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Victime d’une erreur judiciaire ou tueur machiavélique ? Libre depuis 2 ans, l’ancien mari d’Evelyne Laborde continue d’affirmer qu’il n’a pas voulu tuer sa femme et a formulé plusieurs demandes de procès en révision. Pascale Egré, journaliste au service police-justice du Parisien qui a rencontré Bruno Joushomme, revient sur cette affaire dans Code source.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#crime #innocent

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le dimanche 29 janvier, le Parisien a publié une interview exclusive de Bruno Joussomme.
00:17En 1998, cet homme a été condamné à la perpétuité pour le meurtre de sa femme,
00:22Evelyne, une riche héritière, 39 ans plus âgée que lui, avec qui il venait de se marier.
00:28Bruno Joussomme continue de clamer son innocence, comme il le fait depuis le début.
00:32Il est libre depuis 2020 et avec son avocat, il va déposer prochainement une troisième demande de révision de son
00:39procès,
00:40les deux premières ayant échoué.
00:42Codesource revient sur cette affaire aujourd'hui avec Pascale Aigret, journaliste au service police-justice du Parisien.
00:48C'est elle qui a interviewé Bruno Joussomme.
00:57Pascal Aigret, vous avez rencontré Bruno Joussomme à trois reprises au mois de décembre et janvier, il a 60 ans.
01:03À quoi est-ce qu'il ressemble physiquement pour qu'on puisse se l'imaginer ?
01:06C'est un homme qui n'est pas très grand, qui a une démarche calme, qui a un regard assez
01:14profond avec des yeux bleus et il a aussi des cicatrices sur le crâne.
01:20Il est devenu chauve et il m'expliquera par la suite que ces cicatrices sont dues à des crises d
01:25'épilepsie en détention.
01:27Après, c'est un homme courtois qui s'était, pour ses rendez-vous, habillé de façon très chic.
01:33Il avait mis un costume avec une cravate et une pochette assortie.
01:36Comment est-ce qu'il s'exprime ?
01:38Il s'exprime de façon réfléchie, avec un langage châtié, de façon aussi un peu alambiquée parfois et désordonnée.
01:47On sent qu'il y a beaucoup de choses qui l'habitent dans sa tête.
01:50Il y a beaucoup de choses qui se percutent, beaucoup de souvenirs, beaucoup de sensations.
01:53Il cherche à être le plus clair possible, mais parfois, il s'y perd.
01:57En résumé, cet homme est soit un assassin machiavélique, soit un innocent condamné à tort à la perpétuité.
02:04Oui, c'est ça. Pour la justice, il est un assassin puisqu'il a été condamné à perpétuité pour avoir
02:10prémédité le meurtre de son épouse.
02:13Et machiavélique, pourquoi ? Parce que c'est pour un mobile pas très reluisant qui était de s'accaparer la
02:18fortune de sa femme.
02:20Pour tous ceux qui le soutiennent, d'abord ses proches qui sont décédés maintenant, ses parents et son frère,
02:26comme pour tous ceux qui l'ont soutenu par la suite, il est, à l'inverse, la victime d'une
02:31erreur judiciaire.
02:32Pascal Aigré, avant de revenir sur l'interview de Bruno Joussomme que vous avez menée,
02:37vous allez nous résumer aujourd'hui cette affaire.
02:39Tout commence en 1984.
02:42Bruno Joussomme a alors 22 ans.
02:44À ce moment-là, qui est-il ?
02:46Bruno Joussomme, c'est un fils de la bourgeoisie, en fait.
02:49Il a un père ingénieur, une mère au foyer, un frère aîné qui fait des études de médecine.
02:53Lui, c'est le dernier et le second de la fratrie.
02:56Il n'a pas envie de suivre une voie classique.
02:59Il a passé le concours d'entrée à Sciences Po, mais il ne veut pas aller à Sciences Po.
03:02Il a décidé de faire de la philosophie.
03:05Et au moment où cette affaire démarre, il est étudiant en philo à la fac de Tolbiac, à Paris.
03:10Et juste avant, l'été d'avant, il est parti en Palestine et au Liban pour faire de l'humanitaire.
03:14En septembre 1984, Bruno Joussomme passe plusieurs jours en Bretagne chez une amie et cousine de sa mère,
03:21une certaine Evelyne Laborde, qui a 60 ans.
03:25Qui est-elle ?
03:25Evelyne, c'est une femme qui n'a pas eu d'enfant.
03:29Elle est célibataire, elle est infirmière, elle est presque en retraite.
03:33C'est une femme issue d'une famille qui a du patrimoine,
03:36qui est décrite par tout le monde comme étant un peu trop portée sur la bouteille,
03:41mais généreuse, drôle, très investie,
03:45puisqu'elle va soigner des toxicomanes et des migrants dans les quartiers difficiles de Paris.
03:50Le contact passe bien entre Bruno Joussomme et Evelyne Laborde.
03:54Oui, parce qu'Evelyne Laborde est une femme gai, généreuse.
03:57Elle a son franc-parler, elle aime bien picoler.
04:01C'est une bonne vivante.
04:03Et puis avec Bruno, sur tout ce qui les rapproche,
04:06c'est sans doute un idéal commun, des valeurs communes
04:10et une indignation par rapport à la situation en Éthiopie.
04:15Et ils vont se voir de plus en plus souvent.
04:18Alors si ce n'est peut-être pas une liaison au sens charnel, classique du terme,
04:22en tout cas c'est vraiment une relation qui devient de plus en plus forte et quotidienne.
04:27Sur le papier, vu de l'extérieur en tout cas, c'est un couple improbable.
04:31Oui, un couple improbable, du fait bien sûr de la différence d'âge,
04:34mais aussi du fait de la différence physique.
04:38Lui, il a 22-23 ans, il est blond, séducteur, charmant, sémillant.
04:44Et elle, c'est une femme pas très grande,
04:48plutôt corpulente, voire décrite par certains comme forte.
04:51Non seulement il y a le préjugé sur l'âge,
04:53mais physiquement, on peut tout de suite se dire qu'ils ne sont pas très assortis.
04:58Ils se marient.
04:59Quatre mois plus tard, le vendredi 7 décembre 1984,
05:03dans la mairie du 12e arrondissement de Paris,
05:06ce mariage de Bruno avec cette femme, 39 ans plus âgée que lui,
05:10passe mal dans les deux familles.
05:12Ça passe mal dans les deux familles,
05:13déjà parce que la différence d'âge,
05:16d'autant plus dans le sens d'une femme plus âgée et d'un jeune homme,
05:20déjà choque, sans doute encore plus à l'époque que maintenant,
05:23au point qu'en fait, ils vont se retrouver à se marier à la sauvette.
05:27Je pense que c'est aussi la rapidité de leur projet.
05:30Ça surprend tout le monde, évidemment,
05:32à tel point qu'il est obligé presque de supplier son frère
05:34de lui servir de témoin de mariage
05:36et que l'autre témoin, ce sera la dame de compagnie d'Evelyne Laborde
05:41et qu'ils oublient les alliances.
05:43Ils n'ont pas d'alliance.
05:44Donc en fait, ils se marient presque tout seuls.
05:46Ils sont quatre à la mairie du 12e arrondissement de Paris.
05:49Avant et après le mariage, Bruno Joussomme continue à voir une maîtresse,
05:54une certaine Sophie,
05:55mais avec sa femme Evelyne, l'ancienne infirmière,
05:57il élabore un projet fou.
05:59Alors ce projet serait né dès le séjour en Bretagne
06:03et puis aurait pris de plus en plus d'ampleur,
06:05mais ils n'en parlent pas à grand monde.
06:07Ils ont en fait l'envie de créer un dispensaire
06:10et d'aller chercher des enfants en Éthiopie,
06:13une douzaine d'enfants, de les installer là,
06:15de les sauver de la famine en fait.
06:18Le jeudi 28 février 1985,
06:21Bruno Joussomme et son épouse Evelyne
06:23vont en voiture, en deux chevaux,
06:24le fameux modèle de Citroën,
06:26acheter une autre voiture,
06:27mais ils ne verront jamais le vendeur.
06:30Dans la forêt de Chaville,
06:32dans les Hauts-de-Seine,
06:32leur deux chevaux est vu par des témoins
06:34sur le bord de la route en feu.
06:36Oui, il fait nuit, il est aux alentours de 20 heures,
06:39donc on est dans la forêt de Meudon,
06:41c'est très sombre,
06:42et un témoin, un anonyme,
06:44alerte les pompiers,
06:45il a vu des flammes dans la forêt.
06:48Le tout premier en fait à arriver sur les lieux,
06:51c'est un automobiliste qui s'arrête
06:53et qui voit dans un virage un jeune homme
06:55qui lui barre la route,
06:56ce jeune homme c'est Bruno Joussomme.
06:58Il aperçoit, le témoin aussi,
07:00une forme dans la voiture,
07:01malheureusement les flammes sont déjà trop hautes,
07:03il plaque Bruno Joussomme au sol,
07:06pour l'empêcher de se précipiter vers la voiture,
07:08parce que dans la voiture,
07:10cette forme c'est Evelyne Laborde
07:12qui va périr carbonisée.
07:17Une première enquête, rapide,
07:18confirme la thèse de l'accident.
07:20En résumé, la deux chevaux aurait fait une sortie de route,
07:22percuté une souche d'arbre et pris feu.
07:24Il n'y a pas d'investigation poussée à ce moment-là.
07:27Mais la famille d'Evelyne Joussomme,
07:29née Evelyne Laborde,
07:30apprend qu'elle a fait de Bruno son unique héritier
07:33quelques semaines avant le drame,
07:35au mois de janvier.
07:36Oui, la famille d'Evelyne Laborde
07:38croyait qu'il y avait un contrat de séparation de biens,
07:42ce qui était le cas.
07:43Et en fait, ils apprennent,
07:44après la mort d'Evelyne,
07:46de la bouche même de Bruno Joussomme,
07:47qu'en fait,
07:48ils se sont fait une donation au dernier vivant,
07:50très peu de temps avant,
07:52début janvier 1985,
07:54chez le notaire.
07:55Et quand la famille d'Evelyne Laborde découvre cette donation au dernier vivant,
07:59ils ont tout de suite trouvé ça très suspect.
08:02En fait, ça les déshérite.
08:03Ils n'acceptent pas non plus cette situation.
08:06Et le frère aîné d'Evelyne Laborde,
08:08qui est avocat,
08:09va peser de tout son entre-jean
08:11pour que la justice ouvre une enquête criminelle.
08:13Quelques mois plus tard,
08:14un jour de septembre 1985,
08:16Bruno Joussomme est arrêté,
08:18inculpé d'assassinat et écroué.
08:20Mais après 14 mois de détention provisoire,
08:23il est libéré,
08:24en attendant le résultat des investigations.
08:26Mais l'instruction va durer des années,
08:29plus de 10 ans,
08:30le temps pour Bruno Joussomme de construire une nouvelle vie.
08:33Oui, c'est une drôle de nouvelle vie,
08:35puisqu'elle se déroule quand même avec cette épée de Damoclès.
08:38Il y a un contrôle judiciaire.
08:39Mais Bruno rencontre une autre étudiante en philosophie,
08:43il tombe amoureux,
08:45il va l'épouser.
08:47Elle-même s'investit beaucoup dans ce dossier,
08:50dans cette défense,
08:50ils espèrent un non-lieu.
08:52Et tellement qu'ils se disent,
08:54puisque ça peut bien se terminer tout ça,
08:58on va faire un enfant.
08:59Donc un petit garçon naît en 1994.
09:0213 ans après les faits,
09:03le lundi 16 novembre 1998,
09:06le procès de Bruno Joussomme,
09:08désormais 35 ans,
09:09s'ouvre devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine à Nanterre.
09:11Il va durer une semaine.
09:13Pascal Aigré,
09:14vous vous êtes plongé dans les archives de l'époque,
09:16grâce au service documentation du Parisien.
09:18À ce moment-là,
09:18les journalistes qui annoncent le procès
09:20semblent convaincus de la culpabilité de Bruno Joussomme.
09:24Que disent les articles annonçant le procès ?
09:26Le titre du premier papier qui présente l'affaire fait toute place à l'accusation.
09:32C'est « Un faux accident pour maquiller le meurtre de sa riche épouse ».
09:36Donc on est vraiment sur la version du crime.
09:39Le papier met aussi en avant le mobile de l'héritage.
09:42Et puis aussi, quand même, le fait que l'intéressé,
09:45Bruno Joussomme, est jugé très très tardivement,
09:47qu'il clame son innocence depuis toujours.
09:49Ça apparaît quand même en disant,
09:51finalement, le procès va devoir trancher entre ces deux versions.
09:53Pendant ce procès, deux experts automobiles mettent en doute la thèse de l'accident.
09:58Notamment un certain Michel Nibaudot,
10:00qui vient de travailler l'année précédente sur l'accident
10:03dont a été victime Lady Diana à Paris.
10:05Ces experts et le rapport d'expertise
10:07viennent expliquer que le seul choc n'a pas pu provoquer l'incendie.
10:11En fait, pendant l'instruction,
10:12il y a eu une foule d'experts qui se sont penchés sur ces deux chevaux.
10:15Mais seuls les premiers experts
10:16disposaient de la carcasse calcinée
10:19qui a fini par être détruite
10:21sans que personne ne le sache,
10:22qui n'a pas été placée sous scellée.
10:24Donc ces experts,
10:26Nibaudot et l'autre,
10:28ont réalisé leur travail à partir du dossier,
10:30à partir des constats et de photos,
10:32et aussi à partir d'une reconstitution
10:35où ils ont déversé
10:3610 litres d'essence
10:38dans l'habitacle
10:39et où ils ont allumé le feu avec une grande perche.
10:43Cette expertise,
10:44elle est très à charge
10:46puisqu'elle conclut que l'incendie de la deux chevaux
10:48ne pouvait être qu'un acte volontaire.
10:50Pendant le procès,
10:51plusieurs personnes,
10:52y compris des proches de Bruno Jusson,
10:54le chargent dans leurs témoignages,
10:56y compris son ancienne maîtresse,
10:58Sophie,
10:58ou encore son ancienne compagne
11:00avec qui il a eu un fils,
11:01mais dont il est maintenant séparé.
11:02Alors les témoignages se succèdent.
11:04En effet,
11:05il y a son ancienne maîtresse
11:06qui vient expliquer
11:07que jamais Bruno ne lui a parlé
11:09de l'âge d'Evelyne Laborde.
11:11Jamais non plus
11:12il ne lui a dit
11:13qu'elle était décédée dans cet accident.
11:16Mais je crois que l'effet le plus ravageur
11:18quand on lit les comptes rendus de l'époque,
11:19c'est celui qui est provoqué
11:20par le témoignage de sa deuxième épouse.
11:22En fait,
11:22leur couple s'est délité.
11:24Elle veut obtenir la garde de leur fils.
11:27Pour ça,
11:27elle est apparemment prête à tout
11:29parce qu'à l'insu,
11:31évidemment,
11:31de Bruno Jusson,
11:32mais aussi des avocats de Bruno Jusson,
11:33elle a contacté
11:34les autorités judiciaires avant.
11:36Elle a même écrit une lettre
11:37au président de la cour d'assises
11:39dans laquelle elle décrit
11:41Bruno Jusson
11:42comme un être pervers,
11:44manipulateur
11:44et qui lui aurait,
11:46sur l'oreiller,
11:47avoué avoir assassiné
11:49Evelyne Laborde.
11:51Donc imaginez
11:52l'effet que ça peut avoir
11:53sur des jurés de cour d'assises.
11:55C'est accablant.
11:56Si on résume,
11:57que disent les avocats
11:58de Bruno Jusson
11:58pour sa défense ?
11:59À l'époque,
12:00Bruno Jusson
12:00a pour avocat
12:01de très bons pénalistes,
12:03maître Philippe Lemaire
12:04et maître Emmanuel Kneuzet.
12:06Ils décrivent
12:07Bruno Jusson
12:08comme un homme perdu,
12:09la tête dans les nuages
12:11et surtout incapable
12:12de défendre son innocence.
12:14Ce que tout le monde voit,
12:15il est abattu dans le box,
12:17il apparaît complètement atterré
12:19par ce qu'il entend
12:20et absent.
12:22Et ses avocats plaident
12:23l'absence de preuves
12:24matérielles formelles,
12:26la fragilité d'une expertise
12:27qui a été faite
12:28sans la principale pièce
12:29à conviction,
12:30à savoir la deux chevaux.
12:31Le fait aussi
12:32qu'on ait laissé
12:33Bruno Jusson
12:33libre pendant 13 ans,
12:35y compris avec
12:36l'autorisation de voyager,
12:38en termes de dangerosité,
12:40ça montre qu'on n'avait pas
12:42trop de doutes
12:42sur sa personnalité.
12:44Il plaide tout ça,
12:45c'est-à-dire qu'il plaide
12:46le doute
12:46qui doit normalement
12:47bénéficier à l'accusé.
12:48Après cinq jours d'audience,
12:50le vendredi,
12:51l'avocat général
12:51réclame une peine
12:52de 20 ans de réclusion.
12:55Quels sont les derniers mots
12:56de Bruno Jusson
12:57à la fin de son procès ?
12:58Les derniers mots
12:59de Bruno Jusson
12:59sont ceux
13:00qu'il a répétés
13:00devant chaque juge
13:01d'instruction
13:02pendant 13 ans.
13:05Il redit
13:05« Je suis innocent,
13:06je n'ai pas tué ma femme ».
13:11Les débats prennent fin
13:12à 16h20
13:13et un peu plus
13:13de deux heures plus tard,
13:14juste avant 18h30,
13:16le verdict
13:16du jury populaire
13:18est annoncé.
13:19Bruno Jusson
13:20est reconnu coupable
13:21et sa peine
13:22est supérieure
13:23aux réquisitions.
13:23Il est condamné
13:24à la perpétuité.
13:26Pascal Aigré,
13:27à cette période,
13:28une femme prénommée Edith
13:29est convaincue
13:30de l'innocence
13:31de Bruno Jusson.
13:32Elle a appris
13:32l'existence de cette affaire
13:33peu de temps avant le procès
13:35en rencontrant
13:35les parents de Bruno Jusson.
13:37Elle s'est passionnée
13:38pour le dossier
13:39et elle va voir
13:40Bruno Jusson
13:41en prison
13:41à Poissy
13:42dans les Yvelines.
13:43Elle a eu vent
13:44de cette affaire
13:44mais elle est surtout choquée
13:45quand elle apprend
13:46par la presse
13:46que Bruno Jusson
13:47a appris perpétuité
13:49et en allant revoir
13:51ses parents
13:52qui sont évidemment effondrés,
13:54elle décide
13:54d'aller le voir
13:54au parloir.
13:55Donc elle va à Poissy
13:56et au parloir,
13:59il parle beaucoup,
14:00beaucoup.
14:00Elle découvre
14:01un homme perdu
14:03et effondré
14:04avec des valeurs
14:05qui lui parlent.
14:06L'altruisme,
14:07une dimension chrétienne.
14:09Elle est là,
14:10la cinquantaine,
14:10elle est divorcée
14:11et elle a du temps.
14:13Elle va aller reprendre
14:14toutes les pièces
14:15de la procédure
14:17et elle se convainc
14:18que Bruno Jusson
14:19est innocent
14:20et victime
14:21d'une erreur judiciaire.
14:22Avec son dossier
14:22sous le bras,
14:23Edith va réussir
14:24à convaincre deux avocats
14:25de renom
14:26de la rejoindre
14:27dans son combat.
14:28Elle va voir
14:29des avocats
14:29du barreau de Paris
14:31qui sont connus,
14:33des pénalistes,
14:33maître Jean-Marc Florent
14:35et maître Philippe Meillac,
14:36connus pourquoi ?
14:37Pour avoir fait
14:53de la défense de Bruno Jusson.
14:55Au début des années 2000,
14:56Edith et les nouveaux avocats
14:58de Bruno Jusson
14:59parviennent à rallier
14:59à leur cause
15:00une plume célèbre,
15:01le romancier
15:02et académicien
15:03Jean-Marie Roir.
15:04Oui,
15:05elle va chercher
15:05Jean-Marie Roir
15:06qui a déjà soutenu
15:09la cause d'Omar Raddad,
15:10le jardinier marocain
15:12condamné
15:12pour le meurtre
15:13de sa patronne.
15:15Et Jean-Marie Roir
15:16va rallier la cause
15:17de Bruno Jusson.
15:19Du coup,
15:19Jean-Marie Roir
15:20entraîne dans son sillage
15:22tout son carnet d'adresse
15:23en quelque sorte.
15:24Pierre Berger,
15:25le PDG d'Yves Saint-Laurent
15:26mais aussi des écrivains,
15:28des députés.
15:29Donc il y a
15:29Philippe Solers,
15:30Michel Tournier,
15:31Julien Drey,
15:32près de 200 personnes
15:33dans ce comité de soutien.
15:35Ensemble,
15:35ils demandent à un nouvel expert
15:36de se pencher sur le dossier
15:38et ils organisent
15:39une reconstitution
15:40en juin 2005
15:41sur le lieu du drame
15:42à Chaville.
15:43Oui,
15:43l'idée de cette reconstitution
15:45où l'expert bien sûr
15:46est présent,
15:47où ils ont mis
15:47deux chevaux
15:48pour reconstituer la scène,
15:51c'est d'attirer surtout
15:52l'attention
15:53des médias
15:54et des autorités
15:55sur ce qui est pour eux
15:56une erreur judiciaire.
15:57Les avocats
15:58de Bruno Jusson
15:59déposent deux demandes
16:00de révision du procès
16:01en 2006 et 2007
16:02mais ces deux demandes
16:04sont refusées.
16:06Bruno Jusson
16:06est officiellement
16:07remis en liberté
16:08en 2020
16:08et en décembre 2022
16:10et au début
16:11de l'année 2023,
16:12Pascal Aigré,
16:12vous le rencontrez
16:13à trois reprises.
16:15D'abord,
16:15pourquoi et comment
16:16ces rencontres
16:17ont-elles été organisées ?
16:18En fait,
16:19j'ai été informée
16:20par son avocat,
16:22maître Philippe Meillac,
16:23qui est un avocat pénaliste
16:24que j'ai rencontré
16:27et connu
16:27dans le cadre
16:28de beaucoup
16:28d'autres dossiers
16:29de la remise
16:30en liberté
16:30de Bruno Jusson
16:31et il se trouve
16:32que c'est un dossier
16:32dont il m'a parlé
16:33à maintes reprises
16:34sur lequel il est
16:35extrêmement engagé
16:37et qu'il n'a jamais lâché.
16:38Donc en fait,
16:39la première rencontre,
16:40c'était vraiment
16:41pas forcément
16:42dans la perspective
16:42d'un article
16:43mais pour se rencontrer,
16:44pour discuter.
16:47Et finalement,
16:48vous décidez de faire
16:49une interview avec lui.
16:50Vous prenez le temps
16:51de l'écouter.
16:52Il clame toujours
16:53son innocence.
16:55D'abord,
16:55qu'est-ce qu'il dit
16:56de sa longue détention ?
16:57Il parle plutôt
16:57des liens justement
16:58qu'il a noués en détention
16:59avec certains surveillants.
17:02Il dit qu'il voyait
17:04l'aumônier presque
17:05une fois par semaine
17:06chez lui.
17:07Il parle de sa cellule
17:08parce qu'au bout de 20 ans,
17:09j'imagine que ça devient
17:10un peu sa maison.
17:12Moi,
17:13je lui ai demandé
17:13mais comment on fait
17:14quand on s'affirme
17:15innocent pour tenir
17:16aussi longtemps
17:17pour subir
17:17autant d'années de prison ?
17:19Il dit
17:20mais le problème justement,
17:21c'est que
17:22si on ne l'a pas laissé sortir
17:23pendant des années
17:24en liberté conditionnelle,
17:26c'est parce qu'il a refusé
17:27toujours
17:27de reconnaître
17:29le bien fondé
17:30de sa condamnation.
17:31Et dans le système carcéral,
17:33quelqu'un qui n'est pas
17:35entre guillemets
17:35passé aux aveux
17:36ou qui ne reconnaît pas
17:37que la peine
17:38qu'on lui a infligée
17:39est justifiée,
17:41met beaucoup plus de temps
17:42à sortir.
17:43Quel souvenir lui a laissé
17:44son procès en 1998 ?
17:46En fait, Bruno Joussaume
17:47parle de lui-même
17:48comme du sujet irréel
17:50de sa propre histoire.
17:51Et ça a été le cas
17:52pendant ce procès
17:53qui est arrivé
17:54donc si longtemps
17:55après les faits.
17:57Il se décrit
17:58comme un cadavre,
17:59comme un homme mort.
18:00Pourquoi ?
18:00Parce qu'il était
18:02terrassé par la perte
18:03de son couple
18:04et par aussi
18:05la perte
18:06des liens
18:07avec son fils.
18:08Ça, ça l'a rendu
18:10complètement absent
18:11comme spectateur
18:12à son propre procès.
18:13Quel est son principal argument
18:14pour essayer de convaincre
18:16aujourd'hui
18:16l'opinion publique
18:17qu'il est innocent ?
18:18Ce dont il parle beaucoup
18:20c'est de son sentiment
18:21d'avoir été piégé
18:22même si ce n'est pas
18:23le mot qu'il utilise
18:24par ce mobile en fait.
18:26Le portrait qu'on a
18:28dépeint de lui
18:28d'un chasseur d'héritage
18:30à 22 ans
18:30alors qu'il se définit
18:32aux antipodes de ça
18:33plutôt comme un jeune idéaliste
18:34un peu starbé.
18:35Il le dit comme ça.
18:36Il dit que dans la famille
18:38d'Evelyne Laborde
18:39les seules relations
18:40entre Evelyne
18:41et sa fratrie
18:42ses aînés
18:42c'était des questions
18:44d'héritage
18:45et qu'elle
18:45elle était très rebelle
18:47par rapport à ça
18:47elle n'était pas
18:48dans le moule
18:49donc pour elle
18:50cette donation
18:50c'était comme un pied de nez
18:52donc il n'a pas compris
18:53à l'époque
18:54à quel point
18:55cette ambiance familiale
18:56pouvait lui nuire ensuite.
18:59Il ajoute
19:00dans l'interview
19:00qu'il vous a accordé
19:01qu'il a le sentiment
19:02d'avoir été en fait
19:03utilisé par Evelyne
19:04pour déshériter ses frères
19:06Pascal Aigré
19:08après ses trois rencontres
19:09avec lui
19:09est-ce que vous pensez
19:11que Bruno Joussomme
19:12peut potentiellement
19:13être innocent ?
19:15Oui clairement
19:15je pense qu'il peut être innocent
19:16il n'y a pas seulement
19:17les rencontres
19:18il y a aussi
19:18j'allais dire
19:19j'ai fait tout un travail
19:20d'archives
19:21j'ai pu avoir accès
19:22à pas mal de pièces
19:23du dossier
19:25je sais aussi
19:26pour couvrir
19:27les affaires judiciaires
19:28depuis pas mal d'années
19:29que la justice
19:30peut se tromper
19:31et qu'elle a
19:32très souvent
19:33beaucoup de mal à le reconnaître
19:34Dernière question
19:35Pascal Aigré
19:35la femme prénommée
19:36Edith
19:37qui avait monté
19:38son comité de soutien
19:39et qui voulait à l'époque
19:40se marier
19:41avec Bruno Joussomme
19:42est-ce qu'on sait
19:42ce qu'elle est devenue
19:43aujourd'hui ?
19:44Oui en fait
19:46Edith
19:46qui ne souhaite plus
19:47apparaître
19:48dans les médias
19:49a pris sa retraite
19:51elle est devenue
19:52grand-mère
19:52elle est toujours
19:53convaincue
19:54de l'innocence
19:55de Bruno Joussomme
19:56elle l'a revue
19:57ils ne se sont pas mariés
19:58mais ils ont gardé
19:59des liens amicaux
20:00je pense
20:01qu'elle continuera
20:02à le soutenir
20:04de façon discrète
20:12Merci Pascal Aigré
20:14Code Source
20:14est le podcast quotidien
20:16d'actualité du Parisien
20:17n'oubliez pas
20:18de vous abonner
20:18pour ne rater aucun épisode
20:19vous pouvez nous écrire
20:21codesource
20:22at leparisien.fr
20:23cet épisode de Code Source
20:25a été produit par
20:26Thibaut Lambert
20:26et Raphaël Pueyo
20:27réalisation
20:28Julien Moncouquiol
20:30si les faits divers
20:31vous intéressent
20:32n'hésitez pas
20:32à aller écouter
20:33le nouveau podcast
20:34du Parisien
20:35Crime Story
20:36chaque samedi
20:37Claudia Prolongeau
20:38vous raconte
20:38une grande affaire criminelle
20:39avec l'expertise
20:41de Damien Delseny
20:42le chef du service
20:43police-justice du Parisien
20:44Crime Story
20:45est disponible
20:46sur toutes les plateformes
20:49qui est disponible
20:49de Damien Delseny
20:49qui est en train de faire
20:49courte
20:49de Damien Delsen
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