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  • il y a 9 heures
Elle a côtoyé les sommets et tutoyé la mort. L’alpiniste française Elisabeth Revol s’était montrée discrète depuis le drame du Nanga Parbat en janvier 2018. Pour survivre, elle avait dû laisser derrière elle son compagnon de cordée. Mais après des mois de silence, elle a rencontré quelques médias, dont le Parisien à l’occasion de la sortie de son livre témoignage “Vivre”, publié aux éditions Arthaud. Cet épisode de Code source est raconté par Vincent Mongaillard, journaliste au service société du Parisien. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Jeanne Boezec - Production : Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : France 3, BFM TV.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:14Elle a côtoyé les sommets et tutoyé la mort.
00:18L'alpiniste française Elisabeth Revol s'était montrée discrète
00:21depuis le drame du Nanga Parbat en janvier 2018.
00:25Pour survivre, elle avait dû laisser derrière elle son compagnon de cordée.
00:28Mais après des mois de silence, ces derniers jours, elle a rencontré quelques médias,
00:33dont le Parisien, à l'occasion de la sortie de son livre Témoignages,
00:36Vivre, publié aux éditions Artaud.
00:39Codesource vous raconte son histoire.
00:46A mes côtés, Vincent Mongaillard du service Société du Parisien.
00:49Vincent Mongaillard, vous êtes allé rencontrer Elisabeth Revol chez elle,
00:53dans la drame, dans le village de Sou, à quoi est-ce qu'elle ressemble ?
00:56C'est un petit bout de femme d'1m56 pour 48 kg,
01:00qui, quand on la voit encore le visage tanné par une expédition faite en Katimini le mois dernier,
01:06le Manaslu, un sommet de 8000 mètres dans l'Himalaya.
01:10Elle nous accueille dans la brocante tenue par son mari,
01:14dans un petit village de 550 âmes.
01:16Et on découvre une femme lumineuse, rayonnante,
01:21qu'on a presque envie de serrer dans ses bras,
01:23parce qu'elle a une voix un peu au perché à la hui-hui,
01:26elle est attendrissante.
01:29Cette année, en mai, pour se reconstruire après le drame qu'on va raconter,
01:34elle a gravi l'Everest.
01:35Oui, c'était son graal, l'Everest, toute petite, dans sa chambre,
01:39il y avait un poster, l'Everest, à travers sa face ouest.
01:44Elle est partie là-bas, discrètement, en solo,
01:47au moment où il y avait les embouteillages dans l'Everest.
01:51Elle a réussi à conquérir ce sommet pour se reconstruire,
01:55parce que, comme dit Elisabeth Revol,
01:57l'endroit où elle se sent le mieux, en sécurité,
01:59où elle n'a pas peur, c'est la montagne,
02:01c'est la haute altitude, c'est la troposphère.
02:03Vincent Mongaillard, là aussi, il y a eu une polémique.
02:07Le 23 mai, Elisabeth Revol était la première française
02:10à atteindre le toit du monde sans oxygène.
02:12Une information annoncée par son sponsor sur les réseaux sociaux,
02:16mais remise en cause sur le site Alpine Mag.
02:18Au final, on s'apercevra qu'elle avait eu recours à l'oxygène,
02:23mais ça, le patron, comme Elisabeth,
02:26mettra deux semaines pour rectifier le tir,
02:29et c'est comme ça qu'elle sera traitée de menteuse,
02:32alors qu'à la base, elle, c'était un trip totalement perso, comme elle dit.
02:36Elle n'avait pas l'intention de le médiatiser,
02:38elle n'a jamais voulu manipuler l'opinion publique,
02:41mais encore une fois, c'est une erreur de communication,
02:45une négligence, comme elle dit, qui lui a coûté cher.
02:47Comment est-ce qu'elle a vécu ça ?
02:48Elle a vécu ça comme une agression.
02:50Elle a mauvaise réputation ?
02:51Oui, effectivement, elle a un sale caractère,
02:54elle est distante, mais tout simplement parce qu'on ne la connaît pas.
02:57Alors, il y a des gens dans la montagne qui vont l'ériger en icône,
03:01et d'autres qui vont la brûler vive,
03:03parce qu'elle est parfois maladroite dans ses déclarations,
03:07mais tout simplement parce qu'elle ne connaît pas bien les rouages médiatiques,
03:11cette tempête médiatique qu'elle fuit en permanence en gravissant les montagnes.
03:18On va essayer de mieux la connaître, peut-être de la comprendre,
03:21grâce à vous, Vincent Mongaillard.
03:23Elle a grandi dans quel milieu ?
03:24Alors, elle a grandi dans un milieu social très modeste.
03:27Son père est agent de la DTE, entretient les routes,
03:30et sa mère est femme au foyer.
03:33Elle a grandi dans la Drôme, pas très loin des falaises,
03:36pas très loin des montagnes.
03:37À quel âge elle a fait sa première randonnée ?
03:38Elle a fait sa première randonnée à 4 ans,
03:41au refuge du Glacier Blanc, dans les Hautes-Alpes,
03:45à 2500 mètres d'attitude.
03:47Il faut savoir qu'elle a un rapport particulier à la montagne.
03:50Elisabeth Revol, puisque quand elle était dans le ventre de sa mère,
03:55cette maman a contracté un cancer.
03:57Et quand elle est née, Elisabeth,
03:59sa maman a dû entamer une radiothérapie très lourde.
04:03Et les médecins, les naturopathes aussi qui la suivaient,
04:07lui ont dit, ce qu'il vous faut, madame, c'est faire de la randonnée,
04:11aller dans les montagnes, respirer l'air pur,
04:13notamment du massif des Écrins, qui n'est pas très loin.
04:16Donc ça veut dire qu'Elisabeth a immédiatement baigné
04:20dans les sentiers escarpés des montagnes,
04:22ce qui lui a donné le goût assez rapidement de l'altitude.
04:26Dans le jardin familial, elle était en permanence perchée,
04:30dans les tilleuls, en équilibre, jouant à Tarzan.
04:33Et puis, à l'heure du repas, elle avait toujours une question
04:36qu'elle posait à ses parents,
04:37c'est comment on atteint les neiges éternelles ?
04:40Et ses parents lui répondaient toujours,
04:42eh bien, tu verras quand tu seras grande.
04:43Elisabeth Revol perd sa mère quand elle a saison.
04:46Elle est endeuillée par ce drame,
04:48et elle va se consoler dans ce qu'elle appelle
04:50la blancheur des neiges éternelles.
04:52C'est à partir de ce moment-là
04:53qu'elle se professionnalise un petit peu
04:56en adhérant à des clubs d'alpinisme,
04:59et qu'elle atteint ses premiers 3000 mètres,
05:014000 mètres dans les Alpes,
05:03et donc qu'elle gagne en altitude.
05:05Et qu'elle découvre enfin ces neiges éternelles.
05:07Et elle va devenir une grande alpiniste ?
05:09Oui, puisque parallèlement à ses études de sport
05:12et son métier de prof d'EPS,
05:14où elle est toujours vacataire,
05:16elle s'octroie dans l'année des espaces d'évasion,
05:19où elle va commencer par les grands sommets d'Amérique latine,
05:22et puis très vite,
05:24elle va se tourner vers les légendaires sommets de l'Himalaya
05:27à plus de 8000 mètres d'altitude.
05:34En 2009, elle perd un compagnon de cordée dans une tempête.
05:38Oui, dans une tempête de neige,
05:39lors d'un sommet mythique qu'on connaît bien en France,
05:42parce qu'il a été conquis pour la première fois par un Français,
05:44c'est l'Anna Pourna.
05:45Effectivement, elle ne reverra, en raison du blizzard,
05:49plus jamais ce compagnon de cordée tchèque.
05:52Une perte qui va, pendant 4 ans,
05:55la tenir éloignée des grands sommets.
05:57Pendant ce temps-là, elle se remet aux raies d'aventure,
06:00où elle couple à la fois de la randonnée,
06:02mais plutôt en moyenne altitude,
06:04avec du kayak, avec du vélo.
06:07Mais pendant longtemps,
06:08elle se met en sevrage des hautes altitudes.
06:13Elisabeth Revol finira par avoir envie de retrouver les plus hauts sommets,
06:17et en janvier 2018,
06:19elle se lance dans l'ascension du Nanga Parbat au Pakistan.
06:22Le Nanga Parbat est surnommé la montagne tueuse,
06:26et pour cause, jusqu'à sa première conquête,
06:28en 1953, par une cordée allemande.
06:31Ce sommet a fait 31 morts.
06:34Donc, c'est un sommet aux pentes très abruptes,
06:37avec des serraques, des couloirs d'avalanches.
06:40Et c'est un sommet très difficile à conquérir,
06:44a fortiori en hiver,
06:46puisque là, les conditions climatiques sont encore plus changeantes.
06:50Qu'est-ce que ça représente pour un alpiniste, le Nanga Parbat ?
06:52Ça représente un Graal moins embouteillé que l'Everest,
06:57mais un sommet mythique qu'on rêve tous de conquérir,
07:02quand on a envie de s'offrir la collection des 14 8000 mètres de l'Himalaya.
07:06Elle a un compagnon de cordée dans cette aventure,
07:09Tomek Makievich.
07:10Est-ce que vous pouvez nous le présenter ?
07:12Tomek, comme pour Elisabeth d'ailleurs,
07:14le Nanga Parbat, c'est son Graal.
07:16Il en est à sa septième tentative,
07:18qui jusque-là ont tout avorté.
07:20Tomek, il a un profil un peu particulier dans le milieu de la montagne.
07:25Il a eu beaucoup de bas.
07:27C'est un héroïnomane, à la base,
07:30qui s'est reconstruit grâce à la montagne.
07:33Il est aussi mystique.
07:35Il entretient avec le Nanga Parbat
07:37une relation particulière.
07:39Il y voit une divinité avec qui il cause.
07:42Donc, alors qu'Elisabeth est plutôt très terre-à-terre,
07:46lui est un petit peu dans les nuages,
07:47mais ça forme un binôme totalement complémentaire
07:50et qui fonctionne à merveille.
07:52Comment commence la montée ?
07:53Tout fonctionne à merveille.
07:55Le binôme fait ça en style alpin.
07:58C'est-à-dire que c'est pas rien le style alpin.
08:00C'est sans oxygène, sans corde fixe
08:03et sans porteur, sans sherpa,
08:05donc en totale autonomie.
08:07Les conditions sont plutôt clémentes
08:10jusqu'à l'approche du sommet.
08:12On est parti pour la tentative.
08:15Sommet sur le Nanga Parbat.
08:17En hiver, il n'y a pas beaucoup de vent.
08:21Il n'y a pas très chaud.
08:22Mais ça va, il fait meilleur qu'hier.
08:25Le lever de soleil est magnifique.
08:27Le 25 janvier 2018,
08:29Elisabeth Revol atteint le sommet,
08:31suivi de près par Tomek Makievich.
08:33Que se passe-t-il pour elle ?
08:34Il commence à faire nuit.
08:37Elisabeth est arrivée en tête.
08:39Elle est totalement heureuse.
08:41Elle est presque euphorique.
08:43Et puis là aussi,
08:44elle voit arriver Tomek.
08:45Les premiers mots de Tomek
08:47vont être de dire à Elisabeth,
08:49« Eli, je te vois flou. »
08:51Et là, tout de suite dans ma tête,
08:53c'est vraiment danger.
08:54Là, on est parti pour un mauvais moment.
08:55On est parti pour un mauvais moment
08:57qui va être long.
08:57C'est un choc parce que
08:58quand on voit flou quelqu'un
09:00à 8000 mètres d'altitude,
09:02c'est que l'organisme ne tourne plus rond.
09:04Tomek est atteint de ce qu'on appelle
09:05la cécité des neiges.
09:07Durant l'ascension,
09:08il a mal mis son masque sur son visage
09:11pour se protéger des rayons du soleil.
09:13Et puis, tout ça est couplé
09:15à un début d'œdème pulmonaire.
09:17Donc, la joie est de très courte durée
09:19parce que, comme dans toute conquête
09:21d'un sommet,
09:21le plus dur, ce n'est pas l'ascension,
09:23mais c'est la redescente.
09:26Et là, c'est le plus compliqué
09:28puisque Tomek n'est plus autonome.
09:31Elisabeth devient ses yeux et ses jambes.
09:34Ils avancent tous les deux péniblement
09:36dans la nuit.
09:37Il faudrait descendre.
09:38Tomek se sent de plus en plus fragilisé,
09:42peine à avancer.
09:43C'est l'enfer givré du Nanga Parbat,
09:46un cauchemar qui va durer
09:48des heures et des heures.
09:49Là, on ne peut pas camper sur place
09:51pour passer la nuit ?
09:52Impossible de camper.
09:53On peut se mettre éventuellement
09:54à l'abri dans une crevasse,
09:57mais chaque heure compte
09:58quand on a un œdème pulmonaire.
10:01Idéalement, il faudrait qu'un hélicoptère
10:03puisse venir les chercher
10:05à 8000 m d'altitude.
10:07Mais c'est totalement impossible,
10:08techniquement impossible.
10:10Donc, il faut redescendre
10:11le plus bas possible.
10:13Ensemble, les deux vont réussir
10:15à descendre jusqu'à 7300 m.
10:18Mais là, Tomek ne peut plus avancer.
10:20Il fait moins 50 degrés Celsius.
10:22Et les vents atteignent
10:23120-130 km heure.
10:26Elisabeth Revol le met
10:27à l'abri du blizzard.
10:28Ils échangent encore quelques mots.
10:31Tomek lui dit
10:32« Je suis épuisé.
10:34Je veux me reposer. »
10:36Elisabeth, elle, lui répond
10:38« Ne t'inquiète pas, Tomek. »
10:40L'hélico va très vite
10:41venir te secourir.
10:43Et là, elle est obligée
10:44de l'abandonner ?
10:45Elle est condamnée
10:46à l'abandonner.
10:47Elle n'a pas le choix.
10:49D'abord, si elle veut
10:50sauver sa peau
10:51et multiplier les chances
10:53de sauver Tomek.
10:55Donc, elle redescend
10:56seule, effectivement.
10:59Un périple là
11:00qui va durer 48 heures.
11:02Il faut savoir
11:03qu'elle est sans vivres,
11:05sans eau.
11:06Elle est à 7000 m d'altitude.
11:09Elle n'a pas dormi
11:10depuis 80 heures.
11:12Et dans ces conditions,
11:14elle commence un petit peu
11:15à perdre sa tête.
11:17Elle a des hallucinations
11:19incroyables.
11:20J'imaginais qu'il y avait
11:21des personnes
11:21qui m'amenaient du thé chaud,
11:23des bouteilles d'eau chaude.
11:25Et à un moment donné,
11:27pour remercier cette personne,
11:28il y a une dame qui me dit
11:29« Mais est-ce que je peux
11:30prendre ta chaussure ? »
11:31Parce que voilà,
11:31je t'ai amené quelque chose
11:32de chaud, maintenant tu te sens mieux.
11:33Donc, est-ce que je peux
11:33prendre ta chaussure ? »
11:34Et à ce moment-là,
11:36machinalement, je me lève,
11:36j'enlève ma chaussure
11:37et je lui donne ma chaussure.
11:38Elle se retrouve en chaussette
11:40par moins 50 degrés,
11:41ce qui va lui occasionner
11:43des gelures qui provoqueront
11:45à son retour
11:46des amputations de ses orteils.
11:50Et cette course contre la montre,
11:52contre la mort,
11:52est suivie en direct
11:53à travers le monde ?
11:54Oui, parce qu'à des milliers
11:55de kilomètres de là,
11:57en France,
11:57une femme qui a suivi
12:00les exploits par le passé
12:02d'Elisabeth Revol
12:03lance un appel au don
12:05pour qu'on puisse venir
12:07la secourir.
12:09Et donc, grâce aux réseaux sociaux,
12:11on suit pas à pas
12:13sa redescende
12:14puisque Elisabeth Revol
12:16peut communiquer
12:17avec une sorte
12:18de téléphone satellite
12:19qui la guide.
12:20Donc, c'est vraiment
12:21une course contre la mort
12:23suivie en direct.
12:24Historiquement,
12:24on n'a jamais eu ça
12:25dans l'histoire de la montagne,
12:27une alpiniste
12:28qui tient en haleine
12:29le monde entier.
12:30Concrètement,
12:31qu'est-ce qu'elle dit,
12:32Elisabeth Revol ?
12:33Qu'est-ce qu'elle envoie
12:33comme message à son moment-là ?
12:34Elle dit qu'elle est au plus mal,
12:36que Tomek risque de mourir,
12:38qu'il faut absolument
12:39le sauver.
12:40Et elle demande
12:41à ce qu'on puisse
12:42venir la chercher
12:43en donnant
12:44ses points GPS.
12:46Donc, elle est localisée.
12:47Et c'est comme ça
12:48qu'il va pouvoir
12:49se mettre en place
12:51une incroyable chaîne
12:53de solidarité
12:53puisque à quelques
12:55centaines de kilomètres
12:56de là,
12:56on a une équipe
12:57d'alpinistes
12:58très chevronnés,
12:59polonais,
13:00une équipe,
13:00une cordée polonaise
13:02qui est en train
13:03de tenter l'ascension
13:04du K2
13:04qu'un autre sommet mythique
13:06de l'Himalaya
13:07en hiver.
13:08Et cette équipe-là,
13:10alors qu'elle était
13:10proche de son objectif,
13:12va se dérouter.
13:13On a entendu parler
13:16d'un problème
13:16sur le Nanga Parbat
13:17quand on était
13:18au camp 1
13:19du K2.
13:21J'ai compris tout de suite
13:23face à une telle situation
13:24qu'il fallait interrompre
13:25notre ascension
13:26du K2
13:26et proposer notre aide
13:28pour une mission
13:28de sauvetage.
13:31Cette équipe-là
13:33va se dérouter,
13:34va être héliportée
13:35jusqu'au pied
13:36du Nanga Parbat
13:37et une équipe
13:39de quatre personnes
13:40va dans la nuit
13:42se lancer
13:43au secours
13:44d'Elisabeth Revol
13:45à fond la caisse.
13:46Jamais une équipe
13:48n'aura été aussi vite.
13:49Et au final,
13:50sur les quatre,
13:51il y en a deux
13:51qui réussissent
13:52à atteindre
13:52en pleine nuit
13:53Elisabeth Revol
13:55qui est saine
13:56et sauf
13:56mais très très affaiblie.
13:59Elisabeth !
14:04Heureux de te voir.
14:06Adam, je l'ai.
14:08Il faut encore
14:09redescendre
14:10jusqu'à 6000 mètres
14:12d'altitude.
14:13Donc d'abord,
14:14les deux alpinistes
14:16polonais
14:17vont lui remonter
14:17le moral,
14:19lui donner
14:20des vêtements chauds,
14:21lui donner
14:22des barres céréales
14:23donc faire le plein
14:24de calories
14:24pour lui redonner
14:25un petit peu de force
14:26pour redescendre
14:27jusqu'à l'hélicoptère
14:29qui les attend
14:30vers 6000 mètres
14:31d'altitude.
14:32Ensuite,
14:32Elisabeth Revol
14:33va être soignée.
14:33Ensuite,
14:34l'hélicoptère
14:35retourne
14:36jusqu'à Islamabad.
14:37Là,
14:38Elisabeth est prise
14:39en charge
14:39par les autorités
14:40françaises
14:41présentes à Islamabad.
14:43On lui met
14:43des bandes
14:44autour de ses extrémités
14:46pour tenter
14:47de soigner
14:48ses orteils
14:49et ses phalanges
14:50et immédiatement,
14:51elle retourne,
14:52elle est rapatriée
14:53en France
14:54et là,
14:55étonnamment,
14:56ce qu'elle va vivre
14:57en France
14:57est encore plus dur
14:58que ce qu'elle a enduré
14:59sur les pontes
15:00du Nanga Parbat.
15:00Pourquoi ?
15:01Parce que,
15:02comme elle a tenu
15:02en haleine
15:03le monde
15:04pendant trois jours,
15:06elle fait face
15:06à une tempête
15:07médiatique
15:08qui cherche
15:09immédiatement
15:10à recueillir
15:11ses premiers mots.
15:16Elisabeth Revol
15:17organise une conférence
15:18de presse
15:19le 7 février 2018
15:21à Chamonix.
15:21Elle est à ce moment-là
15:23à bout de force,
15:25épuisée
15:25et elle a des mots
15:27très durs
15:28envers les autorités
15:30pakistanaises.
15:30Quand on déclenche
15:31un secours,
15:32le temps est vraiment précieux,
15:33c'est une course
15:33contre la montre
15:34parce que quand on déclenche
15:35un secours,
15:36c'est en urgence
15:37et là,
15:38il a fallu attendre
15:3948 heures
15:40pour qu'il y ait
15:40quelque chose
15:40qui se passe.
15:41Coup de colère
15:42à l'intérieur de moi.
15:43Et ça,
15:44évidemment,
15:44ça choque
15:45sur les réseaux sociaux.
15:47On l'accuse
15:48de colonialisme sportif,
15:50de témoignages impudiques.
15:53On lui reproche
15:54de ne pas avoir
15:54assumé la prise de risque
15:56et ça,
15:57elle vit de nouveau
15:58ça comme une agression
15:59et elle aura
16:00beaucoup de mal
16:00à s'en remettre.
16:01Elle a le malheur
16:02d'aller voir
16:03tout ce qui se dit
16:04sur elle
16:05et elle oublie aussi
16:07tous les commentaires
16:09élogieux
16:10parce que c'est quand même
16:11un exploit
16:11d'avoir réussi
16:12à sauver sa peau,
16:14d'avoir trouvé
16:15la force
16:15de redescendre
16:16mais elle ne conserve
16:18en elle
16:18que le côté négatif
16:20cumulé à autre chose
16:22qu'elle vit très mal.
16:23C'est ce qu'on appelle
16:24le syndrome
16:25de la survivante
16:27puisqu'elle a échappé
16:28au drame
16:29et elle est vivante
16:30et Tomek,
16:31lui,
16:32est mort.
16:33Et elle se sent coupable
16:35même si les médecins
16:36ont beau lui répéter
16:38que rien n'aurait pu
16:39sauver Tomek
16:41qui était au stade
16:42ultime
16:42de l'œdème pulmonaire,
16:44rien n'aurait pu sauver Tomek,
16:45pas même
16:46les secours
16:47des hélicoptères
16:48dans les heures
16:49après sa redescente.
16:52Comment est-ce qu'elle
16:53s'est reconstruite ?
16:54Elle s'est d'abord
16:54reconstruite
16:55grâce au soutien
16:57de son mari
16:58Brocanteur,
16:59des habitants
17:00de son village
17:01qui était derrière elle,
17:02grâce aux psys
17:03également,
17:04puisque
17:05ce qu'il a longtemps
17:06marqué,
17:07ce sont ce qu'on appelle
17:08les images
17:09trauma,
17:10les images flash
17:11d'un Tomek
17:12agonisant,
17:13du sang
17:14qui coule
17:14de sa bouche,
17:15de ses yeux
17:16vitreux
17:17et de son nez
17:18tout blanc gelé.
17:19Ça,
17:20c'est en permanence
17:21en elle.
17:21Elle dit que c'est
17:22comme une trotteuse
17:23dans sa tête.
17:24Dès qu'elle
17:25court,
17:26dès qu'elle va faire
17:26du vélo,
17:27elle y repense.
17:29Et donc,
17:29grâce à une thérapie
17:31d'origine américaine
17:32qui s'appelle
17:33EMDR,
17:34elle a réussi
17:35à oublier
17:36ces images
17:37grâce à des mouvements
17:39oculaires,
17:39des mouvements
17:40des yeux
17:41qui lui ont permis
17:42d'effacer ça
17:43de sa mémoire.
17:44Aujourd'hui,
17:45je vais bien.
17:45Je vais très bien
17:46sur tous les plans,
17:47physiquement,
17:48moralement,
17:48ça va.
17:49Ça a pris du temps
17:50et je pense qu'il n'y a
17:51que le temps
17:51qui permet d'aller mieux
17:53sur tous les points.
17:54Donc,
17:55c'était une longue étape.
17:55Je me suis fait énormément aider.
17:57Il y a des gens
17:57qui m'ont soutenu,
17:58qui ont été là,
17:59qui ont été présents,
18:00qui ne m'ont jamais lâché,
18:01qui m'ont toujours tendu
18:01des perches
18:02et si je suis là aujourd'hui,
18:03c'est grâce à tous ces gens,
18:04je pense.
18:05Quand on vous écoute,
18:06Vincent Montgaillard,
18:06on sent,
18:08chez cette femme
18:09qui n'est pas très grande,
18:10beaucoup de force,
18:11beaucoup d'énergie.
18:12Vous l'avez ressenti comme ça ?
18:13Oui,
18:13elle a une énergie
18:15incroyable.
18:16Sans ses capacités
18:18hors normes,
18:19sans son côté extraterrestre
18:21de la montagne,
18:22elle n'aurait pas pu
18:23survivre à une telle descente.
18:25Mais elle est comme ça,
18:26elle a un patrimoine génétique
18:28incroyable,
18:28Elisabeth Revol.
18:29Il faut savoir que,
18:30par exemple,
18:31son cœur au repos
18:33ne bat que 35 fois par minute
18:36quand une femme de son âge
18:38c'est 80 pulsations par minute.
18:40Elle est hors normes,
18:41Elisabeth Revol,
18:42et elle est capable
18:43d'affronter
18:44tous les sommets du monde.
18:46Et donc,
18:47vous pensez
18:47qu'elle va regravir des sommets
18:48dans les années qui viennent ?
18:50La montagne,
18:50c'est son refuge,
18:51elle ne peut pas s'en passer,
18:53elle en a besoin
18:54pour son équilibre,
18:55et elle est tellement
18:56mal à l'aise
18:57dans l'agitation
18:58des vallées
18:59que forcément,
19:00elle voudra reprendre
19:01de l'altitude
19:02à un moment ou à un autre.
19:15Merci à Vincent Mongaillard,
19:17dossier conçu et préparé
19:18par Jeanne Boézek.
19:20Code Source
19:20est le podcast
19:21d'actualité du Parisien,
19:22production Clara Garnier-Amourou,
19:24réalisation Benoît Gilon
19:26et Alexandre Ferreira.
19:27Si vous aimez Code Source,
19:29n'oubliez pas de vous abonner
19:29sur votre application
19:30de podcast préférée.
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