- il y a 10 heures
Le 17 décembre dernier, Jean-Baptiste Rambla est condamné à la prison à perpétuité pour avoir égorgé en 2017 une jeune femme à l’aide d’un cutter. Mais c’est en 1974 que tout a débuté. Louise Colcombet et Pascale Egré, du service Police-Justice du Parisien, nous plongent dans le procès de Jean-Baptiste Rambla.
Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Thibault Lambert, Ambre Rosala, Raphaël Pueyo et Nathan Chatelain - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol- Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : INA, RMC.
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00:02Bonjour, je suis Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Un homme de 53 ans condamné à la prison à vie à Toulouse pour avoir tué sauvagement une jeune femme
00:18plusieurs années après un premier meurtre.
00:21Cet homme, c'est Jean-Baptiste Rambla, son nom vous dit peut-être quelque chose,
00:25il renvoie à un fait divers tristement célèbre au milieu des années 70.
00:30Les regards étaient braqués sur lui alors qu'il n'était qu'un enfant.
00:33Jean-Baptiste Rambla a été jugé en décembre au cours d'un procès hanté par cette vieille affaire.
00:40Louis Colcombet et Pascal Aigret du service police-justice du Parisien nous le racontent dans Code Source.
00:51Louis Colcombet, le 14 décembre 2020, le procès de Jean-Baptiste Rambla s'ouvre devant la cour d'assises de
00:57Haute-Garonne.
00:58Vous y êtes sur place pour Le Parisien comme plein d'autres médias. Pourquoi est-ce que cette affaire intéresse
01:03autant ?
01:03Jean-Baptiste Rambla en fait est jugé pour meurtre en récidive, ce qui est relativement rare.
01:09L'affaire est d'une grande sauvagerie, mais ce qui est important c'est que Jean-Baptiste Rambla, il est
01:13le frère de Marie-Dolores Rambla qui a été enlevé et tué en 1974.
01:18Dans l'affaire dite Ranucci qui avait à l'époque créé un énorme émoi, c'était vraiment l'affaire de
01:23ces années-là avec tout un débat autour de la peine de mort qui a vraiment passionné la France
01:27et qui du coup explique cet intérêt médiatique pour cette affaire aujourd'hui.
01:36On reviendra plus tard sur cette affaire Ranucci qui plane sur le procès, mais d'abord, il est comment physiquement
01:42Jean-Baptiste Rambla ?
01:43Jean-Baptiste Rambla, au moment où sa sœur disparaît en 1974, il a 6 ans maintenant, c'est un homme
01:47de 53 ans, cheveux un peu grisonnants,
01:51il était un peu prostré sur son banc, il portait toute la semaine une veste de sport verte, un t
01:57-shirt, un jean.
01:58Il est resté souvent à regarder ses pieds, les mains jointes, un peu dans l'attitude d'un pénitent.
02:04Il n'a pas exprimé grand-chose physiquement en tout cas.
02:07Cet homme est jugé pour le meurtre d'une jeune femme de 21 ans à Toulouse, c'était le 21
02:12juillet 2017.
02:13Oui, il s'agit de Cynthia Lunimbu qui était une jeune femme angolaise que ses parents avaient fait venir pour
02:19fuir la guerre civile.
02:21Un terrible parallèle quand on pense à ce qui lui arrivait à Toulouse.
02:24Et elle avait réussi à obtenir des papiers, elle avait un petit ami à l'époque et elle était employée
02:29de ménage dans des grandes surfaces.
02:31Qui d'autre était présent à l'audience ?
02:32Du côté de Cynthia Lunimbu, il y avait donc ses parents, des amis qui sont venus témoigner.
02:37Ce qui est frappant, c'est que du côté Rambla, il n'y avait personne, ni son père qui est
02:41mort.
02:41Mais sa mère est encore vivante, elle n'est pas venue.
02:44Son frère et sa petite sœur ne sont pas venus non plus.
02:46Pas plus que son ex-compagne, ni son fils.
02:52Pascal Aigri, vous n'étiez pas envoyée spéciale à ce procès, mais vous avez quand même tenu à y assister.
02:58La première raison, c'est que j'avais couvert le fait divers à l'époque du meurtre de Cynthia Lunimbu
03:02en juillet 2017 à Toulouse.
03:05C'est une affaire d'emblée singulière parce qu'on a découvert le nom de l'auteur Jean-Baptiste Rambla.
03:09Aussi en raison de la sauvagerie du crime, cette jeune fille qui apparemment ne connaissait pas du tout, a été
03:15quasiment décapitée.
03:17Et la troisième raison, c'est parce que Jean-Baptiste Rambla sortait de prison.
03:21Il avait déjà été condamné pour meurtre en 2008.
03:24Condamné en 2008 parce qu'il avait déjà tué en 2004.
03:27En France, le verdict est tombé dans l'affaire Rambla à Aix-en-Provence.
03:31Jean-Baptiste Rambla a été condamné à 18 ans de prison pour le meurtre de son ex-employeuse en juillet
03:362004.
03:36Corinne Bédel disparaît dans la région de Marseille.
03:39Et on retrouve le corps de Corinne Bédel dans le cabanon du fond du jardin de la maison de Jean
03:45-Baptiste Rambla.
03:46Il a dissimulé le corps là depuis plus de sept mois.
03:50C'est sa compagne qui est la mère de son fils qui cherche la trottinette de leur petit garçon.
03:56Qui lui a même dit qu'elle était un peu surprise par l'odeur.
03:59Il lui avait dit ça doit être un rat crevé.
04:01En réalité, c'était le corps de la femme qui l'avait étranglée huit mois avant.
04:06Mais cette fois-ci, Louise Colcombet, pour le meurtre de Cynthia Lunimbu en juillet 2017,
04:11Jean-Baptiste Rambla a été identifié tout de suite.
04:13Oui, effectivement, quand les policiers arrivent, ils retrouvent cette jeune femme
04:18qui s'est littéralement vidée de son sang, quasiment décapitée.
04:21Mais ils n'ont pas grand-chose en fait.
04:23Ils ne savent pas qui a pu commettre ces faits.
04:25Mais en revanche, il y a de l'ADN.
04:27Et ça, de nos jours, ça ne pardonne pas.
04:29Jean-Baptiste Rambla était dans les fichiers puisqu'il avait déjà tué Corinne Bédel en 2004.
04:34Il était de plus en libération conditionnelle.
04:36Donc évidemment, ils mettent immédiatement un non sur lui.
04:39Et il remonte aussi sa téléphonie.
04:40Il se trouve que Jean-Baptiste Rambla borne exactement aux heures supposées du meurtre dans la zone.
04:45Donc cette fois-ci, il va être identifié très vite et interpellé au bout de quelques semaines.
04:52Louise Colcombet, on en revient au premier jour de ce procès.
04:55Jean-Baptiste Rambla est interrogé sur son parcours.
04:58A quoi ressemblait sa vie avant son premier meurtre ?
05:01Jean-Baptiste Rambla, il a exercé divers métiers.
05:04Il a eu beaucoup d'aventures avec des femmes.
05:06Il a eu une vie relativement chaotique, même s'il est toujours plus ou moins retombé sur ses pieds professionnellement.
05:11Mais il a toujours fini par se fâcher avec ses patrons.
05:14Il a trompé sa compagne.
05:16Il y a eu beaucoup d'allers-retours, beaucoup d'aventures amoureuses.
05:20Mais il a eu tout de même cette relation plus ou moins suivie avec cette femme et dont il a
05:25eu un fils qui, à l'époque du premier meurtre, a un peu moins d'une dizaine d'années.
05:29Très vite, il évoque son enfance qui a basculé lorsqu'il avait 6 ans, le 3 juin 1974, à Marseille.
05:36Oui, ce qui est marquant en fait à ce procès, c'est qu'au tout départ, on évoque la personnalité.
05:40Le président lui demande d'évoquer ses traits de caractère.
05:44Et en fait, il revient au bout de quelques phrases, il vient inexorablement à ce jour de juin 1974, où
05:50sa grande sœur a disparu.
05:52Marie Dolorès avait 8 ans, Jean-Baptiste Rambla avait 6 ans et demi.
05:57Ils jouent tous les deux au pied de l'immeuble, ils s'apprêtent à passer à table, ils cueillent un
06:02bouquet pour leur mère.
06:03Et puis, il y a ce monsieur qui arrive et qui leur dit qu'il a perdu son chien.
06:07Alors, tu es partie chercher le chien ?
06:09Oui.
06:10Et ta sœur est restée avec le monsieur ?
06:12Oui.
06:12Et quand tu es revenu, le monsieur n'était plus là, et ta grande sœur non plus ?
06:15Non.
06:16Jean-Baptiste Rambla va faire le tour de l'immeuble à la demande de ce monsieur, et quand il revient,
06:21sa sœur a disparu.
06:23Évidemment, l'alerte est donnée immédiatement, on cherche cette petite fille partout.
06:27Elle est retrouvée deux jours plus tard, le corps lardé de 15 coups de couteau, dissimulé dans des broussailles le
06:32long d'un bord de route, à environ 15 km de Marseille.
06:36Et la police va rapidement arrêter un homme ?
06:38Oui, alors, il s'agit de Christian Ranucci, qui a 20 ans à l'époque, c'est un VRP.
06:44Et il a arrêté, pourquoi ? Parce qu'il a un accident de voiture, en fait, un croisement.
06:49Il a grillé un stop et il est heurté par une autre voiture.
06:53Le conducteur est fâché parce qu'en fait, il fait un délit de fuite, il s'en va.
06:55Donc le conducteur s'en émeut et demande à la personne qui le suit de poursuivre cette voiture, en tout
07:01cas d'essayer de la retrouver pour prendre au moins la plaque d'immatriculation.
07:03Ce que cette personne va faire ?
07:05Il va repérer la voiture sur le bas-côté plus tard.
07:08Et donc c'est cette plaque d'immatriculation qui va ramener à Ranucci,
07:11parce qu'ensuite le couple qui a suivi la voiture va aussi raconter qu'ils ont vu cet homme prendre
07:16la fuite de manière assez louche,
07:18portant un grand paquet dans ses bras.
07:20Et ce témoignage-là, allié à d'autres, va ensuite permettre de confondre Christian Ranucci.
07:25Et là, on va demander au petit Jean-Baptiste de confirmer qu'il s'agit bien du tueur.
07:30Effectivement, Jean-Baptiste Ramblas, on va l'amener au commissariat central de Marseille, qui est surnommé Les Véchets,
07:35et on va organiser ce qu'on appelle un tapissage, c'est-à-dire qu'en fait, on place la
07:39personne suspecte au milieu d'autres hommes
07:41pour remplir le panel de visages possibles.
07:45Et là, Jean-Baptiste Ramblas, il ne reconnaît pas Christian Ranucci.
07:49Pas plus qu'il va reconnaître sa voiture, une voiture grise, mais il ne sait plus bien.
07:54Bon voilà, il a six ans et quelques, il vient de perdre sa soeur dans des conditions atroces.
07:58Il y a une énorme médiatisation, il y a un poids immense sur ses petites épaules, en fait,
08:01et il n'arrive pas à reconnaître Christian Ranucci.
08:04Pourtant, Pascal Légret, un certain nombre d'éléments vont incriminer Christian Ranucci.
08:09Le débat sur la culpabilité ou l'innocence de Ranucci dure depuis 40 ans,
08:13donc c'est très difficile aujourd'hui de refaire l'enquête.
08:15Mais les éléments qu'il incrimine à l'époque, c'est d'abord le témoignage du couple
08:19qui a poursuivi la voiture pour relever la plaque d'immatriculation.
08:22Il y a également le fait qu'il passe des aveux, avec peut-être les méthodes un peu particulières
08:28de la police marseillaise de l'époque, parce qu'il reviendra sur ses aveux.
08:32Il y a un autre élément important, c'est qu'il désigne l'endroit où l'arme du crime va
08:38être retrouvée,
08:39et il ne nie pas que le couteau lui appartient.
08:42Un autre élément qui pèse à charge contre Christian Ranucci,
08:46c'est le témoignage de deux hommes qui l'ont aidé à désembourber la voiture accidentée
08:52dans une champignonnière qui se trouve très près de l'endroit où le corps de la fillette a été découvert.
08:59Christian Ranucci, en tout cas, est sur les lieux autour de l'endroit où le corps de cet enfant a
09:05été retrouvé.
09:07Christian Ranucci est à l'époque le suspect numéro un.
09:11Il risque la peine de mort.
09:12Beaucoup s'attendent à ce que le chef de l'État, Valéry Giscard d'Estaing, lui accorde une grâce présidentielle.
09:18Oui, il faut se remettre dans le contexte de l'époque.
09:20On est quelques années avant l'abolition de la peine de mort en 1981,
09:24et l'affaire Ranucci émeut extrêmement l'opinion,
09:27mais surtout dresse les pros et les anti-abolitions les uns contre les autres.
09:32Dans ce contexte, Valéry Giscard d'Estaing, qui avait pourtant parlé d'une aversion profonde pour la peine de mort,
09:38refuse la grâce de Christian Ranucci.
09:41Et il est guillotiné le 28 juillet 1976 à 22 ans, deux ans après la mort de l'enfant.
09:47La justice des hommes est passée.
09:50M. Valéry Giscard d'Estaing n'a pas accordé sa grâce.
09:53Christian Ranucci a été exécuté.
09:56Condamné à mort pour le meurtre d'une petite fille de 8 ans, le 10 mars dernier,
09:59par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône,
10:01Christian Ranucci, 21 ans, a été décapité à l'aube, à la prison des Beaumettes à Marseille.
10:15Aux deuxièmes jours du procès, plusieurs personnes vont se succéder pour raconter
10:19qui était Jean-Baptiste Rambla en 2017, avant les faits.
10:23Il était sur la bonne voile, Louise Colcombet.
10:25Oui, en fait, il a été détenu exemplaire.
10:28Il a été condamné, on l'a dit, en 2008 à 18 ans de réclusion criminelle,
10:32mais il a bénéficié d'une sortie anticipée.
10:35Tous les voyants étaient ouverts.
10:36Quelques semaines à peine avant les faits, il décroche sa formation de chauffagiste.
10:41Et pourtant, il voit sa conseillère d'insertion et de probation.
10:45Tout se passe bien.
10:46Et à partir de là, il parle d'une sorte de basculement.
10:49On est 15 jours avant le meurtre de Cynthia Lounimbu.
10:51Et pendant ce deuxième jour de procès, Jean-Baptiste Rambla tente d'expliquer
10:55pourquoi il a sauvagement assassiné cette femme qu'il ne connaissait pas.
10:5915 jours avant le meurtre de Cynthia, il voit sa conseillère d'insertion et de probation.
11:03Et à la sortie, il aurait été interpellé par quelqu'un qui lui dit
11:06« Écoute, c'est toi Jean-Baptiste ? Oui, tu vas avoir des problèmes. »
11:10Bon, il ne poursuit pas cette personne, elle disparaît.
11:13Et il explique qu'il devient à ce moment-là un peu paranoïaque.
11:15Il est persuadé que cette personne le suit, c'est où il habite.
11:19Et que du coup, pour se protéger de cette peur, il va retomber dans ses anciens travers,
11:22c'est-à-dire acheter de la cocaïne, sous l'influence de laquelle il avait déjà tué Corinne Beidle.
11:26Il achète donc cette drogue et puis il achète aussi un pistolet à impulsion électrique.
11:31Il dit « Pour se protéger au cas où quelqu'un me voudrait du mal quand je sors dans la
11:35rue. »
11:36Il explique qu'il fasse 15 jours sans sortir de chez lui, juste pour aller chercher à manger
11:39et éventuellement aussi son cannabis, parce qu'il est aussi gros consommateur de cannabis.
11:44Et le basculement dans les heures qui précèdent le meurtre de Cynthia.
11:48Là, il dit qu'il est dans un parc, il est 1h30 du matin, il fait très chaud,
11:52il est allé fumer son joint de cannabis pour dormir dans un parc à l'air libre
11:55et qu'il aurait été agressé par un couple, dont une femme à la peau mat.
12:01Quelques heures plus tard, il est dans un autre parc à proximité de chez Cynthia.
12:06Il fume un joint, il prend encore de la cocaïne et il a l'impression qu'une femme l'épi
12:11au 4ème étage.
12:12Une femme à la peau mat, ça le rend fou.
12:15Il veut demander des comptes, il monte 4 à 4 les étages, il sonne à une porte et Cynthia l
12:19'unibu lui ouvre.
12:20Il pense reconnaître la femme du couple qu'il a agressé la nuit précédente et il la roue de coup.
12:26On sait ensuite qu'il s'est passé au moins une demi-heure, selon les constatations des légistes,
12:31avant qu'il ne l'égorge quasiment, sans qu'on sache pourquoi il a attendu,
12:35qu'est-ce qu'il a fait et pourquoi Cynthia, qu'il ne connaissait pas.
12:38Beaucoup d'experts vont se succéder pour s'exprimer sur la personnalité de Jean-Baptiste Rambla.
12:43Qu'est-ce qu'ils disent ?
12:44Ce qui ressort, c'est qu'effectivement, il a été extrêmement marqué par le meurtre de sa sœur,
12:49par la médiatisation qui en a suivi.
12:51Il a très mal vécu aussi le fait d'avoir pas reconnu Ranucci, sans vœu.
12:56On l'a toujours aussi désigné comme le frère d'eux.
12:59On l'appelait le petit Jean.
13:00On lui a toujours, dit-il, beaucoup posé la question de savoir pourquoi il n'avait pas reconnu Ranucci.
13:05En fait, il a ce passé qui l'a poursuivi, mais qui ressasse lui-même énormément.
13:09C'est-à-dire qu'il est dans une position victimaire, il se passe toujours en victime.
13:12Il est très dans le narcissisme, dans la victimisation.
13:16Il est resté comme s'il était resté bloqué 40 ans en arrière.
13:22Louis Colcombet, le troisième jour, Jean-Baptiste Rambla se lance à nouveau dans un long monologue
13:27pour tenter d'expliquer son crime.
13:29Oui, ce qu'il explique, c'est qu'en fait, il avait un excès de colère, un excès de rage
13:31et que tout est remonté d'un coup.
13:33Beaucoup de choses se mélangent et notamment toute sa vie où il a été...
13:36On lui a dit « Mais pourquoi t'as pas reconnu Ranucci ? »
13:39Le fait que Ranucci ait pu être présenté comme innocent.
13:42Et il explique que tout ça est ressorti d'un seul coup.
13:44Et il a même cette phrase en expliquant que symboliquement,
13:47il a tué quelqu'un d'autre que Cynthia.
13:49Il dit « J'ai fait à Cynthia ce que j'ai fantasmé de faire toute ma vie à Gilles
13:53Perrault. »
13:56Pascal Aigré, ce Gilles Perrault dont il parle, c'est un journaliste qui publie en 1978,
14:02soit quatre ans après le meurtre de Marie Dolorès Rambla,
14:06une contre-enquête qui clame l'innocence de Christian Ranucci.
14:10Son livre, il s'appelle « Le pullover rouge »
14:13justement parce qu'il pense que c'est ce vêtement qui, selon lui,
14:16permet de douter de la culpabilité de Ranucci.
14:19Gilles Perrault utilise dans son livre tous les éléments dont il considère
14:22qu'il signe l'innocence de Christian Ranucci,
14:25notamment ce pullover rouge qui est retrouvé dans la champignonnière
14:29dans laquelle la voiture de Christian Ranucci s'est embourbée.
14:32« C'est pas à lui. C'est un pullover trop grand pour lui.
14:35Sa mère dit qu'il déteste le rouge, il n'a jamais porté de rouge.
14:37On examine sa modeste garde-robe de garçon de 20 ans, pas de rouge.
14:41Les voisins de l'endroit où il habite avec sa mère disent « Non, jamais en rouge. »
14:45Il déteste le rouge. Bon. Donc on est obligé de se dire « Non, le pullover rouge qu'on a
14:51trouvé là,
14:52ce n'est pas celui de Christian Ranucci. »
14:55Les policiers, en tout cas marseillais, sont convaincus que ce pullover rouge appartenait à Christian Ranucci.
14:59Ceux qui pensent que non, pensent que ça appartenait peut-être à un autre homme.
15:02En tout cas, le but de Gilles Perrault, c'est de formuler un plaidoyer pour l'abolition de la peine
15:07de mort
15:08en disant « Voilà, l'État ne peut pas passer à la guillotine des gens dont on n'est pas
15:12sûr de la culpabilité. »
15:14Et ce livre va faire énormément de bruit à l'époque.
15:16Ce livre, ça devient un best-seller.
15:19C'est peut-être la première fois, je pense, que ce genre de documentaire judiciaire est publié par un journaliste
15:25écrivain.
15:25Il est vendu à plus d'un million d'exemplaires.
15:27Il va être publié en livre de poche et il va faire l'objet d'une adaptation au cinéma.
15:31Pour la famille Rambla, c'est une catastrophe.
15:35Déjà, le père et la mère se déchirent parce que la maman voudrait essayer de faire son deuil.
15:40Et le livre de Perrault vient rajouter de nouveau de la douleur à la douleur,
15:44puisqu'on vient leur dire que l'homme qui a été guillotiné ne serait pas le coupable
15:48et que donc l'assassin, le meurtrier de leur fille, courrait toujours.
15:52C'est insupportable pour le père.
15:55C'est insupportable aussi pour le petit garçon qui est là, pour Jean-Baptiste Rambla.
15:58Dans ce livre, Gilles Perrault utilise le fait qu'il n'ait pas reconnu Christian Ranucci
16:03comme un argument favorable à l'innocence de Christian Ranucci.
16:08Ça lui est insupportable de servir d'argument pour défendre l'innocence de Christian Ranucci.
16:13Et le premier excédrage qu'il raconte dans son parcours aux experts,
16:16ici d'ailleurs c'est un épisode qui a lieu au collège.
16:19Dans un manuel scolaire, il y a une photo de Christian Ranucci.
16:23Il faut faire un commentaire de texte pour parler de l'innocence de Christian Ranucci.
16:27Et là, le jeune Jean-Baptiste Rambla, adolescent, explose de rage, balance son manuel par terre.
16:33Il est exclu 15 jours, ce qu'il vit encore comme une injustice.
16:37Donc l'obsession autour de ce livre, autour de Gilles Perrault, autour de Christian Ranucci,
16:42on a l'impression qu'elle se construit vraiment dans toute son enfance et toute son adolescence.
16:53Louise Colcombet, à entendre Jean-Baptiste Rambla, ce qui est arrivé à Cynthia aurait pu arriver à n'importe qui.
17:00Oui, c'est un peu ce qui est soutenu d'ailleurs par notamment l'un des experts psy, Daniel Zaguri,
17:05qui explique que cette rage-là, qui s'est construite depuis 40 ans,
17:08elle a grandi, grandi, grandi, et que oui, il serait presque pu tomber sur n'importe qui.
17:12Daniel Zaguri dit que c'est comme un baril de poudre qui attendait une étincelle.
17:16Cette malheureuse Cynthia aurait été l'étincelle.
17:18Et effectivement, il dit « moi j'ai tué ainsi tous mes détracteurs ».
17:21Il a répondu d'un seul coup à tous ses détracteurs.
17:23Donc oui, effectivement, c'est terrible à entendre.
17:25Daniel Zaguri a dit que c'est insupportable pour les familles de penser qu'il n'y a pas de
17:28raison,
17:28et que c'est la faute à pas de chance en fait.
17:30Mais c'est un peu ce qui est soutenu, ça aurait pu tomber sur n'importe qui.
17:34Le président invite ensuite Jean-Baptiste Rambla à s'exprimer avant la clôture des débats,
17:39et il a peu de mots pour la victime.
17:41Il a beaucoup parlé de lui, on a très peu parlé de la victime pendant cette audience,
17:45et quand il lui pose cette question, c'est un petit clin d'œil en lui disant
17:50« c'est peut-être le moment d'exprimer des remords ».
17:53Et il ne saisit pas du tout la perche, Jean-Baptiste Rambla.
17:55Là, il reparle de ses tourments, il reparle de sa sœur, il reparle de sa douleur à lui.
18:01Il y a quand même un moment où il dit « oui, bon alors j'étais victime,
18:04mais bon là c'est vrai, c'est pas moi qui suis victime, je suis auteur ».
18:06Mais c'est comme si c'était plus fort que lui, en permanence, il revient sur sa douleur,
18:11il se victimise face à une famille qui attend peut-être un mot, un geste.
18:15Et là, il a cette phrase qui est vraiment de trop.
18:19Il explique qu'il a terriblement souffert du fait d'avoir été conduit en prison
18:22la première fois qu'il a commis un meurtre, qu'il ne pouvait plus se rendre sur la tombe de
18:25sa sœur
18:25et qu'il avait une photo de la tombe dans son portable.
18:28Et il dit « vous, vous connaissez beaucoup de gens qui ont la photo de la tombe d'un être
18:32cher dans votre téléphone ».
18:33Et là, la maman de Cynthia, vraiment, elle a l'allure, elle se lève,
18:37elle dit « c'est une malédiction » et d'ailleurs, elle lui lance des signes
18:39comme si elle ne pouvait plus entendre cet homme qui est incapable de parler d'autre chose que de lui
18:43-même.
18:44Le 18 décembre, Jean-Baptiste Rambla est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité
18:50pour le meurtre en récidive de Cynthia Lunimbu.
18:52Louis Scolcombe, c'est la peine maximale.
18:55C'est le maximum prévu, c'est-à-dire que la perpétuité est aussi assortie d'une peine de 22
18:59ans de sûreté,
19:00c'est-à-dire qu'il est impossible de formuler une demande de libération conditionnelle avant 22 ans.
19:04C'est le maximum qui existe dans le code pénal.
19:06Ça donne une clé de compréhension de ce qu'ont retenu les jurés de tout cela.
19:09C'est que certes, comme l'a dit l'avocat général, il a un vécu traumatique,
19:14il a vécu quelque chose d'extrêmement douloureux, mais que ça ne l'excuse en rien
19:17et que, par ailleurs, il est dangereux puisqu'on a compris que sa rage pouvait s'exprimer un peu n
19:22'importe quand.
19:23Et l'avocat général a bien résumé ce sentiment en expliquant que pour lui,
19:27certes, il y avait cette dimension traumatique, mais qu'être victime ne conditionne pas à devenir criminel.
19:31Et voilà, il a aussi parlé du temps, de la clémence qui était terminée.
19:34Donc là, les jurés ont tranché clair et net et lui ont donné le maximum possible.
19:39Pascal Aigret, selon vous, il n'a pas réussi à convaincre qu'il était victime de son passé ?
19:44Le verdict montre qu'en tout cas, les jurés n'ont pas du tout été convaincus
19:48que Jean-Baptiste Rambla était victime de son passé.
19:51Après, il reste une frustration, j'allais dire presque intellectuelle,
19:54qui est cette question de est-ce que le crime se perpétue ?
19:59Est-ce qu'on peut avoir reçu en quelque sorte en héritage le poids de la guillotine
20:04ou la question de ce débat sur la peine de mort ?
20:08Est-ce que Jean-Baptiste Rambla tue pour qu'on continue à parler de lui ?
20:11Qu'on continue à médiatiser ce dossier ?
20:13Parce que finalement, il ne peut pas se passer de ce ressassement permanent du meurtre de sa petite sœur.
20:18Ce sont autant de questions dont on n'a pas les réponses.
20:35Merci à Louise Colcombet et Pascal Aigré.
20:38Code Source est le podcast d'actualité du Parisien.
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20:44Cet épisode a été produit par Ambre Rosala, Raphaël Pueyo et Nathan Châtelain
20:49à la réalisation Julien Moncouquiole.
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