Passer au playerPasser au contenu principal
Ce vendredi, l’interrogatoire des accusés s’est achevé. L’occasion pour le seul membre encore en vie du commando terroriste qui a fait 130 morts à Paris et Saint-Denis de demander pardon aux victimes. Pour Code source, Pascale Egré et Timothée Boutry, journalistes au service police-justice du Parisien, reviennent sur ce moment d’audience.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Animation : Thibault Lambert - Production : Raphaël Pueyo, Ambre Rosala, Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#13novembre #Salahabdeslam #Bataclan

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le procès des attentats du 13 novembre se poursuit à Paris.
00:16Pendant près d'un mois et demi jusqu'au vendredi 15 avril, la Cour d'Assise spéciale a consacré ses
00:21débats à toute la période allant de la fin de l'été 2015 jusqu'au soir des attaques.
00:26Les enquêteurs et les 14 accusés présents à l'audience ont été interrogés sur l'organisation de ces attentats et
00:33le déroulé précis de cette soirée qui a fait 130 morts à Paris et Saint-Denis.
00:38Une séquence qui s'est terminée par un véritable coup de théâtre.
00:42Pour la première fois, le principal accusé, Salah Abdeslam, le seul survivant du commando terroriste, a accepté de livrer en
00:49longueur sa version des faits.
00:51Avec nous dans Code Source, deux journalistes du service police-justice du Parisien qui se relaient pour couvrir cette audience
00:57historique, Pascal Aigret et Timothée Boutry.
01:05On a choisi de commencer cet épisode le mardi 15 mars.
01:09Salah Abdeslam est interrogé ce jour-là sur cinq voyages en voiture qu'il aurait effectué entre les mois d
01:15'août et octobre 2015.
01:17Il est accusé de s'être rendu en Allemagne et en Hongrie pour aller chercher plusieurs djihadistes, dont des membres
01:24du commando terroriste, et pour les ramener en Belgique.
01:28Pascal Aigret, décrivez-nous l'attitude de Salah Abdeslam ce jour-là pendant l'audience.
01:32Moi, je le qualifie d'insolent, de provocateur, d'arrogant.
01:37Ça fait monter une sorte de tension dans la salle d'audience.
01:40On a l'impression que le président se laisse un petit peu dépasser même.
01:43Il se prend plein de réflexions du genre « Est-ce qu'on ne peut pas faire une petite pause
01:49? »
01:49Il lui demande Salah Abdeslam.
01:50Il va jusqu'à dire à une avocate de parti civil qui lui pose une question « Ça y est,
01:55est-ce que vous avez accouché ? »
01:56L'atmosphère va finir par vraiment dégénérer finalement.
01:59À deux reprises pendant l'audience, la salle répond de manière ironique aux provocations de Salah Abdeslam par des applaudissements.
02:05La première fois, personne ne relève, ni la défense, ni le président, dont c'est le rôle.
02:10Et il y a même une deuxième salve d'applaudissements et des échanges vraiment aigre-doux entre le président et
02:18un avocat de la défense
02:18qui cherche à parler et dont le président n'ouvre pas le micro.
02:22Un enchaînement comme ça d'incidents qui créent une très très forte atmosphère de tension.
02:28Et cette atmosphère très tendue aboutit à un incident surprenant en fin de journée.
02:32Toute la défense décide de quitter la salle d'audience.
02:34On est à un moment du procès où on a vraiment le sentiment d'un manquement ce jour-là du
02:39président à son devoir de police de l'audience.
02:43Plus globalement, d'une fatigue générale en fait.
02:48Le jeudi 17 mars, trois autres accusés, Osama Krayem, Sofiane Ayari et Mohamed Bakali, refusent de répondre aux questions de
02:56la cour.
02:56Parce qu'à l'aigré, ce silence de certains accusés depuis des mois et le comportement de Salah Abdeslam finissent
03:02par beaucoup peser sur ce procès.
03:04À ce moment-là du procès, pour les partis civils, c'est un peu un coup dur en fait.
03:09À quoi bon ? C'est ce que me dit le père d'une victime du Bataclan.
03:13Il se réveille le matin, il regarde la photo de sa fille et il revient quand même au procès, mais
03:17en se disant à quoi ça sert en fait.
03:19Un autre qui tient une chronique quotidienne ce jour-là a écrit une chronique très triste en disant qu'il
03:25se demande finalement si tout ce procès a un sens.
03:29Voilà, donc ça perturbe tout le monde et ça crée beaucoup de frustration.
03:32Le mardi 22 mars, c'est au tour de Mohamed Abrini, 37 ans, le deuxième accusé le plus important de
03:38ce procès d'être interrogé.
03:40Timothée Boutry, son audition sur les préparatifs des attentats tombe le jour d'un triste anniversaire.
03:46Oui, le 22 mars, c'est le jour des attentats de Bruxelles qui se sont déroulés le 22 mars 2016,
03:51qui ont été perpétrés par la même cellule en fait.
03:54Évidemment, c'est important parce qu'en plus, Mohamed Abrini avait un rôle dans ces attentats de Bruxelles.
03:59C'est le fameux homme au chapeau qu'on voit à l'aéroport de Zaventem, en train de pousser une
04:02valise remplie d'explosifs.
04:04Alors, il renoncera à faire sauter sa valise ce jour-là.
04:07Mais évidemment, l'audition de Mohamed Abrini ce jour-là est extrêmement symbolique.
04:11Comment se passe son interrogatoire ce jour-là ?
04:13D'emblée, il fait un aveu majeur puisqu'il dit « j'étais prévu pour le 13 ».
04:18On se doutait bien qu'il avait un rôle majeur et là, il dit « oui, j'étais prévu pour
04:22être membre du commando ».
04:23Donc, c'est effectivement extrêmement important parce que c'est la première fois qu'il le reconnaît et qu'il
04:26le dit aussi clairement.
04:27Et il promet de donner des détails un peu plus tard, c'est ça ?
04:29Il fait un peu du teasing puisqu'il dit « moi, je serai entendu précisément sur les événements du 13
04:34novembre et j'en dirai plus à ce moment-là ».
04:36Et même le président, à la fin, sourit et dit « on espère que vous serez dans ce même état
04:40d'esprit à ce moment-là ».
04:41Mohamed Abrini donne aussi ce jour-là des informations sur le coordinateur présumé des attentats,
04:47Abdelhamid Abaoud, mort, on le rappelle, pendant l'assaut des forces de l'ordre à Saint-Denis, quelques jours après
04:52le 13 novembre.
04:53Oui, au détour d'une question, il raconte que, alors il n'a pas la date exacte, fin août, début
05:01septembre, plus probablement début septembre,
05:02il a rencontré Abdelhamid Abaoud.
05:05Abdelhamid Abaoud, on sait qu'il est impliqué dans l'attentat du Thalys.
05:08Et après, il disparaît complètement des écrans radars jusqu'au 12 novembre et lui dit comme ça « ah bah
05:13oui, moi je l'ai vu à Charleroi ».
05:15Et là, on sait qu'assez tôt finalement, sans doute début septembre, il est déjà en Belgique et en train
05:20évidemment de préparer les attaques qui vont se produire.
05:23Les 23 et 24 mars, un enquêteur belge détaille par visioconférence le contenu de l'une des plus précieuses pièces
05:31à conviction de ce procès,
05:32un ordinateur retrouvé dans une poubelle à Scarbeck, dans la banlieue de Bruxelles, le jour des attentats en Belgique.
05:39Les données de cet ordinateur ont été supprimées, mais les experts ont réussi à reconstituer l'arborescence de tous les
05:46dossiers dans le disque dur.
05:47Trois d'entre eux attirent à l'époque l'attention des enquêteurs, un premier intitulé « explosif », un deuxième
05:54intitulé « cible ».
05:56Qu'est-ce qu'on retrouve dans le troisième, Pascal Aigré ?
05:59Il y a ce troisième fichier qui s'intitule « 13 novembre ».
06:04Il y a un sous-fichier qui s'intitule « groupe français », sans doute pour parler du Bataclan et
06:11retrouver une image du Bataclan.
06:12Et puis il y a deux autres sous-fichiers qui sont beaucoup plus mystérieux.
06:16Il y a un qui s'appelle « groupe métro ».
06:18On sait aujourd'hui qu'il n'y a pas eu d'attaque dans le métro, mais c'est une
06:21question du procès de savoir si quelque chose était prévu finalement dans le métro parisien.
06:25Puis un cinquième sous-fichier qui s'appelle « le groupe Schiphol », du nom de l'aéroport d'Amsterdam,
06:30qui suggère que quelque chose devait se passer dans cet aéroport.
06:34Et ce qui sera vérifié plus tard, c'est que deux des accusés se sont effectivement rendus le 13 novembre
06:392015 à Schiphol.
06:41Et donc cet ordinateur, il permet de savoir à quel moment la date et les cibles des attentats ont été
06:47décidées. C'est ça ?
06:48Ce qui est certain, c'est que la création de ce fichier 13 novembre, ça date du 7 novembre.
06:54Donc à minima le 7 novembre, la cellule terroriste a choisi la date du 13 novembre pour agir.
07:00Le lundi 28 mars, un enquêteur vient à la barre raconter les ultimes préparatifs de ces attentats, quelques jours avant
07:07les attaques.
07:08Ce qu'il explique, c'est que finalement, ils ont déterminé qu'il y a 14 téléphones qui ont été
07:13actionnés spécifiquement pour le 13 novembre et qu'il a été très difficile de travailler,
07:19puisque finalement, ils n'en ont retrouvé que deux. Et c'est à partir de ça, de la téléphonie, qu
07:24'ils essaient de reconstituer les trajets pendant la journée, les trajets notamment des trois voitures.
07:28Il y en a une qui bouge, c'est la Clio. Et cette voiture, elle fait un parcours assez significatif,
07:35puisqu'elle va d'abord dans le 11e vers la Place de la République.
07:38Elle fait une sorte de boucle par le 17e arrondissement et ensuite, elle s'en va vers Roissy.
07:44Donc la question, c'est que sont-ils allés faire à Roissy ? Est-ce que c'était un repérage
07:48en vue d'une attaque aussi ce jour-là ?
07:52Est-ce que c'était un endroit où ils sont allés récupérer du matériel dans un parking, dans une voiture
07:58? On ne saura jamais.
07:59Mais en tout cas, l'hypothèse de Roissy cible comme chipole cible reste dans le dossier.
08:05Selon cet enquêteur, le Bataclan était probablement bien la cible principale du commando terroriste ce soir-là.
08:12Oui, ça c'est l'exploitation de la téléphonie d'un des téléphones qui montre qu'il y a énormément
08:16de recherches dans ce téléphone sur le Bataclan.
08:18Les horaires de la salle de concert, le plan de la salle de concert, qui est le groupe qui joue
08:23ce soir-là.
08:24Et ce que pense cet enquêteur, c'est que finalement l'attaque du Bataclan, c'est la cible principale.
08:29Que toutes les autres ne servent qu'à faire diversion pour attirer et désorganiser les services de secours et les
08:36services de police.
08:42Le mardi 29 mars, Mohamed Abrini est interrogé comme les autres accusés, cette fois-ci sur son rôle dans les
08:50quelques jours qui précèdent les attentats.
08:51Et la Cour attend bien sûr qu'il développe ses aveux de la semaine précédente.
08:56Timothée Boutry, comment se passe le début de cette audition ?
08:58Il confirme que oui, il va bien détailler ce qu'il avait laissé les entendre la dernière fois.
09:03A savoir qu'il devait bien faire partie des commandos du 13 novembre.
09:07Et il sort cette théorie que c'est suite à son renoncement que la cellule aurait fait appel à Salah
09:14Abdeslam.
09:15Voilà, donc c'est l'idée d'un terroriste par substitution.
09:18Ça suscite beaucoup de questions, on lui demande de détailler.
09:21Et là, dès qu'on rentre dans les détails, Mohamed Abrini il est beaucoup plus filandreux.
09:25Donc, mais disons que la thématique générale c'est que je devais en faire partie, j'ai renoncé et on
09:29a pris Salah Abdeslam à ma place.
09:31Et donc selon lui, à quel moment est-ce qu'il se désiste ?
09:33Il fait partie de ce que lui-même appelle le convoi de la mort.
09:37C'est-à-dire que c'est le voyage des trois voitures qui ont à leur bord les futurs membres
09:41du commando,
09:42qui partent de Belgique pour rejoindre la région parisienne.
09:44Une fois arrivé le soir en région parisienne, c'est là qu'il va dire que non, non, il se
09:48désiste et qu'il va repartir en fait.
09:50C'est comme ça que lui décrit la manière dont ça s'est passé.
09:52Comment réagit l'accusation à l'écoute de cette version ?
09:55L'accusation est sceptique. On s'étonne qu'il ait pu se désister de manière si tardive.
10:00L'avocat général dit, pour une opération aussi importante, on ne va pas se contenter de quelqu'un qui hésite.
10:06En plus, on lui soumet l'existence d'un testament qu'il avait écrit, comme le font souvent les terroristes
10:13de l'État islamique.
10:14Il a dit, oui, j'ai écrit ça comme ça, ce n'était pas sérieux. Donc vraiment, l'idée, c
10:17'est de dire, votre version, on ne la croit pas vraiment.
10:20Et on pense que vous l'alliez jusqu'au bout, jusqu'à beaucoup plus tard que ce que vous êtes
10:24en train de nous raconter.
10:25Cette version livrée par Mohamed Abrini, elle est plutôt favorable à Salah Abdeslam.
10:30Par nature, lui, il dit, non, mais Salah Abdeslam, il devait être en Syrie à ce moment-là, donc il
10:35n'était pas prévu.
10:36Mais finalement, il a dû obéir à son grand frère. Mais moi, il ajoute, j'étais sûr qu'il ne
10:42ferait rien.
10:43Évidemment qu'il a renoncé à déclencher sa ceinture. Ce n'est pas parce qu'elle a dysfonctionné qu'il
10:47ne s'est rien passé.
10:48Il dit, moi, le soir du 12 novembre, j'ai vu tous les membres de la cellule, j'ai vu
10:52qui était déterminé et qui ne l'était pas.
10:54Et Salah Abdeslam ne l'était pas.
10:57Le lendemain, Salah Abdeslam est interrogé à son tour sur les quelques jours qui précèdent les attentats.
11:02Il peut donc répondre à la version livrée par son ami d'enfance, Mohamed Abrini.
11:07Mais au début de l'audience, Pascal Légré, il choisit de se taire.
11:11Il se lève, tout le monde s'attend à ce qu'il saisisse la perche quelque part que lui a
11:15tendu Mohamed Abrini.
11:17Et non, il dit, ah ben aujourd'hui, finalement, j'ai décidé de faire usage de mon droit au silence.
11:23Et là, c'est vraiment un énorme soupir d'un eau, de stupéfaction, de dépit qui jaillit de toutes les
11:31salles d'audience qui sont destinées au procès.
11:35Un énorme sentiment de déception.
11:36Et ce dépit se lie sur le visage du président qui fronce les sourcils et qui dit, ah ben alors
11:41ça, ce n'était pas du tout prévu.
11:47Timothée Boutry, maître Claire Josserand-Schmidt, s'avance devant le box pour poser des questions malgré tout à Salah Abdeslam.
11:54D'abord, rappelez-nous qui est cette avocate.
11:56Alors c'est une avocate qui défend notamment l'Association française des victimes du terrorisme, la FVT.
12:02Donc elle a une grande connaissance de cette matière-là.
12:05Là, depuis le départ, elle a noué une espèce de relation avec Salah Abdeslam.
12:10Elle a réussi à créer un dialogue plutôt qu'une relation.
12:13On sent qu'il y a une espèce de respect mutuel qui s'est instauré entre eux.
12:17Et donc là, quand cette avocate se lève, on se dit, peut-être qu'elle va réussir à le faire
12:21parler.
12:21Racontez-nous son échange avec Salah Abdeslam.
12:24Alors Claire Josserand-Schmidt lui dit, vous savez, la dernière fois, vous avez posé une question sur votre adhésion à
12:31l'État islamique.
12:32Et vous m'aviez dit, oui, c'est une bonne question, mais je vous répondrai plus tard.
12:35Vous m'avez promis.
12:36Est-ce que vous entendez tenir votre promesse, en fait ?
12:40Et là, pas vraiment de réaction, mais on sent qu'il est plus attentif, Salah Abdeslam.
12:43Donc elle dit, vous savez, les partis civils sont prêts à entendre beaucoup de choses.
12:48Elles ont besoin de comprendre.
12:50Est-ce que ça, vous comprenez ?
12:51On voit qu'il loche la tête.
12:53Donc déjà, on sent qu'il y a quelque chose qui se passe un petit peu.
12:56Parce que jusque-là, il regardait plus tard ailleurs.
12:58Donc elle dit, vous savez, moi j'ai beaucoup de questions.
13:00Donc elle va égrader une série de questions sur, notamment, le dernier repas avec sa compagne,
13:05pendant laquelle il pleure.
13:07Ce repas du 10 novembre, où il dit, non, mais si je pleure, c'est pas parce que je sais
13:10que je vais mourir,
13:11c'est parce que je sais que je vais partir en Syrie.
13:13Donc il est toujours sur cette hypothèse-là.
13:15Mais disons que, voilà, le dialogue s'instaure vraiment.
13:19Finalement, la parole passe à d'autres avocats.
13:21Et puis là, Maître Jostrand-Schmidt se dit que peut-être il faut qu'elle repose d'autres questions,
13:25puisqu'elle sent qu'il y a quelque chose à tirer.
13:27Le président fait l'amour.
13:29On sent clairement qu'il est jaloux.
13:30Il aurait bien aimé que ce soit lui qui fasse accoucher Salah Abdeslam.
13:33Et c'est pas le cas.
13:34Et donc finalement, elle repose une série de questions.
13:37Il sort cette soirée.
13:37Et elle arrive à lui faire dire des choses.
13:39Oui, des choses importantes.
13:41Notamment, pour la première fois, il reconnaît que son grand frère Brahim l'invite à aller rencontrer Abdelhamid Abaoud le
13:4812 novembre.
13:49Et que c'est à ce moment-là que le coordinateur des attentats va le convaincre.
13:53Il dit, c'est là que tout va changer pour moi.
13:56Et ensuite, il dit de manière très claire, là, alors il avait déjà laissé entendre, qu'il a renoncé à
14:02actionner sa ceinture.
14:03Alors, Joseph Schmitt lui dit, vous avez renoncé.
14:06Et il répond, c'est ça.
14:07Pas par l'acheter, pas par peur.
14:09C'est parce que je voulais pas, c'est tout.
14:10Et il dit après, j'ai menti à mes camarades.
14:13C'est parce que j'avais honte de ne pas avoir été jusqu'au bout.
14:15J'avais peur du regard des autres.
14:17Mais vraiment, il est très clair.
14:18Il dit, j'ai renoncé à faire actionner ma ceinture explosive ce soir-là.
14:27On fait un saut dans le temps le mercredi 13 avril.
14:30Salah Abdeslam doit être interrogé.
14:32Pour la dernière fois sur les événements qui l'ont conduit à cette soirée du 13 novembre 2015.
14:38Son ami d'enfance, Mohamed Abrini, est interrogé juste avant lui.
14:42Il confirme une nouvelle fois qu'il a demandé à un taxi parisien de le ramener en Belgique dans la
14:47nuit du 12 au 13 novembre.
14:49Il dit qu'il a découvert avec étonnement que les attentats étaient en cours le soir du 13 novembre.
14:55Alors qu'il était dans un café pour regarder le match France-Allemagne.
14:58Puis il explique qu'après cela, il a rejoint une planque de la cellule terroriste en Belgique.
15:04Pascal Aigret, l'interrogatoire de Mohamed Abrini se termine.
15:08Reprise de l'audience vers 18h15.
15:11Le président demande à Salah Abdeslam de se positionner devant le micro.
15:15Et alors bizarrement, le micro est plié en deux vers le box.
15:17Donc on voit Salah Abdeslam se lever, triturer le micro.
15:20On entend « Ah, il est fatigué, il parle du micro ».
15:22Il a l'air plutôt détendu, calme.
15:24Il est presque souriant.
15:27Pour cet interrogatoire, on sent qu'il s'est presque apprêté.
15:30Il a les cheveux gominés en arrière.
15:34Sa barbe est bien taillée.
15:35Il est très chic.
15:37Il a un polo gris et blanc rayé.
15:40Et une sorte de marinière.
15:42En le voyant manipuler le micro, le président dit « Ah, c'est bon signe ».
15:46Et Salah Abdeslam dit « Oui, oui, aujourd'hui, je vais m'exprimer.
15:50J'ai choisi de parler ».
15:51Donc là, j'allais dire, c'est presque l'effet inverse de la fois d'avant.
15:55C'est-à-dire que tout le monde est surpris qu'il sorte de son silence.
15:58Et d'emblée aussi, il dit qu'il va s'exprimer, y compris sur les périodes qui intéressent la cour,
16:04c'est-à-dire sa nuit du 13 novembre.
16:05Qu'est-ce qu'il dit d'abord sur son rôle dans la préparation des attentats ?
16:09Comment c'est venu ?
16:10Il explique qu'il a fini par savoir que son frère Brahim, son frère aîné,
16:15n'était pas allé en Turquie, mais en Syrie.
16:17Que Brahim lui a dit à peu près à l'été 2015,
16:21que lui, à ce moment-là, il a réfléchi, il avait très envie de partir en Syrie à son tour.
16:25Donc il demande à son frère de l'aider à trouver un passage.
16:28Et que finalement, son frère lui dit « Non, non, toi, il vaut mieux que tu restes,
16:31parce que c'est compliqué en ce moment de passer, qu'il y a beaucoup de bombardements.
16:34Tu restes avec moi en Belgique et tu m'aides à travailler ».
16:37Donc lui, il explique que finalement, quand il va chercher des membres du commando en Hongrie et en Allemagne,
16:42c'est pour aider son frère.
16:43C'est assez ambigu parce qu'il ne dit pas « Je sais que c'est des futurs combattants qui
16:48vont perpétrer les attaques avec nous ».
16:50Que finalement, l'attaque en elle-même, il apprend que le 12 novembre,
16:55et qu'Abaoud veut le convaincre de participer aux commando qui vont attaquer Paris.
17:00Il avait déjà évoqué au cours de l'instruction cette rencontre avec Abdelhamid Abaoud le 12 novembre,
17:05la veille donc des attentats, mais cette fois-ci, il en livre les détails.
17:10Selon lui, c'est la première fois qu'il le revoyait depuis son départ en Syrie.
17:14Comment se passe la rencontre selon sa version ?
17:17En fait, il est conduit par son frère Brahim dans une planque à Charleroi,
17:21et Abdelhamid Abaoud lui explique qu'il va y avoir une attaque en France,
17:26et lui dit « Toi, il faut que tu en fasses partie, tu porteras une ceinture explosive,
17:31tu iras à l'endroit qu'on te désignera et tu te feras exploser ».
17:34Il dit qu'il est choqué, qu'il dit à Abdelhamid Abaoud qu'il n'est pas prêt,
17:38qu'il répète plusieurs fois « J'ai senti que je n'étais pas vraiment prêt pour ça ».
17:43Abaoud lui aurait dit « Mais tu comprends, si tu vas en Syrie,
17:46de toute façon tu risques de te faire attraper sur le trajet,
17:48de toute façon tu termineras en prison,
17:50donc autant que tu viennes participer avec nous à une action kamikaze ».
17:57Quelques heures plus tard, il part donc avec les autres membres du commando
18:01dans ce fameux convoi de la mort.
18:03Trois voitures qui partent des planques belges jusqu'aux appartements loués en région parisienne.
18:08Timothée Boutry à l'audience, Salah Abdeslam,
18:11livre sa version de la soirée du 13 novembre 2015.
18:14« Ce qui est le plus important, c'est qu'il développe cette idée,
18:18selon laquelle on va lui assigner une mission,
18:20qui est donc d'abord de déposer les membres du commando terroriste du stade de France,
18:25et ça on sait qu'il va le faire, parce que c'est totalement établi.
18:28Il conduit la voiture, il dépose les deux héréciens et Bila Latfi qui vont se faire exploser aux abords du
18:33stade,
18:34et qu'ensuite la mission qui lui a été confiée, c'est de se faire sauter dans un bar du
18:3818e arrondissement.
18:39Alors c'est pas un élément totalement inédit, puisque ça apparaît quelque part dans le dossier,
18:44mais jusque-là ça n'avait pas du tout été étayé ni développé.
18:48Et là il dit « Non mais voilà, ma mission c'était ça ».
18:50Donc là pour la première fois il décrit cette scène.
18:53Une fois qu'il a déposé le commando, il reprend sa voiture, il reroule vers Paris,
18:56il s'arrête, un endroit qu'on ne connaît pas,
18:58et il dit « Là je vais aller dans un bar du 18e arrondissement,
19:02je rentre, je commande une boisson,
19:04mais je vois qu'il y a des gens qui sont en train de rigoler et de danser,
19:08et je ne vais pas le faire en fait, et donc je ressors très vite,
19:11je suis dans un état un peu à garde, sidération,
19:14je reprends ma voiture, je roule, elle tombe en panne,
19:17donc je me stationne tant bien que mal,
19:19donc là c'est la place d'Albercane dans le 18e arrondissement,
19:21donc c'est là où on va retrouver cette voiture,
19:23et il dit « Je sors, j'erre un peu, je vais acheter un téléphone
19:27et je vais contacter mon ami Mohamed Amri pour lui demander de me ramener ».
19:31C'est vraiment aujourd'hui sa version de la soirée du 13 novembre.
19:37Il précise qu'il a renoncé à se faire sauter, je cite « par humanité ».
19:41La suite de son parcours ce soir-là est connue,
19:43deux personnes qui sont aujourd'hui sur le banc des accusés,
19:46Mohamed Amri et Hamza Atou font la route depuis la Belgique pour venir le chercher.
19:51Ils repartent immédiatement vers Bruxelles le 14 novembre au petit matin.
19:56Timothée Boutry, Salah Abdeslam raconte à l'audience
19:59le moment où ils retrouvent les autres membres de la cellule terroriste dans une planque.
20:03Il va dire qu'ils sont surpris de le voir arriver, notamment l'un des frères El Bakraoui,
20:08des grands organisateurs des attentats depuis la Belgique, en disant « Mais qu'est-ce qui s'est passé ?
20:12Pourquoi tu ne l'as pas déclenché ? Pourquoi tu n'as pas pris un briquet ? Si elle ne
20:15marchait pas ? »
20:17Ils sont quand même un peu sidérés parce que pour eux, Salah Abdeslam est mort.
20:21Et voilà, ils le voient arriver et ils perçoivent évidemment aussi que ça va être un vrai problème de sécurité
20:27puisque Salah Abdeslam va très vite devenir l'homme le plus recherché d'Europe.
20:30Mais il va continuer à être pris en charge par la cellule et il va aller de planque en planque
20:34jusqu'à son arrestation en mars 2016.
20:37Après plusieurs heures d'interrogatoire, l'audience est suspendue vers 21h.
20:42Timothée Boutry, vous qui suivez ce procès depuis le début, qu'est-ce que vous vous dites à ce moment
20:46-là ?
20:47On se dit qu'on a vécu un moment d'audience. La version de Salah Abdeslam sur ce qui s
20:51'est passé le 13 novembre,
20:52en fait on l'attend depuis le départ, on ne l'a jamais eu.
20:55Dès la sortie, les partis civils manifestent leur scepticisme.
21:00On y adhère, on n'y adhère pas, mais en tout cas, on a eu la version de Salah Abdeslam.
21:06L'interrogatoire de Salah Abdeslam se poursuit le lendemain et cette fois-ci,
21:10il répond notamment aux questions de l'un des avocats généraux qui représente l'accusation dans ce procès.
21:15Oui, en fait, ça va être son contre-interrogatoire, si je puis dire,
21:19puisque là, il a juste répondu aux questions de la cour.
21:21Donc d'emblée, Nicolas Broconnet dit, en fait, c'est assez facile de choisir le moment où l'on parle
21:26parce que ça permet de s'adapter au débat, en fait.
21:28Sous-entendu, vous prenez la parole l'an dernier, vous savez tout ce qui s'est dit,
21:32donc vous allez ajuster ce récit par rapport à ces éléments-là.
21:35C'est un peu ce qu'il lui dit. Il lui dit notamment, vous dites que vous vous engagez que
21:38le 12 novembre,
21:39mais sauf que dès le 10, vous créditez votre compte en banque et vous participez à l'allocation des voitures.
21:44Évidemment, vous l'avez fait avant, donc vous ne vous êtes pas engagé de manière si tardive.
21:48Mais même à la fin, l'avocat général lui dit, vous savez, on a des éléments, on a des billes.
21:54Que vous ayez renoncé ou non, finalement, c'est important pour vous,
21:57mais pour nous, ce n'est pas si important parce que ce n'est pas ce qui est décisif
22:01pour établir votre rôle lors de cette soirée-là.
22:04Pascal Aigret, Salah Abdeslam est ensuite interrogé par les avocats des partis civils.
22:08Comment ça se passe ?
22:10Ce jeudi soir-là, les partis civils ont vraiment tellement de questions à poser
22:13que c'est un florilège de questions qui partent un petit peu dans tous les sens,
22:17notamment sur la question de la cible de ce bar du 18e dont tout le monde aimerait connaître la localisation.
22:22Mais Salah Abdeslam n'est plus capable de le localiser.
22:26Il y a d'autres questions qui expriment du scepticisme face à sa version, à sa vérité,
22:32et notamment « Mais pourquoi vous auriez eu une cible à frapper tout seul
22:36alors que tous les autres commandos, Bataclan, Terrasse ou Stade de France, ils étaient plusieurs ? »
22:42Donc voilà, ça c'est quelque chose auquel il répond pas vraiment.
22:46Et il va être vraiment assez maladroit à l'égard des victimes,
22:50puisqu'à un moment, il se permet de porter un regard sur la façon dont cette épreuve des attentats les
22:55aurait grandis.
22:56Et il a cette formule extrêmement maladroite qui qualifie les qualités qu'elles auraient trouvées
23:04comme des qualités qu'on n'achète pas au supermarché.
23:07Son audition s'achève le lendemain, le vendredi 15 avril.
23:10Comment il apparaît au cours de cet ultime interrogatoire ?
23:13C'est vraiment un Salah Abdeslam qu'on n'a jamais vu aussi calme, posé, appliqué à répondre aux questions.
23:20On est vraiment loin de l'image qu'il a pu donner à d'autres moments du procès, d'insolence,
23:26de provocation ou bien sûr de silence.
23:30L'interrogatoire se termine par les questions de la défense.
23:33Que dit Salah Abdeslam face à ses deux avocats ?
23:36Le premier, maître Martin Vett, veut essayer de conforter sa version.
23:42On sent que Salah Abdeslam en a un petit peu assez, alors il lui dit « on ne va pas
23:46tout refaire ».
23:47Et du coup, c'est l'autre qui enchaîne, maître Olivia Ronen.
23:51À un moment donné, elle va lui demander si finalement il regrette.
23:55Il redit « non, je ne regrette pas d'avoir renoncé.
23:58Je ne regrette pas pour ces personnes, pour moi et pour ma famille ».
24:02Et en parlant de sa mère et de son frère, il se met à pleurer.
24:10On voit donc Salah Abdeslam à ce moment-là essuyer ses larmes sur ses joues.
24:17Très émus, comme on ne l'a jamais vu.
24:20Il termine en disant quelques mots pour les victimes.
24:24Il dit « cette histoire du 13 novembre s'est écrite avec le sang des victimes.
24:28C'est leur histoire et moi j'en fais partie.
24:31Ils sont liés à moi et je suis liée à eux.
24:33Et après, il leur demande pardon.
24:35Il leur présente ses excuses et ses condoléances.
24:38À ce moment-là, dans la salle, il y a un silence.
24:46Timothée Boutry, les interrogatoires des accusés sur les faits viennent de s'achever.
24:50Cette séquence devait notamment faire toute la lumière sur l'organisation des attentats du 13 novembre,
24:55sur tous les projets du commando terroriste.
24:58Ce procès peut-il encore permettre de connaître toute la vérité ?
25:02Non, je crois qu'il faut être clair.
25:04Il y a des choses qu'on ne saura jamais.
25:05On a parlé de Schiphol, l'aéroport d'Amsterdam.
25:08Sachant que les deux accusés qui se sont rendus, Sofiane Nayari et Ossama Krayem, gardent le silence.
25:12Donc là, on ne peut que se poser des questions.
25:15Après, il y a quand même des éléments très solides au dossier.
25:17On a l'architecture générale de ces attentats.
25:20On sait par qui ils ont été préparés, comment ils ont été organisés.
25:25On sait comment ils ont été perpétrés, évidemment.
25:28Mais on sait aussi qu'il y a des choses qui ne sont pas déroulées comme prévues.
25:31Mais on ne sait pas exactement quoi.
25:32Et je pense qu'il faut qu'on accepte de faire le deuil de l'absolue vérité.
25:36Voilà, on sait beaucoup de choses.
25:38Cette séquence d'interrogatoire, elle a quand même été riche.
25:41Elle a permis d'avoir des éléments.
25:43Mais elle restera aussi frustrante parce que trop de personnes ont gardé le silence.
26:21Merci Timothée Boutry et merci Pascal Aigret.
26:24Je rappelle que tous vos comptes rendus de cette audience historique sont à retrouver sur leparisien.fr.
26:30Cet épisode a été produit par Sarah Amny, Ambre Rosala et Raphaël Feuillot.
26:35Réalisation Julien Moukoukiol.
26:37Code source, c'est le podcast d'actualité du Parisien.
26:40Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
26:43Pour n'en rater aucun, n'oubliez pas de vous abonner sur votre application audio préférée.
26:47Et puis, si vous aimez Code source et que vous voulez nous le dire ou simplement nous laisser un commentaire,
26:52n'hésitez pas à nous écrire code source at leparisien.fr.
Commentaires

Recommandations