- il y a 9 heures
L’ex-chef de l’Etat, mort à l’âge de 94 ans, avait soufflé un vent de modernité sur la vie du pays. De sa campagne éclair en 1974 à sa défaite de 1981, retour sur les années Giscard avec Henri Vernet, journaliste au service politique du Parisien.
Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Thibault Lambert - Journalistes : Raphaël Pueyo et Nathan Chatelain - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : INA, TF1, Franceinfo.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Journée de deuil national en France le mercredi 9 décembre, en hommage à Valéry Giscard d'Estaing.
00:17L'ancien chef de l'État est mort une semaine plus tôt, le 2 décembre, il avait 94 ans.
00:22Chez Codesource, nous avons eu envie de donner à voir le Valéry Giscard d'Estaing,
00:27plus jeune président de la Vème République à l'époque, de vous raconter sa campagne, son élection et son septennat.
00:33Le récit est signé Henri Vernet du service politique du Parisien.
00:42Henri Vernet, quand est-ce que vous l'avez interrogé pour la première fois, Valéry Giscard d'Estaing ?
00:46Au premier tour de la présidentielle de 1988, c'est-à-dire la première élection après sa défaite de 1981.
00:52Mon journal, à l'époque, le quotidien de Paris, j'étais jeune journaliste, m'avait envoyé couvrir cette élection
00:58auprès de Giscard d'Estaing à Chamalières, son fief familial et politique.
01:03Et après, vous l'avez interviewé très régulièrement pour le Parisien ?
01:06Assez régulièrement, pratiquement une fois, tous les ans et demi, y compris assez récemment.
01:10La dernière fois, c'était pour les élections européennes, donc au printemps 2019.
01:14Henri Vernet, à quoi ressemblait la vie de Valéry Giscard d'Estaing ces dernières années ?
01:18Ces dernières années, c'était vraiment le sage de la politique française.
01:22Alors un sage qui était parfois matois, parfois assez acide dans ses commentaires.
01:27Il avait toujours cette activité de conférencier international, qui était d'ailleurs très bien rémunérée.
01:31Il avait du mal à marcher, donc ces tout derniers temps, il se déplaçait moins.
01:35Mais il recevait de nombreuses personnalités politiques, aussi bien de droite,
01:39comme Nicolas Sarkozy, on s'entend bien évidemment, comme Bruno Le Maire également,
01:43Bernard Cazeneuve, l'ancien Premier ministre de François Hollande.
01:46Et puis bien sûr, Emmanuel Macron lui-même, du temps où il était candidat,
01:50et puis Emmanuel Macron le verra à l'Elysée.
01:52Il était affaibli ces derniers temps et en 2018, il avait perdu l'une de ses filles.
01:56Ça a été un vrai drame. C'était la mort de Jacinthe, prématurée, elle avait 57 ans.
02:00C'était la Benjamine, il y avait un lien plus fort avec elle, assez intime.
02:05Et d'ailleurs, Valéry Giscard d'Estaing sera enterré dans le château familial d'Auton, auprès de sa fille.
02:12Dans cet épisode de Code Source, vous allez nous raconter ces années au pouvoir.
02:16Entre 1974 et 1981, Valéry Giscard d'Estaing est né le 2 février 1926, à Koblenz, en Allemagne,
02:25où son père était un haut fonctionnaire pour la France.
02:27Il grandit dans les beaux quartiers de Paris, au sein d'une famille bourgeoise.
02:31En août 1944, il participe à la libération de la capitale, avant de s'engager comme combattant.
02:3612 ans plus tard, il épouse Annemone, sauvage de Brant, avec qui il aura 4 enfants.
02:41Henri Vernet, au début de l'année 1974, il est ministre de l'économie, sous la présidence de Georges Pompidou.
02:49En quelques mots, jusqu'ici, il a connu un parcours brillant.
02:52Oui, il est même le prototype de l'élite française.
02:55C'est un brillantissime élève qui a fait Polytechnique, qui a fait l'ENA,
03:00qui s'impose assez vite justement par ses capacités intellectuelles, ses capacités synthétiques.
03:06Il est sorti à l'inspection des finances, il rentre assez vite dans les cabinets ministériels,
03:10c'est comme ça qu'il est remarqué.
03:12Il se fait remarquer également comme député, il est élu très jeune, à 32 ans,
03:16et au sein de l'Assemblée nationale, c'est pas réellement un grand orateur,
03:20c'est pas un chef de bande, mais c'est quelqu'un qui maîtrise les dossiers les plus techniques.
03:24Et à cette époque-là, il cherche à populariser son image.
03:27Oui, dès qu'il est rentré au gouvernement, que ce soit sous la présidence du général de Gaulle
03:31ou sous celle de Pompidou, il est réellement le premier ministre à comprendre l'importance de l'image,
03:36l'importance de la communication.
03:37Il est très admiratif de Kennedy, de l'Amérique de Kennedy.
03:41On le voit jouer de l'accordéon auprès d'une présentatrice de télévision
03:45qui est très populaire à l'époque, Daniel Gilbert.
03:51Il y a une espèce de jeu de ping-pong entre eux, Daniel Gilbert reconnaissant les airs que joue à
03:57l'accordéon Valère Giscard d'Estaing.
03:59Alors j'ai gagné.
03:59Vous avez gagné.
04:00Et qu'est-ce que j'ai gagné ?
04:01Vous voulez savoir quelle sera votre récompense ?
04:03Et bien ce sera un deuxième air d'accordéon.
04:05Ok, écoutez, moi je suis ravie.
04:07On le voit également, et ça c'est une grande première qui va vraiment saisir beaucoup de téléspectateurs,
04:12se faire interviewer torse nu dans les vestiaires après un match de foot.
04:16Vous avez vu que c'était un match assez dur, il y a eu des heures,
04:20mais en fait c'était très correct et j'ai remarqué que la foule au vergnat n'était pas venue
04:23sur le terre.
04:23Là on est au tout début des années 1970.
04:26Le 1er avril 1974, alors qu'il est donc ministre de l'économie,
04:30Valéry Giscard d'Estaing est en week-end à Courchevel en Savoie
04:34et en début de soirée, il reçoit un coup de téléphone.
04:37C'est son collaborateur le plus proche à l'Elysée
04:40qui lui annonce que le président Georges Pompidou est en train de vivre ces dernières heures.
04:44Le président, ses collaborateurs, les ministres savaient bien qu'il était malade,
04:48mais attention, cette maladie était tenue dans le plus grand secret.
04:51Pompidou était atteint d'un cancer rarissime du sang qui paraissait incurable,
04:55mais personne ne savait qu'en interviendrait cette mort.
04:58Donc il y a malgré tout un effet de surprise.
05:01Giscard réagit avec intelligence et instinct,
05:04c'est-à-dire qu'il ne précipite pas du tout son retour à Paris
05:06parce qu'évidemment, ça pourrait accréditer des soupçons.
05:11Le président Georges Pompidou meurt le lendemain, le 2 avril,
05:14et on est à deux ans de la fin de son mandat.
05:17Une nouvelle élection présidentielle s'organise donc en urgence.
05:20Le 8 avril, Valéry Giscard d'Estaing annonce sa candidature,
05:24mais il n'est pas favori.
05:26Il n'est pas favori parce que le candidat naturel à ce moment
05:28de la famille politique qui est au pouvoir,
05:30c'est-à-dire la grande famille gaulliste,
05:32c'est Jacques Chaban d'Elmas.
05:33Chaban, c'est l'ancien résistant, il a été Premier ministre sous Georges Pompidou.
05:38Lui, il se précipite pour annoncer sa candidature
05:40alors que Pompidou n'est pas encore en terre.
05:43Donc ça, ce sera très mal perçu.
05:45Giscard, il soigne sa candidature et son annonce.
05:48Une fois l'hommage rendu au président Pompidou,
05:51elle se fait dans sa mairie à Chamalières.
05:54Je voudrais regarder la France au fond des yeux,
05:59lui dire mon message et écouter le sien.
06:03Il est entouré des siens de sa famille
06:05et il est entouré des habitants de Chamalières.
06:08Et à peine annonce-t-il qu'il est candidat à la présidence de la République française,
06:12qu'une véritable clameur s'élève.
06:14Quelle est sa position politique ?
06:16C'est un homme de droite par rapport au gaulliste,
06:18disons qu'il est moins pour la toute puissance de l'État.
06:23Néanmoins, Giscard, c'est quand même un libéralisme tempéré
06:25dans le sens où c'est un inspecteur des finances, un énarque.
06:28Et donc il a cette culture de l'État,
06:30cette culture malgré tout assez dirigiste
06:33qui lance des grands chantiers,
06:34cette culture colbertiste à la française.
06:36L'influent ministre de l'Intérieur, un certain Jacques Chirac,
06:40lui apporte son soutien.
06:42Oui, et c'est un soutien déterminant
06:43parce que surtout il lui apporte l'adhésion
06:45de 43 députés gaullistes
06:47qui font donc défection du camp Chaban
06:49pour rallier la candidature du jeune ministre Giscard d'Estaing.
06:53Et c'est important parce qu'il faut se souvenir
06:55que Valère Giscard d'Estaing, quelque part,
06:58il est un petit peu coupable de trahison aux yeux des gaullistes historiques
07:00pour avoir pris ses distances avec le général de Gaulle
07:03à la fin de sa présidence.
07:05Ce ralliement donne un vrai poids
07:07au sein de la droite pour le candidat Giscard.
07:12Valéry Giscard d'Estaing mène une campagne à l'américaine.
07:14Il s'entoure de publicitaires
07:16et il n'hésite pas à exposer sa famille.
07:18En effet, la première affiche qui frappe les esprits,
07:20c'est une affiche où on voit Valéry Giscard d'Estaing
07:24assis sur un banc avec sa fille Jacinthe,
07:26qui a 14 ans à l'époque.
07:28Il n'y a aucun slogan.
07:30On a là quelque chose de beaucoup plus dans la proximité.
07:33C'est vraiment la révolution de l'image.
07:35C'est la communication politique.
07:36Des stars comme Johnny Hallyday ou Brigitte Bardot
07:38se rallient au candidat.
07:40Ça aussi, c'est à l'américaine.
07:41Ils viennent d'ailleurs au meeting.
07:43Aznavour, Johnny Hallyday, Brigitte Bardot,
07:46la grande star internationale à l'époque,
07:48avec son t-shirt noir,
07:50avec inscription en blanche,
07:51Giscard à la barre.
07:52C'est la première fois que des vedettes du cinéma,
07:56de la chanson s'affichent avec un candidat politique.
08:02Le 5 mai se tient le premier tour de l'élection présidentielle.
08:06C'est François Mitterrand qui est en tête avec 43% des suffrages exprimés.
08:10Valéry Giscard d'Estaing est second avec un peu plus de 32% des suffrages.
08:15Le double de Jacques Chaband-Elmas.
08:17C'est une surprise ?
08:19C'est relativement une surprise
08:20parce que c'est vrai qu'à droite,
08:22il est venu presque par infraction.
08:23On l'a vu.
08:24Cela dit, Jacques Chaband-Elmas a vraiment fait une mauvaise campagne,
08:28notamment avec une intervention télévisée
08:30où il était avec André Malraux
08:32et à laquelle personne n'a compris un traître mot.
08:35Mitterrand, en revanche, il bénéficie de l'union de la gauche.
08:37Il était prévu qu'il arrive en tête.
08:39Le débat entre les deux candidats à l'élection présidentielle...
08:44Le 10 mai, Valéry Giscard d'Estaing et le candidat socialiste
08:48s'affrontent au cours d'un débat télévisé.
08:50Comment apparaissent les deux hommes ?
08:52On sent que pour chacun des deux, l'enjeu est extrêmement important.
08:55Ils sont tendus davantage, sans doute, François Mitterrand.
08:58Eh bien, je suis là pour vous répondre
09:00avant de poser moi aussi des questions.
09:02D'abord, ils sont très très proches l'un de l'autre.
09:05Ils jouent tous les deux le match de leur vie
09:07et les deux sont de redoutables combattants
09:10qui connaissent très bien leur dossier.
09:12Giscard va adresser à François Mitterrand une sortie cinglante.
09:16Oui, alors que le candidat socialiste
09:18vient de faire un long dégagement sur les malheurs,
09:21la misère parfois de certaines parties de la population française
09:24dont il faut améliorer la vie
09:26alors que la droite, à ses yeux, est réputée au contraire
09:30pour sa dureté et pour favoriser les riches.
09:32C'est ma candidature et mon programme d'action
09:34qui permettront demain à la France d'engager la grande aventure,
09:38l'admirable aventure,
09:39non seulement de la réussite économique,
09:41mais aussi du progrès social.
09:43C'est là tout notre débat.
09:44Valéry Girdestin lui assène sa fameuse phrase
09:46sur le monopole du cœur.
09:48Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur.
09:50Vous ne l'avez pas.
09:51J'ai un cœur comme le vôtre
09:53qui bat sa cadence et qui est le mien.
09:55Vous n'avez pas le monopole du cœur.
09:57Ce débat, c'est un tournant dans cette élection ?
09:59Oui, et c'est sans doute peut-être la seule fois
10:02où un débat télévisé a réellement décidé du sort d'une élection
10:06parce que ces deux candidats étaient dans un mouchoir de poche.
10:09On verra d'ailleurs que, au résultat,
10:11on aura moins de 100 000 voix d'écart,
10:13ce qui est très très proche.
10:15Et François Mitterrand lui-même confiera plus tard
10:17à Valéry Girdestin
10:18qu'avec cette formule,
10:20il lui a sans doute fait perdre 300 000 voix.
10:23Estimation au RTF Saufresse.
10:25Valéry Giscard d'Estaing, 50,9.
10:27François Mitterrand, 49,1.
10:30C'est donc Valéry Giscard d'Estaing
10:31qui remporte la présidentielle le 19 mai.
10:34A 48 ans, il devient le plus jeune président
10:36de la Ve République.
10:37Et dès l'été, il engage de nombreuses réformes.
10:40Pour lui, il est important de montrer
10:42qu'une nouvelle page se tourne dans la vie politique.
10:44Il veut la moderniser.
10:45Ça commence par des symboles.
10:46La remontée à pied des Champs-Elysées,
10:48le fait de ralentir le rythme
10:50d'une Marseillaise qu'il trouvait trop guerrière.
10:53Le fait d'éclaircir aussi tout simplement
10:54le bleu et le rouge des drapeaux.
10:57Mais surtout, il met en œuvre
10:58des réformes de société.
11:00Une des premières réformes,
11:01c'est d'abaisser l'âge de la majorité.
11:03À 18 ans, il casse l'ORTF,
11:06cet organisme très rigide
11:07qui régissait les médias audiovisuels.
11:10Il donne aussi des droits.
11:11Ça, c'est très important à l'opposition.
11:14Notamment, c'est lui qui a élargi
11:15le droit de saisine du Conseil constitutionnel
11:17pour que l'opposition au Parlement
11:19puisse s'exprimer de façon plus efficace.
11:21Et puis, il y a des gestes,
11:22comme par exemple pendant l'été,
11:24alors qu'il va en vacances sur la Côte d'Azur
11:25dans une luxueuse villa
11:27qu'a prêté une amie milliardaire irlandaise,
11:30il s'arrête sur le chemin à Lyon
11:32pour visiter une prison
11:33dont les détenus sont en pleine mutinerie.
11:36Il va même serrer la main à des prisonniers.
11:39Et cette image choquera beaucoup à droite.
11:43Jacques Chirac devient son premier ministre,
11:45Simone Veil, ministre de la Santé,
11:47la journaliste Françoise Giroux
11:49est nommée secrétaire d'État chargée
11:50de la condition féminine.
11:52L'année suivante, 1975,
11:54est marquée par plusieurs avancées majeures
11:57pour les droits des femmes.
11:58Il y a des avancées qui sont tellement évidentes
12:00et naturelles que tout le monde a oublié
12:01qu'elles sont dues à cette époque et à Giscard.
12:04Comme par exemple le droit pour une femme
12:05d'ouvrir un compte bancaire
12:06sans demander l'avis de son mari,
12:07l'avènement du divorce par consentement mutuel.
12:11Mais bien évidemment,
12:12la grande réforme de ces septennats,
12:14c'est l'IVG, c'est le droit à l'avortement.
12:17Beaucoup de femmes françaises,
12:18pour avorter, étaient obligées d'aller à l'étranger
12:21ou avaient recours à des avorteuses clandestines.
12:23Bref, c'était un vrai drame.
12:24Mais simplement, en mettant en œuvre cette réforme,
12:27en la portant,
12:28Valère Giscard d'Estaing sait qu'il prend
12:29un risque politique considérable
12:31parce qu'il heurte de plein front
12:34sa famille politique.
12:35On a dit sa famille tout court aussi,
12:37ce qui est moins vrai,
12:38parce qu'avant de mettre en œuvre cette réforme
12:41qui sera portée, bien évidemment,
12:42par Simone Weil,
12:43il a consulté son épouse,
12:45Annemone,
12:45et au-delà, son cercle familial,
12:47parce que la famille Giscard
12:48est une famille très pieuse,
12:50très catholique,
12:50et il a eu le feu vert
12:52d'Annemone Giscard d'Estaing.
12:53Il a aussi de grandes ambitions
12:54pour l'Europe.
12:55C'est vraiment le fil conducteur
12:56de ce président.
12:57Il a combattu en Allemagne
12:58avec son char qui était baptisé Carousel.
13:00Il a vu les ravages de cette Europe
13:02complètement déchirée
13:04par l'Allemagne nazie.
13:05Donc ça le marquera profondément,
13:07cette nécessaire reconstruction.
13:09Il aura d'ailleurs une relation fusionnelle
13:12et très constructive
13:13avec le chancelier allemand Helmut Schmidt,
13:15qui pourtant n'était pas de son bord politique
13:17puisque c'était un social-démocrate.
13:19Et tous les deux ont lancé les fondements
13:21de choses qui vont rester longtemps en Europe,
13:23comme tout simplement la création
13:25du Conseil européen.
13:26Ce sont les sommets européens
13:27qui durent encore aujourd'hui,
13:28tous les six mois.
13:29La décision de faire élire les eurodéputés
13:32au suffrage universel,
13:33au Parlement de Strasbourg,
13:34et comme aussi le lancement
13:37du fameux système monétaire européen,
13:39puis l'EQ,
13:40qui déboucheront des années plus tard
13:41sur l'euro.
13:43Au début de son mandat,
13:44il veut donner l'image
13:45d'un président proche des Français.
13:47Il va au contact des gens.
13:48Alors il y a des images,
13:49après, qui se sont un petit peu
13:50retournées contre lui
13:51parce qu'on l'a brocardé.
13:52Il reçoit des éboueurs à l'Elysée,
13:54tout simplement,
13:54qui passent devant Faubourg-Saint-Honoré
13:56et qu'il fait monter.
13:57Il y a cette façon de s'inviter
13:59chez les gens,
13:59au coin du feu,
14:00d'aller dîner chez eux,
14:01chez les Français moyens,
14:03les vrais gens.
14:03Il vient à notre table,
14:04il vient à notre niveau.
14:05C'est un homme comme les autres,
14:07pas n'importe quel,
14:08mais c'est un homme comme les autres.
14:10On a parlé absolument,
14:11comme si on était autour
14:12d'une table entre amis.
14:14Il a envie d'avoir ce contact,
14:16de ne pas être pris
14:17pour cette espèce de président
14:19trop grand,
14:20trop au-dessus des autres.
14:21Malgré tout,
14:23cette sincérité,
14:23elle ne passe jamais.
14:24Mais il est toujours taxé
14:26d'un certain calcul
14:26parce qu'il y a
14:27cette distance naturelle.
14:31Au cours des deux premières années,
14:32la relation avec son Premier ministre,
14:34Jacques Chirac,
14:35devient de plus en plus tendue.
14:36Qu'est-ce qu'ils se reprochent mutuellement ?
14:38Tout simplement,
14:38ce sont deux grands fauves,
14:40deux crocodiles
14:41dont le même marigot.
14:42Et donc,
14:42autant Chirac a aidé
14:44Giscard à prendre le pouvoir,
14:46autant il n'a jamais cessé
14:48de courir lui-même
14:49derrière un destin présidentiel.
14:50C'est vraiment,
14:51de toute façon,
14:51deux personnalités
14:52qui étaient faites
14:53pour ne pas s'entendre,
14:54comme disait le complice
14:55de Chirac,
14:56Denis Tillinac.
14:57En juin 1976,
14:59le couple présidentiel
15:01invite Jacques
15:02et Bernadette Chirac
15:03à passer le week-end
15:04de la Pentecôte
15:05au fort de Brégançon
15:06dans le Var.
15:06C'est une idée d'un émone
15:07qui se dit
15:08qu'il faut décrisper la situation
15:09et qu'autant profiter
15:10de ce week-end
15:11quasi estival
15:13au fort de Brégançon
15:14au bord de la mer.
15:15Or, Chirac,
15:16qui a déjà beaucoup de grièves
15:17contre Giscard,
15:18il voudrait réformer
15:18son gouvernement
15:19et donc il arrive
15:20avec sa mallette
15:21pleine de documents
15:22parce qu'il pense
15:22qu'il va pouvoir travailler
15:23et discuter avec le président.
15:25Or, que se passe-t-il ?
15:26Il débarque,
15:26il y a là les enfants,
15:28il y a aussi
15:28le moniteur de ski
15:30à Courchevel
15:31du président
15:31qui est invité
15:32avec son épouse
15:33qui, elle,
15:33tient une plage
15:34près de Saint-Tropez
15:35et donc il se sent
15:36en quelque sorte
15:37un petit peu
15:38maltraité, humilié.
15:39Pourquoi humilié ?
15:40Il y a un épisode
15:41qui va notamment
15:41marquer le couple Chirac,
15:42c'est que le soir,
15:44au dîner,
15:45alors qu'eux-mêmes
15:46sont descendus
15:46en robe longue
15:47et en smoking,
15:48le couple Giscard d'Estaing
15:50est très décontracté,
15:51le moniteur de ski
15:52avec son épouse,
15:53elle,
15:53elle a une jupe
15:54trop courte,
15:55alors elle est gênée,
15:55elle tire tout le temps dessus
15:56et surtout,
15:58le couple présidentiel
16:00siège dans de vastes
16:01fauteuils
16:01très confortables
16:02alors que les autres autres,
16:04dont le Premier ministre
16:05et sa femme,
16:06sont sur des chaises
16:06étriquées, étroites.
16:08Et ça, ça va faire
16:09fulminer Chirac
16:10au point qu'il datera
16:12de ce moment-là
16:13sa décision de rupture
16:14avec Giscard d'Estaing
16:16en disant décidément
16:17je n'avais rien à faire
16:18avec cet homme-là.
16:22Il démissionne au mois d'août.
16:24Et c'est un véritable coup de tonnerre
16:25parce que la manière
16:26dont Jacques Chirac
16:27réunit une conférence de presse
16:28et justifie,
16:30explique sa décision,
16:31c'est vraiment
16:31une déclaration de guerre.
16:33Je ne dispose pas
16:34des moyens
16:35que j'estime
16:37nécessaires
16:38pour assumer
16:39efficacement
16:40mes fonctions
16:42de Premier ministre.
16:43Et dans ces conditions,
16:45j'ai décidé
16:46d'y mettre fin.
16:48Pour le remplacer,
16:49Giscard va nommer
16:50celui qu'il va appeler
16:51le meilleur économiste
16:53de France,
16:53Raymond Barr,
16:54qui va gérer
16:55une période
16:56qui va commencer
16:57à être difficile
16:57parce que tout simplement
16:58les effets
16:59des chocs pétroliers
17:00se font sentir.
17:02La France commence
17:03à découvrir
17:03le chômage de masse
17:04et donc une politique
17:06budgétaire rigoureuse
17:07va être menée
17:07par Raymond Barr,
17:08ce qui évidemment
17:09ne va pas aider
17:10la popularité
17:11du président Giscard.
17:15Malgré cela,
17:16à l'été 1979,
17:18Valéry Giscard d'Estaing
17:19est donné favori
17:20pour la prochaine
17:21présidentielle.
17:22Il est en bonne position
17:23pour se faire réélire.
17:25Mais le 10 octobre,
17:26le Canard Enchaîné
17:27publie un article
17:28intitulé
17:29« Quand Giscard
17:30empoché les diamants
17:32de Bokassa ».
17:32Bokassa,
17:33c'est un ancien sergent
17:34de l'armée française
17:35qui a fait son parcours
17:37et qui s'est fait
17:39autoproclamer
17:39empereur
17:40de la Centrafrique.
17:41C'est quelqu'un
17:42qui avait fait massacrer
17:43des lycéens.
17:44Donc il y a cette image
17:45d'un personnage
17:46extrêmement détestable
17:47qui entretient
17:48une réelle amitié
17:49avec Giscard
17:50parce que Giscard
17:51avait l'habitude
17:51d'aller chasser
17:53le grand fauve,
17:54sa passion
17:54en Centrafrique.
17:56Et donc,
17:56quand on apprend
17:57de surcroît
17:58que les dons
17:59de diamants
17:59remontaient déjà
18:01au temps
18:01où Giscard
18:02n'était que ministre,
18:03évidemment,
18:04ça va choquer.
18:05Comment réagit Giscard ?
18:06Il va choisir
18:07le silence,
18:08ce qui est une véritable erreur
18:09et donc se laisser
18:10se propager des rumeurs,
18:11notamment sur le prix
18:13des fameuses plaquettes
18:14de diamants.
18:14On parle de millions
18:15de francs,
18:16alors que c'était
18:17plutôt en centaines
18:18de milliers de francs
18:18qu'il fallait compter,
18:19ce qui était déjà trop
18:20parce qu'il s'agissait
18:21de toute façon
18:21de cadeaux publics,
18:23présidentiels,
18:24que Giscard
18:24aurait dû déclarer
18:25et remettre
18:26à des mains publiques.
18:28Et finalement,
18:29au bout d'un mois et demi,
18:30il finit par sortir
18:31du silence
18:31à l'occasion
18:32d'une interview télévisée
18:33où Alain Duhamel
18:34lui posera la question.
18:35Je peux vous dire
18:36que déjà au cours
18:37des dernières années,
18:38de nombreux cadeaux
18:39ont été envoyés
18:40à des oeuvres
18:40de bienfaisance.
18:41Et enfin,
18:42à la question
18:42que vous m'avez posée
18:43sur la valeur
18:43de ce que j'aurais reçu
18:44comme ministre des Finances,
18:45je pose un démenti
18:47catégorique
18:48et j'ajoute
18:49méprisant.
18:50Mais la manière
18:51dont il répond
18:51ne convaincra personne.
19:00Le 2 mars 1981,
19:02Valéry Giscard d'Estaing
19:03se déclare tardivement
19:04candidat à sa réélection.
19:06Mais cette affaire
19:08des diamants
19:08rend sa campagne difficile.
19:10Parce qu'évidemment,
19:10elle est exploitée
19:11par ses adversaires.
19:12C'est un talon d'Achille.
19:13Le côté grand bourgeois
19:16était revenu en force.
19:17C'est vrai que ça ira
19:18jusqu'à coller des diamants
19:20sur les affiches électorales
19:21de Giscard
19:22et ça,
19:22ça aura un effet dévastateur.
19:24Nous voici donc réunis
19:26pour ce débat
19:27entre les deux participants
19:28au deuxième tour
19:29de l'élection présidentielle.
19:31Le 5 mai,
19:32lors du débat
19:32de l'entre-deux-tours,
19:34il se retrouve à nouveau
19:35face au candidat socialiste
19:37François Mitterrand.
19:38Mais cette fois,
19:39c'est lui,
19:39François Mitterrand,
19:40qui va prendre le dessus
19:41dans ce débat.
19:42J'aperçois une contradiction.
19:44entre votre apparente tranquillité
19:46et des déclarations
19:47aussi contradictoires
19:49qui montrent que
19:50si vous êtes élu,
19:51vous n'avez pas de majorité.
19:52Il est devenu quelqu'un
19:54de fort.
19:54D'abord parce qu'il arrive
19:56avec un véritable projet de société
19:57et surtout,
19:58c'est un orateur
19:59de premier ordre.
20:01Et Giscard,
20:02sur la défensive,
20:03est un brin crispé
20:04et cette fois,
20:05c'est Mitterrand
20:06qui trouve la formule
20:07face à lui
20:08et qui lui dit
20:08écoutez...
20:09Vous ne voulez pas parler
20:10du passé,
20:10je le comprends bien
20:11naturellement.
20:13et vous avez tendance
20:14un peu à reprendre
20:14le refrain
20:15d'il y a sept ans,
20:16l'homme du passé.
20:17C'est quand même ennuyer
20:18que dans l'intervalle
20:18vous soyez devenu
20:19vous l'homme du passif.
20:20Et cette formule,
20:21l'homme du passif,
20:22elle va marcher
20:22et le vent,
20:23à l'évidence,
20:25ce soir-là
20:25dans le débat,
20:26souffle du côté
20:26de François Mitterrand.
20:28Au revoir.
20:29Le 10 mai 1981,
20:31François Mitterrand
20:31est élu président
20:32de la République,
20:33Valéry Giscard d'Estaing
20:34perd l'élection
20:35avec tout de même
20:3648,2% des suffrages.
20:39Il a 55 ans,
20:40c'est un choc pour lui ?
20:41C'est un choc énorme.
20:43D'abord,
20:43il avait été donné
20:44longtemps favori
20:45des sondages,
20:45malgré les affaires,
20:46malgré la situation économique,
20:47ce qui d'ailleurs fait
20:48qu'il n'a quasiment
20:49pas fait campagne
20:50ou campagne trop tardivement.
20:52Il y a eu aussi
20:52la défection des gaullistes
20:53menée par Jacques Chirac.
20:55Et d'ailleurs,
20:55le choc est tel
20:56que VGEU,
20:57qui est vraiment meurtri,
20:58il va l'attribuer
20:59à la trahison de Chirac.
21:01Déjà,
21:01les deux hommes
21:01qui ne s'aimaient pas,
21:03ça va se transformer
21:03en une haine inextinguible
21:05qu'on verra jusqu'au bout,
21:06y compris ces toutes
21:07dernières années
21:08au Conseil constitutionnel,
21:09quand les deux présidents
21:10ont siégeé ensemble
21:11pendant quelques temps.
21:14Henri Vernet,
21:15dans la nécrologie
21:16de Valéry Giscard d'Estaing,
21:17que vous signez
21:18dans Le Parisien
21:19le 3 décembre,
21:20vous racontez
21:21son séjour au Canada
21:23juste après cette élection
21:24et après cette défaite.
21:26Giscard,
21:26il est tellement meurtri
21:27qu'il a besoin
21:27de se ressourcer.
21:29Il s'invite carrément
21:30chez cette amie
21:31homme d'affaires
21:32qui a donc un ranch
21:33au Canada
21:34dans les Rocheuses.
21:35L'ami en question
21:36lui a dit
21:36« Mais attention,
21:37c'est très rustique,
21:38il n'y a pas de service,
21:39il n'y a rien. »
21:39Et Giscard lui répond
21:40« Non, non,
21:41mais je ferai la vaisselle,
21:42je m'occuperai
21:42de tout cela moi-même. »
21:44Et il va y passer
21:45carrément six semaines
21:46et pendant ces six semaines,
21:47il va notamment faire
21:49avec son hôte
21:49Jean Friedman
21:50de longues balades à cheval.
21:52Et pendant ces longues
21:53promenades à cheval,
21:54il revient beaucoup,
21:55il ressasse même,
21:56obsédé par cette façon
21:57de refaire le match
21:58en quelque sorte
21:59avec ce peuple
22:00qu'il a élu
22:01puis chassé.
22:02Il s'est remis
22:03de cette défaite ?
22:04Jamais vraiment.
22:05Ce qui est remarquable
22:06chez lui,
22:07c'est la manière
22:07dont il a refait
22:08tout le chemin à l'envers
22:09en recommençant
22:10depuis l'élection
22:12au poste de conseiller général
22:13départemental,
22:14avant donc sur la fin
22:16de rêver
22:16à une destinée européenne.
22:18Mais il gardera toujours
22:20cette blessure profonde
22:22de la défaite de 81.
22:23La réalité,
22:24c'est que tout simplement
22:25en 81,
22:26les Français avaient
22:27envie d'alternance
22:28et ils avaient envie
22:28d'avoir la gauche au pouvoir
22:29pour la première fois
22:30sous la Sainte République.
22:31Non, lui,
22:32il gardera cela
22:33comme une espèce
22:34d'échec personnel.
22:35Et d'ailleurs,
22:35c'est même pour cela
22:36qu'il avait expressément
22:37souhaité
22:38ces derniers temps
22:39des obsèques familiales
22:40intimes
22:41sur les terres d'Otom
22:42parce qu'il craignait
22:44la comparaison
22:44avec la ferveur nationale
22:46qui avait accompagné
22:47les funérailles
22:48de l'ancien président
22:48Jacques Chirac.
23:00Merci à Henri Vernet.
23:01Cet épisode a été produit
23:03par Thibault Lambert
23:04et Nathan Châtelain.
23:05Réalisation
23:06Alexandre Ferreira.
23:07Code Source
23:08est le podcast
23:08d'actualité du Parisien
23:10disponible chaque soir
23:11du lundi au vendredi.
23:12Si vous aimez Code Source,
23:13n'hésitez pas
23:14à laisser des petites étoiles
23:15sur votre application
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