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- #bataclan
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Régulièrement, Code source vous raconte le déroulé de ce procès historique avec les journalistes qui le couvrent. Dans cet épisode, le récit de l’attentat du Bataclan.
Dans ce podcast : Le procès des attentats du 13 novembre se poursuit à Paris, entre fin septembre et fin octobre environ 350 parties civiles se sont succédées à la barre. Avec Code source nous avons choisi d'évoquer une petite partie de ces témoignages, scène de crime par scène de crime, aujourd'hui le Bataclan où un commando de trois terroristes a fait 90 morts et des centaines de blessés.
Le vendredi 17 septembre un policier de la brigade criminelle qui a supervisé les constatations vient raconter comment ce travail a été effectué. Il explique que la méthode utilisée était celle qui s'applique au crash aérien. Le Bataclan va être divisé en zones où chaque enquêteur va récupérer tous les indices qu’il peut et c'est uniquement grâce à cette méthode qu’ils vont pouvoir récupérer toutes les informations nécessaires pour leur enquête. Le policier ne montre pas de photos de la scène de crime mais sur les écrans il projette les images d'une visite virtuelle du Bataclan après sa rénovation en énonçant les noms de chacune des victimes à l'endroit de leur découverte…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Présentation : Thibault Lambert - Production : Sarah Hamny et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
#attentats #bataclan #témoignage
Dans ce podcast : Le procès des attentats du 13 novembre se poursuit à Paris, entre fin septembre et fin octobre environ 350 parties civiles se sont succédées à la barre. Avec Code source nous avons choisi d'évoquer une petite partie de ces témoignages, scène de crime par scène de crime, aujourd'hui le Bataclan où un commando de trois terroristes a fait 90 morts et des centaines de blessés.
Le vendredi 17 septembre un policier de la brigade criminelle qui a supervisé les constatations vient raconter comment ce travail a été effectué. Il explique que la méthode utilisée était celle qui s'applique au crash aérien. Le Bataclan va être divisé en zones où chaque enquêteur va récupérer tous les indices qu’il peut et c'est uniquement grâce à cette méthode qu’ils vont pouvoir récupérer toutes les informations nécessaires pour leur enquête. Le policier ne montre pas de photos de la scène de crime mais sur les écrans il projette les images d'une visite virtuelle du Bataclan après sa rénovation en énonçant les noms de chacune des victimes à l'endroit de leur découverte…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Présentation : Thibault Lambert - Production : Sarah Hamny et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le procès des attentats du 13 novembre se poursuit à Paris.
00:16Entre fin septembre et fin octobre, environ 350 parties civiles se sont succédées à la barre.
00:21Dans Codesource, nous avons choisi d'évoquer une petite partie de ces témoignages,
00:25scène de crime par scène de crime.
00:27Aujourd'hui, le Bataclan, où un commando de trois terroristes a fait 90 morts et des centaines de blessés.
00:34Avec nous, dans Codesource, les trois journalistes du service police-justice du Parisien
00:38qui se relaient pour couvrir cette audience historique,
00:41Pascal Aigret, Louis Scolcombe et Timothée Boutry.
00:51Le vendredi 17 septembre, un policier de la brigade criminelle qui a supervisé les constatations
00:57vient raconter comment ce travail a été effectué.
01:01Timothée Boutry, il explique que la méthode utilisée était celle qui s'applique au crash aérien.
01:06Il dit que la scène est évidemment totalement incroyable avec autant de corps enchevêtrés.
01:12Et donc, il faut appliquer une méthode particulière,
01:15puisque le Bataclan, c'est une très grande scène de crime.
01:19Donc, il y a beaucoup, beaucoup de zones à explorer, à passer au peigne fin.
01:22Et donc, le Bataclan va être divisé en onze zones
01:26où chaque enquêteur va récupérer tous les indices qu'il peut.
01:31Et c'est uniquement grâce à cette méthode
01:33qu'ils vont pouvoir récupérer toutes les informations nécessaires pour leur enquête.
01:38Le policier ne montre pas de photos de la scène de crime,
01:41mais sur les écrans, il projette les images d'une visite virtuelle du Bataclan
01:45après sa rénovation, en énonçant les noms de chacune des victimes
01:50à l'endroit de leur découverte.
01:51Timothée Boutry, à un moment, ce policier de la brigade criminelle
01:54diffuse un extrait sonore de l'assaut du Bataclan par les terroristes.
01:59Oui, en fait, il y a le dictaphone d'un spectateur du concert
02:02qui a enregistré toute la séquence, en fait.
02:04On a le début de l'attaque, tout ce qui se passe à l'intérieur, jusqu'à l'assaut.
02:09Enfin, vraiment, c'est la bande-son de l'attentat du Bataclan.
02:12Et en fait, il ne va diffuser qu'une vingtaine de secondes
02:15qui correspond au moment où les trois terroristes font leur entrée
02:19dans la salle de spectacle.
02:20Alors, au départ, il y a de la musique, c'est la chanson
02:22Kiss the Devil de Eagles of Death Metal.
02:24Et puis, on entend des bruits, tac, tac, tac, tac.
02:26C'est un son très, très clair d'armes automatiques.
02:29On sent que la musique s'arrête, il y a l'ampli qui se met sur le Larsen.
02:32Et puis, voilà, on a le début de ces rafales de tir.
02:35Ça ne dure que 20 secondes, mais on imagine ce qui va se passer,
02:38on sait ce qui va se passer.
02:39Et c'est assez effroyable, parce qu'on sait que chaque rafale,
02:42c'est autant de corps qui tombent par terre.
02:51Pascal Aigret, le mercredi 6 octobre,
02:53vous écoutez le témoignage de Clarisse, 30 ans.
02:56Elle avait 24 ans.
02:57Ce soir-là, elle terminait ses études.
02:59Et au moment de l'attaque, elle allait sortir du Bataclan.
03:01Oui, elle allait sortir du Bataclan avec un copain,
03:04parce qu'ils étaient étudiants.
03:04Ils avaient emporté une petite fiole de whisky pour boire pendant le concert.
03:08Et ils sont à secs.
03:09Et ils veulent sortir chercher des bières.
03:12Et à ce moment-là, ils sont dans le vestiaire.
03:15Et elle voit le regard du videur.
03:16Elle dit, les yeux ne montent pas.
03:18Il y avait la mort dans ses yeux.
03:20Et en fait, c'est l'arrivée des tireurs.
03:22Elle comprend tout de suite qu'il faut fuir.
03:24Elle part vers la fosse à toute vitesse,
03:26dans une sorte de course effrénée et de sidération.
03:29Un peu plus tard, Clarisse se réfugie au deuxième étage.
03:32Elle pousse une porte, enfin avec difficulté,
03:35parce que quelqu'un résiste derrière et finit par ouvrir.
03:37Et en fait, on est vraiment au tout début de l'attaque.
03:40Et elle s'engouffre dans ce qu'elle pense être un échappatoire,
03:44et qui est en fait un escalier.
03:46Elle grimpe et en haut, elle se retrouve dans une loge fermée, un piège.
03:50Elle dit, je ne veux pas mourir dans cette loge en placo-plâtre pourri.
03:54Ça fait un peu sourire la salle, alors qu'on entend quelque chose de très dur.
03:57Et elle grimpe sur les toilettes,
03:59et elle se met à défoncer à coup de poing avec furie le faux plafond.
04:02En fait, Clarisse, avec cette énergie qu'on sent à la barre,
04:06elle a une fraîcheur aussi assez incroyable.
04:08Elle a ouvert la voie ce soir-là des combles
04:11à des dizaines de personnes qui vont grimper derrière elle,
04:14qu'elle aide au début à monter.
04:16Et tout le monde va se cacher dans les combles
04:18en attendant l'issue de la prise d'otage.
04:23Louise Colcombé, parmi les témoignages,
04:25le même jour, il y a celui d'Edith, 43 ans.
04:27Edith s'était cachée au balcon, sous des strapontins,
04:31recroquevillée en position fétale.
04:32Elle détaille ce qu'elle aperçoit et ce qu'elle entend.
04:35Elle est plaquée au sol et elle est toute recroquevillée,
04:38donc elle n'a plus que l'ouïe, en fait.
04:40Elle aperçoit les chaussures d'un des terroristes
04:43qui monte à l'étage et qui, de là, va tirer au coup par coup sur la fosse.
04:49Elle, elle a cette odeur de sang et de poudre
04:51qui la prend au nez, que tout se décrive très bien,
04:53mais elle aussi.
04:54Et là, c'est terrible parce qu'elle raconte ce coup par coup.
04:56Et voilà, elle entend un gémissement.
04:58Elle dit un gémissement, une supplication, c'est un tir.
05:01Un téléphone qui sonne, c'est un tir.
05:03Un cri, un tir.
05:05Voilà, il y a un côté inéluctable.
05:06Elle se dit, on est foutu, on ne va jamais s'en sortir.
05:10Edith n'a pas été blessée physiquement,
05:12mais elle décrit à quel point sa vie a été bouleversée par la tante.
05:17Oui, en fait, elle a pensé pendant toute l'attaque
05:19qu'elle allait mourir, clairement.
05:21Elle a été protégée aussi en partie par un inconnu.
05:23Mais elle se dit, je devrais aller bien
05:25puisqu'en fait, je ne suis pas blessée.
05:27Et elle se rend compte qu'en fait, ça ne va pas du tout.
05:29Neuf jours après l'attentat,
05:30elle a envie de se jeter sous les roues d'une voiture.
05:33Elle se met à boire, à prendre des médicaments.
05:35Donc ça va avoir des répercussions énormes sur sa vie.
05:38Sur sa vie de maman, elle dit que c'est elle devient une mère fantôme,
05:40qu'elle n'arrive plus à rendre l'amour qu'elle devrait autant à son mari.
05:43Elle va perdre son boulot, ce qui va entraîner des conséquences financières
05:46à un déménagement de Paris.
05:47Elle avait souhaité avoir un deuxième enfant.
05:49Elle était déjà maman.
05:50Elle est tombée enceinte et en fait, elle se dit,
05:52je ne peux pas imposer ça à une mère fantôme, à un deuxième enfant.
05:55Et donc la mort dans l'âme, comme elle l'a dit à la barre, elle a avorté.
06:01Le lendemain, Pascal Aigret, vous écrivez un article sur les témoignages
06:05des gueules cassées du Bataclan.
06:07D'abord celui de Pierre Sylvain, 48 ans, le soir du massacre.
06:10Lui et son amoureuse Hélène, ils étaient ensemble depuis deux mois,
06:14ont tous les deux été touchés à la tête.
06:17Pierre Sylvain et Hélène sont dans la fosse au moment où les terroristes arrivent.
06:22Au départ, comme tout le monde, ils se couchent.
06:25Et à un moment donné, les lumières se rallument.
06:28Il comprend qu'il y a un des terroristes qui passe au coup par coup.
06:31Ce qu'on apprend avec le témoignage de Pierre Sylvain,
06:33c'est la détermination des terroristes à tuer,
06:35puisqu'en fait, ils visaient les têtes.
06:39Ce qu'on apprend aussi, c'est ce que font les balles de Kalachnikov.
06:42Ce sont vraiment des ravages particuliers.
06:44Ce sont des blessures de guerre, ce sont des balles qui fracassent tout,
06:47qui laissent des résidus, de limailles, de fer qui peuvent ressurgir des années après.
06:51Et ce qu'on voit à travers lui, parce qu'il arrive,
06:54malgré sa propre blessure, à sortir Hélène du Bataclan.
06:58Ils vont survivre tous les deux.
07:00Ils vont se reconstruire, subir des dizaines d'opérations.
07:02En fait, ce qu'on apprend, c'est la force incroyable de l'instinct de survie.
07:08Louise Colcombé, autre gueule cassée à la barre ce jour-là, Gaëlle.
07:12Gaëlle se souvient qu'elle entendait des « Oh mon Dieu » au passage de son brancard.
07:16Gaëlle, elle a été blessée dans les tout premiers tirs,
07:19parce qu'elle est au bar avec son amoureux de l'époque,
07:21qui est d'ailleurs décédée très vite.
07:24Et en fait, elle ne sent pas sa propre blessure au départ.
07:26En fait, elle veut se dégager parce qu'elle est enchevétrée au milieu des corps,
07:29parce que tout le monde fait semblant d'être mort.
07:31Et elle veut dégager une chaussure.
07:32En fait, elle sent qu'en fait, elle n'a plus de joues.
07:34Et donc, voilà, elle comprend qu'elle n'a plus de visage.
07:37Donc, on l'évacue, mais elle ne s'est pas vue, bien sûr.
07:40Elle entend « c'est « Oh mon Dieu » qui sont glaçants. »
07:42Et ce terme de « gueule cassée », c'est la première chose qu'elle entend en se réveillant
07:44quand le chirurgien la regarde et lui dit « Voilà, vous êtes ce qu'on appelle une gueule cassée ».
07:48« Gueule cassée », c'est le terme qu'on avait utilisé pour ces soldats de la Première Guerre mondiale
07:52qui n'avaient plus de visage.
07:53D'ailleurs, elle va expliquer qu'elle va bénéficier de cette chirurgie qui a été un peu inventée à ce
07:56moment-là.
07:57Elle a subi 40 opérations, elle a 40 ans.
08:00Ça n'en finit plus, elle a des infections.
08:03Enfin, c'est à la fois, elle a une force qui est vraiment palpable à la barre.
08:07Et en même temps, on sent un peu une forme de désespoir qui est très poignant
08:09parce que ça n'en finit jamais.
08:11Elle ne peut pas croquer une pomme.
08:13Elle dit « Mon rêve, c'est de croquer une pomme. »
08:15C'est d'embrasser sans faire peur.
08:16C'est de pouvoir, voilà, ne serait-ce que boire un café sans que ça dégouline partout.
08:19Des choses de la vie de tous les jours.
08:21Gueule, c'était vraiment un témoignage très poignant.
08:24Timothée Boutry, parmi les témoins, à la barre, le lundi 11 octobre,
08:28il y a Maureen Roussel, 34 ans, une assistante maternelle
08:31qui était avec son mari et une amie le 13 novembre 2015 au Bataclan.
08:36Elle parle notamment d'un sentiment de culpabilité.
08:39Oui, c'est un sentiment qu'on retrouve chez de très très nombreux rescapés qui défilent à la barre.
08:44Et Maureen, par exemple, c'est l'histoire d'une de ses voisines au concert qu'elle ne connaissait pas.
08:48Elle dit une jeune fille avec des cheveux clairs, un chandail, qu'elle a repéré au début du concert
08:53et qui va prendre une balle très vite et qu'elle va le voir allongé à côté d'elle.
08:57Et à partir du moment où il y a une fenêtre pour s'extraire du Bataclan avec son mari,
09:00elle voit cette jeune fille et elle se dit « Est-ce que je sors, sachant que j'ai une
09:06enfant ? »
09:07« Où est-ce que j'aide cette personne ? »
09:08Et finalement, je fais le choix de sortir.
09:10Et ça, c'est une culpabilité.
09:12Elle n'oublie pas cette jeune fille dont elle apprendra plus tard qu'elle a survécu.
09:16Maureen Roussel est une figure connue pour les rescapés du Bataclan.
09:20Elle a fondé l'association de victimes Life for Paris.
09:23Elle raconte comment beaucoup de survivants du 13 novembre se retrouvaient régulièrement
09:27dans un bar assez proche du Bataclan pour discuter.
09:30Oui, c'est parti un peu comme une bouteille à la mer.
09:32Elle était de retour chez elle.
09:33Elle s'est dit « Non, mais ce qu'on a vécu, c'est incroyable.
09:36Et puis on a tous envie d'un peu savoir ce que les uns et les autres ont vécu. »
09:39Elle a mis un message sur les réseaux sociaux très vite.
09:42Puis ça s'est fait comme ça, un peu naturellement, spontanément.
09:44Il y a aussi un autre homme qui va témoigner, qui participait à ces apérothérapies,
09:49comme il les appelle, qui raconte avoir rencontré sa compagne sur place.
09:52Il dit « Voilà, on a des vies un peu cabossées, mais on se comprend au moins là-dessus. »
09:56Maureen explique que l'attentat a brisé sa vie.
09:59Pendant un an, l'association l'a fait tenir.
10:01Et après, elle dit « Mon corps, mon esprit ont lâché.
10:03Donc je suis tombé très très très bas.
10:05Ça n'allait pas du tout.
10:06Son mariage a explosé.
10:08Sa vie professionnelle est venue chaotique.
10:10Et elle dit « C'est comme si une partie de l'identité se fracturait,
10:14comme si on était dans le corps de quelqu'un qu'on ne connaissait pas. »
10:17Elle dit qu'en fait, le travail le plus difficile là-dedans,
10:19c'est de faire le deuil de sa propre vie, de ses propres espérances, de sa vie rêvée.
10:23Et qu'on se retrouve face à un puzzle.
10:26Et à partir de là, il faut reprendre des morceaux et reconstruire une nouvelle vie.
10:30Malgré ça, elle veut rester combative.
10:32Elle laisse cette formule assez forte en disant
10:34« Lors de ce procès, j'ai entendu parler de guerriers.
10:36Mais c'est qui les guerriers ? C'est qui les combattants ?
10:38C'est des gens qui tirent sur des gens désarmés, dans le dos, dans une salle de spectacle ?
10:42Ou alors c'est nous qui, fracassés, brisés, nous levons chaque matin,
10:46nous battons pour continuer à vivre ?
10:48Les guerriers, c'est nous.
10:49Ça, c'est extrêmement frappant.
10:50Et tout ça, évidemment, saisit la cour d'assises.
11:05Timothée Boutry, une scène incroyable est racontée le mardi 12 octobre à la barre par Guillaume.
11:10Il avait 21 ans à l'époque, 27 ans aujourd'hui.
11:14L'un des trois terroristes lui a parlé et lui a demandé de monter sur la scène.
11:19Il explique que quand les tirs retentissent,
11:21d'abord, il essaye de se cacher au pied de la scène sous un amas de carton.
11:25Son regard, finalement, croise celui d'un des terroristes, de Sami Amimour, en l'occurrence.
11:29Et il dit de monter sur la scène.
11:31Il est un peu frappé par la manière dont Sami Amimour tient son arme.
11:35Il dit un peu comme un jouet, j'ai un peu cru à une blague.
11:37Et voilà, il lui dit, mais vas-y, toi, t'es avec nous, lève-toi.
11:40Donc il dit, je sais pas trop.
11:41Et il dit, non, mais lève-toi ou je te mets une balle dans la tête.
11:44Donc Guillaume en tempère et se retrouve face à face avec Sami Amimour.
11:47Et il dit qu'à ce moment-là, il y a un des terroristes qui se trouve déjà sur le
11:51balcon,
11:51qui le voit, qu'il dit, non, mais qu'est-ce que tu fais debout ?
11:53Toi, je vais te tirer une balle dans la tête.
11:55Et que là, Sami Amimour répond à son camarade, non, c'est bon, t'inquiète, il est avec nous.
12:00Et lui-même, Guillaume dit, et à un moment, j'ai dit, non, non, mais je suis avec vous.
12:05Donc il va avoir cette formule-là.
12:06Et c'est comme ça qu'il se retrouve face à face avec Sami Amimour,
12:09qui lui donne un ordre.
12:11Il lui dit, en parlant d'un spectateur qui est blessé,
12:13va voir ce fils de pute et va me dire s'il est mort ou pas.
12:16Et donc, il se demande si vraiment, il compte se servir de lui comme d'un auxiliaire.
12:21Est-ce que c'était par cynisme ?
12:23Est-ce que c'était parce qu'il avait vraiment besoin de moi ?
12:25Encore aujourd'hui, il se pose la question.
12:28Que se passe-t-il ensuite ?
12:29Ensuite, Guillaume dit qu'il voit deux ombres rentrer à l'intérieur du Bataclan
12:33et que très vite, il comprend que ce sont des policiers.
12:36Il s'agit en fait du commissaire de la BAC et de son équipier.
12:39Ce sont eux qui vont viser Sami Amimour et l'atteindre.
12:42Et lui, il dit d'ailleurs, tout de suite, je vois qu'ils sont en train de viser
12:45et je vois les éclairs qui partent de leurs armes vers l'homme qui se trouve en face de moi.
12:53À partir du moment où Sami Amimour a été touché,
12:56il s'affaisse au sol et il déclenche sa ceinture explosive.
13:00Évidemment, énorme détonation.
13:02Lui, Guillaume n'est plus là puisqu'il a sauté par-dessus la scène.
13:04Il est en train de s'enfuir.
13:05Il ressent cette explosion, mais il ne sait pas au départ exactement ce qui s'est passé
13:09puisqu'il n'a pas assisté.
13:10Mais très vite, il comprendra que c'est le terroriste qui s'est fait exploser.
13:16Pascal Aigret, le policier qui a tiré sur le terroriste,
13:19est un commissaire de la brigade anticriminalité Nuit de Paris.
13:23Le 22 septembre, il avait décrit cette scène de son point de vue.
13:27Quand ils arrivent vers le bar, ils entendent une voix.
13:30C'est la voix de Sami Amimour qui est sur scène et qui ordonne à Guillaume « couche-toi au
13:36sol ».
13:37Et il voit l'otage résigné commencer à s'agenouiller.
13:41Il se rend compte qu'ils n'ont que quelques secondes pour agir.
13:44Et c'est là qu'en fait, il dit, le policier de la bague de nuit,
13:48« je fais comme au stand de tir, je m'appuie sur une petite rambarde,
13:51j'épaule, je vise et je tire ».
13:54Seulement quelques coups, mais c'est ça qui va insister Sami Amimour
13:58à déclencher sa ceinture explosive et qui va faire basculer toute la prise d'otage.
14:05À ce moment-là, le policier pense que Guillaume est le seul survivant.
14:08Oui, il a cette expression incroyable de dire qu'en fait,
14:12quand il rentre dans le Bataclan et qu'il voit cette fosse
14:15avec des corps enchevêtrés parfois sur plus d'un mètre de hauteur,
14:19la question qui se pose, c'est mais comment ont-ils fait pour tuer autant de gens
14:22en aussi peu de temps ?
14:24Et donc, il pense que celui qui est sur la scène
14:27et qui est menacé par le terroriste est l'un des derniers survivants.
14:31Louis Scolcombe.
14:32L'intervention du commissaire de la BACNU fait basculer la soirée
14:36parce que les deux autres terroristes qui voient leurs collègues exploser en bas
14:40sont un peu décontenancés et du coup, ils vont arrêter de tirer sur la fosse
14:45et ils vont se réfugier dans un couloir avec des otages.
14:51L'un des témoins tient à se montrer optimiste le mercredi 13 octobre au Timothée Boutry,
14:57prénommé François Dominique.
14:58Il est avocat, il avait 30 ans au moment de l'attaque
15:01et le soir de la tuerie, il était seul au Bataclan.
15:04Il pense que ça l'a aidé.
15:06Oui, c'est un témoignage qui détonne un petit peu dans la masse de tous ceux qu'on a pu
15:10entendre.
15:10Lui dit « la vie est belle en fait, je m'en suis sorti en un seul morceau,
15:14je n'ai pas été blessé physiquement, finalement ça va bien quoi ».
15:17Alors il explique qu'il était tout seul parce que sa femme devait initialement l'accompagner
15:21mais elle avait perdu sa grand-mère peu de temps auparavant et donc elle n'était pas venue.
15:25Et il dit « moi j'ai agi en mode égocentré, je ne pensais qu'à moi
15:28et si j'avais eu mon épouse, je n'aurais peut-être pas été aussi agile, aussi impliqué
15:32pour pouvoir m'extraire aussi facilement de la salle. »
15:34Et il dit « moi je pense que ça m'a sauvé et c'est comme ça que j'ai
15:37réussi à m'enfuir ».
15:37Qu'est-ce qu'il fait juste après s'être enfui du Bataclan ?
15:40Il prend un taxi, il rentre chez lui et il décide de ressortir tout de suite dans Paris.
15:45Un peu pour conjurer ce qui vient de se passer, pour ne pas rester enfermé là-dedans.
15:49C'est sa manière de passer outre l'attentat.
15:51Et il dit aussi « on avait le projet avec ma femme de quitter Paris,
15:55enfin avec ma fiancée ».
15:57Et là je lui conjure de partir et le fait est qu'ils ont effectivement quitté Paris
16:00pour s'installer en province.
16:02Il y a un moment à la barre où François-Dominique semble quand même rattrapé par l'émotion.
16:07Parce que depuis l'attentat il y a eu un enfant.
16:09Et là il dit « moi je pense à tous ses parents qui viennent témoigner de la perte d'un
16:13enfant ».
16:13Et il dit « moi maintenant depuis que je suis papa, je n'ose imaginer ce que peut être la
16:16perte d'un enfant ».
16:17Et là il se m'a sangloté, il a pleuré.
16:19Il dit « voilà moi j'ai évidemment infiniment de respect et de compassion pour tous ces hommes et ces
16:24femmes
16:24qui ont perdu des enfants lors de ces attentats ».
16:27Il paraît très fort, il est très fort, il s'en est sans doute mieux sorti que d'autres.
16:30Mais il n'en est pas sorti un indemne non plus évidemment.
16:35Pascal Aigret, le lendemain, la cour d'assises écoute deux jeunes hommes de 21 et 17 ans,
16:40Nino et Marius.
16:42Avec leur petit frère Lazare, ils ont perdu leur papa.
16:44Quand ils avaient 15, 11 et 6 ans, leur père Nicolas est mort à 43 ans,
16:50assassiné dans la fosse du Bataclan.
16:51Ils racontent vraiment avec des mots bruts les sentiments qui les ont traversés
16:57et est-ce qu'il est normal à 11, 15 ans de ressentir de la colère, de la rage, de
17:02la haine.
17:03Ils ont encore des troubles très importants aujourd'hui.
17:08Ils sont sous antidépresseurs, ils sont suivis par des psychiatres.
17:12Malgré tout l'amour et les précautions que leur entourage leur apporte,
17:15on sent à quel point ces enfants disent le 13 novembre j'étais un enfant
17:20et le 14 novembre j'en étais un autre.
17:23Il y en a un qui exprime ça ainsi, il dit je me demande quel enfant je serais devenue
17:27si mon père n'était pas mort au Bataclan.
17:31Le mercredi 20 octobre, vous retranscrivez dans le Parisien
17:34le témoignage de deux amoureux qui viennent à la barre, l'un après l'autre.
17:39Hans, 43 ans, et Lou, 32 ans.
17:41Ils avaient 37 et 26 ans en 2015, ils étaient un jeune couple.
17:45On voit qu'ils ont vécu chacun le 13 novembre et l'attaque de manière complètement différente.
17:50Lui a été grièvement blessé, à la fois par une balle qui lui a traversé tout le corps
17:55et s'est logé dans les poumons et par une honte de choc d'une autre balle
17:58qui lui a fracassé l'arrière du crâne, donc il reste sur place.
18:01Et elle, qui a mis des talons, une jupe, un chignon,
18:05qui par ailleurs pratique l'ultra-trail et qui sait courir,
18:08n'est pas blessé et va réussir à sortir du Bataclan.
18:11Et ensuite, elle va finir par le chercher pendant deux jours.
18:15L'hôpital cherchait aussi de son côté à identifier ce blessé.
18:18Et finalement, Hans est vivant, il se retrouve.
18:21Et on sent beaucoup d'amour dans ces témoignages,
18:25même s'ils sont l'un après l'autre.
18:27Ils ont voulu témoigner séparément, presque pour respecter le 13 novembre de l'autre.
18:30Et elle a cette phrase, Lou, qui est de dire
18:34« On a réussi à rester soudés et à se reconstruire pas à pas ensemble. »
18:43Louise Colcombé, quelques jours plus tôt, le lundi 18 octobre,
18:46vous avez signé un article sur ces dizaines de gestes d'entraide d'humanité
18:51qu'il y a eu pendant la tuerie, même si bien sûr, il n'y a pas eu que ça.
18:54On a ces témoignages de gens qui disent qu'ils en sont désolés d'ailleurs,
18:57qu'ils ont dû marcher sur des gens pour s'en sortir, pour sauver leur peau.
19:01Certains racontent qu'ils se sont fait marcher dessus aussi et qu'ils ne leur en veulent pas,
19:03parce qu'ils auraient fait sans doute la même chose.
19:05Mais on a aussi tous ces petits témoignages qui sont parsemés d'instants d'humanité, d'entraide.
19:11Une main qui prend une autre pour soutenir quelqu'un qui est blessé jusqu'à la libération par la BRI.
19:18Ça va être des regards qui sont échangés, des gens qui se sont inquiétés beaucoup
19:22de savoir si telle ou telle personne qui était à côté d'eux pendant le concert s'en est sortie.
19:26Des gens qui ont repris contact entre eux, quelqu'un qui protège un autre de son corps
19:30en se disant peut-être que je vais prendre les balles à sa place et puis ils ne verront pas
19:32la personne qui est derrière moi.
19:34On comprend qu'en fait ce jour-là, il y a quand même eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de fraternité qui
19:38s'est exprimée.
19:39Et ça, c'est aussi très important de l'entendre au milieu de toute cette horreur.
19:42À la fin de cet article, Louise, vous citez un rescapé qui compare les survivants du 13 novembre à une
19:48famille.
19:49Parce qu'en fait, cette solidarité s'est exprimée pendant l'attaque, mais aussi après.
19:52Puisqu'ils ont tous ce sentiment de décalage que personne ne peut les comprendre, à part évidemment ceux qui étaient
19:57avec eux.
19:57Et qu'ils ont envie de retrouver parce que ce jour-là, ils ont vécu la même chose,
20:01que parfois ce sont des gens qui se sont aidés l'un l'autre.
20:03Ils se sont retrouvés via les réseaux sociaux, etc.
20:05Et notamment via les associations.
20:07Et c'est Nicolas qui raconte très bien comment ça l'a aidé.
20:10Il dit en forme une famille, une famille cabossée, dans laquelle on peut tous se comprendre et compter les uns
20:17sur les autres.
20:18Et il dit c'est à la fois terrible et merveilleux d'aimer autant des gens qu'on n'aurait
20:22jamais été amenés à rencontrer autrement.
20:36Merci à Pascal Aigret, Louise Colcombet et Timothée Boutry.
20:40Je précise que ce podcast a été enregistré le 21 octobre.
20:44Le Parisien, c'est 400 journalistes mobilisés pour vous informer avec des bureaux dans tous les départements d'Ile-de
20:49-France et l'Oise,
20:50à retrouver sur leparisien.fr.
20:53Et code source, le podcast quotidien du Parisien est disponible sur toutes les plateformes audio.
20:58Cet épisode a été produit par Sarah Amny, Clara Garnier-Amourou et Thibaut Lambert.
21:03Réalisation, Julien Moncouquiole.
21:05Si vous aimez code source, n'oubliez pas de vous abonner, de nous laisser des petites étoiles ou un commentaire
21:10sur votre application préférée.
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