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20 personnes sont jugées depuis le lundi 8 septembre devant la cour d’assises spéciale. Code source revient sur les premiers jours d’une audience hors norme avec Pascale Egré et Timothée Boutry, journalistes au Parisien.


Dans cette vidéo : Le procès des attentats du 13 novembre 2015 s'est ouvert le mercredi 8 septembre à Paris. Une cour d'assises spéciale va juger 20 accusés, dont quatorze présents physiquement, pour leur participation présumée aux pires massacres perpétrés en France depuis la seconde guerre mondiale. Le procès devrait durer près de neuf mois il sera couvert au quotidien par le Parisien et nous allons aussi le raconter dans Code Source, au fur et à mesure, en y consacrant des épisodes régulièrement. Jusqu'au verdict nos reporters auront autant de temps que nécessaire pour nous faire vivre de l'intérieur ce procès historique. Les attentats du 13 novembre vont être jugés par une cour d'assises spécialement composée, comme pour toutes les affaires de terrorisme, par des magistrats professionnels pour éviter toute menace sur des jurés populaires. Une salle d'audience a été spécialement mise en place à Paris. Il fallait pouvoir accueillir suffisamment de personnes pour ce procès que l'on qualifie volontiers de hors norme. C'est vraiment le terme qui lui correspond le mieux puisque donc y'a 20 accusés 14 qui sont présents, mais il y a surtout au début du procès 1800 parties civiles qui sont constituées…


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie-Production : Clara Garnier-Amouroux, Timothée Croisan et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian


Archives : France Inter, France 24, France 3, Euronews, BFM TV, Europe 1.


#attentats #13novembre #proces

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le procès des attentats du 13 novembre 2015 s'est ouvert le mercredi 8 septembre à Paris.
00:18Une cour d'assises spéciale va juger 20 accusés, dont 14 présents physiquement,
00:23pour leur participation présumée aux pires massacres perpétrés en France depuis la Seconde Guerre mondiale.
00:29Le procès devrait durer près de neuf mois, il sera couvert au quotidien par le Parisien
00:33et nous allons aussi le raconter dans Codesources au fur et à mesure,
00:37en y consacrant des épisodes régulièrement jusqu'au verdict.
00:42Nos reporters auront autant de temps que nécessaire pour nous faire vivre de l'intérieur ce procès historique.
00:49Premier épisode aujourd'hui avec Pascal Aigret et Timothée Boutry du service police-justice du Parisien.
01:06Timothée Boutry, vous étiez où le soir du vendredi 13 novembre 2015 ?
01:10Comme tous les Français, je me souviens exactement de cette soirée.
01:13Je dînais chez moi avec un ami et puis on a commencé à recevoir des messages, des alertes.
01:18Et puis on est sortis.
01:20Moi je suis parti en reportage.
01:23Je me suis rendu près des terrasses du Petit Cambodge et du Carillon.
01:26Il y avait déjà un périmètre de sécurité qui avait été établi,
01:29donc je n'ai pas pu me rendre exactement sur les lieux de ce carnage.
01:33J'étais plutôt au niveau de l'hôpital Saint-Louis,
01:35mais on avait déjà en pleurs devant l'hôpital.
01:38J'ai aussi vu tous les soignants qui arrivaient par vague
01:41pour rejoindre l'établissement où ils ont opéré pendant toute la nuit.
01:45On essayait d'avoir des informations sur ce qui se passait,
01:48par téléphone, par les gens qui étaient là.
01:50Et finalement j'ai terminé la soirée au PC de l'Elysée,
01:55en fait juste en face de l'Elysée avec beaucoup de journalistes.
01:57On a attendu toute la nuit d'avoir des informations un peu plus consolidées
02:01sur ce qui se passait cette soirée-là.
02:02Et vous, Pascal Aigré ?
02:03Ce soir-là j'étais au journal, c'était un vendredi tranquille.
02:07On s'apprêtait à partir vers 21h et puis en fait on traînait un peu
02:12parce qu'on était nombreux au service police-justice.
02:14Le Parisien était à l'époque encore à Saint-Ouen,
02:16donc pas très loin du Stade de France.
02:17Et en fait les premières informations nous sont parvenues par des journées sportives
02:21qui étaient à l'intérieur, dans l'enceinte du Stade de France.
02:25En moins d'une demi-heure, on a eu des informations qui partaient dans tous les sens.
02:30Et ce soir-là, moi je ne suis pas allée sur le terrain,
02:32mais j'ai coordonné mes confrères qui y étaient.
02:36J'en ai réveillé d'autres.
02:37J'ai essayé aussi de recouper les informations avec tout ce qui nous parvenait,
02:42ce qui était extrêmement compliqué.
02:43Et on a passé la nuit à travailler en fait.
02:50A l'approche de ce procès, près de six ans plus tard,
02:52vous avez commencé à préparer vos avant-papiers il y a plusieurs mois avant l'été.
02:57Comment est-ce que les victimes, les familles de victimes et les avocats des partis civils ont abordé ce procès
03:02?
03:02Ce procès, je pense qu'ils l'ont tous abordé avec un mélange d'impatience,
03:06parce qu'ils l'attendaient depuis longtemps, depuis plus de cinq ans, et d'angoisse.
03:11Après, en général, ce qu'ils attendent, c'est d'essayer de comprendre.
03:14De comprendre pourquoi, notamment, de jeunes français ou des jeunes de leur âge,
03:17ont tiré sur eux, ont tiré sur des proches.
03:21C'est un petit peu cette attente-là, en fait, qui ne sera pas forcément satisfaite, mais qui les anime.
03:26Timothée Boutry, parmi les questions qu'on se pose avant le procès,
03:29il y a l'attitude qu'adoptera le seul membre des commandos terroristes encore en vie, Salah Abdeslam.
03:34Et déjà, va-t-il se présenter à l'audience ?
03:37C'est la première interrogation, parce que pendant l'instruction, Salah Abdeslam n'a quasiment rien dit.
03:41Il s'est exprimé juste après son interpellation en Belgique, en mars 2016,
03:45et ensuite, il a quasiment systématiquement refusé de répondre à toutes les questions du juge d'instruction.
03:50Donc, évidemment, principale question, est-ce qu'il va être là ?
03:53Est-ce qu'il va parler ? Est-ce qu'il va venir dans la salle d'audience ?
03:56Parce qu'il était prévu qu'il soit extrait de force de sa prison, si jamais il refusait.
04:00En revanche, il est impossible de le faire monter dans la salle contre son gré.
04:03Donc, voilà, c'est déjà la première question qu'on se pose avant le début de ce procès.
04:06Les attentats du 13 novembre vont être jugés par une cour d'assises spécialement composée,
04:12c'est-à-dire, comme pour toutes les affaires de terrorisme, par des magistrats professionnels,
04:16pour éviter toute menace sur des jurés populaires.
04:20Timothée Boutry, une salle d'audience a été spécialement mise en place à Paris.
04:25Il fallait pouvoir accueillir suffisamment de personnes pour ce procès,
04:29que l'on qualifie volontiers de hors normes.
04:31C'est vraiment le terme qui lui correspond le mieux,
04:33puisque, donc, il y a 20 accusés, 14 qui sont présents.
04:37Mais il y a surtout, au début du procès,
04:391 800 parties civiles qui sont constituées.
04:41On prévoit 330 avocats.
04:43Et il fallait une salle à la mesure de ce procès.
04:46Il n'y a pas de salle qui était existante en France jusque-là.
04:50Très vite, l'idée a été de construire quelque chose au sein du palier de justice
04:54pour qu'on garde cet aspect solennel, en fait.
04:56Et donc, il y a une immense salle qui a été construite dans la salle des pas perdus
05:00du lieu de palier de justice de Paris sur l'île de la Cité,
05:02qui peut accueillir 550 places.
05:04Donc, c'est la plus grande jamais construite en France.
05:06Et c'est extrêmement réussi.
05:08À la fois, c'est très propre, très moderne.
05:10Il y a des écrans partout.
05:11Il y a une régie.
05:13Et en même temps, il y a ce côté solennel de l'enceinte judiciaire.
05:16Donc, voilà, tout le monde est extrêmement satisfait du résultat de cette salle d'audience.
05:20Concrètement, Pascal Aigré, comment va se dérouler ce procès, cette très longue audience ?
05:23Cette très longue audience est prévue sur près de neuf mois.
05:27C'est-à-dire qu'on attend le verdict aux alentours du 24-25 mai.
05:31Le choix de la Cour et du Président a été de démarrer les audiences à partir de midi et demi,
05:37notamment pour faciliter les extractions, pour permettre aussi aux avocats de gérer leur cabinet le matin.
05:44À la Cour, également, je pense, de travailler avant les audiences.
05:49Voilà. Après, c'est un procès qui va fonctionner par séquence.
05:52C'est-à-dire que là, on a commencé un peu par l'enquête du départ, avec les témoignages de
05:56policiers.
05:57On va continuer presque tout le mois d'octobre par les témoignages des partis civils,
06:02que ce soit les rescapés, les proches des victimes.
06:06Après, à partir de janvier, vont commencer les interrogatoires des accusés sur les faits.
06:10Le procès des attentats du 13 novembre va s'ouvrir le 8 septembre à la mi-journée.
06:19Hélène Philippe pour le journal. Bonsoir Hélène.
06:21Bonsoir à tous. Le poids de l'histoire pèse sur l'île de la cité, aujourd'hui, en plein cœur
06:26de Paris.
06:27C'est un véritable marathon judiciaire qui va donc démarrer aujourd'hui à Paris.
06:31C'est un procès hors normes qui va s'ouvrir ce mercredi.
06:36Timothée Boutry, décrivez-nous l'ambiance avant le début du procès dans l'ancien palais de justice de Paris.
06:42Déjà, il y a des conditions de sécurité drastiques qui ont été mises en place.
06:46On ne peut pas passer devant le palais de justice, ni longer les quais.
06:49C'est extrêmement conséquent. Il y a beaucoup de forces de police.
06:53Après, pour accéder à la salle d'audience, ça a été extrêmement bien préparé.
06:58Il y a des circuits qui ont été mis en place.
07:00Et ensuite, on accède finalement à cette salle d'audience.
07:03Il y a une atmosphère de cocon qui se dégage.
07:06C'est-à-dire que le procès se déroule quasiment dans une aile.
07:09Tous les gens qui gravitent autour de la salle d'audience savent qu'ils vont couvrir cette audience
07:14qui s'annonce évidemment éprouvante.
07:16Et donc, il y a un climat un peu ouaté, une bienveillance qui règne autour de cette salle d'audience.
07:23Et tout a été fait pour éviter l'écho de journalistes qu'on voit souvent ou presque à chaque fois
07:28pendant les procès très médiatisés.
07:29Il y a des cordons qui ont été mis en place pour tout ce qui est presse et audiovisuel.
07:32Donc ça, c'est extrêmement bien respecté.
07:34Et surtout, ce qui a été mis en place, c'est un code couleur sur les badges.
07:39Parce que tout le monde porte un badge d'accréditation.
07:42La presse, c'est orange par exemple.
07:44Mais pour les parties civiles, elles ont le choix entre soit mettre un cordon rouge ou un cordon vert.
07:49Vert, ça veut dire je suis prêt à répondre à vos questions.
07:51Et rouge, je ne souhaite pas être interviewé.
07:53Et ça, c'est vraiment une idée qui a été mise en place par la préjudiciaire et qui s'avère
07:57excellente.
07:58Et qui rassure à la fois les parties civiles et qui permettent de conserver une ambiance sereine autour de cette
08:03audience.
08:05Le mercredi 8 septembre, à 13h17 précisément, le président de la Cour d'Assise ouvre le procès.
08:11Jean-Louis Perriès prononce ses mots.
08:14L'audience criminelle est ouverte.
08:16Veuillez vous asseoir.
08:18Et là, c'est le coup d'envoi de ce procès tant attendu.
08:22Au moment où Jean-Louis Perriès prononce ses mots, il règne un silence total.
08:27J'ai pensé à presque un silence religieux.
08:31On sent tout le monde extrêmement concentré.
08:33À ce moment-là, la salle est plutôt remplie de robes noires,
08:36notamment des avocats des parties civiles.
08:38Et les parties civiles sont plutôt au fond.
08:41Il n'y en a pas beaucoup à ce moment-là.
08:45Rapidement, le principal accusé, Salah Abdeslam, s'exprime.
08:49Parce que le président procède à ce qui se produit toujours lors d'un procès criminel,
08:54ce qui est l'interrogatoire d'identité.
08:57C'est-à-dire qu'on demande à chaque accusé pour vérifier son nom, son prénom,
09:02le nom de ses parents, son âge et son adresse, etc.
09:05Les accusés ont été placés par ordre alphabétique dans le box.
09:09Ce choix très pragmatique fait qu'on commence par Salah Abdeslam.
09:14On aperçoit un homme aux cheveux noirs mi-long, un peu tombant sur la nuque.
09:20Derrière son masque, on voit qu'il a une barbe.
09:23C'est un homme qui, semble-t-il, a fait de la musculation en prison.
09:27Et il a le teint très pâle.
09:30Il est vêtu également d'un t-shirt noir manche courte ce jour-là.
09:36Donc il se lève, il ôte son masque et il dit
09:38« D'abord, je tiens à témoigner qu'il n'y a pas de divinité à part Allah
09:42et que Mohamed est son serviteur. »
09:44Ensuite, le président, peu déstabilisé, lui dit « Oui, oui, on verra ça plus tard. »
09:49Et lui demande le nom et le prénom de ses parents.
09:52Il dit « Le nom de mes parents n'a rien à faire dans cette audience. »
09:56Ensuite, il lui demande sa profession.
09:58Et là, ça va faire frémir la salle.
10:01Salah Abdeslam dit « J'ai délaissé toute profession pour devenir un combattant de l'État islamique. »
10:06Que répond le président ?
10:08Il regarde sa feuille et il répond « Moi, j'avais comme profession intérimaire. »
10:15Timothée Boutry, à part Salah Abdeslam, qui sont les autres principaux accusés ?
10:18Il y a notamment Mohamed Abbrini, qui est très proche de Salah Abdeslam,
10:23qui est le fameux homme au chapeau des attentats de Bruxelles.
10:26Il avait renoncé à faire sauter sa valise remplie d'explosifs.
10:30Et lui, il a accompagné tous les membres du commando le soir du 12 novembre,
10:34quand ils sont partis de Belgique vers Paris.
10:36Il a lui-même appelé ça le convoi de la mort.
10:38Et lui, il est reparti en Belgique.
10:39Alors, on ne sait pas vraiment pourquoi il ne s'est rien passé le 13 novembre.
10:43Il lui dit qu'il était là juste pour accompagner ses amis.
10:45On peut en douter.
10:46Il y a également un homme qui s'appelle Osama Krajem,
10:48qui avait été, comme les autres membres des commandos, projeté depuis la Syrie.
10:52C'était un cadre de l'État islamique.
10:54Et lui, le soir du 13 novembre, avec un autre accusé,
10:58il s'est rendu à Amsterdam, à l'aéroport de Schiphol.
11:01Sachant qu'on a retrouvé dans l'ordinateur des terroristes un sous-dossier Schiphol,
11:05l'accusation est assez persuadée qu'il devait y avoir un acte terroriste ce jour-là à Amsterdam.
11:10Pourquoi ça n'a pas eu lieu, on verra, mais il devra sans doute s'en expliquer.
11:14Et il y a également dans le box des gens qui ont participé à l'allocation des véhicules,
11:20à l'allocation des planques, de la cellule.
11:22Donc on a vraiment un box de très haut niveau par rapport aux faits qui vont être jugés pendant neuf
11:27mois.
11:28Après l'interrogatoire d'état civil, le président Jean-Louis Perriès se lance dans un propos d'introduction du procès.
11:34Et il revient sur les qualificatifs utilisés par les journalistes pour qualifier ce procès historique, hors normes.
11:41Ce sont des termes employés par les journalistes, mais que lui-même reprend à son compte d'ailleurs.
11:45Il dit effectivement hors normes, il dit c'est effectivement hors normes, on n'a pas l'habitude,
11:49c'est le plus grand procès jamais réalisé en France.
11:52Mais en même temps, il dit ça reste un procès d'assises et le but de réintroduire la norme.
11:58Il faut garder le cap, on est là pour juger des accusés, les confronter à des faits,
12:02on va en débattre de manière concrédictoire et que voilà, on n'est pas là pour faire de la sociologie,
12:08de l'histoire,
12:08mais on va faire du droit, du droit pénal, un procès d'assises.
12:10Et je serai le garant de ça et il dit je sais vous faire confiance.
12:13Après cela, toujours en cette première journée d'audience, débute l'appel des parties civiles.
12:18Il faut recenser et déterminer les hommes et les femmes qui seront officiellement considérés comme victimes.
12:23Toutes les 1800 parties civiles qui s'étaient déjà constituées doivent réaffirmer qu'elles se constituent parties civiles.
12:28C'est-à-dire que sans doute sur les 1800, certaines ne le sont peut-être plus,
12:31mais là la majeure partie l'était, c'est aussi pour ça que ça a pris du temps.
12:35Concrètement, ça donne des appels par ordre alphabétique du nom de leur avocat.
12:38Donc on a une avocate qui s'avance à la barre et qui est dit je confirme la constitution de
12:42parties civiles de tel, tel, tel, de tous ses clients.
12:44Tout cela prend évidemment plusieurs heures. En fin de journée, l'un des accusés fait un malaise.
12:49Il y a une interruption d'une petite demi-heure. Et à la reprise, ses avocats disent
12:54« Voilà, notre client souffre un peu de dépression, il est dans des conditions de détention qui sont extrêmement dures,
13:01il est à l'isolement depuis son incarcération, nous avons fait un recours. »
13:06Mais il faut bien voir les conditions, les fouilles, c'est extrêmement difficile.
13:09Et à ce moment-là, Salah Abdeslam se lève et prend la parole pour dire
13:14« Ça fait six ans qu'on est traité comme des chiens, ici c'est beau, il y a des
13:17écrans plats, il y a la clim,
13:18mais il faut voir les conditions dans lesquelles on est incarcéré. »
13:21Et là, le président lui dit « Je suis venu vous voir en détention, je sais comment vous êtes installés.
13:26»
13:26Salah Abdeslam reprend, il dit « Voilà, on est maltraité, on est traité comme des chiens, je ne me suis
13:31jamais plaint,
13:32mais après, vous devrez rendre des comptes. »
13:35Et le président lui dit « Attendez, non, là on est dans un autre registre,
13:38on est dans un tribunal démocratique et pas dans un tribunal ecclésiastique. »
13:42Et là, le président lui dit « Asseyez-vous maintenant, il coupe le micro et ça reprend. »
13:47L'appel des partis civils prend de longues heures, en fin de journée, il faut l'interrompre,
13:51ce sera poursuivi le lendemain.
13:52Pascal Aigret, comment réagissent les associations de victimes à cette toute première journée d'audience ?
13:58Tout le monde constate, et les associations de victimes en premier, que tout a été extrêmement fluide.
14:04La seconde impression, c'était une journée d'émotion.
14:08« En tant que mère d'un jeune garçon de 24 ans assassiné à la belle équipe, Victor, évidemment ça
14:15me fait mal.
14:16En tant que vice-présidente d'association, j'ai deux casquettes ici, on n'en attendait pas plus. »
14:22Et puis, la dernière chose, c'est un petit peu, pas vraiment de la déstabilisation,
14:26mais une interrogation sur cet accusé, Salah Abdeslam, qui prend beaucoup la parole,
14:31alors qu'il s'était tué pendant cinq ans et elle se demande comment il va se comporter par la
14:37suite.
14:38« C'est un assassin, on aimerait qu'il reconnaisse son crime, mais il ne le fera pas et on
14:43ne veut pas lui être redevable.
14:44Et puis, on a tellement de mépris pour lui que finalement, ça ne nous touche pas tant que ça. »
14:54Le jeudi 9 septembre, l'appel des partis civils reprend.
14:58Timothée Boutry, il y a un débat sur les personnes morales, les entreprises qui ont été touchées par les attentats
15:04du 13 novembre.
15:05« Oui, c'est le parquet national antiterroriste qui, d'emblée, met le sujet sur la table.
15:09Ils avaient envoyé une note quelques jours avant le début de l'audience.
15:12Et donc là, ça concerne la ville de Paris, la ville de Saint-Denis et notamment aussi le Bataclan et
15:20les cafés qui ont été victimes des fusillades.
15:23Et là, ça déclenche tout de suite une réaction de l'avocate du Bataclan qui dit
15:27« Non mais c'est politiquement désastreux de mettre ça sur la place dès le début,
15:31mais on ne peut pas imaginer que le procès des attentats du 13 novembre se fasse sans que le Bataclan
15:38soit représenté. »
15:39Et donc, on saura ça plus tard ?
15:40Alors, il y a un débat qui a commencé à s'engager et le débat aura vraiment lieu et sera
15:46tranché le 4 octobre.
15:47Et concernant les personnes physiques, la Cour va aussi devoir déterminer quels sont les hommes et les femmes reconnus officiellement
15:53ou non partis civils, Pascal Aigret.
15:55On a vu lors de la deuxième journée d'audience des personnes arriver, traverser cette longue salle d'audience, ce
16:03couloir,
16:03sous le regard des accusés dans le box et venir à la barre dire « Voilà, moi je voudrais me
16:08constituer participative. »
16:09Il y a eu des personnes qui sont venues pour lesquelles c'est compliqué, notamment le cas d'un policier
16:15qui n'était pas en service ce soir-là,
16:16mais qui est venu expliquer qu'il était arrivé et que des coups de feu retentissaient encore, c'était sur
16:21une des terrasses du 11e arrondissement,
16:24et qu'il est intervenu tout de suite sur la scène de crime pour aider les blessés.
16:30Lui expliquait qu'il était toujours en arrêt de travail depuis, mais là encore, le parquet a expliqué qu'il
16:37faisait partie,
16:38alors c'est un terme terrible, mais de ce qu'ils ont appelé les témoins malheureux,
16:42c'est-à-dire des gens qui n'avaient pas été directement visés par les tirs des terroristes, mais qui
16:46étaient arrivés juste après.
16:48Donc là, c'est quand même quelque chose de très compliqué sur lesquels il y aura forcément débat.
16:52Et eux, a priori, ne sont pas considérés comme victimes ?
16:54Au moment de l'instruction, ils ne l'étaient pas. Après, la cour d'assises, elle, peut faire un autre
16:59choix,
17:00suivant le moment où ils sont arrivés. Est-ce que, effectivement, ce policier disait que les coups de feu continuaient
17:06et la voiture des terroristes est repartie, il les a vues ? Donc là, quand même, c'est un cas
17:10sur lequel il peut y avoir débat.
17:12À ce moment-là, alors qu'on parle de qui est ou non considéré comme victime aux yeux de la
17:17justice, Salah Abdeslam intervient.
17:20Oui, une nouvelle intervention intempestive de Salah Abdeslam, puisqu'on ne lui a pas donné la parole.
17:25Il se lève et il dit « Oui, mais les victimes, il y en a aussi eu en Syrie. Est
17:30-ce qu'on va en parler de celles-là ? »
17:31Voilà, il fait évidemment référence aux victimes des bombardements de la coalition,
17:36ce qui est un argumentaire permanent de l'État islamique.
17:39Alors, il y a effectivement eu des victimes civiles des bombardements.
17:42Le président lui dit « Non, mais attendez, ce n'est pas ce débat-là aujourd'hui. »
17:46Et Salah Abdeslam continue et va parler du fond du dossier, en fait.
17:51Il va dédouaner trois des accusés au procès, qui sont les trois personnes qui l'ont aidé à revenir de
17:58Paris le soir du 13 novembre.
18:00Il y en a deux qui sont venus le chercher à Paris et qui l'ont remis à un troisième
18:03à Bruxelles.
18:03Il va dire « À Molenbeek, le quartier de Bruxelles où j'ai grandi, il y a beaucoup de générosité.
18:09Ces gens-là, ils ne savaient pas, ils m'ont aidé et ils sont en prison, ils sont poursuivis dans
18:13ce procès. »
18:13Et là, le président lui dit « Non, mais attendez, ce n'est pas le sujet, ce n'est pas
18:17le fond du dossier.
18:18Le moment venu, vous, vous exprimerez. »
18:20Mais il lui dit « Pendant cinq ans, vous n'avez rien dit pendant l'instruction. »
18:24Sous-entendu, c'était peut-être plus tôt aussi qu'il fallait parler.
18:26Mais donc, nouvelle Saïd, un Salah Abdeslam qui, manifestement, a envie de parler.
18:32C'est quand même un enseignement assez important de ces trois premiers jours d'audience.
18:37Est-ce qu'il y a des réactions dans la selle ?
18:38Personne n'a envie de se focaliser absolument sur Salah Abdeslam.
18:42Parce qu'il y a lui, mais il y en a d'autres.
18:44Mais en même temps, c'est un événement important.
18:47Donc, même nous, journalistes, on se pose la question.
18:49Mais on ne peut pas faire abstraction de ces prises de parole.
18:52Parce qu'on est là pour chroniquer, raconter ce qui se dit au procès.
18:54Et il est un acteur de ce procès.
18:57Après, il faut, je pense, le traiter à sa juste mesure.
19:00Comme le fait d'ailleurs le président, qui ne se laisse absolument pas démonter.
19:04Qui le reprend vertement, lui coupe la parole, lui coupe le micro, lui dit « taisez-vous ».
19:08Voilà, donc, il va falloir voir comment, pendant neuf mois, il va se comporter.
19:13Mais le fait est que c'est un acteur important de ce procès,
19:15qu'il a décidé de prendre tout de sa part.
19:17Et ça, c'est quand même satisfaisant.
19:19D'un point de vue criminel, judiciaire, on est là pour faire le procès des accusés.
19:24Et c'est quand même beaucoup mieux quand les accusés s'expriment.
19:29Pascal Aigret, le lendemain, le vendredi 10 septembre,
19:31le président de la cour d'assises spéciale, va lire le rapport de synthèse de l'acte d'accusation,
19:37un résumé de l'affaire qui est jugé.
19:39En l'occurrence, comme le dossier est énorme, c'est un exercice qui va prendre énormément de temps.
19:44Il a prévu 8 heures et ça prendra sans doute beaucoup plus de temps au moment où ça démarre.
19:47La première chose qui est frappante, c'est qu'il plonge la cour d'assises directement dans la soirée du
19:5213 novembre.
19:52Et il continue par une chronologie qui est frappante parce que là, on rentre dans les 37 minutes des attaques.
20:00C'est-à-dire, c'est quasi simultané.
20:02Ça commence au Stade de France à 21h16 et ça continue comme ça.
20:06C'est rythmé jusqu'à la troisième explosion du Stade de France.
20:10Entre-temps, il y a le Bataclan où ça démarre à 21h47.
20:12On est tout de suite replongé dans cette soirée-là.
20:16Et la seconde chose qu'il va faire d'emblée, c'est scène de crime par scène de crime.
20:21Il va détailler ce qui s'est passé.
20:24Et à chaque fois, sur chaque scène de crime, il va lire en donnant leur nom, leur prénom, leur âge
20:31et le lieu où ils sont morts,
20:34les noms des victimes tuées par les terroristes ce soir-là.
20:39Ça provoque dans la salle, à chaque fois que les noms des victimes tuées sont énoncés, une émotion intense en
20:47fait, mais qui saisit tout le monde.
20:49Et évidemment, a fortiori, les parties civiles qui sont venues extrêmement nombreuses ce jour-là parce qu'elles considèrent que
20:54c'est le véritable début du procès.
20:56Et donc, il y a des parents, une maman qu'on voit sangloter parce qu'elle a entendu le nom
21:02de son fils, des gens qui s'enlacent, qui se prennent la main, des avocats de parties civiles qui viennent
21:07s'asseoir aux côtés de leurs clients.
21:09C'est extrêmement émouvant.
21:11Timothée Boutry, après ça, vous parlez avec un rescapé.
21:13Et il m'expliquait, c'est un rescapé du Bataclan, c'était hard, on est vraiment rentré dans le cœur
21:18du sujet.
21:19Et il me dit, moi, en même temps, en entendant tous ces noms, ça fait sens pour moi d'être
21:24là.
21:24Je sais pourquoi je suis là.
21:26Je suis là aussi pour représenter les morts et ceux qui ne sont plus là et un peu porter leur
21:30parole aussi.
21:32On prend tout de suite la mesure de l'horreur et de l'intensité que ça va être pendant neuf
21:37mois.
21:53Timothée Boutry, Pascal Aigret, vous allez couvrir ce procès pendant neuf mois avec notamment Louise Colcombet.
21:59Vos articles sont à lire sur leparisien.fr.
22:02Et comme je le disais au début dans le générique, on va aussi raconter ce procès dans Code Source.
22:07Nous ferons des podcasts au fur et à mesure pour vous permettre de suivre en détail l'audience.
22:13Et nous écouterons aussi des témoignages de rescapés afin qu'ils nous disent comment ils vivent ce procès.
22:19Merci d'être fidèles à Code Source, le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
22:24Pour ne rater aucun épisode, abonnez-vous sur n'importe quelle application audio.
22:28Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou, Thibaut Lambert et Timothée Croisan.
22:34Réalisation, Julien Moncouquiol.
22:36Vous pouvez nous suivre sur Twitter, at Code Source.
22:39Et puis n'hésitez pas à nous écrire directement pour nous faire vos retours.
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