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Le procès d’Eric Dupond-Moretti pour « prises illégales d’intérêts » a eu lieu du 6 au 16 novembre dernier. C’est la première fois qu’un ministre en exercice comparaît devant la justice. Récit.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France 2, France 3

#ericdupondmoretti #justice #ministre

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le ministre de la Justice, jugé du lundi 6 au jeudi 16 novembre,
00:16Éric Dupond-Moretti comparaissait devant la Cour de Justice de la République.
00:19L'ancien avocat répondait de prise illégale d'intérêt,
00:22accusé, en résumé, d'avoir profité de sa position de ministre pour régler ses comptes
00:27avec des magistrats avec qui il avait été en conflit en tant qu'avocat.
00:31Codesources vous raconte ce procès inédit avec Pascale Aigré,
00:35journaliste aux Parisiens, spécialiste justice, elle a couvert toute l'audience.
00:42Pascale Aigré, décrivez-nous la salle du Palais de Justice de Paris sur l'île de la Cité
00:47où va être jugé le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti.
00:51Cette salle d'audience, en fait, c'est la première chambre de la Cour d'appel de Paris.
00:54C'est une des plus belles salles d'audience du Vieux Palais, pour moi.
00:58Très grande, très haute de plafond, avec des boiseries dorées,
01:01avec des tapisseries des gobelins, avec des fauteuils bleus.
01:05C'est aussi une salle historique, puisque c'est la salle où, notamment,
01:08Philippe Pétain a été jugé en 1945.
01:12Et voilà, c'est là que les débats vont se tenir pendant dix jours.
01:15Éric Dupond-Moretti va être jugé par la CJR, la Cour de Justice de la République,
01:19créée en 1993.
01:21C'est quoi et comment elle fonctionne ?
01:23La Cour de Justice de la République, c'est une juridiction
01:26qui était censée mettre fin à l'impunité des ministres.
01:29Donc, en fait, elle est dédiée uniquement à juger les crimes et délits
01:34commis par des ministres dans l'exercice de leur fonction.
01:37Sa particularité, c'est qu'elle n'est pas composée uniquement
01:40de magistrats professionnels ou de jurés citoyens,
01:43mais de juges parlementaires,
01:44qui sont six sénateurs, six députés, élus par leur père.
01:48Éric Dupond-Moretti est le premier ministre en exercice à être jugé par la CJR.
01:54Oui, c'est vraiment une situation complètement inédite, voire historique.
01:58En plus, c'est le ministre de la Justice,
02:00donc le ministre de la Justice dans la peau d'un prévenu.
02:02C'est quand même assez singulier.
02:03Et ça l'est encore davantage, puisqu'il s'agit d'Éric Dupond-Moretti,
02:07le célèbre ogre des prétoirs,
02:09et qui a voué sa carrière à la défense,
02:12celui qu'on surnommait Aquitator.
02:14Ça pose aussi des questions, cette situation inédite,
02:17parce que des magistrats vont venir témoigner
02:20qu'ils sont sous l'autorité hiérarchique du ministre prévenu.
02:23Et en plus, dans les juges parlementaires,
02:26il y a des juges qui soit l'aiment, soit l'aiment pas,
02:28soit se sont déjà écharpés avec lui à l'Assemblée nationale
02:31ou au Sénat.
02:36Éric Dupond-Moretti doit répondre de prises illégales d'intérêt,
02:39en langage de tous les jours.
02:41Il s'agit d'un conflit d'intérêts.
02:42En résumé, il est accusé d'avoir profité de sa position de ministre,
02:46une fois devenu ministre de la Justice, garde des Sceaux,
02:49pour régler ses comptes avec des magistrats
02:51avec qui il avait eu maille à partir
02:53dans deux affaires quand il était avocat.
02:56Première affaire, celle d'un juge
02:57qu'il avait qualifié de cow-boy à l'époque, en juin 2020.
03:01Pascal Aigré, ce juge, avait parlé à la télé, à France 3,
03:04d'une affaire dans laquelle Éric Dupond-Moretti
03:07défendait l'un des mises en examen.
03:09Oui, ce juge, en fait, il était détaché à Monaco pendant trois ans.
03:12Il aurait voulu rester à Monaco trois ans de plus.
03:15Il n'a pas été renouvelé.
03:16Et dans cette émission, il dénonce le fait
03:18que c'est parce qu'il se serait intéressé de trop près
03:21à des personnalités proches du pouvoir princier,
03:24et notamment à un commissaire de police,
03:26dont Éric Dupond-Moretti est l'avocat.
03:29Il y a eu des actes que je m'apprêtais à accomplir,
03:32des actes d'investigation,
03:34dont je pense que les autorités monégasques ont eu vent,
03:37dont elles ont eu connaissance,
03:39et dont elles ont cherché à se prémunir.
03:41C'était lesquels ?
03:42Je ne peux malheureusement pas répondre à votre question.
03:47Furieux, Éric Dupond-Moretti, dans une interview,
03:50dit « être juge d'instruction, ça n'est pas être un cow-boy »
03:53et annonce qu'il va porter plainte.
03:54La deuxième affaire éclate à la même période, en 2020,
03:58mais son origine remonte à 2014.
04:00Dans le cadre de l'affaire dite « des écoutes »,
04:02autrement appelée l'affaire Paul Bismuth,
04:05le parquet national financier avait cherché à savoir
04:07qui avait dit à Nicolas Sarkozy qu'il était sur écoute,
04:11qui était la source, la top,
04:12et du coup le PNF avait enquêté sur plusieurs avocats,
04:16dont Éric Dupond-Moretti.
04:18Oui, en fait, les policiers qui écoutaient cette ligne
04:21se sont rendus compte à un moment donné
04:23que le ton changeait complètement.
04:24Donc ils se sont dit « ça n'est pas possible »,
04:26on a prévenu Nicolas Sarkozy et son avocat et ami Thierry Herzog
04:31que cette ligne était sur écoute.
04:33À ce moment-là, le parquet national financier
04:35ouvre une autre enquête préliminaire
04:38pour essayer de trouver la taupe,
04:39la source, c'est ce qu'on appelle l'enquête des FADET.
04:42Les FADET, c'est quoi ?
04:43Ce sont des relevés téléphoniques,
04:44et donc ils récupèrent les relevés téléphoniques
04:47de plusieurs interlocuteurs de Thierry Herzog,
04:49et notamment d'Éric Dupond-Moretti.
04:51Cette enquête, en fait, on apprend son existence seulement en juin 2020,
04:56et c'est à ce moment-là qu'Éric Dupond-Moretti,
04:58furieux contre le parquet national financier,
05:01dénonce l'enquête barbouzarde,
05:03c'est-à-dire en fait d'espion du PNF.
05:06Il dit « on est chez les dingos »,
05:08il parle de République des Juges,
05:10et là on est quelques jours avant sa nomination au ministère.
05:13Pascal Aigret, avant d'en venir au procès,
05:16il faut en effet rappeler le calendrier des événements.
05:18Le 1er juillet, donc six jours avant la nomination
05:21d'Éric Dupond-Moretti comme garde des Sceaux,
05:24la ministre de la Justice en poste, Nicole Belloubet,
05:27ordonne une inspection de fonctionnement
05:29du parquet national financier.
05:31Oui, pour Nicole Belloubet, en fait,
05:33c'est une façon de répondre à l'émotion médiatique et politique
05:36qu'a déclenché la révélation de cette enquête des FADET.
05:39Elle dit « nous, au ministère de la Justice, on a un outil pour ça,
05:43on va aller regarder de près comment a fonctionné
05:45ou mal fonctionné le parquet national financier,
05:47et en particulier dans cette enquête de FADET. »
05:50Pascal Aigret, deux mois et demi plus tard,
05:52Éric Dupond-Moretti, devenu ministre de la Justice,
05:55reçoit ce rapport de l'inspection qui ne vise nommément personne,
05:59et il ordonne le 18 septembre 2020 une enquête administrative,
06:03et il donne les noms de trois magistrats
06:06du parquet national financier du PNF qui sont visés.
06:09Au bout du compte, tous les magistrats,
06:11y compris celui de l'affaire de Monaco, vont être blanchis,
06:14mais ça, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu conflit d'intérêts.
06:18Ce qu'on reproche à Éric Dupond-Moretti,
06:20c'est d'avoir ordonné ses inspections administratives
06:24contre, d'une part, le juge de Monaco,
06:26d'autre part, les trois magistrats du parquet national financier.
06:30À partir du moment où on pouvait le soupçonner
06:33d'avoir un intérêt à les faire poursuivre ou punir,
06:37alors qu'il les avait critiqués vivement en tant qu'avocat,
06:40et que lui, ministre, il utilise son pouvoir
06:42pour ordonner des enquêtes qui peuvent aboutir à des sanctions,
06:46il se trouve possiblement en infraction.
06:48D'un mot, donc, pour l'accusation,
06:49il n'aurait pas dû continuer à s'occuper de ces dossiers ?
06:52Non, il n'aurait pas dû s'en occuper du tout,
06:54il aurait dû s'abstenir ou les confier à quelqu'un d'autre,
06:57ce qu'on appelle se déporter,
06:59et c'est d'ailleurs ce qui sera fait plus tard,
07:01puisque toutes ces questions-là vont être confiées au Premier ministre.
07:03Éric Dupond-Moretti risque, en théorie,
07:05une peine de cinq ans d'emprisonnement
07:07et 500 000 euros d'amende.
07:09Alors, on en vient maintenant au premier jour du procès,
07:11le lundi 6 novembre.
07:12L'autre fait du jour, c'est ce procès inédit,
07:15celui d'un ministre de la Justice toujours en exercice.
07:18Éric Dupond-Moretti est comparé depuis aujourd'hui
07:20devant la Cour de Justice de la République
07:22pour prise illégale d'intérêt.
07:23Pascal Aigré, décrivez-nous l'atmosphère
07:26qui règne au Palais de Justice de Paris.
07:29Moi, je dirais que l'atmosphère, elle est fébrile
07:30et médiatique aussi.
07:32Il y a beaucoup de photographes,
07:34beaucoup de caméras,
07:35beaucoup de forces de l'ordre,
07:36beaucoup de public qui a vraiment envie
07:38de rentrer dans cette grande salle.
07:40Évidemment, il y a très peu de place,
07:41donc pas beaucoup de gens ne rentreront.
07:43Et évidemment, tout le monde guette
07:45l'arrivée d'Éric Dupond-Moretti
07:47qui va rentrer en fait par un autre escalier
07:50que l'escalier principal.
07:51Donc voilà, il va presque se glisser
07:53dans la salle d'audience.
07:55Et donc vous, pour le Parisien,
07:56vous avez bien sûr accès à cette salle.
07:58Est-ce que vous pouvez nous la décrire
07:59au tout début du procès ?
08:01Nous, on est tous installés sur une mezzanine.
08:03On voit arriver Éric Dupond-Moretti
08:05qui est installé à une table
08:07qui lui est entièrement réservée,
08:09une table avec une nappe bleue.
08:11Il y a ces fauteuils bleus
08:12et il y a donc tous les magistrats
08:15et juges parlementaires.
08:17Ils sont très nombreux
08:18puisqu'il y a non seulement
08:18les trois magistrats,
08:20plus leurs suppléants,
08:21les greffiers, l'huissiers,
08:22plus les douze juges parlementaires
08:24et leurs suppléants.
08:25Donc ça fait vraiment beaucoup de monde.
08:27C'est très solennel,
08:28c'est très impressionnant.
08:29Et tout d'un coup,
08:30on entend trois petits coups,
08:31toc, toc, toc, la cour.
08:33À l'ouverture du procès,
08:35le président de la Cour de justice
08:36de la République invite le ministre
08:39Éric Dupond-Moretti à s'exprimer.
08:41Oui, c'est l'usage.
08:42Au début d'un procès,
08:43on donne toujours la parole
08:44une première fois
08:45aux prévenus ou à l'accusé.
08:46Donc c'est ce que fait
08:47le président Dominique Pote.
08:50Donc Éric Dupond-Moretti
08:51s'approche lentement de la barre
08:54et il dit,
08:55voilà, je vais vous expliquer
08:57quel est mon état d'esprit.
08:58Pour lui, ce procès est une épreuve
09:01et on sent une émotion
09:02à ce moment-là.
09:03Il dit aussi qu'il a l'intention
09:05de se défendre
09:07et de répondre aux questions.
09:08Ensuite, c'est au tour
09:09du procureur général Rémi Ettes
09:11de s'exprimer.
09:12Il souligne la gravité
09:13d'une affaire qui met en cause
09:15la probité d'un ministre de la justice
09:17qui est le ministre du droit
09:18et de la loi.
09:19Il dit aussi que ça pose des difficultés
09:22le fait que ce soit un ministre
09:24en exercice
09:25et puis il lance une sorte
09:25d'avertissement en disant
09:27nous devrons mettre de côté
09:28la connaissance que nous pouvons avoir
09:30de tel ou tel protagoniste
09:31dans ce procès.
09:33C'est-à-dire qu'il dit
09:33en gros nos relations
09:35professionnelles ou amicales
09:37il faut qu'on les oublie.
09:38C'est une sorte de mise en garde.
09:40Comment réagissent
09:41Éric Dupond-Moretti
09:42et ses avocats ?
09:43Éric Dupond-Moretti
09:44le fixe en lui lançant
09:46des regards noirs.
09:48Il grommelle
09:49et l'une de ses avocates
09:51Jacqueline Laffont
09:52se lève et s'étonne
09:53de ce qu'elle qualifie
09:54de pré-réquisitoire.
09:55Au second jour
09:56de son procès
09:57le mardi
09:58Éric Dupond-Moretti
09:59raconte notamment
10:00ses débuts au ministère
10:01de la justice
10:01donc en juillet 2020.
10:04Il raconte à quel point
10:04cette prise de fonction
10:05est compliquée pour lui.
10:07Cet univers de la chancellerie
10:09de tous les lieux
10:10de pouvoir
10:10lui est complètement inconnu.
10:12Lui ce qu'il connaît
10:13ce sont les cours d'assises
10:14en fait
10:14les tribunaux.
10:16Il a cette expression
10:17et il parle de
10:17j'avais une connaissance
10:18charnelle
10:18de la communauté judiciaire
10:20mais pas technocratique.
10:21Et il doit tout découvrir.
10:23Alors déjà il doit porter
10:23des cravates
10:24parce qu'il n'en porte jamais
10:25donc il va acheter
10:26des cravates.
10:27Plus sérieusement
10:27il doit s'occuper
10:29des prisons
10:29alors qu'on est encore
10:30en épidémie de Covid.
10:31Il explique aussi
10:32qu'il doit même apprendre
10:33à parler comme un ministre.
10:35Tout ça pour dire
10:35qu'il n'a pas la tête
10:36à penser aux affaires
10:37pour lesquelles
10:38il est accusé aujourd'hui.
10:39Au milieu de ces
10:40mille choses à faire
10:41ces deux dossiers
10:42ne sont pour lui
10:43rien du tout.
10:44Ce jour-là
10:45Éric Dupond-Moretti
10:45est interrogé pendant
10:46quatre heures
10:47comment il se défend.
10:48Lui parle
10:49d'instrumentalisation
10:50et considère
10:51que son procès
10:52est un procès
10:53en illégitimité.
10:54C'est-à-dire qu'en fait
10:55dès le départ
10:56sa nomination
10:57a surpris
10:57mais aussi
10:58on a dit
10:58lui
10:59Éric Dupond-Moretti
11:00ne peut pas être
11:00ministre de la justice
11:02parce qu'il est hostile
11:03à la magistrature
11:04parce que c'est vrai
11:04qu'il a beaucoup critiqué
11:05le corporatisme
11:06des magistrats
11:07par exemple
11:07dans deux livres
11:09donc il est évident
11:10que sa nomination
11:10elle ne fait pas plaisir
11:11à tout le monde.
11:12Et puis
11:13il pose clairement
11:14sa ligne de défense.
11:15Non
11:15il n'est pas
11:16un irascible
11:17vengeur démasqué
11:18il a fait confiance
11:19à son administration
11:21il s'est reposé
11:22sur ses avis
11:22et donc
11:23il n'a jamais vu
11:24de conflit d'intérêts.
11:26Il finit par s'emporter
11:27en disant
11:27mais cette histoire
11:28de règlement de compte
11:29ça commence à bien faire.
11:35Le mercredi 8 novembre
11:36l'une des trois magistrates
11:38du parquet national financier
11:39visée par les inspections
11:40à partir de 2020
11:42vient témoigner à la barre
11:44et elle raconte
11:44le choc
11:45du moment
11:46où son nom
11:47a été publié
11:48dans un communiqué
11:48de presse
11:49du ministère
11:50de la justice
11:50le 18 septembre 2020.
11:53Oui
11:53elle s'avance
11:54à la barre
11:55dans un costume
11:56pantalon noir
11:57elle est blonde
11:58elle a des lunettes
11:59à monture rouge
12:00on la sent extrêmement
12:02crispée
12:03et en même temps
12:04déterminée
12:05habitée par une froide colère
12:06et elle dit
12:07que ce jour là
12:07elle a littéralement
12:09eu l'impression
12:09qu'un immeuble
12:10s'effondrait sur sa tête.
12:12Ce communiqué
12:13de presse
12:13qui livre les noms
12:14pour elle
12:15c'est d'abord
12:15une atteinte
12:16à la présomption
12:17d'innocence
12:18elle explique
12:19qu'elle va traverser
12:20tous les mois
12:21de l'inspection
12:22comme un zombie
12:24que pendant trois années
12:25elle va être empêchée
12:26de travailler
12:27à cause de ce dossier
12:28en fait
12:28on sent un impact
12:29très fort sur sa vie.
12:30Elle a une formule
12:31pour résumer son sentiment
12:32sur cette affaire.
12:34Pour elle
12:34les choses sont claires
12:35dans ce dossier
12:36dit-elle
12:37le ministre
12:38a vengé l'avocat.
12:39Le jeudi
12:40Pascal Aigré
12:40les débats entrent dans le vif du sujet
12:42avec notamment le témoignage
12:44de l'ancienne directrice de cabinet
12:45d'Éric Dupond-Moretti
12:46ministre de la justice
12:47elle s'appelle
12:49Véronique Malbec
12:49et avec elle
12:50on entre dans les coulisses
12:52de la décision
12:53de lancer
12:53des enquêtes administratives
12:55contre les magistrats du PNF.
12:57Avec Véronique Malbec
12:58on rentre dans
12:59les SMS
13:01les coups de téléphone
13:02les mails
13:03qui sont échangés
13:04entre elle
13:05et les conseillers de justice
13:06de Matignon
13:08elle
13:08le conseiller justice
13:09de l'Elysée
13:10il y a une multitude
13:11d'échanges
13:12qui sont décortiqués
13:14pour comprendre
13:14pourquoi ils se sont orientés
13:15sur ces enquêtes administratives.
13:17Justement
13:18en résumé
13:18quelle est la grande question
13:19qui se pose
13:20à ce moment-là
13:20dans tous ces échanges
13:21de mails
13:21ou de SMS ?
13:22La grande question
13:23c'est celle des suites
13:25à donner à ce rapport
13:26sur le fonctionnement
13:27du parquet national financier
13:29qui selon eux
13:30a montré
13:30pas mal de problèmes
13:32voire
13:32des manquements
13:34disciplinaires
13:34et donc
13:35comment lui donner
13:36une suite ?
13:37Pour ça
13:37ils se disent
13:38est-ce qu'on n'a pas
13:39deux solutions
13:40c'est-à-dire
13:40la première solution
13:41c'est l'enquête administrative
13:42ordonnée par le ministre
13:43mais qui donc l'implique
13:45donc une enquête administrative
13:46et la deuxième solution
13:47se demande-t-il
13:48c'est
13:49est-ce qu'on ne pourrait pas
13:50saisir directement
13:51le conseil supérieur
13:51de la magistrature
13:52qui est une instance
13:53indépendante
13:54et qui donc
13:54a l'avantage
13:55entre guillemets
13:56de ne pas impliquer le ministre.
13:57A ce moment-là
13:57la directrice de cabinet
13:58du ministre
13:59Éric Dupond-Moretti
14:00appelle François Mollins
14:02le procureur général
14:03de la cour de cassation
14:04pourquoi est-ce qu'elle appelle
14:05François Mollins ?
14:06Elle appelle François Mollins
14:07dit-elle parce qu'elle veut
14:08lui demander conseil
14:09justement sur
14:09quelle est la bonne voie
14:11il a aussi la casquette
14:13de président du parquet
14:14du conseil supérieur
14:15de la magistrature
14:15et donc
14:16elle l'appelle
14:17et lui dit
14:18voilà quelle voie
14:19est la bonne selon toi
14:20lui il répond que
14:21s'ils veulent
14:23aller vers
14:24des poursuites disciplinaires
14:25il faut d'abord
14:27qu'ils fassent
14:28diligenter
14:29une enquête administrative
14:30sur les magistrats
14:32et que c'est la seule voie
14:33possible en fait
14:33et puis par ailleurs
14:35il consulte
14:36un très haut magistrat
14:37qui est son suppléant
14:38et il se doute
14:39tout de suite
14:40parce que pour lui
14:40le conflit d'intérêt
14:41est évident
14:42qu'on cherche peut-être
14:43à instrumentaliser
14:45le conseil supérieur
14:46de la magistrature
14:47Justement
14:47Pascal Aigré
14:48le même jour
14:49François Mollins
14:50doit témoigner
14:51et tout le monde
14:52dans l'assistance
14:52sait que les deux hommes
14:53lui et Éric Dupond-Moretti
14:55ne s'entendent pas du tout
14:57Cette mésentente
14:58elle est précisément
14:59de ses coups de téléphone
15:00mais aussi ensuite
15:01d'une tribune
15:02que François Mollins
15:03va signer dans le monde
15:04où il parle déjà
15:05de conflits d'intérêts avérés
15:07et puis du fait
15:08qu'ensuite
15:09c'est François Mollins
15:10en tant que procureur général
15:11de la cour de cassation
15:12qui va requérir son renvoi
15:14le renvoi d'Éric Dupond-Moretti
15:15devant la cour de justice
15:16de la République
15:17donc vraiment
15:19ces deux-là
15:19ne s'entendent pas
15:20d'autant plus
15:21que pendant l'instruction
15:22Éric Dupond-Moretti
15:24lui va utiliser
15:25François Mollins
15:26en disant
15:27qu'il voulait se venger
15:28parce que
15:29dit Dupond-Moretti
15:31François Mollins
15:31voulait devenir garde des Sceaux
15:32et qu'il n'aurait pas supporté
15:34qu'il soit nommé à sa place
15:35Alors que dit François Mollins
15:36à la barre ?
15:37À la barre
15:38François Mollins
15:38fait une sorte de mise au point
15:40alors déjà il dit
15:41non je n'ai jamais voulu
15:42être garde des Sceaux
15:43oui j'ai eu ce coup de téléphone
15:44mais moi je n'ai pas donné
15:45de conseil
15:46j'ai rappelé
15:47une règle de droit
15:48on était obligé
15:49de passer par l'enquête administrative
15:50si on voulait aller
15:51au disciplinaire
15:52contre des magistrats du PNF
15:53comment réagit Eric Dupond-Moretti ?
15:56Il reste finalement
15:57assez calme
15:57et face à la cour
15:59il dit dès le début
16:00on m'a savonné la planche
16:02il dit
16:02François Mollins
16:03continue à le faire
16:04même à coup de tweets
16:06depuis qu'il est à la retraite
16:08mais aussi on sent
16:09moi je l'ai perçu
16:11comme une sorte de regret
16:12et il dit
16:12mais que même
16:14François Mollins
16:14n'a jamais reconnu
16:15ce qu'il a fait lui
16:16pour la justice
16:17et notamment
16:18le budget
16:19qui a été augmenté
16:20de façon exceptionnelle
16:22les états généraux de la justice
16:23l'embauche de magistrats
16:25de greffiers
16:26les moyens qui ont été donnés
16:27je pense qu'il aurait bien aimé
16:28que ce magistrat
16:29le soutienne
16:32Le vendredi 10 novembre
16:34c'est l'ancien
16:35premier ministre
16:35Jean Castex
16:36qui vient témoigner
16:37il était à la tête du gouvernement
16:38pendant l'affaire
16:39et il défend
16:40le ministre de la justice
16:42Sur le fond du dossier
16:43il dit
16:44mais c'est moi
16:44le premier ministre
16:45après
16:45qui récupérait ses dossiers
16:47contre les magistrats
16:48et ses dossiers
16:49et il en défend
16:50le bien fondé
16:50parce qu'il dit
16:51il y avait des éléments
16:52la preuve
16:52moi ensuite
16:53je suis allé au disciplinaire
16:54contre ses magistrats
16:55Éric Dupond-Moretti
16:56prend la parole
16:57après ce témoignage
16:58de Jean Castex
16:59Oui
17:00Éric Dupond-Moretti
17:01demande à Jean Castex
17:02s'il a déjà entendu
17:03lui demander
17:05de pousser les feux
17:06contre ses magistrats
17:07et Jean Castex répond
17:09la réponse
17:10est non
17:11de façon très ferme
17:12Éric Dupond-Moretti
17:13explique que lui
17:14il a le sentiment
17:15depuis le début
17:16quoi qu'il fasse
17:17qu'il est dans une nasse
17:19en fait à ce moment-là
17:20on sent vraiment
17:21et ce sera à plusieurs reprises
17:23pendant le procès
17:24sa lassitude
17:25une fatigue
17:26de cette histoire
17:28Le jeudi 16 novembre
17:30c'est les réquisitions
17:31l'accusation demande
17:32une peine
17:32d'un an de prison
17:33avec sursis
17:34contre le ministre
17:35Pascal Aigret
17:36c'est beaucoup
17:37ou pas beaucoup
17:37on a du mal à comprendre
17:38On pourrait penser
17:39qu'un an de prison
17:40avec sursis
17:41ça n'est pas beaucoup
17:42mais non
17:43c'est pas ça
17:43qui compte le plus
17:44qui compte le plus
17:45c'est qu'il demande
17:45une condamnation
17:46Dans leur plaidoirie
17:47que disent les avocats
17:48d'Éric Dupond-Moretti
17:49pour le défendre ?
17:51Les avocats
17:51d'Éric Dupond-Moretti
17:52disent d'abord
17:53que ce procès
17:55c'est pour lui
17:56le procès de sa vie
17:57qu'il est accusé à tort
17:58qu'il en souffre
17:59ils disent aussi
18:01et ils les démontent
18:02sur le plan juridique
18:03que les réquisitions
18:04sont injustes
18:05mais aussi
18:05qu'elles sont infondées
18:06Alors infondées
18:07pourquoi ?
18:08Ils disent
18:09mais où est l'intérêt
18:10personnel du garde des Sceaux ?
18:11Ils disent que
18:12la thèse de la vengeance
18:13ne tient pas
18:14Derrière le ministre
18:16ils disent
18:16c'est un homme
18:17qui a une personnalité
18:19impulsive
18:20emportée
18:21mais qu'il est incapable
18:22de coup bas
18:23de duplicité
18:24et de ressentiment
18:25et que ça colle pas
18:26à la petitesse
18:27de cette idée
18:28de règlement de compte
18:29Éric Dupond-Moretti
18:30choisit de ne rien ajouter
18:31à ses plaidoiries
18:32la Cour de justice
18:33de la République
18:34se retire pour délibérer
18:35les juges ont tranché
18:37dans les heures
18:38qui ont suivi
18:39et la décision
18:39ne sera rendue
18:40que le 29 novembre
18:42Pascal Aigré
18:43à l'issue de ce procès
18:44quand les avocats
18:45discutent avec
18:46les journalistes
18:46spécialistes de la justice
18:48comme vous
18:48qu'est-ce qui se dit ?
18:50Quels sont les pronostics ?
18:51C'est qu'il devrait être condamné
18:52parce que
18:53l'infraction est là
18:55ce qui pose plus de questions
18:57c'est
18:57l'intention
18:58est-ce que vraiment
18:59cet avocat
19:01pénaliste de renom
19:02qui se voit
19:03nommé ministre de la justice
19:04c'est un honneur énorme
19:05qui lui est fait
19:06pour moi
19:07cet argument
19:07de la défense
19:08de dire
19:08mais est-ce qu'il a eu
19:09la petitesse
19:10de vouloir se venger
19:11comme ça
19:12ça s'apporte
19:13donc je trouve
19:14que c'est difficile
19:14de faire un pronostic
19:22Merci à Pascal Aigret
19:23Code Source
19:24est le podcast
19:24d'actualité du Parisien
19:26cet épisode a été produit
19:27par Clara Garnier-Amourou
19:28Raphaël Pueillot
19:29et Barbara Gouy
19:30réalisation
19:32Benoît Gilon
19:33si vous aimez Code Source
19:34n'hésitez pas à le dire
19:35en laissant un commentaire
19:36ou des étoiles
19:37sur votre application audio
19:38vous pouvez nous écrire
19:39directement
19:40codesource
19:40at leparisien.fr
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