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Régulièrement, Code source vous raconte le déroulé de ce procès historique avec les journalistes qui le couvrent. Dans cet épisode, le récit des attentats dans les terrasses.


Dans ce podcast : Le procès des attentats du 13 novembre 2015 se poursuit à Paris dans l'ancien palais de justice. Vingt hommes dont quatorze présents physiquement et 6 par défaut sont jugés depuis le 8 septembre et jusqu'au mois de mai pour leur participation présumée à des degrés divers au pire massacre commis en France depuis la seconde guerre mondiale. Depuis le 28 septembre trois cent cinquante victimes se succèdent à la barre et dans Code source nous évoquons une petite partie de ces témoignages scène de crime par scène de crime. Aujourd'hui les terrasses des 10e et 11e arrondissement de Paris : en une vingtaine de minutes trois terroristes qui y ont fait 39 morts et des dizaines de blessés.
A partir du 16 septembre les policiers qui ont dirigé les constatations des tueries sur les terrasses parisiennes se succèdent devant la cour d'assises spéciale. Dans l'ordre chronologique des mitraillages à la barre un policier raconte ce qu'il a vu en arrivant près du bar le Carillon et du restaurant le P'tit Cambodge…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny, Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.


#proces #attentat #terrasses

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:10Le procès des attentats du 13 novembre 2015 se poursuit à Paris.
00:14Dans l'ancien palais de justice, 20 hommes, dont 14 présents physiquement et 6 par défaut,
00:19sont jugés depuis le 8 septembre et jusqu'au mois de mai
00:23pour leur participation présumée à des degrés divers
00:26aux pires massacres commis en France depuis la Seconde Guerre mondiale.
00:30Depuis le 28 septembre, 350 victimes se succèdent à la barre
00:35et dans Codesources, nous évoquons une petite partie de ces témoignages,
00:39scène de crime par scène de crime.
00:41Aujourd'hui, les terrasses des 10e et 11e arrondissements de Paris,
00:45en une vingtaine de minutes, 3 terroristes y ont fait 39 morts et des dizaines de blessés.
00:51Avec nous, dans Codesources, Pascal Aigré, Louise Colcombé et Timothée Boutry,
00:57journalistes au service police-justice du Parisien.
00:59Ils se relaient au palais de justice de Paris pour couvrir cette audience.
01:07Timothée Boutry, à partir du 16 septembre,
01:10les policiers qui ont dirigé les constatations des tueries sur les terrasses parisiennes
01:14se succèdent devant la cour d'assises spéciale,
01:16dans l'ordre chronologique des mitraillages.
01:19À la barre, un policier raconte ce qu'il a vu en arrivant
01:23près du bar Le Carillon et du restaurant Le Petit Cambodge,
01:26dans le 10e arrondissement, une scène de guerre.
01:28Oui, il est encore très très marqué, ce policier.
01:31Il dit, voilà, on est à la crime, on est habitué à des scènes de crime,
01:35à voir des corps, mais là, c'est la sidération.
01:37C'est le terme qu'il emploie.
01:39Il y a des corps enchevêtrés, une scène de chaos,
01:42autant de victimes sur une même scène, c'est impensable.
01:45Il dit, après, on se met en mode professionnel,
01:48mais on est sidéré face à une telle scène de guerre.
01:58Le lundi 20 septembre, témoigne le policier
02:00qui a supervisé les constatations au bar La Belle Équipe,
02:03dans le 11e arrondissement, au 92 rue de Charonne.
02:07Patron de la brigade criminelle de Versailles,
02:09à ce moment-là, il est missionné en renfort,
02:11ce vendredi 13 novembre 2015.
02:13Il se souvient d'abord des rues désertes
02:16quand il roule vers La Belle Équipe.
02:17Il traverse un Paris complètement vide.
02:20On n'entend que le bruit des sirènes des véhicules de secours.
02:23Il décide de stationner, pas très loin, place Léon Blum,
02:27et d'envoyer ce qu'ils appellent des précurseurs,
02:29c'est-à-dire lui, ses adjoints,
02:31pour essayer de voir un petit peu de quoi il retourne sur place,
02:34pour se partager le travail,
02:35savoir comment ils vont faire leurs constatations.
02:37Comment est-ce qu'il écrit la scène de la tuerie à l'audience ?
02:40Des photos sont projetées ?
02:41Deux photos sont projetées.
02:42Ce qu'ils découvrent, en fait,
02:44c'est d'abord la terrasse de La Belle Équipe,
02:46où il y a des corps allongés sous des draps très colorés,
02:49que les voisins ont apportés
02:52pour essayer de rendre un peu de dignité aux personnes qui sont mortes.
02:55Là, il y a 13 victimes tuées sur le cou.
02:58Et la deuxième photo, ce sera la photo de corps également.
03:03Alors ça, ce sont six autres victimes qui sont mortes un petit peu plus loin.
03:07On aperçoit des chaussures, des touffes de cheveux,
03:11et évidemment, c'est très difficile pour les proches qui sont dans la salle.
03:15Les terroristes ont tiré des dizaines de balles ?
03:17Les terroristes ont tiré plus de 160,
03:20entre 160 et 170 balles.
03:22Il y avait des impacts absolument partout,
03:24dans le sol, le plafond, la vitrine était complètement explosée.
03:28Il y a même un voisin, à une centaine de mètres de là,
03:32au deuxième étage, qui a retrouvé un projectile chez lui.
03:34Une vidéo est projetée à l'audience.
03:36Qu'est-ce qu'on voit sur les images ?
03:37En fait, c'est pris du sixième étage par un voisin.
03:40On distingue deux silhouettes.
03:41En réalité, on saura plus tard que le commando, ils étaient trois.
03:44Une voiture a arrêté en travers de la route,
03:47et deux types qui, visiblement, là ça, ça se voit,
03:51ne portent pas de cagoule, et tirent.
03:53Et ce qu'on entend, c'est surtout,
03:55parce que c'est quand même filmé d'assez loin,
03:57c'est le son des Kalashnikovs.
03:58Ça tire beaucoup.
03:59Et à la fin, ils partent en criant à la Ouagba.
04:02Ça, on ne l'entend pas.
04:03En fait, c'est précisé par le parquet national antiterroriste.
04:05On entend un cri, mais qui n'est pas audible.
04:07L'analyse de cette vidéo montrera qu'effectivement,
04:10ils ont crié même deux fois à la Ouagba.
04:16Les rescapés, les familles de victimes,
04:18peuvent poser des questions à ce policier,
04:20par exemple sur le temps qui s'est écoulé
04:22entre l'attaque précédente à La Bonne Bière et à Casanostra,
04:25et celle de La Belle Équipe.
04:27En effet, ils s'écoulent entre eux.
04:29Alors certains ont dit à l'audience 9 minutes ou 14 minutes.
04:32Donc, qu'ont fait les terroristes dans ce laps de temps ?
04:34Et surtout, la question des familles, c'est
04:36mais est-ce que le véhicule n'aurait pas pu être repéré
04:39et la fusillade suivante empêchée ?
04:42C'est ça qu'ils ont en tête.
04:44D'après le policier, les terroristes cherchaient
04:47une terrasse particulièrement bondée pour cible.
04:51D'ailleurs, ils sont d'abord passés devant La Belle Équipe.
04:55Ils ont fait demi-tour devant le bar,
04:58le petit Bayona qui servira de poste médical avancé.
05:01Et ils sont retournés mitrailler La Belle Équipe
05:03où il y avait une soixantaine de personnes
05:04qui fêtaient ce soir-là plusieurs anniversaires.
05:11Dans le box, Salah Abdeslam demande une nouvelle fois
05:14à prendre la parole.
05:16Il se trouve que sur la vidéo,
05:18l'un des deux assaillants, c'est son frère,
05:20Brahim Abdeslam, celui qui se fera sauter
05:22ensuite au comptoir Voltaire.
05:24Donc, il dit oui, je veux faire un commentaire.
05:25Si on sort ces vidéos de leur contexte,
05:27on ne peut que les désavouer.
05:29Mais il faut comprendre que nos frères sont partis en Syrie
05:33vivre tranquillement leur religion
05:35et que vous êtes venus les massacrer.
05:37On peut se faire la guerre,
05:38mais la porte du dialogue est toujours ouverte.
05:41Et là, le président l'interrompt en lui disant
05:43écoutez, monsieur Abdeslam,
05:45on ne voit pas très bien en quoi
05:46aller massacrer des civils sur une terrasse
05:49est une porte ouverte au dialogue.
05:52Pascal Aigret, un peu plus tard, ce jour-là,
05:54vient à la barre le policier
05:55qui a dirigé les constatations au comptoir Voltaire,
05:58là où le terroriste Brahim Abdeslam
06:00s'est fait sauter à 21h40.
06:02Et une vidéo de ce moment est diffusée.
06:06Elle est prise de l'intérieur du comptoir Voltaire
06:09et on voit un homme totalement lambda
06:12avec une veste remontée jusqu'en haut du col
06:15qui rentre dans le café,
06:16qui bouscule un petit peu la serveuse,
06:18qui se retourne et là, qui explose.
06:20Alors cette vidéo, elle provoque un haut de stupéfaction
06:23dans la salle d'audience
06:25parce qu'on ne voit pas de sang ni rien.
06:28Voilà, c'est quelqu'un comme tout le monde,
06:31a priori, qui rentre dans un café
06:32pour commander un café.
06:33Comment réagit Salab Abdeslam ?
06:34C'est donc son frère qu'on vient de voir.
06:35Cette fois-ci, il ne redemande pas la parole.
06:42Timothée Boutry, après les policiers,
06:44c'est au tour des rescapés
06:45de s'exprimer devant la cour d'assises spéciale.
06:48Parmi les témoins, le mercredi 29 septembre,
06:51Maya, une architecte de 33 ans
06:53qui était avec son mari au Carillon le 13 novembre.
06:57Maya, elle a vraiment été bouleversante.
06:59Elle était à la terrasse du bar
07:02avec son mari, Amine, architecte comme elle.
07:06Il s'était rencontré à l'école d'architecture
07:07et trois amis.
07:09Son mari est mort et deux de ses amis sont mortes,
07:11deux sœurs jumelles.
07:12Il ne restait plus qu'elle
07:13et le dernier membre du groupe.
07:15Alors elle raconte aussi, évidemment,
07:17comme tout le monde, l'attaque, les tirs.
07:19Elle s'est réfugiée entre le caniveau
07:21et une roue de voiture, elle indique.
07:23Elle va être grièvement blessée aux jambes.
07:25Elle va prendre des balles dans les jambes.
07:27Et elle dit qu'elle sent la mort derrière elle
07:29parce qu'en fait, il y a quelqu'un
07:30qui est allongé derrière.
07:32Elle ne le voit pas.
07:33Elle entend que ce sont ses derniers souffles,
07:34ses râles.
07:35Et elle dit, je ne connaîtrai jamais son nom,
07:37mais pour moi, ça restera le symbole
07:39de ces anonymes qui sont morts
07:41lors de ces attentats.
07:42C'est un témoignage extrêmement fort.
07:44Maya précise qu'aujourd'hui,
07:45elle a retrouvé un amoureux
07:46qui la soutient et la supporte
07:48pour reprendre ses mots.
07:49Mais elle est loin de vivre comme avant.
07:51Elle se sent extrêmement seule en fait.
07:53C'est un syndrome qui est bien identifié
07:55qui s'appelle le syndrome de Lazare.
07:57En fait, on peut être très entouré,
07:58mais en même temps,
07:59elle se débat seule face à ce traumatisme,
08:01face à ce vécu absolument effroyable
08:04qu'elle a vécu lors de cet attentat.
08:06Le même jour, deux femmes
08:07viennent rendre hommage
08:08à leur sœur tuée devant le carillon.
08:10Une femme qui était en train de conduire sa voiture
08:13et qui était bloquée par la voiture des terroristes.
08:15Alors, il y a une de ses sœurs
08:16qui témoigne qu'elle était présente
08:17dans la voiture avec son enfant.
08:18Et en fait, la voiture a été mitraillée.
08:20Elle et son enfant vont survivre,
08:22mais par contre, sa sœur va être tuée
08:23par les balles de Kalashnikov
08:25du commando terroriste.
08:27Donc, c'est vraiment un bouleversement total
08:29pour toute cette famille
08:30et une grande peine, évidemment.
08:31Il se trouve que ces deux femmes
08:32sont de confession musulmane.
08:34Raison pour laquelle Salah Abdeslam
08:35va prendre la parole
08:36et dire, voilà, j'entends qu'effectivement,
08:39il y a des victimes musulmanes,
08:40mais ce n'est pas ce qu'on avait prévu.
08:42Nous, on était venus pour tuer des mécréants.
08:43Et s'il y a des musulmans qui sont morts,
08:45eh bien, c'est un regrettable accident.
08:47Timothée Boutry, le lendemain,
08:49un homme de 57 ans, prénommé Claude,
08:51prend la parole.
08:52Le 13 novembre, il était à l'intérieur
08:54de la Bonne Bière, grièvement blessé,
08:56à une jambe, il s'est vu mourir.
08:59Ensuite, il lui a fallu des mois
09:01pour réapprendre à marcher.
09:02Ancien inspecteur du travail,
09:04Claude s'est reconverti dans le milieu associatif
09:07pour essayer, dit-il,
09:08de venir en aide aux jeunes de quartier défavorisé.
09:12Pendant son témoignage,
09:13à un moment, il s'adresse directement
09:15à Salah Abdeslam,
09:17qui avait parlé de dialogues possibles
09:19dix jours plus tôt.
09:20Il va dire, moi, je vous considère
09:23comme des êtres humains,
09:23ce qu'ils sont, évidemment,
09:24ce sont des accusés.
09:25Il dit, vous avez un cœur,
09:26vous avez des sentiments,
09:27vous êtes jugés.
09:28Et ce dialogue, moi, je veux bien l'entamer.
09:30Je suis même prêt à aller en prison
09:32pour vous voir.
09:32Mais il dit, le dialogue,
09:34le pardon, ça se mérite, en fait.
09:36Il faudra que vous fassiez un pas vers moi
09:37et moi aussi, il faudra que je fasse un pas vers vous.
09:39À partir de ce moment-là,
09:40alors OK, on pourra déloguer,
09:42on pourra échanger,
09:43toujours dans cette idée de comprendre
09:45et de réparer
09:46après un événement aussi effroyable.
09:50Louise Colcombé, le vendredi 1er octobre,
09:53vous racontait, dans Le Parisien,
09:55l'histoire de Juliette, 23 ans, en 2015.
09:58Elle avait ce soir-là son premier rendez-vous
10:01avec un certain Cédric, à la Belle Équipe.
10:03C'est quelqu'un qu'elle a rencontré
10:04sur une application de rencontre.
10:05C'est leur premier rendez-vous.
10:07Elle ne connaît pas le quartier.
10:08Lui, elle ne le connaît pas vraiment.
10:09Elle ne connaît pas le bar.
10:10Ils ont à peine le temps de s'installer.
10:12Elle insiste pour être vraiment en terrasse
10:14parce qu'elle, elle est fumeuse.
10:15Et donc, la fusillade démarre
10:17et tout ça se passe très vite.
10:19Elle se plaque au sol avec Cédric
10:21mais lui, il est touché
10:23et il va décéder sur place.
10:25Est-ce qu'elle a pu parler
10:26avec la famille de Cédric ?
10:29Elle-même n'a jamais réussi
10:30à parler aux parents de Cédric.
10:31Le lendemain, en fait,
10:32elle avait dit aux policiers,
10:33elle avait donné l'identité de ce garçon
10:34en disant qu'il est décédé
10:35et elle voit sur Facebook
10:36qu'en fait, ses parents le cherchent.
10:38Et là, elle, elle est avec sa propre mère
10:39et elle lui dit, s'il te plaît,
10:41maman, je t'en prie, appelle-les,
10:43t'es de maman.
10:44Et c'est sa mère à elle
10:46qui va devoir appeler les parents
10:47pour leur annoncer la nouvelle.
10:49Et elle-même a voulu écrire une lettre
10:50un an après.
10:51C'était aussi presque l'anniversaire
10:52de Cédric.
10:53Elle a écrit une longue lettre aux parents
10:54pour expliquer qu'elle se sentait coupable.
10:56Mais elle n'a jamais pu envoyer cette lettre.
10:59L'assesseur, qui assiste
11:01le président de la cour d'assises,
11:03lui dit immédiatement
11:04« Mais vous n'êtes pour rien.
11:05Vous n'êtes coupable de rien. »
11:06On sent que même six ans après,
11:08c'est une notion qu'elle n'a pas encore intégrée.
11:10Elle était en larmes
11:12et c'était assez bouleversant.
11:21Timothée Boutry,
11:22ce soir-là,
11:23à La Belle Équipe,
11:23il y avait un parfum de fête.
11:25Il y avait deux anniversaires,
11:26dont celui de la directrice du bar,
11:28Oda Saadi,
11:29qui fêtait ses 35 ans.
11:30Oui, c'est une femme manifestement rayonnante,
11:33solaire,
11:33qui avait énormément d'amis.
11:35Beaucoup de gens sont venus à La Belle Équipe.
11:37C'est la bande de La Belle Équipe.
11:38Il y avait aussi les serveurs,
11:39les barmans,
11:40qui la connaissaient extrêmement bien.
11:42Et lors de cette attaque,
11:44Oda est morte,
11:45sa soeur aussi.
11:46Leur frère qui était présent a survécu.
11:48Il était derrière le bar.
11:49Mais c'est vraiment toute une famille
11:50qui a été décimée.
11:52Et c'est extrêmement douloureux
11:54ce qu'il raconte à la barre.
11:55Et l'une des clientes de La Belle Équipe,
11:57Chloé,
11:57rend hommage à son ami Ludo,
11:59qui lui a sauvé la vie.
12:01Elle raconte que son copain Ludo
12:03s'est mis devant elle,
12:04la protégée.
12:05Il dit « je le sentais prendre les balles ».
12:07Et donc il a pris trois balles.
12:09Il est mort à côté d'elle.
12:12Et juste à côté se trouve
12:13le frère de Ludo à la barre.
12:15Il ne va rien dire à la cour d'assises.
12:16Il est juste là, il est présent.
12:17Il va leur lasser par moments.
12:19Tous les témoins de cette bande
12:20qui vont se succéder
12:21vont raconter à quel point
12:23c'est une partie d'eux-mêmes
12:23qui est partie ce soir-là à La Belle Équipe.
12:30Pascal Aigré,
12:31le mardi 5 octobre,
12:32les proches,
12:32les parents des personnes tuées
12:34à La Belle Équipe
12:35viennent témoigner à l'audience
12:37des photos
12:37des hommes et des femmes disparus
12:39sont projetées.
12:40Chaque fois qu'une famille
12:41arrive à la barre,
12:43il y a presque un côté
12:46cérémonie, dommage
12:47ou comme quand dans une messe,
12:48on a la photo du défunt
12:50sur un petit livret.
12:51Mais là,
12:52ce sont des photos
12:52qui sont projetées
12:53sur grand écran,
12:54sur tous les écrans
12:55de la cour d'assises
12:56et derrière la cour
12:57en grand format.
12:58On y voit,
13:00par exemple,
13:00Justine Dupont
13:02attablée devant un verre
13:04en terrasse,
13:05elle sourit,
13:06elle a des joues sympas,
13:08toutes rouges
13:09et puis d'autres encore
13:10comme ça.
13:13Le compagnon de Justine Dupont
13:15qui avait 34 ans
13:16donc quand elle était tuée
13:17à La Belle Équipe,
13:18Grégory,
13:19vient témoigner.
13:21Est-ce que vous pouvez
13:21d'abord nous le décrire ?
13:23Grégory,
13:23c'est un homme très grand.
13:25Il est long et ligne,
13:27maigre,
13:28mâchoire carrée,
13:29on a l'impression
13:30vraiment qu'il est en colère.
13:31Par-dessus son t-shirt,
13:33il a remis un t-shirt noir
13:35sur lequel,
13:36en fond blanc,
13:37apparaît le visage de Justine.
13:39Il ressent de la culpabilité.
13:40Sa culpabilité,
13:42c'est justement
13:42de ne pas avoir été sur place
13:44auprès de sa compagne
13:46pour la protéger.
13:48C'est tellement fort pour lui
13:50qu'en fait,
13:50il s'excuse
13:51mais vraiment en citant
13:53le nom des parents
13:54de Justine Dupont,
13:55de ses proches,
13:56de ses amis,
13:58voilà,
13:58en disant qu'il est désolé
13:59de ne pas avoir été là-bas.
14:00Il a perdu au total
14:02neuf proches
14:03à la belle équipe,
14:04six intimes,
14:04dont sa compagne Justine
14:06qu'il avait rencontrée
14:07justement dans ce bar.
14:09Oui,
14:09en fait,
14:09c'est un couple
14:10d'après lui improbable
14:11parce qu'il raconte vraiment
14:12avec beaucoup d'émotion
14:14et longtemps
14:15la manière dont,
14:15finalement,
14:16c'est Justine
14:17qui a conquis son cœur
14:18alors qu'il sortait lui-même
14:19d'une rupture
14:20et puis que c'était
14:21une fille tellement joyeuse.
14:24En fait,
14:24c'est une grande déclaration
14:25d'amour pour cette femme.
14:27Il le dit d'ailleurs.
14:28Le problème,
14:28c'est que ma Juju,
14:30je l'aime toujours.
14:31Ses câlins,
14:32ses bisous me manquent.
14:33Grégory s'était installé
14:34avec Justine
14:35dans un appartement
14:35de Seine-Saint-Denis.
14:36Il raconte que depuis six ans,
14:38il ne dort plus
14:39que sur le canapé
14:41et il ajoute
14:41qu'il aurait aimé
14:42avoir un enfant avec elle.
14:44Il ajoute ça
14:44dans un contexte particulier.
14:46C'est justement
14:47quand il dit
14:47qu'il aurait voulu être là-bas
14:48pour la protéger.
14:49Il aurait voulu aller lui dire
14:50« je t'aime
14:51et je voudrais
14:52qu'on ait des enfants »
14:52et en fait,
14:53il mentionne le fait
14:54que dans la salle de bain,
14:56parmi du linge sale aussi
14:57qui restait
14:59de sa compagne,
15:01il y a aussi
15:01un test de grossesse
15:03dont il n'a jamais,
15:04jamais osé regarder
15:05le résultat
15:06et il rajoute
15:07peut-être
15:08pour ne pas savoir
15:09que je n'ai pas perdu
15:10un être aimé
15:11mais peut-être deux.
15:21Parmi les témoignages
15:22de parents très forts,
15:23vous avez aussi raconté
15:24dans Le Parisien
15:24celui de Nadia Mondegaire,
15:26la maman de Lamia
15:27qui elle avait 30 ans.
15:29Nadia habite pas loin
15:31de La Belle Équipe
15:32et le 13 novembre
15:33elle a entendu les tirs.
15:34C'est vraiment une famille
15:36qui s'est installée
15:36dans le 11e,
15:37ils y vivent depuis
15:38plus de 40 ans.
15:39elle est égyptienne d'origine,
15:41lui le papa était breton
15:43et leur fille
15:45elle l'a décrit d'ailleurs
15:46comme une fille du 11e,
15:47Lamia c'était une fille du 11e
15:48et ce soir-là
15:49pour un rendez-vous amoureux
15:51qu'elle avait caché
15:52à sa maman
15:53elle avait choisi
15:54d'être à la terrasse
15:55de La Belle Équipe
15:56et La Belle Équipe
15:57c'est à quelques centaines
15:58de mètres
15:59de la maison familiale
16:00où elle n'habitait plus
16:01mais elle n'habitait pas loin
16:02en colloque
16:02aussi avec une amie
16:04et ce soir-là
16:05en ouvrant les fenêtres
16:06de sa cuisine
16:07Nadia Mondegaire
16:08entend ta ta
16:11elle est avec un de ses fils
16:13et elle se demande
16:13ce qui se passe
16:14qu'est-ce que c'est encore
16:15que c'est pétard
16:16c'est un peu étrange
16:17mais elle ne sait pas
16:19et quand elle l'a su
16:20après
16:22que ce sont les balles
16:23qui rafalent
16:25comme elle le dit
16:25sa fille
16:27elle a ces mots
16:28elle a dit
16:29et je regretterai
16:29toute ma vie
16:30de ne pas avoir
16:31traversé
16:32ces quelques centaines
16:33de mètres
16:33pour aller
16:35accompagner ma fille
16:36dans ces derniers moments
16:39elle se souvient
16:39d'une expérience
16:40plus que douloureuse
16:42à l'IML
16:43l'Institut Médico-Légal de Paris
16:44l'Institut Médico-Légal de Paris
16:47pour les familles
16:49apparemment
16:49ça a été vraiment
16:50très compliqué
16:50et notamment
16:51parce qu'on présentait
16:52les corps
16:53derrière une vitre
16:54pour l'identification
16:55et qu'en l'occurrence
16:56on lui présente un corps
16:58qui n'est pas celui
16:59de sa fille
16:59mais qu'elle veut tellement
17:01que ce moment
17:02aille vite
17:03et que ce soit terminé
17:05qu'elle reconnaît sa fille
17:06et qu'elle entend
17:07une amie de sa fille
17:08dans le couloir
17:09qui est en train
17:10d'engueuler un personnel
17:11en disant
17:12mais ça n'est pas la mienne
17:13cette femme
17:14qui est là
17:14n'est pas la mienne
17:15d'autant qu'il y a
17:16une autre famille
17:17qui est en train
17:17de se rendre compte aussi
17:18pas loin
17:19et de chercher sa fille
17:20que celle qu'on leur a présentée
17:22n'est pas non plus
17:23la bonne
17:24donc elle ne signe pas
17:25le papier
17:26convaincue par les amis
17:27de sa fille
17:27dans un état second
17:29et elle dit
17:29après elle se décrit
17:30sur le pont d'Austerlitz
17:31en train d'appeler
17:33pour le dentiste
17:34pour avoir le dossier médical
17:35de sa fille
17:37pour prouver
17:38à l'institut médico-légal
17:40que ça n'est pas sa fille
17:41alors que ça devrait être
17:42l'inverse
17:43ça aurait dû être
17:45à l'institut médico-légal
17:46de lui présenter
17:47la bonne personne
17:48elle dit aussi
17:49que le père de Lamia
17:50est mort de chagrin
17:52elle en parle deux fois
17:53elle en parle au début
17:54de son témoignage
17:55de sa déposition
17:55en disant
17:56Jean-François
17:57mon mari n'est pas là
17:59alors qu'il s'était
18:00constitué partie civile
18:01qu'il était très investi
18:02il a fait partie avec elle
18:03des membres fondateurs
18:04de l'association 13-11-15
18:05et on comprend plus tard
18:07dans sa déposition
18:08elle le dit
18:09qu'il est mort de chagrin
18:11il est mort en début 2020
18:13en fait
18:14elle explique
18:15avec des mots
18:16vraiment incroyables
18:17que quand il a appris
18:19la mort de Lamia
18:19c'était sa petite coccinelle
18:21elle a vu son regard
18:23et qu'elle a vu
18:23la tristesse
18:24l'envahir
18:25le frapper
18:26très loin
18:27il y a une chose
18:27qui interpelle
18:28Nadia Mondegaire
18:30c'est que les tueurs
18:30les terroristes
18:31avaient le même âge
18:32ou presque le même âge
18:33que sa fille
18:33en fait elle se rend compte
18:35que certaines des dates
18:36de naissance
18:36c'est 1985
18:37c'est l'année de naissance
18:39de sa fille
18:40elle dit
18:41mais ce sont nos enfants
18:41c'est notre société
18:43qui a fait grandir
18:44aussi ces personnes
18:46Nadia Mondegaire
18:47raconte aussi
18:47un voyage
18:48qu'elle a fait
18:48seule
18:49en Égypte
18:50au Caire
18:50une ville
18:51qu'elle avait montré
18:52dans le passé
18:53à Lamia
18:54elles étaient allées
18:55entendre la voix
18:56des moïdines
18:56l'appel à la prière
18:57il y a plein de mosquées
18:59au Caire
18:59l'appel à la prière
19:01c'est magnifique
19:02elle arrive
19:03à retourner
19:04sur place
19:05à l'endroit
19:05où toutes les deux
19:06l'avaient entendue
19:08un policier
19:08veut un peu
19:09l'empêcher d'accéder
19:10et puis elle finit
19:11par lui dire
19:11mais voilà
19:12moi j'ai besoin
19:12d'être là
19:13parce qu'elle lui raconte
19:14en arabe
19:15c'est la première fois
19:15qu'elle raconte
19:16ce qui lui est arrivé
19:17il est arrivé
19:18à sa fille
19:19en arabe
19:20elle dit ça
19:20j'en avais besoin
19:21et le policier lui dit
19:22mais les 130 morts
19:23des attentats
19:25dont vous parlez
19:26ce sont des chahides
19:27des martyrs
19:28et elle me dit
19:29mais finalement
19:29je me réapproprie ce mot
19:31et elle entend
19:32ce Allah Ouagbar
19:33Dieu est grand
19:34c'est le Dieu est grand
19:36des vivants
19:37pas le Dieu est grand
19:39mortifère
19:40de ceux qui le crient
19:41en assassinant des gens
20:00Pascal Aigret
20:01tout à l'heure
20:01dans ce podcast
20:02vous nous avez raconté
20:03ce qu'a vu sur place
20:04le policier
20:04qui a dirigé
20:05les constatations
20:06à la belle équipe
20:07l'avocate
20:08d'une victime
20:09lui demande
20:10combien de temps
20:11le mitraillage
20:12a duré
20:13et ce mitraillage
20:15répond-il
20:16a duré entre
20:16une et deux minutes
20:18Louise Colcombet
20:19la cour d'assises spéciale
20:20a aussi entendu
20:21les parties civiles
20:22du comptoir Voltaire
20:23où Brahim Abdeslam
20:24a fait exploser
20:25sa ceinture
20:26occasionnant plusieurs blessés
20:27le mardi 5 octobre
20:29un logisticien
20:30de l'hôpital Saint-Antoine
20:31est à la barre
20:32et il décrit
20:32une scène
20:33plus que surprenante
20:35cet homme s'appelle
20:36David Muram
20:37il était ce soir-là
20:37en tant que simple citoyen
20:40attablé
20:41en train de dîner
20:41avec un ami
20:42quand Brahim Abdeslam
20:43arrive
20:44et actionne
20:45sa ceinture explosive
20:46et là en lui
20:47il y a le réflexe
20:48d'infirmier
20:48ça c'est sa formation
20:49il se précipite
20:51sur la terrasse
20:52pour aider les gens
20:53faire un point de compression
20:55appeler quelqu'un
20:55pour soutenir un tel
20:57enfin voilà
20:57il part au plus pressé
20:58et il voit cet homme
20:59allongé
21:00donc il commence
21:01un massage cardiaque
21:02en fait il arrache
21:03les vêtements
21:03pour être plus à l'aise
21:04et faire ça correctement
21:05et là il voit
21:06un fil de fil
21:06et il comprend
21:08que c'est un attentat
21:08il comprend que c'est
21:09un kamikaze
21:10et pour autant
21:11il continue à le masser
21:13ensuite arrivent
21:14les secours
21:14d'ailleurs il connaît
21:15le chef des secours
21:16qui lui dit
21:16mais qu'est-ce que tu fais là
21:18et là David lui dit
21:19mais en fait
21:20c'est lui
21:21il s'est fait sauter
21:22toute la terrasse
21:23s'est évacuée
21:24après ça il avait évidemment
21:25très mal vécu la chose
21:26il s'est rendu compte
21:26qu'il avait frôlé la mort
21:27parce qu'en fait
21:28la moitié de la ceinture explosive
21:29n'avait pas explosé
21:30donc en fait en le massant
21:31lui il aurait pu partir avec
21:32mais il dit
21:33j'ai aucun regret
21:34pour moi c'était un blessé
21:35et il dit
21:36la règle à l'époque
21:37sur la voie publique
21:37c'est tant que les secours
21:38ne sont pas là
21:39on masse
21:40il a risqué sa vie
21:42pour soigner cet homme
21:43il a dit kamikaze ou pas
21:44ben voilà c'est un blessé
21:45point
21:46j'ai fait mon boulot
22:00merci Pascal Aigret
22:02Louise Colcombé
22:03Timothée Boutry
22:04je rappelle que vous êtes
22:05journaliste au service
22:06police justice du parisien
22:08vos articles sont à retrouver
22:10sur le parisien.fr
22:11et nous allons bien sûr
22:13continuer à raconter
22:15le procès du 13 novembre
22:16dans Codesource
22:17à travers nos podcasts
22:18dans le prochain
22:19on évoquera les témoignages
22:20des rescapés
22:21et des parents de victimes
22:23du Bataclan
22:23cet épisode de Codesource
22:25a été produit par
22:26Sarah Amny
22:27et Thibaut Lambert
22:28réalisation
22:29Julien Moncouquiol
22:30si vous aimez Codesource
22:32n'oubliez pas de vous abonner
22:33de nous laisser des petites étoiles
22:34ou un commentaire
22:35sur votre application préférée
22:37et puis vous pouvez aussi
22:38nous écrire directement
22:39on vous répondra
22:40codesource
22:41at leparisien.fr
22:53Sous-titrage Société Radio-Canada
23:01Sous-titrage Société Radio-Canada
23:04Sous-titrage Société Radio-Canada
23:05...
23:05...
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