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Cédric Jubillar est reconnu coupable du meurtre de son épouse. À l’issue de quatre semaines de procès, la cour d’assises du Tarn l’a condamné à 30 ans de prison. Le corps de Delphine Jubillar (née Aussaguel) n’a jamais été retrouvé. Code Source revient sur cette condamnation et les deux dernières semaines du procès avec Ronan Folgoas, journaliste du service police justice du Parisien, reporter à Albi au procès Jubillar et auteur d’un livre sur la disparition de Delphine. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert et Anaïs Godard - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France Inter.

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#cédricjubillar #podcats #codesource

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News
Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Cédric Jubilard a été condamné à 30 ans de prison, il va faire appel.
00:15Après 4 semaines de procès devant la cour d'assises du Tarn à Albi,
00:19il a été reconnu coupable le vendredi 17 octobre,
00:23coupable du meurtre de son épouse Delphine, née Delphine-Aussaguel.
00:26L'infirmière de nuit de 33 ans avait disparu de chez elle dans la nuit du 15 au 16 décembre
00:322020.
00:33Elle n'a jamais été retrouvée.
00:35Codesources vous raconte aujourd'hui les deux dernières semaines du procès avec Ronan Folgoas,
00:39journaliste au service police-justice du Parisien.
00:42Il couvre cette affaire depuis le début et il a rencontré tous les protagonistes du dossier,
00:47y compris Cédric Jubilard, avant son placement en détention provisoire en juin 2021.
00:59Ronan Folgoas, vous nous avez raconté dans un précédent code source les deux premières semaines du procès.
01:04On reprend donc ce récit le lundi 6 octobre.
01:07En résumé jusqu'ici, quelle a été la stratégie des avocats de la défense de Cédric Jubilard ?
01:12Une stratégie extrêmement offensive.
01:15Maître Emmanuel Franck et Maître Alexandre Martin ont tenté de diffuser l'idée
01:19que les gendarmes auraient mené une enquête exclusivement à charge,
01:24orientée sur Cédric Jubilard et seulement sur Cédric Jubilard,
01:29et puis après montrer que ce dossier ne tenait pas et qu'il était absolument vide de charge
01:36et que ces indices récoltés par les enquêteurs ne valaient rien.
01:43Le lundi 6 octobre, l'amant de Delphine, celui avec qui elle espérait refaire sa vie
01:48après avoir quitté Cédric Jubilard, vient témoigner à la barre.
01:51On avait surnommé cet homme l'amant de Montauban.
01:54Il se prénomme Donagent et il explique ce qu'il s'est passé juste avant le 15 décembre 2020.
02:00Il venait de dire à sa femme, Cathy, qu'il comptait partir vivre avec Delphine.
02:06Ronan, c'est une période où les deux amants voulaient clarifier les choses.
02:10C'est exactement ça.
02:12Tout devient clair et limpide du côté de Donagent.
02:16Sa compagne connaît l'existence de Delphine.
02:20Et Cathy va demander à Delphine d'attendre avant de lui prendre sa place,
02:26d'attendre au moins les fêtes de Noël.
02:28C'est un pacte d'une grande dignité qui se scelle très rapidement entre ces deux femmes.
02:36La défense de Cédric Jubilard va souffler l'idée que c'est presque trop beau pour être vrai,
02:42qu'il y a là peut-être une partie de dissimulation, voire de stratégie de la part de Cathy,
02:48qui aurait pu donc au bout du compte décider de s'en prendre à Delphine et de supprimer sa rivale.
02:54Cette théorie n'a pas du tout prospéré.
02:56Elle a été envisagée par les enquêteurs.
02:58Mais Cathy a passé la nuit du 15 au 16 décembre chez elle, à son domicile près de Montauban,
03:04à près de 80 kilomètres de Cagnac, avec Donagent, l'amant de Delphine.
03:09Et d'un mot, Donagent pense que Delphine a pu faire la même chose ce soir-là avec Cédric.
03:13Elle lui a peut-être annoncé qu'elle voulait le quitter ?
03:15C'est son intuition. Il n'a pas de certitude à ce sujet.
03:18Delphine, par exemple, avant de disparaître, ne lui a pas dit qu'elle allait parler à Cédric ou qu'elle
03:25l'avait fait.
03:27Mais oui, peut-être que Delphine s'est exprimée.
03:31Elle a peut-être lâché une phrase, rien qu'une phrase, à Cédric ce soir-là, ce 15 décembre au
03:37soir.
03:37Ce qui permet de le penser aussi, c'est cette phrase entendue par Louis, le fils aîné des Jubilards,
03:43qui explique avoir entendu son père, vers 23h, dire à sa mère, alors comme ça on va se séparer.
03:50Justement, Ronan Folgoas, le même jour, donc le 6 octobre, la gendarme qui a auditionné Louis, l'aîné des Jubilards,
03:56vient témoigner à l'audience.
03:58Elle a procédé à plusieurs auditions de l'enfant qui avait 6 ans au moment des faits.
04:02Et à un moment, il a pu décrire la dispute entre ses parents avec deux jouets.
04:07Oui, elle explique lui avoir donné une poupée Barbie et une poupée Ken,
04:14censée imager sa maman Delphine et son père Cédric.
04:18Et il va, comme ça, à l'aide de ces deux poupées, montrer que ses parents se sont pris par
04:24les épaules
04:25et se sont attrapés, comme ça, et l'un et l'autre par les épaules.
04:29Et c'était un moment saisissant, troublant, de voir aussi cet enfant participer à la manifestation de la vérité
04:38dans un contexte aussi tragique.
04:40Comment se défend Cédric Jubilard après le témoignage de la gendarme ?
04:43Alors Cédric Jubilard, c'est simple, lui, il dit que cette dispute n'a pas existé, en tout cas pas
04:48ce soir-là.
04:49Que lui, il était dans sa chambre, il dormait, et que, par définition, Louis se trompe.
04:55Et il va expliquer à l'audience, pour la première fois, il n'en a jamais parlé au cours de
05:01l'instruction,
05:01que cette dispute, oui, elle a pu exister, mais deux ou trois jours plus tôt.
05:04Il ne se souvient plus très bien, c'était en revenant du travail.
05:08Il n'est pas capable d'expliquer le motif de cette dispute, mais pour lui, voilà,
05:12elle doit exister, mais deux ou trois jours plus tôt.
05:16Le lendemain, au dixième jour de ce procès, un témoignage était très attendu.
05:20Ronan Folgoas, celui du voisin d'en face des Jubilards,
05:23il affirme que le matin de la disparition, la Peugeot 207 de Delphine n'était pas garée dans son sens
05:30habituel,
05:30qu'elle était garée capot vers le bas dans cette rue en Ponce, dans le sens opposé de la veille.
05:36Ça sous-entend que la voiture aurait été utilisée pendant la nuit.
05:40Pourquoi ce voisin est aussi formel ?
05:43Il a un souvenir très précis, parce qu'il va expliquer qu'en s'installant au poste de conducteur de
05:49son Renault utilitaire,
05:51donc légèrement surélevé par rapport aux voitures lambda,
05:55eh bien il va avoir un point de vue qu'il n'a pas habituellement sur cette Peugeot 207.
06:00Il va observer les sièges auto.
06:02Ça le perturbe sur le moment, parce qu'il dit, oui, habituellement, je ne la vois pas comme ça, cette
06:06voiture.
06:07Cette voiture ne se stationne jamais dans ce sens-là.
06:10C'est en tout cas ce qu'il vient expliquer à la barre de la Cour d'Assise.
06:13Il y avait aussi une histoire de distance avec la voiture de Delphine qu'il avait bien repérée la veille.
06:18Effectivement, il explique à la barre que non seulement cette voiture aurait changé de sens,
06:23mais qu'elle est collée près de son camion.
06:25Alors qu'il avait laissé la veille au soir, vers 20h45, en rentrant du travail,
06:30suffisamment d'espace pour pouvoir démarrer directement en marche avant et quitter sa place de stationnement.
06:36Là, il est obligé de manœuvrer, de reculer pour ensuite pouvoir se dégager.
06:41Et donc, ça lui fait dire que non seulement cette voiture a changé de sens,
06:44mais en plus, elle a bougé sur cette place de stationnement.
06:48Ronan, en cherchant à se défendre, Cédric Jubilard, à ce moment-là, se place dans la peau du meurtrier.
06:55Oui, il explique que si jamais il avait dû commettre le crime dont il est accusé,
07:01il n'aurait pas commis ce genre d'erreur.
07:04Et donc, c'est particulièrement troublant dans la bouche d'un innocent qu'il prétend être.
07:10Et ça trouble beaucoup le public et les observateurs sur le moment.
07:17Il y a un autre témoignage important, celui d'une voisine que connaissent très bien les Jubilards.
07:21Les enfants la surnomment Mamie Olga.
07:24Cette femme, Olga, a entendu Cédric Jubilard, le matin du 16 décembre 2020,
07:29dire quelque chose de tout à fait particulier.
07:32Elle va livrer une anecdote qui est datée du 16 décembre au matin.
07:37On est donc là quelques heures seulement après la disparition de Delphine.
07:41Elle va expliquer qu'elle voit, en étendant son linge, à deux mètres d'elle,
07:46parce que leurs terrains sont contigus, ils se touchent.
07:48Elle a une vue directe sur la maison.
07:49Et elle voit Cédric Jubilard, très pigné, visiblement très énervé,
07:55et qui tape du pied sur le sol en répétant, selon elle,
08:00« Je ne voulais pas ça. Je ne voulais pas ça. »
08:03Et avec une voix comme ça qu'elle est capable d'imiter,
08:06qui peut laisser à penser que Cédric Jubilard regrette éventuellement le geste qu'il a commis.
08:11Bon, ça, c'est une interprétation, évidemment, possible,
08:14puisque Olga n'est pas capable, dans son témoignage, de donner plus de détails.
08:19Elle a ce souvenir-là très présent.
08:21Et elle explique que dans un deuxième temps, toujours dans cette matinée,
08:25alors que les gendarmes sont venus chez les Jubilards,
08:27elle a proposé son aide, elle et son mari, à Cédric Jubilard.
08:32Et là, elle a essuyé une réaction très vive de Cédric Jubilard,
08:36qui aurait dit, à ce moment-là, « Mais moi, j'ai besoin de personne.
08:39Je n'ai pas besoin de vous. Je n'aurai jamais besoin de personne. »
08:43Une réaction qui peut être mise sous le coup du désespoir, du stress intense,
08:47mais qui peut aussi être interprétée différemment.
08:50Celle d'un homme plus seul que jamais, qui vient de perdre sa femme,
08:54qui sait qu'il ne la reverra plus.
08:56C'est une autre explication possible.
08:59Le jeudi 9 octobre, une ancienne petite amie de Cédric Jubilard,
09:03une femme qu'il a rencontrée en prison et avec qui il a eu une liaison amoureuse,
09:07témoigne en visioconférence.
09:09Ronan Folgoas, cette femme prénommée Jennifer,
09:12affirme que Cédric Jubilard lui a fait des aveux en prison en plusieurs fois.
09:17Qu'est-ce qu'elle raconte ?
09:18Elle explique qu'elle est allée au contact de Cédric Jubilard
09:20dans le cadre de Parloir à la prison de Seyss,
09:23donc à partir de novembre 2024 et jusqu'au mois de juin 2025.
09:28avec une interruption parce qu'ils vont être surpris pendant un acte sexuel
09:32qui n'est pas toléré par l'administration pénitentiaire.
09:35Donc ils vont être privés comme ça de contact physique
09:38pendant quand même quatre mois entre décembre et le mois de mars.
09:41Mais à la reprise des Parloirs, au mois d'avril,
09:44Cédric Jubilard, par petite touche, au fil de plusieurs Parloirs successifs,
09:49va lui faire des aveux.
09:51Cédric lui dit non mais ne viens pas au procès
09:53parce que tu vas entendre des choses horribles sur moi.
09:55Et là, Jennifer demande mais qu'est-ce que tu peux me dire ?
09:58C'est toi qui l'as fait ?
09:59Et là, Cédric va avouer, d'après le récit que fait Jennifer,
10:03va avouer les faits, va donner de nombreux détails
10:06sur l'étranglement qu'il aurait fait subir à Delphine
10:10en mimant le geste avec ce coude qui serre le coude Delphine
10:15et puis la main qui s'appuie sur le front de Delphine.
10:22Le vendredi 10 octobre, au 13e jour d'audience,
10:25les avocats des partis civils soumettent Cédric Jubilard
10:28à une série de questions.
10:30C'est un moment du procès qu'on appelle l'interrogatoire récapitulatif.
10:35Il lui demande notamment s'il reconnaît avoir été violent
10:37avec son fils Louis et avec son épouse Delphine.
10:40Alors, Cédric Jubilard est capable de s'attribuer
10:44les pires qualificatifs, ça ne lui pose aucun problème.
10:46Il est capable de dire qu'il est un vulgaire personnage,
10:49qu'il est un très mauvais père, ça ne lui pose pas de problème.
10:52Il est capable de le dire, il est capable de reconnaître
10:55que oui, il est violent, il a été violent avec son fils
10:58et qu'il a reproduit probablement ce qu'il a subi dans son enfance.
11:01Ça, il est capable de le faire.
11:03Et concernant Delphine, alors, il est capable de reconnaître
11:05cette forme de violence psychologique qui consistait à rabaisser son épouse,
11:10à l'insulter régulièrement.
11:13En revanche, il conteste dans un premier temps toute violence physique
11:15et puis, quand on va lui faire observer qu'attraper Delphine par les épaules
11:19et la secouer, c'est déjà une violence physique.
11:22Alors là, il dit, ah d'accord, si ça c'est une violence physique,
11:24bah d'accord, oui, j'ai commis une violence physique.
11:26Mais il conteste tout gifle, tout coup de poing, par exemple.
11:31Voilà comment il se défend.
11:34À ce moment-là, Cédric Jubilar est interrogé sur cette phrase lancée à sa mère, Nadine,
11:40et qu'elle a rapportée ensuite aux enquêteurs.
11:42Je cite,
11:42« Elle m'énerve, je vais la tuer, je vais l'enterrer,
11:46et personne ne la retrouvera. »
11:48Oui, cette phrase est datée de deux, trois semaines avant la disparition du Delphine.
11:54Et cette phrase qui va être confirmée à la barre de la cour d'assises par Nadine elle-même,
11:59elle est terrible, elle crée un effet dévastateur,
12:02parce que cette première partie de phrase peut, à la limite,
12:07s'entendre quand elle est prononcée sous le coup de la colère.
12:10Mais là, Cédric Jubilar va beaucoup plus loin,
12:12parce qu'il envisage un enterrement de sa femme dans un lieu
12:15où personne ne la retrouvera.
12:17Et cinq ans plus tard, précisément,
12:20personne n'a retrouvé Delphine Jubilar.
12:22Donc cette phrase est extrêmement lourde.
12:25La dernière partie est contestée pendant ce procès par l'accusé,
12:29mais elle est confirmée par sa mère.
12:31Donc ça crée un effet assez dévastateur pour cet acte Jubilar.
12:35Et au cours de l'audience, la mère de Cédric Jubilar avait expliqué par ailleurs
12:39pourquoi son fils avait très peur de perdre sa maison
12:42avec le divorce qui se profilait.
12:45Cette maison de Cagnac Lémin, cette maison sans crépit,
12:49avec un jardin qui ressemble à un dépotoir,
12:51et des finitions qu'il laisse vraiment à désirer,
12:55eh bien cette maison est très importante aux yeux de Cédric Jubilar.
12:59Lui qui a été balotté de famille en foyer d'accueil,
13:01qui a finalement eu une adolescence sans domicile fixe,
13:04il avait trouvé dans cette maison de Cagnac Lémin quelque chose de fondateur.
13:08Et elle va dire, Nadine Jubilar, que cette maison, c'était son statut familial,
13:15son statut social et son statut d'homme.
13:19Voilà comment elle définit l'importance de cette maison pour son fils.
13:23Le lundi 13 octobre, c'est la deuxième partie de l'interrogatoire récapitulatif.
13:27Et au cœur des débats, il y a cette question.
13:30Delphine a-t-elle pu sortir de chez elle ce soir-là ?
13:33Pendant l'enquête, Cédric Jubilar a toujours expliqué que Delphine avait sorti les chiens le soir du 15.
13:39Problème, tous les témoins affirment que c'était Cédric qu'il voyait passer chaque soir qu'il s'occupait des
13:44chiens.
13:45Ronan Folgoas, c'est un point capital pour sa défense,
13:48puisqu'il dit que Delphine est partie d'elle-même ce soir-là,
13:51ou a été enlevée justement en sortant les chiens.
13:54Il donne le sentiment d'un homme qui cherche à contourner l'idée que,
13:59bah non, ce soir-là, en fait, Delphine, elle est restée chez elle.
14:02Et elle n'avait aucune raison de ressortir.
14:04Et au contraire, diffuser l'idée qu'elle était peut-être ressortie de chez elle,
14:09par exemple pour aller promener les chiens.
14:10Et c'est la raison pour laquelle, au procès, pour la première fois,
14:14il va, dans une improvisation assez troublante,
14:18dire qu'il avait donné la consigne à sa femme,
14:22donné la consigne de ressortir les chiens,
14:24alors que lui-même venait de les sortir pendant trois quarts d'heure,
14:27entre 21h30 et 22h15.
14:29Donc c'était un argument quasi absurde qu'il a essayé de donner
14:33et qui se retourne immédiatement contre lui.
14:36On le rappelle, les papiers d'identité,
14:38la carte bleue de Delphine ont été retrouvées à la maison,
14:42tout comme ses lunettes cassées.
14:44Son portable, lui, n'a jamais été retrouvé,
14:47mais il a toujours borné à proximité de la maison.
14:50Il a été déverrouillé plusieurs fois pendant la nuit,
14:54la dernière fois, le 16 décembre au matin, à 6h52.
14:59Ronan, il y a aussi une expertise cynophile,
15:01donc avec un chien,
15:02qui semble exclure un départ à pied de Delphine Jubilard.
15:06C'est ce chien-pisteur qui a été mobilisé dans les premières heures
15:09de la disparition de Delphine
15:11et qui va détecter en fait une boucle,
15:14une boucle pédestre,
15:16puisque vu le chemin emprunté,
15:17Delphine ne pouvait circuler visiblement qu'à pied,
15:21qui dessine une boucle autour de sa maison,
15:23de Cagnac-Lémine.
15:24Elle serait donc partie de chez elle,
15:25puis revenue sans encombre,
15:27puisqu'elle est partie de chez elle et revenue.
15:30Et cette boucle, elle date de 24h avant la disparition.
15:33On ne sait pas quand précisément, mais 24h avant.
15:37Donc ça exclut l'hypothèse d'un départ de Delphine
15:40et puis d'un rôdeur qui serait venu s'en prendre à elle
15:43à 50, 100, 200 mètres de chez elle.
15:46C'est ce que l'expertise cynophile
15:48permet d'écarter comme scénario.
15:50Ronan Folgoas, dans une cour d'assises,
15:52par moment, des éléments sur la vie intime des accusés
15:54sont abordés.
15:55Et ce jour-là, Cédric Jubilard est interrogé
15:57sur sa consommation de vidéos pornographiques.
16:00Il en consomme chaque soir,
16:02dans les jours qui précèdent les événements.
16:04Et un avocat lui demande pourquoi
16:05il n'en a pas regardé le soir de la disparition,
16:08le 15 décembre.
16:09Il a une explication d'une désinvolture
16:13assez troublante,
16:14parce qu'il dit,
16:15ce soir-là, je n'en avais pas envie.
16:17Ce soir-là, j'étais fatigué,
16:18j'avais travaillé toute la journée,
16:20j'avais posé du parquet flottant.
16:22Et il a cette formule, il dit,
16:23le parquet, ça m'a claqué.
16:25Évidemment, l'autre interprétation,
16:26c'est qu'il a la tête à autre chose,
16:28qu'il s'est passé peut-être quelque chose
16:30de très grave et qu'il est impliqué
16:33dans le meurtre de sa femme.
16:34Et que, oui, dans ce contexte-là,
16:35il n'a pas eu la possibilité
16:37ou l'envie, là, pour le coup,
16:39de regarder du porno.
16:40Et puis, on lui fait observer aussi
16:42qu'il reprend ses habitudes
16:43dès le lendemain,
16:45alors qu'il vient de passer
16:45une journée complète,
16:47entamée, selon lui, vers 3h45,
16:50dans un contexte stressant qu'on imagine.
16:52Sa femme a disparu,
16:53il a été entendu par les gendarmes,
16:55il a été examiné par le légiste.
16:57Et là, il reprend cette habitude
16:59de consommer du porno
17:00et il va expliquer,
17:02très tranquillement d'ailleurs,
17:03que, bah non,
17:04cette journée n'était pas
17:06si fatigante que ça.
17:08Que, oui, c'est une journée dense,
17:09ça, il le reconnaît,
17:10mais qu'elle n'était pas aussi fatigante
17:11qu'on veut bien le croire.
17:12Ronan Folgoas,
17:13la fin de cette journée d'audience
17:14est marquée par la lecture
17:16qui peut sembler désastreuse
17:17pour l'image de l'accusé,
17:19lecture d'une lettre de son fils,
17:21Louis,
17:22qui raconte d'abord
17:23les violences que son père
17:25lui a fait subir.
17:25C'est l'avocate Malika Schmani
17:27qui représente la défense
17:29des intérêts des enfants jubilards,
17:32pas l'intermédiaire
17:32d'une administratrice.
17:34Donc, elle lit cette lettre
17:35qui a été écrite par Louis
17:37dans le courant du week-end,
17:39parce qu'il est animé
17:40par une grande colère
17:41à l'égard de son père.
17:42Il pense que c'est son père
17:43qui a commis l'acte
17:44dont il est accusé.
17:45Et il explique
17:46les violences subies
17:48qu'il n'avait pas encore
17:49forcément exprimées.
17:50Il explique, par exemple,
17:51que son père l'a frappé
17:52tellement fort une fois
17:54qu'il a heurté la table du salon
17:56et qu'il en a perdu une dent.
17:59Dans cette lettre,
18:00Louis donne aussi des détails
18:01sur le soir du 15 décembre,
18:03cette dispute qu'il a donc décrite.
18:05Et il explique
18:06que sa mère portait des lunettes,
18:09selon lui,
18:09élément important
18:10puisque les lunettes cassées
18:12de Delphine Jubilard
18:13ont été retrouvées
18:14dans la maison.
18:15Louis précise aussi
18:16que Cédric Jubilard
18:17ne s'est pas occupé de lui
18:19ni de sa petite sœur
18:21après la disparition
18:22de leur maman.
18:22Oui, il explique
18:23qu'ils sont partis vivre
18:25chez sa mamie
18:25et son papi à Carmeaux,
18:27donc une dizaine
18:28de kilomètres de Cagnac,
18:29et que dans ces jours
18:30et semaines
18:30qui suivent la disparition
18:32de sa maman,
18:32alors que
18:32on peut l'imaginer
18:34accablé par le chagrin
18:35et puis des interrogations
18:36très lourdes,
18:37et bien que dans ces moments-là,
18:39son père ne s'est pas occupé
18:40de lui.
18:41Il dit
18:42qu'il ne s'est pas occupé
18:43de moi
18:43ni de ma petite sœur
18:45et c'était très dur.
18:46Dans son box,
18:47comment réagit
18:48Cédric Jubilard ?
18:49Il ne s'effondre pas,
18:50il ne pleure pas,
18:52il marque le coup
18:53peut-être quand même.
18:54Vous savez,
18:55nous dans la cour d'assises,
18:56on ne peut pas
18:56comme ça observer
18:57de très près
18:58l'expression du visage
19:00de l'accusé,
19:00on l'entend
19:01et puis on voit son corps
19:02bouger,
19:02mais au fond de lui,
19:04je ne sais pas moi
19:04ce qu'il s'est passé.
19:05En revanche,
19:06il va se lever
19:07et puis dire
19:07non,
19:07je n'ai rien à dire,
19:09je trouve ça triste.
19:10Voilà ce qu'il dit,
19:11je trouve ça triste.
19:14Le mardi 14 octobre
19:16marque le début
19:17des plaidoiries.
19:18L'avocate
19:18d'une amie
19:19de Delphine Jubilard,
19:20née au Saguel,
19:21insiste sur un point,
19:23l'absence de corps
19:24ne doit pas forcément
19:25profiter à l'accusé.
19:26Pauline Rongier,
19:28selon elle,
19:28l'absence de corps
19:30n'est pas une preuve
19:32en moins,
19:32mais une sauvagerie
19:34en plus.
19:34C'est sa formule.
19:35Elle veut expliquer
19:38à travers ses mots
19:39que l'absence de corps
19:41ne doit pas être analysée
19:42comme un élément
19:43à décharge
19:44pour l'accuser,
19:45mais au contraire
19:46comme le signe
19:47d'une stratégie
19:47de dissimulation
19:48extrême
19:49et comme une souffrance
19:51en plus
19:52infligée à la famille
19:53de Delphine.
19:54Le mercredi 15,
19:55l'avocat chargé
19:56de la défense
19:56des intérêts
19:57des enfants Jubilard
19:59exhorte
19:59Cédric Jubilard
20:00à parler.
20:02Laurent Boguet
20:03finit sa plaidoirie
20:05en haussant le ton
20:06dans le micro
20:07et en s'adressant
20:08aussi vers le box
20:09des accusés,
20:10vers Cédric Jubilard.
20:11Il lui dit
20:12« Rendez-leur Delphine,
20:14rendez-leur Delphine ».
20:16Et il veut exprimer là
20:17aussi
20:18toute la souffrance
20:20vécue
20:20depuis plus de 4 ans
20:22et demi
20:22par les enfants Jubilard
20:24qui non seulement
20:25sont privés
20:25de leur mère
20:26mais qui sont aussi
20:27privés d'un lieu,
20:28d'une sépulture
20:29devant laquelle
20:30il pourrait se recueillir.
20:31Et il essaie
20:32à sa manière
20:33de provoquer
20:34peut-être
20:35un petit électrochoc
20:37dans l'esprit
20:38de Cédric Jubilard
20:39qui, selon lui,
20:41détient seul
20:43le secret
20:43de la localisation
20:44du corps de sa femme.
20:46Le soir,
20:47l'avocat général
20:47demande une peine
20:48de 30 ans
20:49de réclusion
20:50contre Cédric Jubilard.
20:52Ronan Folgoas,
20:53comment résumer
20:54ce réquisitoire ?
20:55Pierre Aurignac,
20:56l'avocat général,
20:58tente dans son réquisitoire
20:59de partir
21:00d'une hypothèse
21:01de départ
21:01qui est l'innocence
21:03de Cédric Jubilard.
21:05Et partant de là,
21:05il va cheminer
21:07pour démontrer
21:08par l'absurde
21:09que Cédric Jubilard
21:11ne peut pas
21:11être innocent
21:13du meurtre
21:14dont il était accusé,
21:15qu'il y a
21:16une série de mensonges,
21:17de contradictions
21:18et puis aussi
21:19une évidence
21:19qui finit par s'imposer,
21:20c'est qu'il n'y a
21:21aucune raison
21:22de penser
21:23que Défin Jubilard
21:24a pu sortir vivante
21:25de sa maison
21:26cette nuit-là
21:27et que,
21:28eh bien,
21:28partant de là,
21:29s'il n'est pas sortie vivante
21:30de sa maison,
21:31c'est qu'elle a été tuée
21:33alors à l'intérieur
21:34ou à proximité,
21:35l'accusation l'ignore
21:37et c'est là
21:37qu'il y a aussi
21:37une imprécision,
21:39c'est-à-dire qu'il n'y a pas
21:39de lieu précisément
21:42nommé,
21:42on ne sait pas
21:43si c'est dans le salon,
21:44si c'est dans la cuisine,
21:45si c'est aux abords
21:46et à l'extérieur
21:47ou dans le jardin
21:48ou dans la voiture,
21:49il y a cette imprécision,
21:50cette lacune aussi
21:51qui existe
21:52dans l'accusation
21:52mais selon lui,
21:54eh bien,
21:55tout laisse à penser
21:55que Delphine Jubilard
21:56n'a jamais quitté
21:58volontairement
21:58sa maison vivante
22:00la nuit du 15 au 16 décembre 2020.
22:06Le jeudi 16 octobre,
22:07la parole est aux deux avocats
22:09de la Défense.
22:10La première à parler
22:11est l'avocate
22:12Emmanuelle Franck.
22:13Elle fustige en résumé
22:14une enquête à charge
22:15contre Cédric Jubilard
22:16et elle a des mots
22:17très durs.
22:18Une enquête à charge,
22:20un dossier vide,
22:22des indices inconsistants,
22:24elle va prendre
22:24un par un,
22:25en fait,
22:26les éléments
22:27qui pèsent
22:28contre Cédric Jubilard
22:30pour mieux les retourner,
22:32mieux les tordre,
22:33mieux les distordre
22:34aussi parfois
22:35pour, eh bien,
22:37prouver,
22:37démontrer,
22:38en tout cas,
22:39que cette accusation
22:40décidément
22:41est bien fragile
22:43et qu'en aucun cas
22:44les éléments
22:45sont réunis.
22:46pour démontrer
22:48la culpabilité
22:49de Cédric Jubilard.
22:50Elle fait son travail
22:51pendant trois heures et demie
22:53avec ses méthodes,
22:55avec son énergie,
22:56avec sa connaissance
22:57précise du dossier
22:58et c'est vrai
22:59qu'à ce moment-là,
23:01eh bien,
23:02les gens se regardent
23:03et se disent
23:03ben oui,
23:04c'est vrai quand même,
23:06il y a un doute,
23:07il y a un doute,
23:07c'est l'idée un peu
23:08qui se diffuse
23:08à ce moment-là.
23:11Que dit le deuxième avocat
23:13de Cédric Jubilard,
23:14maître Alexandre Martin ?
23:15Il cherche à l'humaniser.
23:17C'est vrai que Jubilard
23:18a échoué pendant quatre semaines
23:19à donner un peu
23:20de lui-même,
23:21à donner de l'émotion,
23:22du ressenti,
23:23peut-être des souvenirs
23:25qu'il aurait pu partager
23:26avec sa femme disparue.
23:27Il n'a rien donné,
23:28sinon des réponses évasives
23:31et puis parfois
23:32qui ressemblent aussi
23:33à des mensonges.
23:35Et donc là,
23:35Alexandre Martin
23:36essaie d'inverser la tendance
23:38en l'humanisant,
23:39en retraçant son parcours
23:40de vie,
23:41en expliquant que oui,
23:43certes,
23:43il a souffert
23:44pendant son enfance,
23:46que oui,
23:47certes,
23:47il a été un mari
23:48peut-être imparfait,
23:51un père
23:53parfois maltraitant,
23:54mais que pour autant,
23:56eh bien,
23:56un mauvais mari,
23:57un mauvais père
23:58ne fait pas forcément
23:59un criminel.
24:01Et Alexandre Martin,
24:02pour essayer
24:02de marquer les esprits
24:04des jurés,
24:04utilise une comparaison
24:06puisée dans l'univers
24:07du cinéma.
24:09Il explique aux jurés
24:10qu'ils ne doivent pas être
24:12les jurés
24:13du Festival de Cannes
24:14qui viendraient récompenser
24:16le prix du meilleur scénario.
24:18Quand la notion
24:19d'intime conviction
24:20prend tout son sens,
24:21aux assises du Tarn,
24:23Cédric Jubilard
24:23doit s'exprimer
24:24pour la dernière fois
24:25ce matin,
24:25avant que les jurés
24:26ne se retirent
24:27pour délibérer.
24:28Ronan Folgoas,
24:28au matin du vendredi 17 octobre,
24:30dernier jour du procès,
24:32la présidente
24:33de la cour d'assises
24:34du Tarn
24:34demande à l'accusé,
24:35Cédric Jubilard,
24:36s'il veut dire
24:37un dernier mot
24:38pour se défendre.
24:39Oui,
24:39Cédric Jubilard se lève
24:41et à cet instant,
24:42on attend éventuellement
24:45que l'accusé
24:45se livre enfin,
24:47qu'il explique
24:48ce qu'il agite
24:49au fond de lui,
24:50qu'il crie peut-être
24:51son innocence,
24:53qu'il ait un mot
24:53pour ses enfants,
24:54pour son épouse disparue,
24:55mais il s'en tient
24:56à quelques mots
24:57très simples.
24:58Il dit
24:59je tiendrai à dire
25:00que je n'ai fait
25:01absolument
25:01aucun mal à Delphine.
25:03Quelques mots
25:04qui tiennent en une phrase,
25:05il se rassoit
25:06et ensuite,
25:07la présidente déclare
25:09que l'audience
25:10est suspendue
25:11et que maintenant,
25:12les jurés
25:13vont se réunir
25:15pour délibérer
25:15et rendre un verdict
25:17dans quelques heures.
25:21Peu après 15h,
25:22la présidente de la cour
25:23d'assises du Tarn
25:24vient annoncer
25:25le verdict.
25:26Silence absolu
25:27dans la salle d'audience.
25:29Cédric Jubilard
25:30est reconnu coupable
25:31du meurtre
25:31de son épouse.
25:32Il est condamné
25:33à 30 ans de prison.
25:35Quelques minutes plus tard,
25:36devant le palais de justice,
25:37ses avocats annoncent
25:38qu'il va faire appel.
25:40Merci Ronan Folgoas.
25:42Cet épisode de Code Source
25:43a été produit par
25:44Anaïs Godard
25:45et Thibault Lambert,
25:46réalisé par
25:47Julien Moncouquiol.
25:48Code Source
25:49est le podcast quotidien
25:50d'actualité du Parisien
25:52et le Parisien en podcast
25:53c'est aussi
25:54Crime Story,
25:55chaque semaine
25:55une affaire criminelle
25:56racontée par
25:57Claudia Prolongeau
25:58et Damien Delsenis.
25:59Abonnez-vous !
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