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  • il y a 2 jours
Leurs rêves d’évasion sont devenus de grandes aventures. Expéditions extraordinaires, navigation en solitaire, sport extrême en mer et dans les airs… Ces aventuriers et aventurières ont mis leur corps et leur mental à rude épreuve. Hélène, Stève, Capucine, Fred et Stéphanie livrent pour Code source les récits de leurs exploits.

Dans cet épisode, Capucine Trochet revient sur son périple en haute mer. En 2009, attirée par les voyages et les grands espaces, la Touraine décide de s’entraîner pour participer à des courses de voiliers à travers l’Atlantique, alors qu’elle ne sait pas naviguer. Mais à la suite d’une hospitalisation, elle découvre qu’elle souffre d’une maladie génétique incurable qui lui provoque beaucoup de fatigue et des douleurs permanentes. Malgré cela, Capucine met les voiles à bord de Tara Tari, un petit voilier de pêche de 9 mètres de long, avec lequel elle traverse l'Atlantique pendant un an, entre 2011 et 2012. Un témoignage recueilli par Ambre Rosala.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Hage et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Après un an et demi d'épidémie, nous sommes nombreux et nombreuses à rêver d'évasion et d'aventure.
00:18Cet été, Codesource a choisi de vous proposer les témoignages de cinq aventurières et aventuriers,
00:23des hommes et des femmes qui repoussent leurs limites, parfois jusqu'à se mettre en danger.
00:28Aujourd'hui, Capucine Trochet, 39 ans, malgré une maladie génétique incurable,
00:34elle a traversé l'Atlantique à bord d'un petit voilier.
00:37Capucine Trochet raconte son histoire au micro d'Ambre Rosala.
00:45Capucine Trochet est de passage à Paris pour une consultation médicale.
00:49Je la rencontre à sa sortie de l'hôpital, avant qu'elle reprenne la route vers la Bretagne,
00:53où elle habite avec son compagnon et ses deux enfants.
00:56Elle porte un jean, un chemisier blanc et elle a les cheveux un peu en bataille.
01:00Elle me raconte qu'elle est née à Tours et qu'elle est la dernière d'une famille de quatre
01:03enfants.
01:04Petite, elle part tous les ans en voyage avec ses parents et ses trois grands frères.
01:09Depuis ma naissance, on est toujours en montagne, on est allé faire les foins l'été, toujours au même endroit.
01:16On est allé dans les alpages accompagner un ami de la famille berger pour redescendre les moutons.
01:21On vit dehors, on vit donc avec les saisons, on s'adapte, on respecte le vivant.
01:26Je pense que c'est une naissance, cette envie d'aller voir, de comprendre pourquoi la mousse pousse sur un
01:32côté du tronc plutôt que de l'autre.
01:35Les brindilles, les insectes et puis les grands espaces.
01:38Le silence, je ne sais pas, l'immensité.
01:41Et ça, ça m'a toujours, toujours plu, ça m'attire même.
01:45Comme son père travaille pour une grosse entreprise, Capucine et sa famille déménagent souvent.
01:50Sa mère est prof d'anglais, mais elle arrête de travailler pour élever ses quatre enfants.
01:53Il s'installe à Bruxelles, puis à Barcelone, où Capucine passe son bac.
01:58Elle part ensuite au Chili pour faire ses études.
02:00On a passé beaucoup de temps à marcher dans la cordière des Andes avec des amis que je retrouvais là
02:08-bas.
02:08Et arrivé tout en bas, en Patagonie, j'avais envie d'aller plus sud, plus sud c'était l'Antarctique.
02:13Et pour ça, il va falloir naviguer.
02:16Je pense que là, ça m'a donné envie.
02:18Et je me suis dit, il y a quelque chose à vivre là, que j'avais l'impression de retrouver
02:22de la montagne.
02:23Enfin, cet attrait pour le large, pour la liberté.
02:26J'ai l'impression que c'est aussi compliqué à expliquer que quand on tombe amoureux.
02:31Il se passe quelque chose.
02:32En plus, je ne connaissais pas ce que c'était que le large, large.
02:36Je voyais la mer d'une falaise ou d'une côte, mais en plein milieu, non.
02:39Et je ne savais pas naviguer.
02:41Donc, je m'étais dit, je vais apprendre à naviguer.
02:43Et du coup, voilà, quand je suis rentrée en France, après mes études au Chili, je cherche un magazine, un
02:49truc où ça parle de bateau.
02:51Parce que je n'y connais rien.
02:52Je prends un de ces magazines et il y avait exactement à ce moment-là un article qui parlait de
02:57la mini-transat en disant un bateau, un homme, un océan.
03:00Je me suis dit, c'est très simple, c'est ce qu'il faut.
03:03L'avantage d'être dans une course, c'est le côté d'être dans une, faire partie d'une flotte,
03:07donc d'une centaine de bateaux.
03:09Une flotte encadrée par des bateaux d'assistance.
03:11C'est un côté quand même assez sécu.
03:13Je me dis, s'il y a autant de bateaux qui partent tous les deux ans, c'est que peut
03:17-être que je peux le faire.
03:18Elle s'installe à Paris, trouve un job de journaliste, puis de commercial, avec ce rêve de participer un jour
03:24à une course à travers l'Atlantique.
03:26Au bout de quelques années, elle dépense toutes ses économies dans un voilier de course.
03:31J'ai commencé d'abord par faire des allers-retours le week-end.
03:34Puis un jour, je me suis blessée un peu et je me suis dit, c'est idiot à faire un
03:38peu des deux.
03:39Quand ton papillon, au final, on va être bon en rien.
03:42Et le choix, je l'ai fait et ça a été la mer.
03:46En 2009, elle a 29 ans et elle plaque tout pour aller vivre dans son petit bateau, en Bretagne, sur
03:51la base nautique de l'Orient.
03:53Je quitte mes amis, qui forcément ne comprenaient pas tous.
03:58J'avais eu une grosse déception amoureuse, donc je quittais un peu ça.
04:02C'est cette tristesse, enfin en tout cas un état d'âme qui n'était pas très joyeux.
04:07Je quitte mon appartement.
04:08Non, je quitte toute une vie en fait très confortable pour quelque chose de complètement connu.
04:15Et je saute sans filet parce que je démissionne d'un CDI, j'avais un super boulot.
04:21Ça vous fait peur de partir ?
04:22Ah pas du tout.
04:24Pas du tout.
04:26Capucine a deux ans pour se préparer à la course.
04:28Elle s'entraîne avec des marins rencontrés sur la base nautique.
04:31Mais un jour, elle se luxe la rotule gauche en déplaçant une voile.
04:35Elle se fait opérer à Paris, puis reprend les entraînements à l'Orient, malgré des douleurs qui ne s'arrêtent
04:40jamais vraiment.
04:41En décembre 2010, elle retourne à Paris pour visiter le salon nautique.
04:45J'en profite pour voir le chirurgien qui doit faire un point sur ma première jambe opérée un an après.
04:53Et là, on se rend compte que l'autre jambe n'est pas bien et qu'il faut opérer.
04:56Donc là, j'étais vraiment déçue.
04:58Ce n'était pas drôle.
04:59Parce que ça signifie que je n'aurais plus du tout le temps de me préparer dans les prochains mois
05:04pour être en septembre suivant, quelques mois plus tard au départ d'une course.
05:08Ce n'est pas possible.
05:09J'ai vraiment sauté sans filet avec.
05:11En m'endettant, en vivant dans ce truc, ce bateau et tout.
05:14Puis finalement, les choses se compliquent sérieusement.
05:19En sortant de son rendez-vous avec le chirurgien, Capucine prend le métro jusqu'au salon nautique.
05:23Elle y retrouve un ami marin, Corentin, qui expose un de ses bateaux, surnommé Taratari.
05:29C'est un voilier de pêche venu du Bangladesh, fabriqué principalement en toile de jute.
05:34On dirait un beau jouet d'enfant, un petit bateau qui est couleur toile de jute sur le pont.
05:40Et la coque est blanche.
05:42Il n'a pas de qui, donc il est posé sur le sol.
05:44Il a la forme d'un sourire.
05:45Il a de jolis voiles oranges, donc une grande voile et une petite voile d'avant.
05:50Il fait 9 mètres de long.
05:52Comme il a la forme d'un sourire, il n'y a que 6,50 mètres dans l'eau.
05:55Mais au plus large, il ne fait que 2 mètres de large.
05:58Ce qui fait qu'à l'intérieur, il y a une cabine.
06:00Mais qui est en fait une petite couchette.
06:03On ne tient pas debout du tout, mais on ne tient même pas tout à fait assis.
06:06On a la tête penchée.
06:07C'est vraiment tout petit.
06:09C'est une cabane avec des voiles oranges.
06:12Il est bricolé.
06:13On sent qu'il y a chaque petit élément à une histoire et une vie.
06:17Je vois ce bateau.
06:19Je suis sous le charme de Taratari tout de suite.
06:25Quand on me dit que ça n'a pas l'air d'aller, mon projet tombe à l'eau.
06:28Mais toi non plus, ça n'a pas l'air d'aller.
06:30Il me dit que je ne sais pas quoi faire du bateau.
06:32Je dis que je vais m'en occuper.
06:34Et puis on va aller naviguer.
06:36On va continuer le voyage de ce beau bateau.
06:38Parce qu'il me parlait 10 000 fois plus que tous les autres bateaux.
06:43Et on a un peu souri.
06:45On s'est tapé dans la main en disant ok.
06:47Et en fait, on était super sérieux.
06:50Et je pense qu'à ce moment-là, on était bien les deux seules à pouvoir croire que c'était
06:53possible.
06:59Deux semaines plus tard, Capucine est opérée de sa deuxième jambe.
07:03Elle intègre le centre de rééducation de Kerpap, près de Lorient.
07:06Et doit y rester environ un mois.
07:08Mais son état se dégrade.
07:10Je suis un peu dans l'incompréhension.
07:12Parce que personne ne sait ce qui m'arrive.
07:14Il y a un jour, j'essaie de me lever.
07:16Ma jambe ne veut pas avancer.
07:17Donc je dis à mon pied, avance, avance.
07:19Et il n'avance pas.
07:20Et du coup, ça, c'est nouveau.
07:21Je ne comprends pas.
07:22Je ne peux plus manger toute seule.
07:25Je me déboîte les articulations, en fait.
07:27En mettant un pull, en ouvrant une porte, je me déboîte tout.
07:30J'ai le fauteuil électrique.
07:32Mais je me luxe même le pouce quand j'essaie d'avancer le petit joystick.
07:36Donc c'est très, très perturbant.
07:39Et en même temps, je fais confiance.
07:42Je me dis que ça va aller.
07:43Donc là, il y a un grand temps de silence.
07:46C'est une vraie aventure humaine.
07:47Quand on est seul et qu'on passe son temps dans un lit, à ne pas pouvoir et ne pas
07:51être capable.
07:52Parce qu'on nous dit souvent ces injonctions de quand on veut, on peut et tout.
07:56C'est n'importe quoi.
07:57Et moi, j'avais envie de faire des choses.
07:58Je ne pouvais rien faire.
08:00Alors, c'est de la chance.
08:01C'est que ce centre de rééducation, il est au bord de l'eau.
08:05J'ai la chance d'avoir des baies vitrées qui me donnent sur le large, sur la mer, sur l
08:09'île de Groix.
08:10Je pense que plus qu'aux humains, je me suis accrochée à la mer.
08:13Capucine sort au bout de sept mois.
08:15Mais elle n'est pas guérie.
08:16Et les médecins ne savent toujours pas ce qu'elle a.
08:18Elle loue un petit appartement à Lorient, où Corentin a ramené Tara Tari.
08:22Elle est encore en fauteuil roulant.
08:24Mais elle s'empresse d'aller retrouver son bateau.
08:26Parce que c'est la seule chose qui lui fait du bien.
08:28J'ai ce projet de traverser l'Atlantique.
08:31Mais c'est tellement évident que ça ne sert à rien de le dire.
08:35Et puis en même temps, je me dis que c'est tellement loin que ça ne sert à rien d
08:37'en parler.
08:38Là, pour moi, l'objectif, il est de remettre le bateau en état.
08:42Il y a des choses qui sont cassées, qu'il faut refaire, réparer.
08:45Il y a un truc qui ne va pas sur le safran.
08:46Il faut le démonter, le remettre.
08:48Il faut poncer, meuler.
08:50Il faut faire plein de choses que je n'ai jamais faites.
08:52Et je n'ai pas du tout les outils ni les compétences.
08:54En fait, j'appelle ça une thérapie de groupe.
08:56Parce que je m'occupais du bateau.
08:59Et en fait, ils s'occupaient de moi.
09:01Je me suis remise à marcher un peu.
09:03À un moment, il faut que je trouve un élément qui s'appelle les barres de flèche.
09:07Ces éléments-là permettent de tenir les câbles qui tiennent le mât debout.
09:11Et donc les voiles.
09:12C'est quand même assez important.
09:14Je ne trouvais pas du tout.
09:15Et là, je me dis que si, il y a un truc qui va marcher, ce sont mes béquilles.
09:19Donc j'ai scié mes béquilles.
09:21Et je me dis que c'est incroyable parce que c'est le bon diamètre.
09:25Je suis vraiment super contente d'avoir trouvé une utilité.
09:28Vu que je laissais de plus en plus mes béquilles de côté.
09:31Je me dis que voilà, elles vont servir.
09:33Elles m'ont aidée à marcher.
09:33Maintenant, elles vont m'aider à naviguer.
09:36Après trois mois de chantier naval, Tara Tari flotte enfin.
09:40Au début, Capucine ne parle pas de son projet de traverser l'Atlantique.
09:44Mais la navigation est un petit milieu et ça commence à se savoir.
09:48Elle finit par annoncer son départ à sa famille et à ses amis.
09:52Mes parents sont inquiets.
09:54Et en même temps, ils sont heureux pour moi parce qu'ils me voient faire un truc qui me rend
09:59heureuse.
09:59Donc ils sont heureux.
10:00Donc ils ont un peu pris sur eux leur inquiétude.
10:03Parce qu'ils voient que c'était vital pour moi.
10:07Mais c'est vrai que j'ai reçu beaucoup, beaucoup de remarques négatives.
10:13Et parce que déjà le bateau, il a l'air très dangereux et difficile et risqué.
10:18Et en plus, je suis une femme.
10:20On me dit, t'as vu l'état du bateau, t'as vu ton état, t'y arriveras jamais.
10:24En me disant que je vais mourir en mer, que c'est du suicide.
10:27Et c'est quand même des mots très violents.
10:29Pour moi, on vient d'en baver à l'hôpital.
10:32C'est compliqué.
10:33Moi, ça m'a fait mal, mais ça n'allait pas m'arrêter en tout cas.
10:35Le 2 novembre 2011, Capucine fête ses 30 ans.
10:39Elle n'a plus besoin de fauteuils roulants, mais elle a toujours du mal à marcher et beaucoup de douleur.
10:44Deux semaines plus tard, elle embarque à bord de Taratari avec un ami marin depuis le port de la Ciota,
10:49dans les Bouches-du-Rhône.
10:50Ils naviguent ensemble jusqu'à Barcelone.
10:52Arrivée là-bas, elle est enfin prête à partir seule pour traverser l'Atlantique.
10:57Le matin du départ, je me dis que, mais qu'est-ce que je fais ? Je ne suis pas
11:02capable.
11:03C'est de la folie.
11:05J'ai l'impression que toutes les mises en garde effrayantes qu'on m'avait envoyées ou données ou dit,
11:12me rattrapent et je me dis ce que je suis capable.
11:15Je retrouve une amie catalane, Anna Corbella, qui est une grande navigatrice.
11:20Je lui dis, écoute, Anna, j'ai l'impression que je ne vais pas y arriver, que je ne suis
11:25pas capable.
11:26J'ai un nœud dans le ventre et elle m'a regardée, elle m'a pris dans ses bras.
11:30Elle m'a dit, mais écoute, moi, c'est ça.
11:32Avant chaque course, elle a fait des tours du monde et tout ça.
11:35Elle me dit, mais est-ce que ce ne serait pas trop dangereux de justement se sentir trop confiant avant
11:42de partir ?
11:42Elle me dit, tu verras, ça va passer.
11:44Et c'est vrai que je suis partie et très vite, tous les petits nœuds dans le ventre se sont
11:49dénoués.
11:50Et c'était la joie à rire aux éclats, toute seule au large.
11:56C'était magique.
12:06Moi, j'ai l'impression que tout d'un coup, j'ai le droit d'être là, acceptée dans les
12:11éléments, de comprendre.
12:13Sans regarder vraiment la direction sur le compas, l'espèce de grande boussole qui est sur le bateau.
12:19J'allais dans la bonne direction, juste en me fiant au ciel et aux étoiles.
12:24Je suis reconnaissante parce que je n'ai rien à faire, moi, humaine, bipède, être au milieu de l'Atlantique.
12:30Mais toute cette magie, c'est assez fort.
12:36Et peut-être qu'on n'est pas loin de l'état de grâce.
12:40Sur Taratari, Capucine dort peu et vit avec presque rien.
12:44Elle mange surtout des amandes ou des nouilles chinoises réchauffées à l'aide de sa bouilloire.
12:49Parfois, elle joue de l'harmonica ou tient son carnet de bord.
12:52La maladie est plus facile à gérer parce que Capucine bouge moins.
12:56Mais elle est constamment présente.
12:59Je ne laisse pas la douleur occulter tout le reste.
13:02Du coup, j'accorde énormément d'importance au reste.
13:07J'ai salué, j'ai dit bonjour au soleil à chaque fois qu'il se levait.
13:10J'adorais la nuit quand les premières lueurs arrivent dans le ciel.
13:14Là, c'est sublime.
13:15Ou les oiseaux, j'ai vu énormément d'oiseaux.
13:17Ou de baleines, de dauphins, de poissons.
13:20Tout ça, pour moi, j'accorde énormément d'importance à ces moments de vie-là, de rencontres.
13:26Parce que je me dis que ça peut peut-être apaiser mes douleurs d'être dans le côté sérénité et
13:32bien-être.
13:34Et je crois que je n'avais pas assez d'énergie pour donner trop d'importance à tout ça.
13:42À la maladie, je veux dire.
13:48Pour elle, cette traversée n'est pas une question de temps, d'exploit.
13:51Elle navigue à son rythme, fait plusieurs escales, dont une aux îles Canaries,
13:56pendant plus de six mois, pour laisser passer la saison cyclonique.
13:59Là-bas, elle travaille dans un chantier naval,
14:02troque ses affaires contre des cartes marines
14:03ou traduit des menus de restaurants pour se faire un peu d'argent.
14:07Un jour, dix mois après son départ,
14:09elle doit faire l'aller-retour en France, en avion, pour un rendez-vous médical.
14:14Et là, j'ai vu plusieurs médecins qui m'ont donné le nom d'une maladie que j'ai,
14:20qui est une maladie génétique, que j'ai depuis que je suis née.
14:23C'est pour ça aussi que je ne sais pas dire quand j'ai mal,
14:25parce que je suis née avec des douleurs.
14:28J'ai le syndrome des l'air dans l'os, d'un type hypermobile.
14:31Et moi, ça se traduit par énormément de luxations articulaires,
14:37pour rien, même pour des choses non traumatiques,
14:40par de la douleur et de la fatigue chronique.
14:43Ce qui a été important pour moi, c'était de savoir si c'était une maladie dont j'allais mourir
14:48ou pas.
14:49On m'a dit non.
14:50Non, je me suis dit, ok, je vis avec ça.
14:52De toute façon, c'est déjà le cas.
14:53Maintenant, c'est juste que j'ai un nom dessus.
14:55Et je suis repartie naviguer, ça n'a absolument rien changé pour moi.
14:59Elle retourne au Canary,
15:00où elle retrouve un ami navigateur,
15:02Maxime Drénaud.
15:03Il la rejoint parce que le pilote automatique de Taratari est cassé,
15:06et qu'elle ne peut pas tenir la barre toute seule,
15:08sans relâche.
15:08Ils reprennent le large, tous les deux.
15:10Alors, on passe dans un système météo,
15:12on longe l'île de Forte Ventura,
15:14et là, l'eau est sublime.
15:17Les lumières sont toutes dorées avec le coucher du soleil.
15:19Il y a des dauphins, des baleines.
15:21On rencontre une orque qui charge un peu le bateau
15:23pour voir ce que c'était que cet étrange animal de Taratari.
15:27Tout d'un coup, on voit le vent qui monte progressivement,
15:31et il est accompagné d'une mer qui se creuse de plus en plus.
15:35Il y a un premier vrac, c'est-à-dire un bateau qui se couche par une vague déferlante.
15:39Donc là, je rapproche la balise de détresse,
15:43on s'organise un peu en mode plus guerrier, là.
15:47Il y a tellement de vent que ça m'a décollé une lentille de l'œil,
15:51et on ne sait pas combien de temps ça va durer.
15:53Mais ce qu'on sait à ce moment-là, c'est qu'il est impossible de faire demi-tour.
15:56Et c'est là où la peur, on en fait une alliée.
16:04Malgré le vent et tout, il y avait pas mal d'étoiles,
16:06et j'accrochais mon regard sur une des constellations.
16:10C'était au moment de Noël, et je savais, ma famille est réunie,
16:13et je me suis dit, je peux pas faire ça, ma maman, je peux pas leur faire ça.
16:18Mais en même temps, je suis dedans, donc j'y vais.
16:20Mais j'ai eu envie de vivre plus que jamais.
16:27La tempête dure neuf jours et neuf nuits.
16:30Capucine et Maxime finissent par s'arrêter au Cap Vert,
16:33avant d'entamer la dernière ligne droite de leur traversée.
16:3625 jours plus tard, et plus d'un an après son départ de la Ciotat,
16:40Capucine arrive en Martinique, où ses parents et des amis l'attendent.
16:43Quand on a mis les pieds sur le ponton, on est dans un état un peu particulier.
16:47Je sais que j'ai eu du mal à descendre du bateau.
16:50Je suis contente de voir mes proches.
16:54Si on doit être très sincère, je pense qu'il y a une partie de moi un peu triste.
16:58Parce que j'aime bien les gens, j'aime ma famille, j'aime tout ça,
17:03mais je suis tellement bien sur ce bateau en mer.
17:06Je peux pas l'expliquer, parce que je sais qu'il est pas très confortable,
17:09qu'on a mangé froid pendant 25 jours,
17:15mais je suis bien à bord.
17:17Vous vous sentez différente, après cette traversée avec Tara Tari ?
17:20Il y a eu un avant-après la vie à bord de Tara Tari.
17:25Même quand c'est très douloureux, même quand tout est compliqué,
17:28je me sens bien, parce que j'ai jamais vécu à terre un bonheur
17:32aussi grand que ce que j'ai ressenti en mer.
17:35Donc, si à un moment, je me sens triste,
17:38ou je ferme les yeux, je repense à ça,
17:41et je me sens que tout va bien.
17:43ça change ma vie en ça, quoi.
17:45Je sais que toutes mes souffrances,
17:48elles sont là, mais en fait,
17:50elles font pas le poids par rapport au bien-être
17:52que j'ai vécu et qui, du coup,
17:55est encore présent.
18:07Ambre, est-ce que Capucine Trochet a continué à naviguer après ça ?
18:10Oui, elle a continué à naviguer à bord de Tara Tari pendant 3 ans,
18:14dans la mer des Caraïbes surtout.
18:15Donc, elle a continué à vivre en toute simplicité,
18:18en troquant des affaires ou en faisant des petits boulots.
18:20Et ensuite, elle est tombée enceinte,
18:21donc elle est rentrée en France et elle s'est installée à Lorient.
18:24Son histoire, elle l'a racontée dans un livre en 2020.
18:26C'est un livre qui s'appelle Tara Tari,
18:28Maisel, ma liberté.
18:29Elle a longtemps hésité avant d'écrire ce livre,
18:32parce que pour elle, c'était une histoire qui était très personnelle,
18:35mais en fait, elle en a eu marre qu'on lui prête des intentions
18:37de dépassement de soi ou des choses comme ça,
18:40alors que c'était pas du tout le cas,
18:41et elle a vraiment voulu raconter son histoire avec ses mots.
18:43Parce qu'elle, c'est pas du tout son idée, de se dépasser.
18:46Non, c'est pas du tout son idée,
18:47c'était juste qu'elle avait un rêve,
18:49c'était de traverser l'Atlantique,
18:50elle a voulu le faire,
18:51la maladie, c'était un obstacle, mais elle l'a surmontée,
18:53et c'était pas du tout un exploit ou quelque chose,
18:56c'était juste qu'elle avait envie de le faire, donc elle l'a fait.
18:58Son histoire est très forte,
18:59et pourtant, Capucine-Trochet n'est pas très connue.
19:01C'est vrai qu'elle n'est pas vraiment connue du grand public,
19:04mais quand même, son histoire commence à être remarquée.
19:07On a même donné son nom à une école primaire
19:09dans un petit village d'Indre-et-Loire,
19:11son département d'origine,
19:12et elle a été à l'inauguration au début du mois de juillet.
19:15Quel est son prochain projet de navigation ?
19:18Elle avait le projet de naviguer aux Etats-Unis,
19:20elle voulait rallier Miami à New York,
19:22en passant par les canaux,
19:23pour aller déposer Tara Tari au pied de la statue de la liberté.
19:27Malheureusement, avec la crise sanitaire,
19:28ça n'a pas été possible.
19:30Du coup, ce qu'elle voudrait faire,
19:31c'est ramener Tara Tari,
19:32qui pour l'instant est en Guadeloupe,
19:34chez elle, à Lorient,
19:35pour pouvoir naviguer avec lui pour le plaisir.
19:40Merci Ambre Rosala,
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19:52Cet épisode a été produit par Thibaut Lambert et Clara Hage,
19:56réalisation Julien Moncouquiole.
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