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A l’automne 1995, à Djibouti, le corps de Bernard Borel, juge, est retrouvé sans vie. L’enquête conclut à un suicide. Mais quatre ans plus tard, un ancien officier de l’armée djiboutienne fait d’incroyables révélations sur la mort du juge Borrel. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clara Garnier-Amouroux, Anaïs Godard et Thibault Lambert- Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : Audio Network
Archives : INA. Documentation.
Cet épisode de Crime story a été préparé en puisant dans les archives du Parisien, avec l'aide de nos documentalistes ainsi que les ressources suivantes : Le Parisien, Le Figaro, Le Monde, l’émission On n’est pas couchés, le podcast “La Quête d’Elisabeth Borrel : à la recherche de la vérité, France Culture et Mediapart.
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Chapitres :
0:00 - La disparition du juge Bernard Borel à Djibouti
8h46 - L’enquête officieuse d’Elisabeth Borel et les doutes
18:32 - Le combat pour la vérité et la condamnation de l’État français
#crimestory #truecrimepodcast #borrel #djibouti
A l’automne 1995, à Djibouti, le corps de Bernard Borel, juge, est retrouvé sans vie. L’enquête conclut à un suicide. Mais quatre ans plus tard, un ancien officier de l’armée djiboutienne fait d’incroyables révélations sur la mort du juge Borrel. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.
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NewsTranscription
00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:10Des aveux, 33 ans après.
00:12Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:15Des hommes qui a voulu ont tiré sur les mariés.
00:17Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service polyjustice du Parisien, Damien Delsenie.
00:31Bonjour, Damien.
00:32Bonjour, Claudia.
00:33Aujourd'hui dans Crime Story, Bernard Borel, un juge assassiné.
00:37Une affaire qui pourrait servir de scénario à un polar, avec comme décor Djibouti, une enquête bâclée et la raison
00:45d'état omniprésente dans ce dossier.
00:49Mercredi 18 octobre 1995, à Djibouti, vers 23h30.
00:54Elisabeth Borel, 38 ans, commence à s'inquiéter.
00:58Il se fait tard et son mari, Bernard Borel, 40 ans, n'est toujours pas rentré chez eux.
01:04À 17h, il est passé à la maison pour amener les enfants de leur cours de catéchisme,
01:09puis il est reparti pour une réunion qui devait s'étirer dans la soirée.
01:13Mais à cette heure-là, ça devrait largement être terminé.
01:19Djibouti est un petit pays situé sur la corne de l'Afrique.
01:22C'est là qu'un an et demi plus tôt, au mois d'avril 1994, la famille Borel a posé
01:35ses valises.
01:36Bernard Borel, diplômé de la prestigieuse École nationale de magistrature, a été procureur à Lisieux, dans le Calvados.
01:43Sa femme, Elisabeth Borel, a fait la même école que lui.
01:47Ils se sont rencontrés en Ardèche, à Privat, 12 ans plus tôt, en 1982.
01:52Bernard Borel venait de sortir major de sa promotion de l'ENM et de prendre ses fonctions de substitut du
01:57procureur.
01:58Elisabeth Borel, elle, commençait l'école et effectuait un stage pour lequel elle était dans le même bureau que lui.
02:04Trois ans plus tard, ils se marient et ils ont par la suite deux fils, Louis-Alexandre et François-Xavier.
02:11Bernard Borel est un énorme travailleur.
02:14En 1988, il est nommé à Lisieux dans un tribunal particulièrement sinistré qu'il remet à jour.
02:20Sa prochaine mission doit être à Lens, dans l'Aisne, au sein d'un tribunal tout aussi sinistré et dans
02:25lequel il n'y a pas eu de magistrat depuis deux ans.
02:28La tâche est colossale, il le sait, et après tous les efforts déployés à Lisieux, il n'a pas vraiment
02:33envie de recommencer.
02:35Dès 1991, Bernard Borel apprend qu'un poste se libère pour aller travailler comme magistrat détaché auprès du ministère de
02:42la justice djiboutien.
02:44C'est dans le cadre d'une convention de coopération judiciaire, c'est-à-dire que la France se propose
02:49d'envoyer un de ses magistrats pour aider Djibouti à réformer le code de procédure pénale.
02:54Ce nouveau code prévoit entre autres la suppression de la peine de mort et la pénalisation de l'excision.
03:00Voilà qui donne davantage envie que Lens au juge Borel.
03:05De son côté, Elisabeth est en poste comme juge d'application des peines.
03:09Elle adore ce métier, mais en contact direct avec les détenus, elle a déjà été agressée trois fois et commence
03:15à fatiguer.
03:16Pour le couple, l'opportunité professionnelle à Djibouti semble très bien tomber.
03:21Il faut attendre encore trois ans pour que leur projet voit le jour.
03:25En 1993, le juge Borel est nommé et quelques mois plus tard, la famille déménage à plus de 5000 kilomètres.
03:37Djibouti est un pays issu d'un territoire fabriqué par la colonisation française qui a pris son indépendance moins de
03:4220 ans plus tôt, en juin 1977.
03:45Sa position stratégique, juste en face de la péninsule arabique, lui a donné une place de choix.
03:50Dans l'expansion militaire de la France.
03:52L'armée y installe une de ses bases militaires les plus importantes à l'étranger.
03:56Et chaque année, elle paye cher pour la conserver en l'état.
04:00A Djibouti, Elisabeth Borel ne travaille pas et décide de s'occuper d'un club de peinture sur porcelaine.
04:06Bernard Borel, lui, est donc conseiller technique auprès du ministère de la justice djiboutien.
04:11Mais il est aussi amené régulièrement à assister le juge français, Roger Leloire, qui mène une instruction sur le territoire
04:18djiboutien depuis Paris.
04:23Damien, le juge Roger Leloire est chargé des procédures impliquant des Français victimes d'infractions à l'étranger.
04:30Oui, et là, plus spécialement, il enquête sur l'attentat du Café de Paris.
04:34Le Café de Paris, c'est un établissement du centre-ville de Djibouti, la capitale du pays,
04:39qui est connu pour réunir de nombreux Français expatriés sur place,
04:43et sur lequel une grenade avait été lancée en septembre 1990.
04:48Cet attentat, il avait causé la mort d'un enfant français de 6 ans.
04:52Il avait fait 17 blessés.
04:54On revient au mercredi 18 octobre 1995, donc.
04:58Elisabeth Borrell sent que quelque chose ne va pas.
05:00Il est tard, et son mari n'est toujours pas rentré.
05:03Oui, et surtout, elle ne parvient toujours pas à le joindre.
05:07Elle tente plusieurs choses, elle n'y arrive pas.
05:08Elle va contacter des amis, qui étaient d'ailleurs à la même réunion que celle de son mari,
05:13et qui vont lui dire qu'il ne s'est pas présenté à cette réunion.
05:16Et là, pour elle, il y a quelque chose qui ne va pas.
05:19Ce n'est pas du tout son genre, donc elle commence à paniquer, à prendre peur.
05:22Elle va appeler d'autres amis, d'autres connaissances qui vivent aussi à Djibouti,
05:26pour leur demander d'essayer d'en savoir un peu plus, d'avoir des nouvelles de son mari.
05:31Elle va aussi contacter, évidemment, les autorités françaises sur place, l'ambassade,
05:35mais aucune info, rien, en vain.
05:38Elle ne va pas dormir de la nuit, ça on peut le comprendre,
05:40elle n'a toujours pas de nouvelles de son mari,
05:42et elle va se dire qu'elle va repartir à sa recherche dès le lendemain matin, le jeudi 19 octobre.
05:48Mais ce matin-là, vers 9h, on sonne à la porte de l'appartement de la famille Borrell,
05:54c'est Élisabeth qui va ouvrir.
05:56Le consul de France se tient devant elle.
05:58Il va lui annoncer que le matin même, aux alentours de 7h20,
06:02deux gendarmes français qui patrouillaient à environ 90 km de Djibouti-Ville, la capitale,
06:08ont repéré un véhicule abandonné en haut d'une falaise.
06:11Ils se sont donc approchés et ils ont découvert au pied de la falaise le corps de son mari,
06:17Bernard Borrell, seulement vêtu d'un slip et d'un t-shirt, et en partie calciné.
06:23Le consul lui dit, un peu sèchement, qu'il s'est immolé par le feu et il quitte les lieux.
06:31Pour les autorités djiboutiennes donc, le juge s'est suicidé et il n'y a aucun doute.
06:37La rapide enquête conclut que la veille,
06:40Bernard Borrell s'est rendu sur ce parking en haut d'une falaise
06:43qui surplombe la baie et qu'on appelle en arabe le gouffre des démons.
06:47Il a garé son 4x4 Suzuki bleu, laissé son portefeuille dans la boîte à gants,
06:51il est sorti du véhicule, a enjambé la barrière de sécurité,
06:55déboutonné et retiré son short vert.
06:58Puis il a attrapé un jerrycan d'essence qu'il avait apporté.
07:01Il s'en est aspergé, a allumé un briquet et a dévalé la pente.
07:06Il s'est arrêté 15 mètres plus bas, freiné par un arbuste, en chien de fusil.
07:10Et il est mort, des suites de ses brûlures.
07:14Les semaines précédant ce drame, Bernard Borrell n'allait pas bien.
07:18Elisabeth le sait, elle était aux premières loges le soir,
07:21quand il lui disait ne pas arriver à dormir
07:23et regretter de ne pas passer plus de temps avec elle et leurs enfants.
07:28Il lui avait aussi dit qu'il aimerait lui parler davantage, mais qu'il ne le pouvait pas.
07:32Elisabeth Borrell l'avait questionné, mais sans réaliser, dira-t-elle ensuite, l'urgence de la situation.
07:38Le juge Bernard Borrell a laissé deux lettres à sa femme, qu'on a trouvées le matin même.
07:43Aucune n'annonce ou n'explique son geste, mais dans l'une d'elles,
07:47l'épouse du juge trouve une grosse somme d'argent en liquide, 50 000 francs djiboutiens.
07:52Dans le mot qui l'accompagne, son mari explique avoir retiré cet argent de leur compte commun
07:56et lui demande de le déposer sur un autre compte, à découvert, pour combler ce découvert.
08:02Compte tenu de tous ces éléments, Elisabeth Borrell a toutes les raisons de croire que son mari s'est bien
08:08suicidé.
08:10Dans les heures qui suivent la première annonce, on l'informe que le corps de Bernard Borrell est entièrement calciné
08:15et qu'elle ne pourra donc pas le voir.
08:17Dans le même temps, on lui remet son alliance.
08:20Elle est intacte.
08:21C'est contradictoire, Elisabeth Borrell demande comment ça se fait.
08:25On lui répond que l'alliance a été réparée avant de lui être restituée.
08:29La veuve ne relève pas.
08:31Pendant trois jours, elle et ses enfants sont gardés par des militaires à Djibouti
08:35avant de pouvoir rentrer en France comme elle le souhaite.
08:38Mais il faudra attendre trois semaines avant que le corps du juge Bernard Borrell soit rapatrié lui aussi.
08:46Damien, juste après qu'elle a appris la mort de son mari, un officiel français en poste à Djibouti
08:51a demandé à Elisabeth Borrell de mettre la main sur un document dans les affaires du juge.
08:57Oui, demande plutôt surprenante.
08:59Et cette demande, elle date de l'après-midi du jour même où elle a appris le suicide de son
09:03mari
09:04puisqu'à ce moment-là, on parle de suicide.
09:06Alors cet officiel français va expliquer à Elisabeth Borrell qu'il serait très fâcheux
09:10que ce document tombe dans les mains des autorités djiboutiennes,
09:14que ça compromettrait même la sécurité du chef des services de gendarmerie français installé dans le pays,
09:20un certain capitaine Offray.
09:22Elisabeth Borrell ne sait pas ce que contient ce document et pourquoi il est important.
09:26Non, puis on ne va pas trop lui donner de détails, on va lui dire juste que son mari en
09:30a un exemplaire
09:31qu'il faut absolument qu'elle le trouve pour le donner à la France, au pays.
09:35Elle ne sait pas si c'est une copie, un original, elle sait juste qu'elle doit le trouver,
09:39donc elle va le chercher.
09:40Mais elle ne va pas le trouver et surtout, elle ne connaît rien du contenu de ce document.
09:48De retour en France, Elisabeth s'installe à Toulouse avec ses enfants.
09:51Et c'est face à l'incapacité de répondre aux questions de la famille de son mari et de la
09:56sienne
09:56qu'elle commence à s'interroger vraiment.
09:59Que s'est-il passé ?
10:00Elle ne le sait pas.
10:02Ses parents lui apprennent qu'après la mort de Bernard,
10:04ils ont tout de suite envisagé de leur rejoindre pour l'épauler.
10:08Mais la préfecture a refusé de leur délivrer des passeports.
10:11Elisabeth se souvient aussi qu'avant de prendre l'avion pour rentrer en France avec ses enfants,
10:15elle a eu un bref échange avec un ambassadeur à Djibouti qui lui a dit, je cite,
10:20« En tout cas, ne cherchez pas, car vous risqueriez d'être déçus de votre mari. »
10:26Sur le moment, elle n'a pas réagi, mais a posteriori, elle trouve ça plus qu'étrange.
10:33Le samedi 4 novembre 1995, trois semaines après sa mort,
10:38Bernard Borel est inhumé dans le cimetière familial de Frousin,
10:41dans la banlieue proche de Toulouse, avec un certificat médical indiquant
10:45« mort accidentelle dont les circonstances restent à déterminer ».
10:50Pourtant, on avait dit à Elisabeth Borel qu'il y aurait une autopsie.
10:54Si ça a été le cas, comment se fait-il que le résultat ne soit pas encore connu ?
10:58Une demande d'autopsie a en effet bien été faite dans un premier temps par les enquêteurs Djiboutiens.
11:04Et puis finalement, un communiqué disant que Bernard Borel s'est suicidé
11:08est paru sans que cet examen ait été réalisé.
11:11Ni à Djibouti pour des raisons religieuses, dit-on, ni plus tard en France.
11:16Pour résumer, il n'y a en fait pas eu d'enquête.
11:21Tous ces éléments mis bout à bout et le premier choc de l'annonce passée,
11:25Elisabeth Borel doute de la version officielle qui lui a été servie concernant la mort de son mari.
11:30Elle en discute avec ses proches qui la rejoignent.
11:34Trop de zones d'ombre s'accumulent dans ce dossier.
11:37Elisabeth Borel fait alors jouer ses anciennes relations parmi les magistrats
11:41pour obtenir qu'une autopsie soit pratiquée sur le corps de son mari.
11:44La procédure prend des semaines, puis des mois,
11:47jusqu'à ce que la demande soit finalement accordée mi-février 1996,
11:52soit près de quatre mois après la mort de Bernard Borel.
12:00Damien, les résultats de cette autopsie sont rendus en février 1997,
12:05un an après l'examen.
12:07Un délai extrêmement long, anormalement long,
12:09et en plus, pour y avoir accès,
12:12Elisabeth Borel a dû porter plainte pour assassinat le 18 février 1997,
12:16ce qui lui permet de devenir partie civile,
12:18donc partie prenante, avoir accès au dossier judiciaire.
12:22C'est ainsi qu'elle va apprendre, en lisant le rapport d'autopsie,
12:25qu'il n'y a pas de traces de blessures par balle sur le corps de son mari,
12:28mais surtout qu'il n'y a pas non plus de suie dans ses voies respiratoires,
12:33ce qui devrait normalement être le cas lorsqu'on s'immole par le feu.
12:37Ça veut dire que Bernard Borel, il n'a pas respiré de fumée,
12:40donc il était mort avant que son corps ne soit immolé.
12:44Alors, si c'est un suicide, je veux bien qu'on me le prouve,
12:47dit-elle alors au Figaro dans une interview.
12:49Mon mari n'était pas dépressif,
12:50il y a beaucoup trop d'éléments troublants dans cette affaire,
12:54et j'ai le sentiment qu'on me cache quelque chose.
12:58Si on résume, pour la veuve du juge Borel,
13:01il y a essentiellement trois éléments troublants.
13:03Le premier, c'est qu'aucune autopsie n'a été pratiquée
13:07avant qu'elle en fasse la demande.
13:09Le deuxième, c'est le témoignage de deux pompistes
13:12d'une station-service située à la sortie de Djibouti,
13:15qui affirment, eux, avoir vu le magistrat le soir de sa disparition,
13:19vers 17h, à bord de sa voiture sujiqui bleue,
13:22mais eux précisent qu'il n'était pas seul,
13:25ils disent qu'il était avec un blanc.
13:27Cette personne, ce blanc, n'a jamais été retrouvé par les gendarmes,
13:30ni même, en réalité, personne ne l'a jamais vraiment cherché.
13:33Et le troisième élément qui pose problème,
13:35ce sont ces 50 000 francs qui ont été retirés par son mari
13:39pour être mis sur un autre compte.
13:41Le mardi 21 septembre 1999,
13:45la police judiciaire établit un rapport.
13:47Ce rapport dit que plus d'une cinquantaine de personnes
13:50a été entendue dans cette affaire
13:52et qu'aucun des témoins n'a été en mesure de fournir
13:55le moindre élément accréditant la thèse d'un homicide.
13:59Il est d'ailleurs écrit et ajouté dans un style
14:02assez pompeux et un peu particulier,
14:04parce qu'on semble un peu se moquer de Elisabeth Borrell
14:07et de sa thèse criminelle.
14:08Il est écrit, sauf à envisager l'existence
14:11d'un vaste complot politico-judiciaire.
14:14L'hypothèse de l'assassinat ne peut à ce jour
14:16être sérieusement retenue.
14:19Elisabeth Borrell en est là quand,
14:22quatre mois plus tard, le mardi 11 janvier 2000,
14:25un article paraît dans le Figaro.
14:27Une interview, plus précisément celle,
14:30d'un ancien officier supérieur de l'armée djiboutienne
14:33qui est alors exilée en Belgique
14:35et qui dit avoir des révélations à faire
14:38concernant la mort du juge Borrell.
14:43Le mercredi 19 octobre 1995,
14:46le corps de Bernard Borrell, magistrat français
14:49en poste à Djibouti,
14:50est retrouvé au pied d'une falaise,
14:52partiellement brûlée.
14:53La brève enquête conclut à un suicide
14:55et la veuve du magistrat, juge elle aussi,
14:58rentre en France avec leurs deux enfants.
15:00Mais quelques semaines plus tard,
15:02les premiers doutes sont là.
15:04Elisabeth Borrell pousse pour l'ouverture
15:05d'une information judiciaire
15:07pour recherche des causes de la mort
15:08et se porte partie civile
15:10afin d'avoir accès au dossier.
15:12Quatre ans et demi plus tard,
15:13en janvier 2000,
15:15elle apprend qu'un officier supérieur
15:16de l'armée djiboutienne,
15:17exilé en Belgique,
15:19a des révélations à faire
15:20concernant la mort du juge Borrell.
15:25Au mois de novembre 1999,
15:28les juges parisiens chargés de l'affaire
15:30sont Roger Leloire,
15:31qui enquête sur les morts de français
15:33à l'étranger,
15:33et qui était d'ailleurs en lien
15:35avec le juge Borrell
15:36pour un dossier d'attentat
15:37perpétré à Djibouti,
15:38et Marie-Paul Moracchini.
15:40Ils enquêtent sur la mort du juge Borrell
15:42depuis déjà plusieurs années
15:44et semblent tous les deux
15:45aussi s'orienter
15:46vers la thèse du suicide.
15:48Mais le mardi 11 janvier 2000,
15:50le journal Le Figaro
15:51affirme qu'un ancien officiel
15:53de la garde présidentielle de Djibouti,
15:55responsable de la sécurité
15:56du palais présidentiel,
15:58s'apprête à témoigner
15:59devant les autorités françaises
16:00de l'assassinat de Bernard Borrell.
16:03Réfugié à Bruxelles,
16:04avec sa femme et ses trois enfants,
16:06Mohamed Salé Aloumé Kani
16:07accepte de donner sa version
16:09aux parisiens
16:10avant d'être entendu
16:12par la justice française.
16:14L'histoire remonte
16:15au 19 octobre 1995,
16:17dit-il.
16:18A partir de 13h,
16:19tout le monde quitte le palais,
16:20les portes sont fermées
16:21et personne ne peut entrer.
16:24Quelques minutes plus tard,
16:25deux 4x4 sont arrivés.
16:27Le témoin détaille
16:28qu'il y avait plusieurs hommes
16:29importants
16:30et surtout,
16:31parmi eux,
16:32Awale Ghele,
16:33un terroriste.
16:37Damien Delsenny,
16:38ce terroriste
16:39est bien connu de la France.
16:40Il est connu de la justice française
16:42car la France
16:42l'a tout simplement condamné
16:44par contumace
16:45à la réclusion criminelle
16:46à perpétuité
16:47pour l'attentat
16:48dont nous avons déjà parlé,
16:49qui a été commis
16:50en 1990
16:52contre un café
16:53fréquenté par des expatriés
16:55français à Djibouti.
16:56C'est ici,
16:57au café de Paris,
16:58qu'il y a eu lieu
16:58au soir,
16:59vers 22h45,
17:00en attentat mertrier.
17:01Les derniers bilans
17:02ont fait état d'un mort
17:03et 15 blessés
17:04dont 5 grièvement atteints.
17:06La victime
17:07est un jeune français
17:08de 9 ans
17:09dont les parents
17:09se trouvent
17:10parmi les blessés graves.
17:12Le témoin poursuit
17:14en expliquant
17:15que tous ces gens
17:16arrivés en 4x4
17:17voulaient parler
17:18à Omar Ghele.
17:20Alors,
17:20Omar Ghele,
17:21attention,
17:21qui n'a aucun lien
17:22de parenté
17:23avec le terroriste,
17:24même s'il porte le même nom.
17:26Omar Ghele,
17:27à l'époque
17:27de la mort du juge Borel,
17:29c'est le chef
17:29de cabinet
17:30du président
17:31de Djibouti.
17:32Mais au moment
17:33où le témoin
17:33va faire ses révélations
17:345 ans plus tard,
17:35en 2000,
17:36il est monté en gratte
17:37puisqu'il est devenu
17:38président de Djibouti.
17:39Donc,
17:40tous ces hommes
17:40se retrouvent
17:41dans les jardins
17:42du palais présidentiel
17:43et le témoin,
17:44Mohamed Saleh Aloumé Kani,
17:46entend leur conversation.
17:48Alors,
17:48il précise
17:49qu'il l'entend
17:49parce qu'il était tout prêt
17:50à environ 1,2 m.
17:52Pourquoi ?
17:52Parce qu'il était là
17:53pour assurer
17:54leur protection.
17:55Et d'ailleurs,
17:55personne ne lui a demandé
17:57de s'éloigner
17:57au moment de la conversation.
17:59Lui,
17:59il explique
18:00que le terroriste
18:01a dit au chef de cabinet
18:02devenu président depuis
18:03le juge Fouiner
18:05est mort
18:06et qu'il n'y avait
18:07plus de traces.
18:08Mohamed Saleh Aloumé Kani
18:10est bouleversé
18:11à l'époque
18:11par cet échange.
18:12D'autant qu'il sait,
18:13il a entendu dire
18:14le matin
18:15qu'un juge
18:15s'était suicidé.
18:16Et là,
18:17il apprend en réalité
18:18qu'il n'y a pas de suicide,
18:19que c'est un assassinat,
18:20un assassinat commandité
18:21et que ce commanditaire,
18:23eh bien,
18:23ce n'est pas n'importe qui
18:24puisque ce serait donc
18:25le chef de cabinet
18:26du président de l'époque.
18:32Deux ans et demi plus tard,
18:33fin juillet 2003,
18:35ce témoignage
18:35n'a pas permis
18:36de faire avancer
18:36l'enquête du côté français
18:38et Elisabeth Borrell
18:39continue à se battre
18:40pour connaître la vérité.
18:42Elle a en sa possession
18:43un nouveau document
18:44qui vient de lui être transmis.
18:46Ce sont les conclusions
18:47d'un rapport
18:47de nouvelles expertises
18:49médico-légales
18:49effectuées sur le corps
18:51de Bernard Borrell
18:52en novembre 2002.
18:54Les experts penchent
18:55pour l'assassinat
18:56plutôt que le suicide.
18:58Bernard Borrell
18:59présente un traumatisme crânien
19:00qui aurait pu survenir
19:01à la suite d'un coup porté
19:03par un instrument contondant.
19:05De même,
19:06la présence
19:07d'une fracture du cubitus,
19:08un des deux gros os
19:09de l'avant-bras,
19:10s'apparente selon eux
19:11à une lésion de défense.
19:13Enfin,
19:14il relève des traces
19:15d'un liquide inflammable
19:16d'une autre nature
19:17que celui contenu
19:18dans le géricane
19:19retrouvé sur les lieux.
19:20Des éléments
19:21qui laissent à penser
19:22que le juge
19:22aurait peut-être été battu
19:23et brûlé vif.
19:26C'est la fin d'une nuit
19:27de huit ans,
19:28témoigne Elisabeth Borrell.
19:29Je veux maintenant savoir
19:31qui a assassiné mon mari
19:32et pourquoi.
19:33C'est juste qu'on veut savoir
19:35qui, quand, comment, pourquoi.
19:36On est comme tout un chacun
19:38face à l'assassinat
19:40du pilier de la famille.
19:45Le vendredi 17 septembre 2004,
19:48la magistrate
19:49qui a repris le dossier
19:49Sophie Clément,
19:50adresse deux lettres
19:52au ministère de la Défense
19:53et de l'Intérieur.
19:54Elle y écrit noir sur blanc
19:56que Bernard Borrell
19:57ne s'est pas suicidé.
19:59Contrairement aux thèses officielles,
20:00longtemps défendues
20:01tant par les autorités françaises
20:03que djiboutiennes,
20:04il a bien été assassiné.
20:06Pour quelles raisons ?
20:08La magistrate
20:09propose une hypothèse.
20:10Elle pense que Bernard Borrell,
20:12parce qu'il collaborait
20:14avec le juge Roger-le-Loire,
20:15était gênant
20:16pour le pouvoir djiboutien.
20:18Rappelons-le, Roger-le-Loire
20:20était chargé, en France,
20:21de faire la lumière
20:22sur l'attentat du Café de Paris,
20:24perpétré en septembre 1990
20:26à Djibouti.
20:28Or, l'ombre d'Omar Guélet,
20:30le nouveau président de Djibouti,
20:32semblait se profiler
20:33derrière cet acte terroriste.
20:35Le juge Borrell,
20:36que l'on savait particulièrement
20:37actif dans cette enquête,
20:39aurait-il payé de sa vie
20:40son intégrité ?
20:42C'est ce que pense Sophie Clément.
20:45Mais ce n'est pas tout.
20:46Dans son courrier,
20:47la magistrate dénonce
20:48le fait que certains documents
20:50liés à cette affaire
20:51soient classés secret défense.
20:53Pour elle,
20:54l'État français
20:55ne dit pas tout.
20:57Il serait temps
20:57que l'État français
20:58choisisse son camp,
20:59renchérit maître Olivier Maurice,
21:01l'avocat d'Elisabeth Borrell.
21:02Soit la vérité concernant
21:04l'assassinat du juge Borrell,
21:05soit la défense
21:06des plus hautes autorités
21:07djiboutiennes
21:08pour des raisons diplomatiques.
21:11À Toulouse,
21:12Elisabeth Borrell,
21:13qui élève seule
21:14ses deux fils,
21:14se dit simplement
21:15réconfortée
21:16par ses avancées.
21:17« Mon mari a été assassiné,
21:19dit-elle.
21:20Quelle que soit
21:21l'importance des relations
21:22avec les autorités djiboutiennes,
21:23il est normal
21:24que sa veuve
21:25et ses enfants
21:26sachent pourquoi. »
21:31Damien,
21:32comment est-ce qu'on peut
21:32expliquer l'inertie
21:33de ce dossier
21:34alors même qu'il y a
21:35de nombreux éléments ?
21:36On peut l'expliquer
21:37d'une manière
21:38relativement simple.
21:39C'est la première impression
21:40qui vient,
21:41c'est qu'on l'a dit,
21:42Djibouti a une position
21:44géographique
21:45et stratégique
21:46extrêmement importante
21:47dans la région
21:48et que la France
21:49y est implantée,
21:51même impliquée
21:52depuis de nombreuses années.
21:53C'est la plus grosse
21:54base militaire française
21:55hors de nos frontières
21:57et donc il y a
21:58des relations privilégiées
21:59entre la France
22:00et Djibouti.
22:01La France ne veut
22:02peut-être pas payer
22:03un prix trop cher
22:03pour se séparer
22:04de ce positionnement
22:05par rapport à Djibouti.
22:07Donc, on peut imaginer
22:08qu'on ménage un peu
22:10les autorités de Djibouti
22:11afin de s'éviter
22:12une crise diplomatique.
22:14Deux ans plus tard,
22:15en 2006,
22:16un nouveau rapport
22:17d'expertise
22:17apporte des éléments
22:18jusqu'alors inconnus.
22:19Oui, et ce rapport
22:20va mettre en évidence
22:21la présence de traces
22:23d'ADN,
22:24de deux inconnus,
22:25sur des vêtements
22:26et sur le corps même
22:28du juge Borrell.
22:29Un autre rapport
22:30va confirmer
22:31la thèse selon laquelle
22:32le corps du juge
22:34a été déplacé.
22:35déplacé.
22:35Donc, c'est quand même
22:36deux éléments de plus
22:38qui viennent presque
22:39asseoir définitivement
22:40la thèse d'un complot
22:42et donc d'un assassinat.
22:44En octobre 2006,
22:45Elisabeth Borrell
22:46publie un livre
22:47intitulé
22:48Un juge assassiné.
22:49Elle revient
22:50sur toute cette affaire,
22:5111 ans après les faits,
22:53alors qu'en 2006,
22:54on sait désormais
22:55que Bernard Borrell
22:56ne s'est pas suicidé,
22:58mais a été probablement
22:59assassiné.
22:59Ce qu'on ne sait pas encore
23:00et ce que
23:01Elisabeth Borrell
23:02veut évidemment découvrir,
23:03c'est qui l'a tué
23:05et pourquoi on l'a tué.
23:07Le vendredi 14 mars 2008,
23:09deux ans plus tard,
23:10pour la première fois,
23:11un tribunal se plonge
23:13dans l'affaire
23:14de l'assassinat
23:14du juge Borrell.
23:15Alors, entre-temps,
23:16le parquet de Paris
23:17a confirmé
23:18l'hypothèse,
23:19la thèse criminelle,
23:20mais le procès
23:21qui va se tenir,
23:21il ne va pas se tenir
23:22devant une cour d'assises,
23:24comme c'est le cas
23:24en matière criminelle,
23:25mais devant
23:26la sixième chambre correctionnelle
23:28à Versailles
23:29dans les Yvelines.
23:30Et finalement,
23:30c'est un procès
23:31sans les prévenus
23:32qui sont deux hauts dignitaires
23:34djiboutiens
23:34qui n'ont évidemment
23:35pas fait le déplacement.
23:36Donc, c'est un procès
23:38pour pas grand-chose,
23:39mais c'est quand même symbolique.
23:40C'est déjà pas rien.
23:41Quand on se bat
23:42depuis 13 ans
23:43pour connaître la vérité,
23:44c'est un début,
23:45mais c'est quand même
23:45pas très satisfaisant.
23:46ceux qui sont poursuivis,
23:48c'est-à-dire
23:48le procureur général
23:49de Djibouti
23:49et le patron
23:50des services secrets
23:51djiboutiens
23:52sont en fait jugés
23:54non pas pour l'assassinat
23:55directement,
23:55on l'a dit,
23:56mais pour ce qu'on appelle
23:57une subornation
23:58de témoins.
23:59En l'occurrence,
24:00ils ont essayé
24:00d'influencer
24:01le fameux témoin
24:03Mohamed Saleh
24:03Alou Mekani,
24:04qui est le témoin capital
24:05du dossier,
24:06pour qu'il change
24:07sa version.
24:10Du côté de Djibouti,
24:11quand les confidences
24:12de Mohamed Saleh
24:13Alou Mekani
24:14paraissent dans la presse
24:14en janvier 2000,
24:16elles semblent aussi
24:17dérangées en haut lieu.
24:18Le procureur général
24:19de Djibouti
24:19est accusé par la France
24:20d'avoir tenté,
24:21fin 2001,
24:22début 2002,
24:23de faire pression
24:24sur Alou Mekani
24:25afin qu'il se rétracte.
24:27L'enregistrement
24:28d'une conversation téléphonique
24:29et une lettre
24:30en atteste.
24:31Mais comme on le sait,
24:32Alou Mekani
24:33maintient ses accusations.
24:35En 2015,
24:36pour la première fois,
24:37une instruction
24:38pour assassinat
24:39est ouverte en France
24:4020 ans
24:41après la mort
24:41du juge Bernard Borel.
24:43Le jeudi 6 juillet
24:442017,
24:45un collège d'experts
24:46rassemblant
24:47un anthropologue,
24:48un expert incendie
24:49et un médecin légiste
24:50spécialiste des corps calcinés
24:52rend ses conclusions
24:53au tribunal de Paris
24:54devant Elisabeth Borel,
24:56désormais âgée
24:57de 60 ans.
24:58Elle confirme
24:59de façon définitive
25:01l'origine criminelle
25:02du décès
25:03de Bernard Borel.
25:03« Mon mari n'a pas pu
25:05se servir du briquet
25:06retrouvé pour s'immoler.
25:08Cela fait un choc,
25:09témoigne la veuve,
25:10d'entendre les experts
25:11vous expliquer
25:12comment votre époux,
25:13le père de vos enfants,
25:14est mort
25:15et de découvrir
25:16que les constatations
25:17ont négligé
25:18de nombreux indices
25:19qui contestaient
25:20d'emblée
25:21la thèse du fils.
25:23Le rapport des experts
25:24note que les fractures
25:25du crâne
25:26et de l'avant-bras gauche
25:27ne sont pas
25:28d'origine thermique
25:29et sont compatibles
25:30avec des coups
25:30portés par un tiers.
25:32Sans oublier
25:33que la position du corps,
25:34la répartition
25:35inhomogène
25:36des brûlures,
25:37leur localisation
25:38sont en faveur
25:39d'un déversement
25:40de produits inflammables
25:41sur un corps
25:42recroquevillé.
25:46Damien,
25:47le lundi 16 mars 2020,
25:49l'État français
25:50est condamné
25:51pour faute lourde.
25:52Oui,
25:53par le tribunal judiciaire
25:54de Paris,
25:54pour deux fautes,
25:56principalement
25:56dans la conduite
25:57de l'enquête.
25:58La première,
25:58c'est l'inhumation
26:00prématurée
26:01du corps
26:01du juge Borel
26:02avant même
26:02de pratiquer
26:03une autopsie,
26:04comme si on voulait
26:05se débarrasser
26:05de ce corps.
26:06Et la deuxième raison,
26:07c'est la destruction
26:08des scellés.
26:09Car au moment
26:10de l'ouverture
26:11de l'instruction
26:12pour assassinat
26:12en 2015,
26:14on va apprendre
26:15qu'étrangement,
26:16les scellés
26:16ont été détruits.
26:17Alors pas très longtemps avant,
26:19quelques semaines avant,
26:20en décembre 2014.
26:22C'est-à-dire que
26:22les services
26:23de la justice
26:24ont détruit
26:25les vêtements
26:26sur lesquels
26:27on avait prélevé
26:27des ADN
26:28autres que ceux
26:29de Bernard Borel.
26:30Oui, alors,
26:31on dispose toujours
26:32des analyses
26:33qui avaient été faites
26:34à l'époque
26:34sur ces vêtements
26:35qui ont permis
26:35d'isoler ces deux ADN,
26:37mais la destruction
26:38de ces scellés,
26:39elle empêche de fait
26:40la tenue réelle
26:41d'un procès.
26:42Parce que,
26:42s'il y a un procès
26:43contre des personnes
26:44dont l'ADN
26:45finissent par matcher,
26:46donc qu'on finit
26:47par identifier,
26:48évidemment,
26:49ces personnes
26:50qui vont être incriminées,
26:51leur défense,
26:52qu'est-ce qu'elle va faire ?
26:52Elle va demander
26:53une contre-expertise
26:54de ces empreintes ADN
26:55et ce sera parfaitement
26:56son droit,
26:57sauf que cette contre-expertise,
26:58elle ne pourra pas
26:59être techniquement réalisée
27:00puisque les scellés
27:02n'existent plus.
27:03Donc,
27:03on a en quelque sorte
27:04caviardé cette enquête,
27:06donc on ne peut pas
27:07garantir aux potentiels
27:08accusés
27:09un procès équitable.
27:10Pour résumer,
27:11s'il y a une chose
27:12dont on est sûr
27:13aujourd'hui,
27:13c'est que jamais personne
27:15ne sera traduit en justice
27:16pour l'assassinat
27:17de Bernard Borel.
27:18Exactement.
27:19Donc,
27:19en la prenant,
27:20Elisabeth Borel
27:21s'interroge évidemment
27:22sur l'origine volontaire
27:24de cette erreur
27:25de destruction de ces les.
27:26C'est juste 20 ans
27:27de combat
27:28qui ne servent à rien
27:29contre une institution
27:30qui a toujours,
27:31qui a été pour le plus longtemps
27:33contre moi.
27:34Mais moi,
27:34je veux savoir
27:35pourquoi mon mari est mort
27:36et je veux savoir
27:36qui l'a assassiné.
27:37C'est quand même curieux
27:38que dans un dossier
27:39déjà sulfureux
27:41comme celui-là,
27:41on détruise des scellés
27:43qui sont des scellés
27:43extrêmement importants.
27:45Donc,
27:45une plainte pénale
27:46est déposée
27:47devant le tribunal de Versailles
27:48pour ces deux fautes
27:49et c'est donc pour ça
27:50qu'en 2020,
27:51l'État français
27:52a été condamné
27:53pour faute lourde.
28:02L'État a été condamné
28:04à payer 140 000 euros
28:06de dommages et intérêts
28:07à l'épouse
28:08et aux deux enfants
28:09du juge Bernard Borel
28:10assassinés de manière
28:12non élucidée
28:13en 1995 à Djibouti.
28:1630 ans après,
28:17les proches du magistrat
28:18continuent de se battre
28:19pour connaître la vérité.
28:21Jamais personne
28:22n'a été mis en examen
28:23dans cette affaire
28:24qui a multiplié
28:25les anomalies judiciaires.
28:27Louis-Alexandre Borel,
28:28le fils aîné du magistrat,
28:29vient de publier un livre
28:30intitulé
28:31« Toi qui nous demeures »
28:33sur ce crime irrésolu.
28:35Élisabeth Borel
28:36est aujourd'hui âgée
28:36de 68 ans
28:37et retraitée
28:38de la magistrature
28:39depuis peu.
28:41Bernard Borel
28:42est le troisième magistrat français
28:44assassiné sous la Vème République
28:46après le juge Renaud
28:47et le juge Michel.
29:04Vous venez d'écouter
29:05« Crime Story »
29:06Bernard Borel,
29:07un juge assassiné.
29:08Ce récit était écrit
29:10par Claudia Prolongeau
29:11et raconté
29:11avec Damien Delsenis.
29:12Vous pouvez retrouver
29:13tous nos podcasts
29:14sur le site
29:15leparisien.fr
29:16et sur n'importe quelle
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29:18Il y avait à la production
29:19Thibaut Lambert,
29:21Clara Garnier-Amourou
29:22et Anaïs Godard,
29:23à la réalisation
29:24Pierre Chafanjon
29:25et à la rédaction en chef
29:27Jules Lavi.
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