- il y a 9 heures
Si je vous demande de citer un avocat, vous allez sans doute penser à lui. En 35 ans de carrière, de plaidoiries aux assises, de coups de gueules devant les caméras, Eric Dupond-Moretti est parvenu à incarner à lui-seul sa profession. Au point d’agacer beaucoup de ses confrères. Aujourd’hui, il joue son propre rôle au théâtre. Après Paris à la Madeleine, en début d’année, il se produira à Aix-en-Provence et à Nantes le mois prochain, puis à Montpellier en décembre. Issu d’une famille modeste, orphelin de père à 4 ans, rien ne le prédestinait à devenir l’avocat numéro un. Cet épisode de Code source est raconté par Pascale Egré, grand reporter, journaliste judiciaire au Parisien. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian - Archives : France Inter, "Le garçon triste" d'Isabelle Boulay, BFM TV.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:15Si je vous demande de citer un avocat, vous allez sans doute penser à lui.
00:20En 35 ans de carrière, de plaidoiries aux assises, de coups de gueule devant les caméras,
00:24Éric Dupont-Moretti est parvenu à incarner sa profession,
00:27au point d'agacer beaucoup de ses confrères.
00:30Aujourd'hui, il monte sur scène pour se raconter à Aix-en-Provence, à Nantes le mois prochain,
00:35puis à Montpellier en décembre.
00:37Issu d'une famille modeste, rien ne le prédestinait à devenir l'avocat numéro un.
00:46A mes côtés, Pascal Aigret, journaliste judiciaire aux Parisiens,
00:49est-ce que vous pouvez nous raconter la première fois que vous avez vu Éric Dupont-Moretti ?
00:54La première fois que je le vois, je suis dans un tribunal à Boulogne-sur-Mer.
00:58On est au début des années 2000, on s'ennuie ferme, c'est le procès d'une filière d'immigration
01:03clandestine.
01:05Et il se passe quelque chose, c'est-à-dire que tout d'un coup, j'ai l'impression que
01:07la salle frémit
01:08et rentre cet avocat carré, corpulent, dont la simple arrivée dans le prétoire suscite une douleur de frissons.
01:17Pourquoi ?
01:18Parce qu'il a une présence, il est carré, massif, il toise un petit peu le tribunal, tout le monde
01:24le regarde.
01:24Il a plaidé ce jour-là pour un passeur qui était en fait la tête du réseau et il a
01:30perdu.
01:34Pascal Aigret, vous allez nous raconter sa vie.
01:37Éric Dupont, qui n'est pas encore Éric Dupont-Moretti,
01:40né à Maubeuge dans le département du Nord le 20 avril 1961 dans une famille modeste.
01:46Il est vraiment issu d'une famille ouvrière.
01:48Sa mère est d'origine italienne, c'est le grand-père qui est venu en France pour fuir la pauvreté
01:53et son père est également ouvrier dans une usine qui fabrique des tubes d'acier.
01:57C'est vraiment un milieu modeste.
01:59Le petit Éric perd son papa à l'âge de 4 ans.
02:02Son père meurt d'un cancer, il se retrouve orphelin, il a des souvenirs de lui sur un lit d
02:08'hôpital
02:08avec cet immense désarroi qui va marquer toute sa vie et ce sentiment d'injustice.
02:14Un père mort, il est forcément sublimé.
02:16Moi, on a toujours présenté mon père comme un type absolument formidable.
02:20Donc vous l'avez idéalisé ?
02:22Bien sûr, bien sûr.
02:23On me racontait qu'il me regardait, qu'il me protégeait, qu'il avait toujours été présent.
02:29C'est difficile d'expliquer à un gamin la carence d'un père dont il connaît l'existence physique,
02:33qu'il ne vient jamais le visiter, qu'il ne s'occupe pas de lui, qu'il ne l'embrasse
02:36pas.
02:37De quoi il se souvient de ce moment-là ?
02:40Les souvenirs qu'il en a, c'est je crois que quand il va le voir à l'hôpital, il
02:43mange un yaourt
02:45parce que son père est trop malade pour manger ce yaourt.
02:48Et ensuite, il se souvient aussi qu'il ne peut pas aller au funérail parce que la famille souhaite le
02:53protéger
02:53et qu'on se dit que ce petit garçon n'a pas à y aller.
02:57Et du coup, ses grands-parents paternels vont beaucoup compter pour lui ?
03:01Il raconte que sa grand-mère, qui n'a que le certificat d'études, est une passionnée de mots croisés,
03:06une crucifix verbiste acharnée.
03:09Et il passe beaucoup de temps avec elle.
03:11Le nez dans le petit Larousse illustré, c'est vraiment pour lui l'une des origines de sa passion pour
03:17le verbe, pour les mots.
03:18C'est donc sa mère qui va l'élever seule ?
03:20Sa mère l'élève seule. Elle n'est plus ouvrière, mais elle devient femme de ménage.
03:25Donc elle bataille vraiment pour subvenir à ses besoins.
03:28L'histoire de la famille est aussi marquée par la mort suspecte du père de sa mère, de son grand
03:34-père maternel en 1957.
03:36Oui, en 1957, il n'est pas né.
03:39Le corps de son grand-père, celui qui est venu en France, l'italien, est retrouvé le long d'une
03:45voie ferrée, le crâne fracassé.
03:46L'oncle, qui est un petit peu le chef de famille, porte plainte, mais la justice ne fait rien.
03:53Ça devient une sorte de légende familiale, puisque c'est l'injustice, en fait.
03:57On ne s'est pas du tout intéressé au sort d'un rital de ceux qui subissaient les insultes de
04:02macaroni à l'époque.
04:04Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que son grand-père n'était pas assez important pour qu'on
04:07enquête sur son cas ?
04:08Exactement. C'est, d'une certaine manière, un mépris de l'institution judiciaire pour le sort d'un pauvre immigré
04:14italien.
04:15Et quand il est adolescent, au milieu des années 70, il suit, comme tous les Français, l'affaire Ranucci.
04:22Un matin du mois de juin, la cité Sainte-Agnès à Marseille, une petite fille, Marie Dolorès Rambla,
04:28est enlevée par un homme décrit par deux témoins comme étant jeune, brun, grand et mince.
04:34Le soir même, Christian Ranucci est arrêté. Après 18 heures d'interrogatoire, il avoue l'enlèvement et le meurtre de
04:40Marie Dolorès,
04:41indique même où il a caché l'arme du crime. Les charges sont accablantes.
04:45Mais 15 jours plus tard, l'homme revient sur ses aveux. Il accuse la police de l'avoir obligé à
04:50parler.
04:51Le 10 mars 76, Christian Ranucci est condamné à mort.
04:55Le 28 juillet 1976, Eric Dupont écoute la radio et il apprend l'exécution de Christian Ranucci.
05:02Pour lui, c'est un choc. Il a 15 ans, il éprouve ce qu'il a décrit comme une sensation
05:07de dégoût.
05:08C'est un déclic. C'est le jour où il décide de devenir avocat.
05:12À ce moment-là, il n'a donc que 15 ans. Il décide de faire du droit. Pour payer ses
05:16études, il travaille à côté, c'est ça ?
05:17Il travaille très tôt puisqu'il est issu d'un milieu populaire.
05:20Dès l'âge de 16-17 ans, il fait des petits boulots. Il sera pion, fausse-foyeur, serveur, tous ces
05:27métiers.
05:27Et pour aider aussi, je pense, sa mère, pour améliorer le quotidien de la famille et évidemment pour payer ses
05:32études de droit.
05:33Ça, ça va lui servir plus tard dans sa carrière d'avocat ?
05:35Ça lui sert parce qu'en fait, il est très proche des gens qui sont parfois dans le box ou
05:40qui sont jurés.
05:42Ce sont souvent des gens, des citoyens comme les autres, simples, parfois issus de milieux modestes.
05:47Et il a une proximité avec ces gens-là.
05:52Il n'est pas un étudiant brillant, mais il est l'un des plus éloquents.
05:56En fait, les études, ça l'embête.
05:59Donc, il passe peu de temps sur les bancs réellement de la fac et beaucoup plus déjà aux assises où
06:05il va écouter les grands avocats de l'époque.
06:09Alain Furbury qui viendra à son mentor, il va écouter Jean-Louis Pelletier.
06:13Il finit dernier à l'école du barreau, mais il passe ce qu'on appelle les concours d'éloquence de
06:18la conférence du stage.
06:19Et là, il termine premier ex-aequo.
06:22En riant, d'ailleurs, il dit que c'est encore une autre injustice parce que premier ex-aequo, on n
06:26'est pas premier tout seul.
06:27À ce moment-là, il est aussi un peu complexé par son physique ?
06:30Il est gros.
06:31D'ailleurs, ses amis le surnomment le gros.
06:33Il a des joues rondes.
06:35C'est un adolescent qui se considère comme n'étant pas très beau et qui a peur de ne pas
06:38plaire aux filles.
06:39Et pour lui, les mots, l'éloquence, c'est une autre façon de séduire.
06:43Il prête serment comme avocat en décembre 1984 à Douai.
06:47Il s'inscrit au barreau de Lille et quand il débute sa carrière, il accole à son nom celui de
06:53sa mère.
06:53C'est là qu'il devient, oui, Dupont-Moretti.
06:56C'est une manière de ne pas renier ses origines, au contraire, de les mettre en avant.
07:00C'est aussi signifier à tous cette part de revanche sociale.
07:12Son début de carrière est plus que difficile puisqu'il a l'ambition d'aller se faire embaucher auprès des
07:17grands avocats qu'il aime, mais il n'y a pas de place.
07:20Il arrive à Paris où Jean-Louis Pelletier, qui sera un de ses mentors, lui propose un poste de collaborateur,
07:25mais il n'a pas les moyens de se payer un logement à Paris.
07:28Donc, un peu député, il rentre à Lille et en fait, il fait un peu de prud'homme et surtout
07:34de plus en plus de commission d'office.
07:36C'est donc d'emblée de la défense pénale.
07:37C'est comme ça qu'il commence à construire sa réputation.
07:40Éric Dupont-Moretti va se marier en 1991.
07:42Comment est-ce qu'il rencontre sa femme ?
07:44Eh bien, il rencontre sa femme aux Assises.
07:47Il plaide dans le nord, il y a des jurés, forcément, puisqu'on est aux Assises.
07:51Il voit une jurée très belle et il dit « j'ai plaidé pour elle, en fait ».
07:56Après, il repart avec la liste des jurés et il essaie de trouver qui c'est, parce qu'il a
08:01eu un coup de foudre.
08:02Il passe un premier coup de téléphone à quelqu'un qui lui répond avec un accent de « ch'ti »
08:07à couper au couteau « c'est pas elle ».
08:08C'est un homonyme.
08:10Il est un petit peu déçu et désespéré.
08:12Et là, il reçoit un petit mot.
08:13Et en fait, c'est la jurée qui lui écrit.
08:17Ensemble, ils auront un fils.
08:19Elle était déjà maman de trois enfants.
08:21En 1993, il est inquiété dans une affaire de drogue.
08:24En 1993, il a dix ans de bar, une réputation dans le nord et dans la région qui vraiment commence
08:31à se construire,
08:32a agacé aussi certains juges.
08:35Et il se retrouve désigné par un trafiquant de drogue comme ayant acheté deux grammes de cocaïne.
08:42Le ciel lui tombe sur la tête parce qu'il va un matin à son cabinet, il est interpellé par
08:47la police.
08:48On perquisitionne son domicile, on fouille le coffre à jouets de l'un des enfants de sa femme.
08:54On trouve des traces infinitésimales de drogue sur le tapis de sa voiture.
08:59Donc on ne sait pas comment elles sont arrivées là, surtout qu'elles n'y étaient pas quelques temps avant.
09:03C'est compliqué, il se bat, mais ça dure quand même un certain temps.
09:06Il n'y aura pas de poursuite parce qu'évidemment, il n'a rien à voir avec cette histoire.
09:11On lui fait même des analyses sanguines qui montrent qu'elle n'est pas consommateur de drogue.
09:15Il pense réellement qu'on a cherché à casser sa carrière.
09:19Il dit aussi dans le premier livre qu'il a écrit qu'il a eu en 1993-1994 des idées
09:25très noires.
09:27Ça nourrit sans doute son insolence vis-à-vis des juges.
09:30Et ça nourrit aussi sa méchance à l'égard de la police.
09:33Et surtout, il sait, il le dit, que quand la machine judiciaire s'emballe à tort,
09:39il est très difficile de se défendre.
09:41Dans les années 90, sa réputation grandit.
09:43En 1993, par exemple, il défend le footballeur Jacques Glassman
09:47qui a dénoncé l'achat du match Valenciennes-Marseille.
09:49C'est l'affaire VAOM.
09:51Pascal Aigret, décrivez-nous la vie d'Éric Dupond-Moretti à ce moment-là.
09:55C'est d'aller avec une valise à roulettes, sa voiture, d'une cour d'assises à l'autre.
10:014h du matin sur les routes, 8h du matin à la cour d'assises.
10:06Il va un peu partout en France plaider.
10:08C'est une vie où on fait des milliers de kilomètres.
10:11Lui, il écoute de la chanson française puisqu'il aime ça.
10:14Et où on mange des sandwiches au thon sur les aires d'autoroutes la nuit.
10:19Et en ressassant ses défaites, surtout ses défaites.
10:23Ne pas obtenir la peine qu'on estime juste, c'est quelque chose de très douloureux.
10:27À chaque fois, l'enjeu, il est terrible.
10:29C'est la liberté d'un homme, en fait.
10:31Ou la durée durant laquelle il va en être privé.
10:34Donc oui, les enjeux aux assises sont très lourds.
10:38Et à cette époque, Éric Dupond-Moretti, Altrac, à chaque fois avant ses plaidoiries.
10:43Pendant dix ans, il va vomir avant ses plaidoiries.
10:46Tellement il est terrorisé, mort de trouille.
10:49Après, une fois qu'il plaide, ça y est, c'est parti.
10:51Mais avant, il est aussi mal parce qu'il y met toute son énergie, toute sa volonté, toute sa rage
10:56de défendre.
10:57Les enjeux sont lourds.
10:59Il y met toutes ses tripes.
11:00Et il est comment, une fois qu'il est à la barre ?
11:02Quand il est à la barre, il y a certaines fois, il arrive en grognant.
11:05Déjà, il grommelle.
11:07Il y a même des gens qui le trouvent assez grossier parce que ça interrompt un peu les autres.
11:11Il n'est pas du tout dans le rituel.
11:13Il est présent dans sa défense.
11:15Son intérêt, c'est le client.
11:17Lui, si ça ne lui plaît pas, il le montre.
11:19Après, dans sa façon de s'exprimer, c'est quelqu'un qui fait beaucoup de liaisons.
11:24Il est très respectueux des liaisons de la langue française.
11:26Il s'exprime très bien.
11:27Il sait manier le mot.
11:29Et après, il est parfois tellement impressionnant qu'on voit des témoins trembler à la barre
11:35quand il estime qu'une expertise est nulle, qu'un témoin raconte n'importe quoi,
11:39qu'un policier a mal fait son travail.
11:41Il est très dur.
11:42Et que la personne ressorte complètement tremblante de la cour d'assises, il n'en a rien à faire.
11:47Il en impose, vraiment.
11:50Il a les sourcils dressés, ses yeux bleus vous regardent d'une façon glaçante.
11:57Cette très belle voix, grave, forte, qui, elle en soi, est très impressionnante.
12:12C'est à partir de l'affaire Doutreau qu'Éric Dupond-Moretti se fait connaître de tous les Français.
12:17Est-ce que vous pouvez nous rappeler cet épisode et quel rôle il a joué dans ce procès ?
12:21Oui, l'affaire Doutreau, c'est une affaire de réseau pédophile qui, en fait, s'avérera ne pas être du
12:25tout une affaire de réseau pédophile,
12:27mais une affaire de viol sur enfant dans un foyer d'une cité HLM de Boulogne-sur-Mer.
12:32Au début des années 2000, plein d'adultes, une quinzaine d'adultes vont se retrouver impliqués dans ce dossier.
12:37Et lui, il va devenir l'avocat de celle qu'on appelle la boulangère, qui n'est pas une boulangère
12:41en fait, mais qui s'appelle Roselyne Godard.
12:43Et il obtiendra son acquittement en 2004.
12:46C'est Dupond-Moretti qui a pris la tête de cette défense commune.
12:49Et forcément, de manière naturelle, tous les médias se sont retournés sur Éric Dupond-Moretti,
12:57aux sorties des audiences, à tous les temps forts du procès, et fortiori au moment du verdict.
13:04Il se fait remarquer parce qu'il fait quelque chose qu'il ne fait plus trop, d'ailleurs, pendant les
13:09procès,
13:10mais il intervient pas mal devant les caméras.
13:13On sait que le procès va basculer.
13:15Tout d'un coup, tout le monde va revenir à la cour d'assises, voir quel est ce naufrage judiciaire,
13:21où on croyait qu'il y avait un réseau pédophile, il n'y en a plus.
13:23Et lui, il est en colère, justement, pour lui.
13:26D'emblée, ces gens ont été accusés à tort, en tout cas une partie d'entre eux, dont sa cliente.
13:31Et là, il intervient beaucoup devant les caméras pendant le procès.
13:34Donc on le remarque.
13:37En 2013, à Nancy, devant la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle,
13:40Éric Dupond-Moretti va obtenir l'acquittement du docteur Jean-Louis Muller,
13:44qui est accusé depuis 14 ans d'avoir tué sa femme.
13:46C'est son troisième procès.
13:48Pascal Aigré, à ce moment-là, vous êtes dans la salle.
13:51Est-ce que vous pouvez nous raconter comment plaide Éric Dupond-Moretti ?
13:54Durant ce procès, Éric Dupond-Moretti va obtenir quelque chose que, finalement,
14:00le docteur Muller n'a jamais obtenu.
14:02Il a toujours demandé de la constitution, il ne l'a jamais eu.
14:05Eh bien, Dupond-Moretti va utiliser la cour d'assises pour le faire.
14:09C'est-à-dire qu'il va obtenir de la présidente de la cour d'assises
14:12l'autorisation d'installer une table et des traiteaux dans le prétoire.
14:17C'est vraiment déjà assez étonnant.
14:18On le voit installer cette table, ces traiteaux, on se demande ce qu'il fait.
14:21En fait, il fait la reconstitution.
14:23Parce que cette table, elle était dans la cave du docteur Muller
14:26et c'est l'endroit où il aurait tué sa femme.
14:29Ou alors, où sa femme se serait suicidée.
14:31Et ce qu'il va faire, c'est qu'il va demander à l'un des experts en balistique,
14:34puisque la balistique est l'une des clés du dossier,
14:36de venir autour de la table, de jouer celui qui a tiré,
14:41pour démontrer que les projections de sang ne pouvaient pas être à tel ou tel endroit
14:45si ça se passait comme ça, parce que la table est trop grande.
14:48C'est grâce à ça qu'il emporte la conviction des jurés,
14:50puisque ça démontre que le docteur Muller n'aurait pas pu tuer sa femme.
14:55Et donc, il est acquitté.
14:56Et donc, il est acquitté.
14:58Et c'est un des procès où j'ai vu des journalistes pleurer.
15:02Non pas forcément parce qu'ils étaient convaincus de l'innocence de Muller,
15:04mais parce que cette espèce d'ouragan, de conviction,
15:08qui l'emporte pour un homme était extrêmement émouvant.
15:12Éric Dupond-Moretti ne cache pas qu'il aime le vin.
15:15Il fume aussi. Il n'arrive pas à arrêter de fumer.
15:17Le père d'Éric Dupond-Moretti, mort d'un cancer, lui, il fume comme un pompier.
15:20Il revendique ça, même s'il a essayé maintes fois d'arrêter,
15:23comme aussi une part de sa liberté.
15:25Et quant au vin, il aime tellement le vin
15:28qu'il a fini par acheter des parcelles de vignes dans le Roussillon.
15:31Il a plein d'autres passions.
15:33Il aime la corrida, il aime le vin, il aime la bonne chair,
15:37et il aime les faucons.
15:39Il aime la chasse et les faucons.
15:40Et il va chasser avec ses faucons.
15:42Il a chassé beaucoup dans l'Avénois, sa région d'origine.
15:47Fin 2017, Éric Dupond-Moretti vit le procès le plus difficile de sa carrière.
15:51Il défend le frère du terroriste Mohamed Merah, Abdelkader Merah,
15:55qui était accusé d'avoir aidé son frère à préparer les tueries de Toulouse et Montauban.
15:58Il sera condamné en première instance à 20 ans de prison et 30 ans ensuite en appel.
16:03Comment se déroule ce procès pour Éric Dupond-Moretti ?
16:06L'ambiance est très lourde, les familles de victimes sont là.
16:10Et lui, il défend le frère d'un terroriste.
16:13Donc beaucoup de gens, sans doute, pensent qu'on adhère à la cause de la personne qu'on défend.
16:19Évidemment, ce n'est pas le cas.
16:20Un jour, la mère d'Abdelkader Merah et de Mohamed Merah est entendue devant la cour des 6 ans.
16:25Je pense que l'audition de cette femme, Zulika Merah, qui dure trois heures, dont on ne peut rien tirer,
16:32dure tellement longtemps alors que celle de l'ancien directeur des services de renseignement a duré une demi-heure
16:37que Dupond-Moretti, ça l'énerve.
16:39Et il finit par dire aux avocats des partis civils qui la harcèlent de questions alors qu'il n'y
16:44a rien à en tirer,
16:45elle est aussi la mère d'un mort.
16:47Et là, ça provoque dans la cour d'assises une émotion extrêmement forte parmi les partis civils.
16:53Il y a le frère d'une des victimes qui se lève, qui sort de la cour d'assises en
16:58disant à Dupond-Moretti, vous êtes méchant.
17:01Et ça donnera lieu après le verdict à cet échange sur France Inter entre Éric Dupond-Moretti et le présentateur
17:07de la matinale, Nicolas Demorand.
17:08Vous ne trouvez pas ça obscène de le dire comme ça ?
17:10Pourquoi ce n'est pas une mère ?
17:11Devant les familles de victimes.
17:14Monsieur Demand, je ne sais pas si vous pensez réellement que c'est obscène ou si vous me posez la
17:19question pour me provoquer,
17:20mais je voudrais vous dire quelque chose.
17:23Je pense sincèrement que c'est obscène.
17:25D'accord, alors je vais vous répondre.
17:27Le chagrin des victimes ne peut pas être confiscatoire.
17:31Une mère, voyez-vous, même si elle met au monde un enfant qui est le dernier des derniers, peut avoir
17:35de la peine.
17:36Et que vous ne compreniez pas ça, ça m'étonne beaucoup.
17:39Ce qui est obscène, c'est de dénier à cette femme le fait qu'elle soit une mère.
17:43Ce n'est pas une vache qui a vélé, monsieur.
17:46Jamais dit ça.
17:46Votre question est obscène.
17:48Et je ne pensais pas que vous me la poseriez.
17:50Dupont-Moretti, ça le met vraiment très en colère.
17:53Lui pense que le crime, pour le plus grave, c'est un moment où l'avis de quelqu'un bascule.
18:00Il faut essayer de comprendre pourquoi.
18:02Et que tout le monde a droit à une défense, que ce soit le plus grand des chefs d'État
18:06ou le plus petit de ceux qu'il appelait les gitanos, les petites frappes.
18:14Cette année, début 2019, Eric Dupont-Moretti monte sur scène au théâtre à Paris, au théâtre de la Madeleine.
18:20Un spectacle qu'il joue ensuite en ce moment en région avec plusieurs dates.
18:23Ça s'appelle Eric Dupont-Moretti à la barre.
18:26À quoi ressemble son spectacle ?
18:27Son spectacle, c'est lui tout seul en scène.
18:30Il arrive en jean, chemise, avec sa robe sous le bras et une sacoche.
18:34Il y a une barre plantée au milieu de la scène, évidemment.
18:37On le voit beaucoup sillonner, la scène.
18:39Après, il raconte sa vie, son enfance, ses origines, sa passion de la défense.
18:45Mais aussi, comme il est un peu devenu une star, il parle aussi de son regard sur l'époque.
18:50Une époque où on sent qu'il n'est pas très heureux.
18:52Parce qu'il estime que c'est une époque moralisatrice, hygiéniste, où finalement les libertés reculent.
19:00Depuis 2016, Eric Dupont-Moretti vit avec la chanteuse québécoise Isabelle Boulay.
19:05Isabelle Boulay qui interprète sur scène une chanson qu'elle dédie à l'avocat, le garçon triste.
19:22Le jeune Eric Dupont-Moretti rêvait d'être dans le top 10 des pénalistes en France.
19:27Aujourd'hui, on peut dire qu'il est le meilleur ?
19:29Le meilleur, je ne sais pas, mais qu'il ait accompli son rêve, ça c'est certain.
19:34Il est devenu l'un des plus grands pénalistes français.
19:36Il est aussi connu que Jacques Vergès l'était en son temps, en version peut-être plus gentille.
19:42Il est devenu l'avocat avec un grand A.
19:50Merci à Pascal Aigret.
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