34Bellevilloise, qui est aujourd'hui une salle de spectacle.
10:37Et à la Bellevilloise, elle réussit à s'échapper.
10:39La mère de Rachel Jedinac, elle connaît la Bellevilloise parce qu'il y avait eu des meetings pour les travailleurs
10:44avant la guerre, des meetings politiques.
10:46Et une autre femme lui dit qu'il y a une sortie de secours, que l'entrée principale est gardée
10:50par beaucoup de policiers, mais qu'il y a une sortie de secours.
10:52Et il y a une autre maman qui vient lui dire « Écoute, ma fille de 14 ans a réussi
10:56à s'enfuir. »
10:58Et donc, la mère de Rachel Jedinac dit à ses deux filles « Je ne veux plus vous voir, vous
11:02allez vous poster près de la sortie de secours, et dès que vous pouvez, vous partez. »
11:07Et Rachel ne veut pas, parce qu'elle a 7 ans, sa mère lui donne une énorme gifle, qu'elle
11:11ne comprendra que plus tard, pour lui dire « Va-t'en, moi je ne pourrai pas m'en sortir.
11:15»
11:15Et au moment où elle arrive à cette sortie, les deux policiers ont détourné les yeux. Ils ont finalement accepté
11:21cette fuite.
11:23Effectivement, face aux ordres de la hiérarchie, les policiers n'agissent pas tous de la même façon.
11:27Alors, beaucoup de policiers ont été très obéissants, ont fait leur travail de manière très ailée, mais d'autres, et
11:33un nombre non négligeable, ont soit prévenu des juifs dans leur quartier,
11:37soit même, quand ils se sont trouvés face à des juifs, ont trouvé des solutions en leur disant « Bon,
11:42on va revenir dans un quart d'heure, dans une heure, en laissant une opportunité. »
11:46Et les concierges aussi ont fait ce travail. Alors, dans les deux sens, les concierges jouaient un rôle très important,
11:49puisqu'à l'époque, il n'y avait pas les noms sur les boîtes aux lettres.
11:51C'était les concierges qui savaient où se trouvaient les habitants.
11:54Certains ont dénoncé, certains ont aidé cette rafle, et d'autres, au contraire, sont venus au secours des juifs.
12:03Yves Géclet, à ce moment-là, le chef de l'État français est toujours Philippe Pétain, et depuis avril 1942,
12:09le chef du gouvernement est Pierre Laval.
12:11Est-ce que le régime de Vichy était réellement forcé de procéder à cette rafle ?
12:17Il y avait une demande allemande, puisque les Allemands voulaient même plus de 25 000 juifs.
12:23Par contre, la police française et l'État français n'étaient pas du tout obligés d'être à ce point
12:28dociles,
12:29de prendre à leur charge cette rafle.
12:32Et ça, ils l'ont fait parce que Pierre Laval, notamment, qui se projetait déjà dans l'après-guerre,
12:36était persuadé que l'Allemagne allait gagner la guerre, et voulait que la France occupe un poste important dans cette
12:41nouvelle Europe.
12:42Donc il était prêt à sacrifier complètement les juifs.
12:44Entre le 16 et le 17 juillet, 12 884 hommes, femmes et enfants sont interpellés,
12:50et ils sont conduits au vélodrome d'hiver.
12:53Quelles sont les conditions de vie à l'intérieur de cette salle ?
12:56Elles sont terrifiantes parce que rien n'a été préparé.
12:59Il n'y a pas d'eau au début, il n'y a pas de nourriture.
13:03Les toilettes se trouvent tout en haut des gradins et sont très rapidement bouchées.
13:07Il y a de nombreux témoignages vraiment indescriptibles
13:12où les gens sont obligés de faire leurs besoins n'importe où, en se cachant comme ils peuvent.
13:17On sait qu'il y a eu des suicides.
13:19Des gens se sont jetés du haut des gradins.
13:21Il y avait une chaleur atroce puisqu'il y avait une verrière,
13:24alors qu'elle était en partie recouverte,
13:26mais c'était une température insoutenable.
13:30Très vite, d'ailleurs, la Croix-Rouge a voulu intervenir,
13:32mais avec des moyens dérisoires pour autant de personnes.
13:35Il y a eu d'abord une infirmière qui était complètement débordée.
13:38C'était vraiment l'enfer.
13:44Les hommes, les femmes et les enfants victimes de la rafle
13:47sont ensuite transférés dans les camps de transit de Pithiviers et de Bonne-la-Rolande, dans le Loiret.
13:52Ce qui est atroce, c'est que les Allemands veulent recevoir des convois,
13:57mais ils veulent gazer les enfants immédiatement,
13:59alors que les adultes peuvent travailler selon leur plan.
14:03Et du coup, ils ont besoin de retenir les enfants,
14:05parce que si les chambres à gaz sont prêtes,
14:07les crématoires ne sont pas encore prêts en juillet 1942.
14:10C'est-à-dire que les Allemands sont déjà prêts à tuer tous les Juifs qui vont arriver,
14:14mais pas encore à faire disparaître les corps en les brûlant.
14:17Et ils ne veulent pas qu'il y ait de signes.
14:19Ils ne veulent pas qu'il y ait de charniers.
14:21Et pour cette raison, ils veulent retenir les enfants,
14:24surtout les tout-petits qui ne pourront évidemment pas travailler.
14:27Ça aura une implication encore plus effroyable,
14:30c'est que les déportations vont se faire en séparant les mères,
14:34parfois de très petits enfants.
14:36Il y a des gamins de 2, 3, 4 ans qui partiront à Auschwitz
14:39dans des convois où ils ne seront pas avec leurs mères.
14:42La rafle du Vellivre, par son ampleur,
14:45est l'une des pires ou la pire de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
14:48Elle est la plus importante rafle qui a eu lieu en Europe.
14:53Elle est la première en France où des femmes et des enfants ont été capturés.
14:58Plus de 4 000 enfants sont arrêtés, donc à partir de 2 ans.
15:02C'est donc un tournant.
15:03Jusque-là, les Juifs peuvent encore penser
15:05que les hommes ont été internés et raflés pour aller travailler.
15:09Si on rafle les femmes, les tout-petits, les vieillards,
15:13ils savent qu'on va les exterminer ou ils le sentent.
15:19Et sur les plus de 12 800 hommes, femmes et enfants
15:22victimes de la rafle du Vellivre,
15:24il n'y aura qu'une centaine de rescapés à la fin de la guerre.
15:28Yves Géglet, après la fin de la Seconde Guerre mondiale,
15:31pendant des décennies, beaucoup de survivants,
15:32et sans doute la majorité, ont eu beaucoup de mal à parler de ça, à témoigner.
15:37Pour deux raisons.
15:38D'une part, au sortir de la guerre,
15:40De Gaulle veut vraiment reconstruire la France.
15:42Il ne veut pas opposer les Français.
15:44Et donc, il ne met pas l'accent sur la collaboration
15:47et sur ses douleurs terribles, les délations.
15:51Donc, on n'en parle pas des Juifs.
15:53Et il y a aussi autre chose, c'est que pour ces familles,
15:56ça a été un traumatisme tel
15:59que la parole est indicible,
16:01parfois ne peut pas être dite, moi, de ce qu'on m'a souvent raconté.
16:03Les femmes qui avaient perdu leur mari
16:05ont souvent épousé un homme
16:07qui lui-même avait perdu sa femme dans les camps.
16:09Ces familles, elles ont aussi une vie à mener.
16:12Et du coup, même quand les enfants posent des questions,
16:15les parents ne répondent pas toujours.
16:22Le vélodrome d'hiver, proprement dit,
16:24a été détruit en 1959.
16:26Et en 1995, sur ce site, le 16 juillet,
16:30à l'occasion des commémorations
16:31des 53 ans de la rafle du Valdives,
16:34le président Jacques Chirac
16:36prononce un discours important.
16:38Plus qu'important,
16:39un discours qui va bouleverser les Juifs
16:41et pas seulement eux, bien sûr.
16:43La France, ce jour-là,
16:46accomplissait l'irréparable.
16:49Elle livrait ses protégés
16:51à leurs bourbons.
16:54Il parle d'une trahison
16:55envers nos concitoyens.
16:57Du coup, ce jour-là,
16:58les Juifs de France de 1942
17:00sont comme restaurés
17:02vraiment dans leur statut de Français
17:04comme les autres.
17:05Et c'est un discours
17:06qui a un effet de puissante reconnaissance
17:09pour toute une génération
17:10et pour leurs enfants.
17:12Finalement, notamment après ce discours
17:14de Jacques Chirac,
17:15une partie des rescapés
17:16ont commencé à raconter
17:17ce qu'ils ont vécu.
17:18Alors, il y a eu deux périodes
17:19vraiment complètement différentes.
17:20On va dire que les 30 glorieuses,
17:22les Juifs ne parlent pas,
17:23la France se reconstruit.
17:25Et puis, il y a des petits événements.
17:27Il y a la série Holocauste à la télé
17:28où on parle de la déportation.
17:30Il y a le film Shoah
17:31de Claude Lanzmann en 1985
17:32qui est très important.
17:34Et puis, il y a ce discours
17:35de Jacques Chirac.
17:36Et à partir des années 80,
17:38mais surtout 90,
17:39beaucoup de Juifs
17:40qui ont été enfants cachés,
17:42rescapés,
17:43qui étaient donc enfants
17:44pendant la guerre,
17:44se mettent à témoigner
17:45dans les écoles
17:46parce qu'on leur demande.
17:47Ils se battent aussi à Paris
17:48pour poser des plaques commémoratives
17:50dans les écoles.
17:51C'est un phénomène très important.
17:52Mais vous vous rendez compte,
17:54ça a eu lieu 50 ans
17:55après les faits.
17:56C'est ce que m'a dit
17:57Rachel Zedinac.
17:58Pendant 50 ans,
17:58on nous a demandé
17:59de nous taire.
18:00Et depuis 26 ans,
18:01je peux enfin témoigner.
18:04En 2012,
18:05François Hollande
18:05reconnaît un crime
18:06commis par la France.
18:07En 2017,
18:08Emmanuel Macron
18:09se place dans la lignée
18:10de Jacques Chirac
18:11et de François Hollande
18:12en réaffirmant que
18:13c'est bien la France
18:14qui a organisé
18:15la rafle du Veldiv.
18:17Et cette année,
18:18le dimanche 17 juillet,
18:19Emmanuel Macron
18:20inaugure un centre de mémoire
18:22à la gare de Pithivier
18:23dans le Loiret.
18:24Yves Géglet,
18:25on a parlé au début
18:26de cet épisode de Codesources
18:27de vos doutes
18:28quand le Parisien
18:29est venu s'installer,
18:31installer sa rédaction
18:32sur le site du Veldiv.
18:34Vous avez donc écrit
18:35à l'historien
18:36Serge Klarsfeld
18:37un mail.
18:38Qu'est-ce qu'il vous a répondu ?
18:39Il m'a répondu
18:40quelque chose d'assez lapidaire,
18:41comme il fait souvent,
18:42mais extrêmement précis.
18:43Il me répond,
18:44écoutez,
18:45c'est une bonne chose
18:46qu'il y ait un journal
18:47sur ce site
18:48parce qu'en juillet 1942,
18:50à cause de la censure allemande,
18:52il n'y a pas eu
18:52une seule ligne
18:53dans la presse française
18:54sur cette rafle.
18:55Pas un mot.
18:56Même si la presse
18:57était collaborationniste
18:58et n'aurait jamais
18:59critiqué la rafle,
19:00mais elle n'a même pas
19:01été mentionnée.
19:02Du coup,
19:03il trouvait ça pas mal
19:04que ce soit des journalistes
19:05qui enquêtent,
19:05qui racontent l'histoire
19:06au quotidien
19:07qui se trouvent
19:08sur cet endroit.
19:09Et aujourd'hui,
19:10juste à côté
19:10de la rédaction du Parisien,
19:12il y a un mémorial
19:14dédié aux enfants juifs
19:16déportés,
19:17victimes de la rafle
19:17du Valdiv.
19:18Oui, finalement,
19:19c'est quand même
19:20la restauration
19:21de cet énorme bâtiment
19:22qui avait été occupé
19:23notamment par les renseignements
19:25généraux
19:25dans les années 70-80
19:28et qui a été refait
19:29avant l'emménagement
19:30du Parisien.
19:31Et donc,
19:31il y a eu des discussions
19:33avec la communauté juive
19:34et il a été décidé
19:35d'ériger un mémorial
19:36à tous les enfants disparus
19:38qui se trouvent
19:39sous nos fenêtres
19:39où on peut aller
19:41se recueillir,
19:41où il y a le nom
19:42des plus de 4000 enfants
19:44qui ont été raflés
19:45au Valdiv.
19:48Merci Yves Géglet.
19:50Je redonne les références
19:51du livre que l'on a évoqué
19:53dans ce podcast
19:53La rafle du Valdiv
19:55Paris,
19:55juillet 1942
19:57de l'historien
19:58Laurent Joly,
19:59un livre publié
20:00chez Grasset.
20:01Cet épisode de Code Source
20:03a été produit par
20:03Clara Garnier-Amourou,
20:05Lola Sauti
20:05et Thibault Lambert.
20:07Réalisation
20:08Julien Moncouquiole.
20:09Code Source
20:10est le podcast quotidien
20:12d'actualité du Parisien.
20:13Pour ne rater aucun épisode,
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